Les Amours, d’Agathe Sorlet / Une histoire d’amour, de Lorraine Sorlet : deux albums amoureux

Les histoires d’amour sont toutes uniques, pourtant il y a toujours quelque chose qui les rassemble. C’est l’histoire universelle de ceux qui s’aiment. (Lorraine Sorlet)

C’est l’automne, mais pas un bel automne ensoleillé et illuminé par les couleurs éclatantes des feuilles mortes : non, c’est un automne tout moche, tout gris, et les feuilles ne veulent pas mettre leur jolie parure. Bref, un temps à rester cocooner à la maison sous un plaid, avec une jolie lecture réconfortante. Et sur ce dernier point j’ai exactement ce qu’il faut pour redonner le moral à tout le monde.

Agathe Sorlet et Lorraine Sorlet sont sœurs, jumelles, illustratrices et leur sujet, c’est l’amour, dont elles donnent chacune leur vision dans ces deux albums jumeaux qui paraissent simultanément.

Dans Une histoire d’amour, Lorraine Sorlet nous invite à regarder se dérouler une histoire : te rencontrer, te câliner, t’embrasser, t’aimer (tout simplement). Le dessin est simple, rond, chaleureux : on se sent dans cet album tout en poésie et en symboles (et même pour moi en synchronicités) comme dans une bulle de tendresse et d’amour, un amour simple fait de petits gestes. Comme les petits chats on a envie de se serrer au chaud contre quelqu’un. L’album nous raconte une histoire universelle, et cela donne le sourire.

Les Amours d’Agathe Sorlet explore toutes les nuances de l’amour : l’amour câlin, l’amour brûlant, l’amour sauvage, l’amour ami, l’amour coquin, l’amour de soi. Majoritairement en rouge et rose, le dessin, épuré et fin, à la fois très doux et tendre et très caliente par moments et j’ai adoré la manière dont les corps se serrent et se fondent l’un dans l’autre, dont les amoureux se touchent et s’embrassent.

Les deux univers sont différents, mais ces albums jumeaux se répondent tissent des liens avec une grande tendresse, et les regarder (il n’y a pas de texte : toutes les émotions passent exclusivement par l’image) un dimanche après-midi pluvieux, bien enroulé dans un plaid, est une joie absolue !

Les Amours
Agathe SORLET
Une Histoire d’Amour
Lorraine SORLET
Robert Laffont, 2020

En cuisine avec Kafka, de Tom Gauld

En cuisine avec Kafka, de Tom GauldJonathan (Franzen, NDLR) ! Nos responsables marketing et nouveaux médias ont élaboré de nouvelles stratégies multiplateformes novatrices pour promouvoir votre nouveau livre ! Je vous en fais part ?
— Non.

Tom Gauld travaille pour des journaux prestigieux comme le Guardian, le New York Times et mon préféré, le New Yorker (j’adore le New Yorker, je ne le lis pas souvent parce que c’est pénible à trouver et que je ne veux pas m’abonner car je n’aurai pas le temps de le lire toutes les semaines, mais j’aime bien l’acheter au kiosque saint Germain quand je suis à Paris).  Et j’adore ce qu’il fait. Aussi, je ne pouvais absolument pas passer à côté de ce recueil de ses dessins littéraires, opportunément signalé par une de mes amies sur Facebook (merci Nathalie) (d’ailleurs, beaucoup de ces dessins ont tourné pas mal sur le réseau dans le milieu des livromaniaques).

Des dessins donc dont le thème général est la vie littéraire, les livres et ceux qui les aiment, ainsi que la vie moderne.

C’est évidemment très très drôle, et surtout tellement vrai : à chaque page, on ne peut s’empêcher de s’exclamer « oh mais oui, c’est tout à fait ça ». Ajoutez à cela un dessin simple mais original et parfaitement reconnaissable, une tendance nette à l’ironie voire au sarcasme qui pointe avec une grande intelligence notre monde moderne, du nonsense typiquement anglais, et vous obtiendrez un véritable plaisir de lecture pour un après-midi tout triste d’automne (et un cadeau parfait pour quelqu’un qui aime les livres). Pour ma part, j’aime particulièrement les strips où il réécrit les œuvres du passé à l’heure des réseaux sociaux, mais aussi celles mettant en scène l’écrivain au travail, mais aussi… bon, ok, j’aime tout de ces dessins : quelle que soit la situation livresque à laquelle vous êtes confronté (départ en vacances avec une valise pleine de livres, ouvrage disparu, classement de la bibliothèque), vous trouverez un dessin l’illustrant.

Donc : si vous aimez les livres, les livres qui parlent des livres, de leurs auteurs, de leurs lecteurs et de leurs personnages, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

En cuisine avec Kafka
Tom GAULD
Traduit de l’anglais par Eric Fontaine
2024 (c’est le nom de l’éditeur), 2017

Tout commence ici, de Meera Lee Patel

Tout commence iciQuand j’ai compris que je ne pouvais plus continuer à courir après une idée, un sentiment ou un avenir invisibles, j’ai commencé à entreprendre le travail le plus difficile qui accompagne l’introspection. J’ai dépouillé mon être afin de découvrir qui j’étais vraiment, ce qui était le plus important pour moi et ce que je voulais cultiver dans ma vie.

Γνῶθι σεαυτόν, « Connais-toi toi-même » dit Socrate. Et, de fait, il faut bien savoir qui on est, pour savoir où on veut aller.

C’est, justement, ce que propose ce superbe petit livre : partir à la recherche de soi. Chaque double page s’ouvre sur une citation, magnifiquement illustrée, qui constitue une « leçon de vie », et un exercice associé : un dessin, un tableau, une liste, qui obligent à se poser des question sur soi et le monde, le chemin que l’on veut suivre, ce dont on ne veut plus.

Je ne suis pas toujours adepte des ouvrages de développement personnel, et celui-ci m’a avant tout attirée parce qu’il est avant tout un sublime objet, très Flow dans l’esthétique, et aussi dans l’esprit d’ailleurs. Ce n’est qu’après que je me suis prise au jeu des exercices, d’autant qu’étant en pleine phase de questionnement existentiel (encore que je sache parfaitement où je veux aller : c’est comment y aller qui me pose souci) je me suis dit que ça ne pouvait pas me faire de mal. De fait, soyons honnête, certains exercice m’ont semblé plus difficiles que d’autres, et certains ne m’ont pas du tout parlé. J’ai été étonnée, parfois : lorsqu’il s’agissait de faire la liste de ses dix plus grands rêves à réaliser, je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de mal à en trouver autant, alors même qu’on me reproche souvent de vouloir trop de choses. Bref : je n’ai pas eu de grandes révélations sur moi, mais j’ai quand même pris beaucoup de plaisir à le feuilleter et à faire certains des exercices.

Et puis, au risque de me répéter : il est vraiment magnifiquement illustré, et fera un très beau cadeau de Noël !

Tout commence ici. Chaque réponse est en toi
Meera Lee PATEL
Traduit de l’anglais par Julie Groleau
Le livre de poche, 2016

Lu par Leiloona

Be Hype. La mode en réseaux, d’Isabelle Oziol de Pignol

Be HypeDis-moi ce que tu portes, je te dirai qui tu es…

Avant, la mode était prescrite par les grands couturiers, et leurs prêtresses étaient les rédactrices de mode des grands magazines. Aujourd’hui, tout le monde peut devenir une icône du style, grâce aux blogs, aux réseaux sociaux et notamment à Instagram, aux selfies et aux magazines branchés qui accordent une large place à ceux dont le métier n’est pas la mode, mais dont on a envie de copier le style, que ce ce soit le style vestimentaire ou plus généralement le style de vie (lifestyle comme on dit en bon français, et c’est d’ailleurs sous cette catégorie que je classe ce livre).

Dans cet ouvrage, Isabelle Oziol de Pignol, styliste, illustratrice et blogueuse, croque avec tendresse et dérision ceux qui font la mode aujourd’hui : le boulanger star, la cuisinière blogueuse, la maman blogueuse, l’entrepreneuse stylée, le rappeur arty, la galeriste minimaliste ou fashion, les barbus, la famille modèle, la fille de…

Quelques mots qui font mouche et dressent un portrait court et efficace du personnage, qui est plus un type qu’une personne réelle (même si inspiré de), des dessins plein de talent et de vie le mettant en scène, avec son histoire, son univers (métier, style de vie, déco) : un inventaire assez complet des nouvelles icônes de la hype, souvent drôle, et dans lequel tous les adeptes du style se retrouveront à un moment ou un autre (j’avoue : l’obsédée du style droguée aux réseaux sociaux que je suis s’est assez souvent reconnue dans un trait ou un autre, même si finalement je n’entre précisément dans aucune catégorie). Une sorte de Caractères 2.0, qui se feuillette avec beaucoup de plaisir et va rejoindre prestement les livres consacrés au style sur ma table basse !

Be Hype. La mode en réseaux
Isabelle OZIOL DE PIGNOL
La Martinière, 2016

Paris sketchbook, de Jason Brooks

ParisJ’aime énormément le travail de Jason Brooks, et notamment ses silhouettes féminines, qui incarnent le summum du chic et du glamour, et correspondent totalement à mon univers. Normal, me direz-vous, il est illustrateur de mode, et a notamment travaillé pour le Vogue britannique. Mais il ne dessine pas que des femmes, il laisse aussi son crayon immortaliser les choses vues en voyage. Comme j’adorerais le faire si je savais dessiner, ce qui n’est pas du tout le cas…

Ce beau livre est consacré à Paris, que l’auteur a visité à de nombreuses reprises et dont il est tombé amoureux, ce qui se sent dans la manière dont il croque l’art de vivre, l’architecture, les boutiques, les habitants, la vie culturelle et artistique, la nuit.

C’est un sketchbook, dans lequel l’auteur cherche à capter l’esprit de Paris, grâce à une foultitude de détails qui montrent qu’il a tout compris. Les dessins vont de l’esquisse au véritable tableau, sur des supports variés : photographies de carnets, dessin effectué sur les pages d’un vieux dictionnaire, découpe de silhouettes de monuments en aluminium, collages, le tout avec un talent époustouflant. Un Paris de carte-postale certes, mais un Paris magique, comme on l’aime.

On encadrerait volontiers certaines pages pour les accrocher au mur. Pour ma part, je vais mettre cet ouvrage sur ma table basse, pour pouvoir le feuilleter à loisir (et me procurer très vite le sketchbook qu’il a réalisé de Londres !)

Paris sketchbook
Jason BROOKS
Larousse, 2013

De l’art d’être bobo

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Le bobo s’est acheté un appareil photo dernier cri.
Il se prend pour Robert Doisneau depuis.

Je ne l’ai jamais caché : je suis une bobo parfaitement assumée, qui a une grande tendresse pour ses congénères, et qui aime d’amour le Cap-Ferret, comme tout vrai bobo. C’est donc avec beaucoup de curiosité que j’ai découvert ce petit album qui vient de paraître au cherche-midi et que j’ai lu d’une traite dans le train…

Le principe est de mettre en regard une illustration et une maxime concernant la vie quotidienne du bobo, de son allergie aux « beaufs » à sa haine des étiquettes que l’on colle aux gens, en passant par son amour pour la flânerie, sa décoration Ikea, sa vénération des films d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ou encore son admiration pour Michel Foucault. Entre autres.

Léger, pétillant, plein d’humour et d’autodérision, ce petit livre est bien sûr plein de clichés, mais c’est pour mieux nous faire rire, mon enfant. Le principe est que, finalement, « on a tous quelque chose de bobo en nous », ce que ne peut que confirmer ce petit voyage à boboland : au fil des pages, on se reconnaît, souvent dans mon cas, ou pas (cela arrive sur certains points).  Car être bobo, c’est tout un art, et comme toute oeuvre d’art, chaque bobo est unique, pétri de contradiction et de principes, mais tellement amusant…

De l’art d’être bobo
Clara et Florence BAMBERGER
Cherche-midi, 2013

Et pour vous immerger dans l’univers du bob, c’est par ici : CLIC