Instantané #115 (un herbier)

J’adore ramasser des trucs dans la nature : des bouts de bois, des pommes de pin, de l’écorce, de la mousse, des feuilles, et des fleurs que je fais sécher. J’ai comme ça dans mon salon tout un « panier nature » avec le fruit de mes récoltes, mais pour les feuilles et les fleurs, ça n’allait pas. Je me suis donc retrouvée dernièrement avec plein de fleurs et pétales que je pensais utiliser sur mes pages de carnet poétique (je l’ai déjà fait : ça change, c’est joli). Et tout cela s’est retrouvé sur ma table-atelier, et ça formait un tellement joli tableau que je me suis dit que tiens, j’allais essayer de confectionner un cadre-herbier : cela tombait bien, en plus de tout le matériel nécessaire, j’avais aussi du temps. Et j’ai beaucoup aimé cette activité méditative et minutieuse. Je referai.

Quant au résultat, j’ai trouvé ça vraiment joli et poétique, et j’ai décidé de le mettre dans mon bureau, ce qui m’a obligée à réorganiser un peu cet espace (mais ce n’est pas plus mal, je voulais aussi mettre un peu plus en valeur les bouteilles avec les fleurs séchées) (le ballon « love » lui est là depuis deux ans et truc miraculeux : il ne se dégonfle absolument pas). Et je suis pleinement satisfaite !

Réaménagement du bureau
Réaménagement du bureau

Instantané #107 (juste quelque chose de joli)

L’autre jour en me promenant dans la forêt derrière la location, j’avais ramassé quelques petites fleurs et une fougère, que j’avais mises à sécher dans le livre que je venais de terminer. Je les ai retrouvées en rangeant le livre dans la bibliothèque. Et j’ai trouvé ça à la fois poétique et ravissant, rempli d’une joli nostalgie. J’ai pris la photo, et je les ai remises en place, dans l’espoir d’oublier qu’elles sont là et de, peut-être, avoir la délicieuse surprise de les retomber dessus par hasard, un jour. A moins que je ne change d’avis et que je les mette dans un carnet, comme un herbier.

Et vous, vous faites ça, de mettre des fleurs à sécher dans les pages des livres que vous lisez ?

Botaniste, de Marc Jeanson et Charlotte Fauve : histoire naturelle

Tout est encore à faire, ou plutôt à refaire. Il s’agit toujours de recenser l’exceptionnel, mais aussi de le retrouver, ou du moins de décrire ce qu’il en reste. L’exploration est devenue perpétuelle, nous revenons sur nos pas, sur ceux de Saint-Hilaire, sur ceux de Poivre ou d’Adanson, à la recherche de ce que nous craignons avoir perdu. Beaucoup des forêts originelles ont été détruites, beaucoup d’espèces, de paysages ont disparu. La constitution de grands ensembles protégés, de parcs nationaux ne suffit plus : fragments, résidus, cela peut paraître bien maigre par rapport à ce qui a existé. Mais dans une poche de verdure peut se cacher une grande richesse végétale, et c’est là que l’exploration, à nouveau, redevient difficile, dans ces reliquats préservés, perchés au sommet de massifs abrupts, dans les canyons inaccessibles. 

Il y a quelque temps, Anne-Solange Tardy avait parlé de ce récit dans sa merveilleuse « Pochette Surprise » (c’est sa newsletter, pleine de poésie : si vous ne connaissez pas allez vite vous abonner, c’est une bouffée d’oxygène hebdomadaire) et, comme je suis dans ma période végétale, je me suis dit que ça avait tout pour me passionner. Et j’avais raison !

Marc Jeanson est le responsable de l’herbier du Muséum national d’histoire naturelle (je ne sais pas si ce lieu se visite, mais ce doit être absolument émerveillant). Grâce à la plume délicate de Charlotte Fauve, il tisse subtilement un récit personnel, dans lequel il nous raconte son propre parcours de botaniste, et l’histoire de la discipline et de ses héros, autour de l’Herbier.

Un ouvrage poétique et lumineux, d’où jaillit tout un monde de profusion sensorielle : des goûts, des couleurs, des odeurs, des textures, des formes d’une richesse inouïe sortent des pages et s’emparent du lecteur et le prennent par la main pour le mener dans les pas des pionniers de la discipline : Adanson, Poivre, Lamarck, Linné (qui a découvert que les plantes avaient une vie sexuelle), Saint-Hilaire. Un monde de voyages et d’exotisme, parfois dangereux, où le hasard se fait nécessité pour découvrir, collecter, classer, préserver, faire renaître, nommer comme Adam dans le jardin d’Eden, ce qu’on appelle « inventer » : quel bonheur de parcourir ces pages, de se perdre dans le foisonnement de l’Herbier qui est à l’image du foisonnement du vivant, d’aller de découverte en découverte — et se dire qu’il y en a encore tant à découvrir. Et que nous sommes bien petits dans l’immensité de cette biodiversité à préserver !

Bref un vrai coup de cœur pour ce récit : moi qui aime tant me promener dans les jardins botaniques, celui de Paris, celui de Milan, celui d’Orléans mais qui ne peut pas trop le faire en ces saisons intérieures, moi qui aime tant ramasser feuilles mortes et fleurettes pour les mettre dans un cahier qui n’est pas vraiment un herbier mais un peu quand même, bref, moi qui suis de plus en plus sensible à la poésie du végétal, j’ai aimé à la folie ce récit qui fera un parfait cadeau de Noël pour un de vos proches passionné par les plantes, ou pour vous évidemment ! Mon seul regret : peut-être que cela aurait mérité un cahier photos…

Botaniste
Marc JEANSON et Charlotte FAUVE
Grasset, 2019