Un été avec Homère, de Sylvain Tesson : le goût de la Méditerranée

L’homme grec se contente du réel. Homère développera cet axiome. Il fécondera la philosophie grecque. Pensée forte et simple : la vie est courte, des choses sont là, offertes dans le soleil, il faut les goûter, en jouir et les vénérer sans rien attendre de demain, fable de charlatan. Cet imperium de se satisfaire du monde a été sublimement chanté dans Noces de Camus. L’écrivain, sur le sol algérien, apprend, sous « un ciel mêlé de larmes et de soleil », à « consentir à la terre ». Oui, la vie pour le Grec antique est un contrat de mariage avec le monde. On prononce l’alliance, aussitôt né sur la Terre, pour le meilleur et pour le pire. 

Habituellement, ce qu’écrit Sylvain Tesson ne m’attire pas plus que ça, et d’ailleurs je n’avais jusqu’à présent jamais rien lu de lui (que ses adeptes ne me lancent pas de cailloux : je n’ai rien contre lui, c’est juste que ses thèmes habituels, le grand air et l’aventure, ce n’est pas mon truc). Mais ce recueil, dans la série Un été avec… diffusé l’été dernier sur France Inter, je voulais absolument le lire, parce qu’Homère, la Grèce, la Méditerranée (qui me fascine bien que je sois plutôt une fille de l’Atlantique).

En courts chapitres/épisodes, Sylvain Tesson nous raconte son Iliade et son Odyssée, les thèmes, et ce que ces textes fondateurs de notre culture suscitent en lui.

Et c’est un bonheur de lecture, d’une grande poésie et d’une sensualité débordante : la lumière, les sons, les odeurs, le texte de Sylvain Tesson nous plonge aux sources même de la littérature et de la vie, de la pensée grecque et du paganisme. L’héroïsme, les femmes et l’amour, la mort, les dieux, le destin et le libre-arbitre, l’hubris, la violence et la guerre : ce qu’il nous montre de manière magistrale, c’est ce qu’Homère nous dit à nous, humains du XXIe siècle, par-delà l’histoire. Une pensée vive qui jaillit, celle de la lumière. Une philosophie de vie qui nous invite à accueillir le monde dans sa plénitude, à vivre dans le réel et non à espérer un quelconque au-delà : certaines de ses analyses m’ont d’ailleurs rappelé un chapitre du Royaume d’Emmanuel Carrère, et encore une fois, à cette lecture, je me suis sentie très grecque et très païenne.

Un ouvrage vibrant, lumineux, par moment inégal mais que je conseille néanmoins sans réserves. Il donne envie, comme l’auteur pour l’écrire, d’aller se ressourcer aux origines du monde dans les Cyclades, ou à défaut de se replonger dans les épopées homériques !

Un été avec Homère
Sylvain TESSON
Équateurs/France Inter, 2018

Splendide journée, d’Amanda Michalopoulou

Splendide journée, d'Amanda MichalopoulouJ’ai tiré une chaise et me suis assise. Je me souvenais de ce qu’il avait dit dans la soirée, sur l’estrade, de ce que je devais traduire en allemand. « Le regard du poète absorbe et transmue le monde. Et le monde, le monde que nous connaissons, cède devant le monde du poète ».

Encore un recueil de nouvelles grecques. Comme Kiki Dimoula, Amanda Michalopoulou est très célèbre en Grèce, mais son oeuvre (7 romans, 3 recueils de nouvelles et plusieurs textes pour la jeunesse), traduite en quatorze langues et plusieurs fois primée, n’est malheureusement pas très connue en France.

La publication qui prend ici le titre de Splendide journée est essentiellement constituée de nouvelles tirées d’un recueil qui porte le même titre, et a été primé en 2013 par l’Académie d’Athènes, auxquelles s’ajoutent d’autres nouvelles. Des textes dans l’ensemble réaliste, qui mettent en scène des personnages qui n’ont rien d’extraordinaire, mais où surgit, parfois, le fantastique.

Cosmopolite, l’ouvrage nous fait voyager, non seulement en Grèce, mais aussi plusieurs fois à Berlin, en Suède, aux Etats-Unis ou encore en Chine, endroits où sont installés les personnages de ces histoires, la plupart du temps des artistes : écrivains, poètes, peintres, sculpteurs, musiciens, cinéastes, plus généralement intellectuels, critiques ou universitaires, ce qui donne à l’ensemble un regard particulier sur le monde, même si souvent ce qui leur arrive pourrait arriver à n’importe qui : des histoires de familles, d’amour et de mort, d’amitié parfois ; la situation tragique de la Grèce contemporaine est souvent abordée, avec beaucoup de délicatesse. J’ai beaucoup aimé ces nouvelles, qui m’ont beaucoup touchée de par, justement, ce regard poétique sur le monde, et je trouve dommage que l’auteure ne soit pas plus connue dans notre pays : réparons cette erreur !

Splendide journée
Amanda MICHALOPOULOU
Traduit du grec par Simone Taillefer et Michel Volkovitch
Monemvassia, 2017

Hors Programme, de Kiki Dimoula

Hors Programme, de Kiki DimoulaJ’en connais un rayon sur ce grand monsieur qu’on appelle bonheur. Il me tape sur les nerfs avec tout ce qu’il soutient pour se justifier de m’avoir posé des lapins. Que soi-disant il est venu mais que moi j’avais l’esprit à ceci ou cela, tandis que lui m’attendait à ceci ou cela, et me les ayant fixées il m’attendait à des choses qui ne pouvaient se produire précisément là où j’avais l’esprit. Et c’était, dit-il, la raison pour laquelle j’étais passée à côté. Une autre fois il prétend qu’il est venu, qu’il est resté en dehors des histoires où j’étais déjà entrée, il avait envie de sauter par la fenêtre pour entrer, mais ma méfiance était si surélevée qu’il n’a pas osé. Autre excuse tirée par les cheveux : que j’ai frappé trop doucement à sa porte et il ne m’a pas entendue ou bien j’ai frappé trop fort, il a eu peur et n’a pas ouvert, et aussi, quel menteur mon Dieu, que j’ai frappé par erreur à la porte d’à côté et, voyant que je tardais, il en a conclu que mon erreur avait tourné à mon avantage et n’a pas voulu la réparer.

J’ai lu Homère, Sophocle, Eschyle, Euripide, Aristote, Platon… mais la littérature grecque moderne, c’est un euphémisme de dire que je n’y connais rien, à part un peu Cavafy et Nikos Kazantsakis. Pourtant, elle regorge de pépites. Faire découvrir cette littérature qui peine du reste à trouver des éditeurs en France, même lorsqu’il s’agit d’auteurs très connus dans leur pays, c’est la mission que s’est donnée Simone Taillefer avec les éditions Monemvassia, au sein desquelles elle assure pour l’instant toutes les tâches, afin que les lecteurs français puissent connaître ces auteurs, comme Kiki Dimoula qui, à 85 ans, est une véritable icône dans son pays, que les gens reconnaissent dans la rue et à qui ils demandent des autographes. Plusieurs de ses recueils de poèmes sont traduits en français : entre autres Le peu du monde et Je te salue jamais chez Gallimard, traduits par Michel Volkovitch. Mais son unique recueil de prose ne l’était pas. C’est désormais chose faite.

Hors Programme est un ensemble de 43 très courtes nouvelles précédées d’un « épilogue », ce qui peut étonner mais justement l’auteure y justifie le choix de ce terme en lieu et place de l’attendu « prologue ». Ces textes ont été écrits pour une revue dans les années 60, mais elle a accepté de les publier à part seulement en 2002, tant ils constituent un hapax dans sa production littéraire exclusivement consacrée à la poésie.

Et pourtant, de la poésie, il n’en manque pas dans ces microfictions où la vie est saisie dans ses petits instants. La mémoire, la famille, la mort, tels sont les motifs qui dominent tout le recueil, motifs universels vus ici dans les yeux d’une narratrice toujours un peu la même, toujours un peu une autre. Des personnages simples, dont la vie n’a vie n’a rien d’exceptionnel, mais qui, l’espace de quelques lignes, traversent la notre.

Une belle découverte, une lecture très intéressante, même si j’ai été assez surprise, finalement, par la quasi-absence de référents mythologiques : moi dont la vision du monde est totalement imprégnée de l’esprit des anciens grecs, je pensais que ce ne pouvait être qu’encore plus le cas pour quelqu’un qui vit dans ce pays. Et bien, pas forcément ! En tout cas, je ne peux que vous inviter à le découvrir à votre tour !

Hors Programme
Kiki DIMOULA
Traduit du grec par Simone Taillefer
Monemvassia, 2016

Croire au merveilleux, de Christophe Ono-dit-Biot

Croire au merveilleux de Christophe Ono-dit-BiotPlus les années passent, plus j’ai l’impression d’être le dernier de mon espèce. A me brancher à la source antique, à avoir en tête les histoires de Thésée et d’Achille, à en tirer un usage pour aujourd’hui. Les histoires de kaïros, la culture du monde ancien. L’humanisme. Les mythes. Je l’avais ressenti profondément, dernièrement, à la mort d’Umberto Eco. Qui allait désormais nous parler avec une telle gourmandise du plaisir que peut donner une traduction, le décodage d’un récit surgi des temps anciens et qui nous parlait quand même ? De la poésie de Pindare, ce soleil en mots, qui donnait tant de force ? De l’énergie et des couleurs que cela avait communiqué à nos veines d’enfants qui deviendraient des hommes ? […] Ça aidait quand même à vivre, tout ça, non ? A s’ouvrir à l’autre.

J’ai fait du latin, mais malheureusement, je n’ai jamais eu l’occasion d’apprendre le grec : dans les établissements que j’ai fréquentés, ce n’était pas proposé. Néanmoins, depuis toujours, je me suis abreuvée à la source des mythes et de la vision du monde des grecs, qui m’a toujours semblée beaucoup plus intéressante, vivante et parlante que le judeo-christianisme, qui a glissé sur moi comme l’eau sur les plumes du canard. Je le dis souvent, d’ailleurs, à moitié plaisantant, mais à moitié sérieuse quand même : je suis païenne, et c’est à Zeus, Athéna et à Aphrodite que je voue un culte. Surtout Aphrodite, d’ailleurs.

Me voilà donc un point commun avec Christophe Ono-dit-Biot, et il était évident que ce roman, au titre si beau et au sujet qui me parle tant, ne pouvait pas m’échapper, d’autant que j’avais été profondément émue par Plonger, dont il est une sorte de suite.

Paz est morte depuis deux ans, et César ne s’en remet pas, tourmenté par la question de savoir si elle comptait revenir après son voyage ou si elle ne les aimait plus, lui et Hector. Il a mal, elle lui manque, et il a peur de ne pas être un bon père pour leur petit garçon. Alors, César décide de mourir. Mais son projet est interrompu par Nana, qui sonne chez lui en prétextant avoir oublié ses clés. Sa nouvelle voisine ? César est sûr de ne jamais l’avoir croisée dans l’immeuble. Mais peut-être ailleurs.

Solaire et lumineux même s’il fait aussi pleurer, Croire au merveilleux est un roman d’une sensualité et d’une beauté bouleversantes, tissé de symboles et de métaphores. On y retrouve la tension entre éros et thanatos qui constituait déjà l’architecture de Plonger, ainsi que le motif aquatique, à la fois source de vie et de mort. Comme Ulysse, César voyage autour de la méditerranée, cherchant son Ithaque et sa Pénélope, de la grotte de Calypso au chant des sirènes. Son récit est envoûtant, porteur d’une vision du monde nourrie d’antiquité : la Grèce, pas tant celle de la tragédie pour une fois que celle des mythes et des dieux, Zeus, Athéna, Aphrodite et Mars, une vision du monde d’où jaillit la vie, école de la chair et de la liberté. Le roman opère un retour à notre véritable source : celle du paganisme. L’enterrement du monothéisme. L’amour qui bouleverse tout.

Un roman émerveillant, qui parle à l’âme et met des étoiles dans les yeux lorsque tout, finalement, s’éclaire.

Parce que moi, j’ai envie d’y croire, que la magie n’a pas déserté le monde, et que les histoires qui nous berçaient, enfants, et qui ont fait de nous ce que nous sommes, peuvent encore nous sauver aujourd’hui.

Un énorme coup de coeur ! Il a conquis également Leiloona !

Croire au merveilleux
Christophe ONO-DIT-BIOT
Gallimard, 2017

La Naissance du sentiment, de Jean-François Kervéan

La naissance du sentimentNous sommes avant Socrate, Platon et Aristote, dans l’Archaïsme présocratique. Une nouvelle guerre se prépare avec ce vague empire du Proche-Orient qui se prétend maître du monde — mais les Hellènes lèvent rarement le nez de leur nombril. Enfin, il y a un mystère : la Grèce est un pays pensant, petite humanité d’idées radicalement neuves. Sept sages y propagent la première philosophie d’Occident. Raisonneurs et chamailleurs, les Grecs sont également épris d’harmonie. Soucieux des Lois, ils se défient par la langue autant que par la castagne. 

Après Animarex qui nous faisait pénétrer dans l’âme du Roi, le nouveau roman de Jean-François Kervéan nous invite à Sparte, à l’aube de la deuxième guerre Médique, dont on dit qu’elle est le point de rupture entre l’Orient et l’Occident — celle-là même qui est le sujet des Perses d’Eschyle.

Sparte, Ve siècle avant notre ère. Lorsque son mari meurt à la guerre, Gorgophonée Carthas est enceinte, et l’enfant qui naît ne devrait pas vivre selon les lois de la Cité qui élimine sans pitié les faibles : pris de fréquentes crises d’étouffement, Aphranax parvient pourtant, en grandissant, à devenir un vaillant soldat, grâce à sa mère qui l’aide à cacher sa maladie, mue par un sentiment maternel pourtant interdit.

Léger, primesautier, teinté d’humour et de burlesque, ce roman est de ceux qui permettent de passer un excellent moment de lecture, tout en nous apprenant beaucoup de choses : l’histoire grecque, la démocratie, et cette cité spartiate dont on a retenu le nom pour un modèle de chaussures et pour désigner un mode de vie austère et rudimentaire. Il faut dire que la description des coutumes locales a de quoi faire penser sur de nombreux points à la pire des dystopies, dans la manière dont sont éliminés les faibles et élevés les enfants, et dans leur conception très personnelle de l’égalité — tout au plus peut-on les créditer d’une manière de considérer les femmes plutôt moins désastreuse qu’ailleurs.

Mais tout divertissant et instructif soit-il, et c’est déjà beaucoup, le véritable intérêt de ce roman est le miroir qu’il tend à notre propre époque, et la réflexion profonde sur les civilisations qu’il nous propose. Dans ses Perses, Eschyle oppose la démesure pleine d’hybris de l’Empire Perse et de son roi Xerxès à la mesure et à l’ordre Grec. Je l’ai dit, cette pièce est considérée par beaucoup comme le point de rupture à partir duquel on assiste à une nette opposition, dans la pensée, entre la civilisation occidentale et la civilisation orientale, l’Europe et l’Asie — opposition concrétisée par le rêve de la mère de Xerxès : Deux femmes, bien mises, ont semblé s’offrir à mes yeux, l’une parée de la robe perse, l’autre vêtue en Dorienne, toutes deux surpassant de beaucoup les femmes d’aujourd’hui, aussi bien par leur taille que par leur beauté sans tache. Quoique sœurs du même sang, elles habitaient deux patries, l’une la Grèce, dont le sort l’avait lotie, l’autre la terre barbare. Il me semblait qu’elles menaient quelque querelle et que mon fils, s’en étant aperçu, cherchait à les contenir et à les calmer — cependant qu’il les attelle à son char et leur met le harnais sur la nuque. Et l’une alors de tirer vanité de cet accoutrement et d’offrir une bouche toute docile aux rênes, tandis que l’autre trépignait, puis, soudain, de ses mains met en pièces le harnais qui la lie au char, l’entraîne de vive force en dépit du mors, brise enfin le joug en deux. 

Finalement, les choses n’ont pas tant changé que ça !

La Naissance du sentiment
Jean-François KERVÉAN
Robert Laffont, 2017

Quatre murs, de Kéthévane Davrichewy

Quatre mursC’est la première fois qu’ils sont réunis depuis la mort de leur père. Sans leurs enfants, conjoints ou amis. Son absence les enveloppe comme une présence. Ils se tournent enfin vers la cabane que leur père a bâtie de ses mains, planche par planche, ils avaient ramassé le bois, les branches. Ils voudraient se parler mais ne trouvent rien à dire. Ils sont trop fatigués pour les banalités d’usage.

Un roman que j’avais repéré à sa sortie, parce que pour moi qui suis fille unique les rapports entre frères et sœurs sont totalement mystérieux. Mais j’ai sagement attendu qu’il soit disponible en poche…

Ils sont quatre. Saul, l’aîné, l’intello de la famille que sa culture et sa bonne situation ont fini par mettre à l’écart, mais qui a décidé de changer de voie. Hélène qui semble avoir tout sacrifié pour sa carrière brillante. Elias et Rena, les jumeaux, les petits que tout le monde a toujours protégés.

Dans le prologue, ils sont réunis autour de la mère : le père est décédé, la maison familiale a été vendue et se pose la question de l’argent, qui bien sûr suscite les tensions. Ensuite, ils prennent la parole chacun à leur tout : deux ans plus tard, ils ne se parlent plus du tout mais sont sur le point de se retrouver en Grèce. Tour à tour, ils vont apporter les pièces qui nous permettront de comprendre comment des frères et sœurs peuvent devenir de parfaits étrangers les uns pour les autres.

Très sensible et pudique, le récit creuse dans l’intime et les non-dits, les sentiments complexes et ambivalents, l’amour et la jalousie. Petit à petit, grâce à une narration parfaitement maîtrisée ou chacun apporte sa vision des choses qui complète celle des autres, les pièces s’assemblent et la vérité se devine. C’est vraiment un travail de précision, d’orfèvre auquel se livre Kéthévane Davrichewi qui parvent à merveille à rendre les plus petites émotions.

C’est un roman court, percutant, très beau, à ne pas manquer !

Quatre murs
Kéthévane DAVRICHEWY
Sabine Wespieser, 2014 (10/18, 2015)

On aurait dit une femme couchée sur le dos, de Corine Jamar

On aurait dit une femme couchée sur le dosCe n’est peut-être pas un hasard si c’est en Crète, qui a donné naissance à tant de tragédies, que ma mère a décidé de vivre.

Une plage crétoise. Une petite cantine pour touristes qui, après des début difficiles, jouit d’un certain succès. Un mari beau à se damner, fier et aimant. Cela ressemble au bonheur, pour Samira. Mais, telles les Erinyes, le poids du passé pèse sur elle.

Voilà un roman qui donne tout simplement envie de sauter dans le premier avion en partance pour Héraklion (ou, plus économique, de revoir Zorba le Grec). Surtout quand on le lit tranquillement sur son hamac et qu’on se prend une averse sur la tête*. Le soleil, la mer, les rochers, tout cela donne bien une idée du paradis, surtout que l’écriture subtile de Corine Jamar nous permet d’accéder à tout un univers sensoriel : les bruits, les couleurs, les odeurs, les goûts, tout est décrit au point que l’on a l’impression d’y être. Mais là n’est pas le seul intérêt du roman : l’auteur choisit un lieu chargé de contrastes, terre où se rencontrent les traditions et la modernité, et met en place un récit qui, imprégné de mythes et déployant les procédés de la tragédie grecque, nous parle du monde d’aujourd’hui, et d’une femme d’aujourd’hui, qui cherche à faire la paix avec elle-même et avec son passé. Samira est vraiment un personnage touchant, avec ses failles et ses forces, ses interrogations et ses doutes, ses espoirs et ses peurs. A ses côtés, toute une galerie d’autres personnages forts donnent au roman une vraie présence, et permettent d’aborder des thèmes centraux comme l’amour, l’amitié ou la famille.

Une très jolie découverte donc que ce roman à la fois léger et profond !

Lu par Paikane

On aurait dit une femme couchée sur le dos
Corine JAMAR
Castor Astral, 2014

challengerl20148/12
By Hérisson

* Du coup je considère que même si ça n’a pas été filmé, vu le nombre d’averses que je me suis prises cet été, j’ai participé au Ice Bucket challenge !