Instantané #124 (Solstice)

Comme tous les ans, lundi soir, pour le solstice d’hiver, j’ai fait mon petit rituel de passage d’une année à l’autre : relire mes gratitudes de l’année et remplir mon YearCompass, le tout avec du champagne, de bonnes choses et beaucoup de lumière. Et vraiment, ça fait un bien fou de faire le bilan de l’année qui s’achève (nous en reparlerons jeudi, de ce bilan), la refermer, et planifier celle qui vient, l’accueillir : mieux savoir ce qu’on veut, c’est déjà un pas vers l’épanouissement (d’autant que nous sommes officiellement entrés dans l’ère du Verseau avec la Grande Conjonction Saturne-Jupiter) !

Trouver ce qui nous convient…

L’autre jour, pour mon nouveau projet, je réfléchissais aux différents outils de « développement personnel » (je n’arrive décidément pas à aimer cette expression), à la spiritualité. Parce que j’étais agacée sur certaines choses, et sur certaines remarques, à la fois de certains « gourous » et de certains détracteurs du truc. Et j’en suis arrivée à la conclusion qu’il n’y a pas de recette miracle. S’il y en avait, ça se saurait et tout le monde les utiliserait. Enfin, il me semble. Et que donc, chacun doit trouver son propre fonctionnement, ce qui lui convient à lui. Ce qui paraît une évidence dit comme ça, mais qui ne l’est pas tant que ça.

L’idée de base du développement personnel, et de la psychologie positive, c’est de s’interroger sur ce qui fait que nous allons bien, sur les habitudes qui pourraient nous aider à être heureux. Sauf que ce sont des propositions, pas des obligations, pour la simple et bonne raison que nous sommes tous différents, et que ce dont nous avons besoin pour être heureux diffère, à part quelques ingrédients qui reviennent d’une personne à l’autre. Et là est le malentendu : penser qu’il suffit d’appliquer certains principes pour que sa vie change instantanément, et comme ce n’est pas le cas, culpabiliser et être en colère.

Prenons la méditation, outil ô combien vanté par des milliers de personnes : et bien à part la méditation de l’amour bienveillant (et encore, je ne fais plus comme ça) et 5 minutes de cohérence cardiaque avant de m’endormir, la méditation ça me soûle, je m’ennuie, je ne vois strictement pas ce que ça m’apporterait, de toute façon je n’arrive absolument pas à visualiser quoi que ce soit ; par contre, écrire, peindre, me promener dans la nature, je trouve que c’est une forme de méditation — qui me fait vraiment du bien. Donc même la méditation que tant de gens mettent en avant n’est pas un outil pour tout le monde, et qu’il ne sert donc à rien de vouloir que tout le monde se mette à méditer (et surtout : de faire culpabiliser ceux qui n’y arrivent pas, que ça gonfle et qui se disent qu’ils ont un problème). Idem avec la nourriture et certains régimes qui virent tellement à l’orthorexie pathologique que je me demande bien où il y a de la joie, du plaisir de manger. Or, cuisiner, manger est une de mes joies : devrais-je m’en priver, ne me nourrir que de choses que je trouve tristes, sous prétexte que ce qui m’apporte de la joie n’est pas très sain ? Et bien non.

Car, s’il y a un outil miracle, c’est ça : les émotions positives. La joie, l’amour. Ce doit être notre seul guide. Si ça ne vous procure pas de joie, c’est que ce n’est pas pour vous. Par exemple, le journal de gratitude ou la happiness jar : si on fait sa liste de gratitudes automatiquement comme on ferait une liste de courses ou comme un enfant que l’on oblige à remercier, ça n’a strictement aucun intérêt, l’intérêt est de ressentir une émotion, de la revivre telle qu’on l’a vécue (par exemple mon émerveillement ce matin en allant faire mes courses et en passant sous les troènes dont l’odeur m’a ravie : en l’écrivant je ressens à nouveau la joie d’enfouir mon nez dans les fleurs (ce qui a eu pour effet de bien faire rire les gens, du coup ça leur a procuré de la joie à eux aussi alors tant mieux), ou mon bouquet de fleurs aux couleurs merveilleuses).

Alors écoutez-vous, vous, pas les autres, même s’ils vous disent que vous devez faire ci ou ça (enfin, vous pouvez écouter et essayer, bien sûr, y réfléchir, mais en sachant que peut-être ce n’est pas pour vous). Ecoutez votre joie, ce que vous aimez, ce qui vous fait vibrer car c’est votre âme qui parle. C’est la seule recette miracle !

Instantané #100 (juste quelque chose de joli)

Pour mon challenge photo, jeudi il fallait que je photographie des coquillages. Et quel merveilleux moment j’ai passé à les assembler comme ça : je les ai toujours sous les yeux puisque certains sont dans un bocal dans la bibliothèque, d’autres dans une coupelle (en forme de coquille d’huître) dans l’entrée, d’autres dans mon bureau, d’autres dans un vase dans la chambre et… un peu partout en fait. Mais je ne prends jamais le temps de les sortir, de les toucher, de les contempler, de m’émerveiller de leur beauté, de leur diversité, de leur variété de formes, de tailles, de couleurs ! C’est pourtant ce que j’avais prévu en septembre en mettant ma moisson estivale dans le bocal : consacrer les saisons intérieures à l’inventaire de mes petits trésors. J’avais même acheté un livre. Mais voilà, les saisons intérieures sont passées, elles ont même eu une prolongation, j’ai fait mille choses, mais je n’ai pas consacré de temps à mes coquillages.

Alors, c’est ce que j’ai fait jeudi. Et c’est tellement apaisant, de les arranger comme ça en tableau d’art éphémère, une sorte de mandala ! Quelle joie, et quelle beauté ces petits bijoux façonnés par la mer ! Ça m’a remplie de gratitude !

Ce qui n’allait pas de soi…

C’est marrant, avec le déconfinement, j’ai l’impression que je profite mille fois plus de ces petites choses du quotidien dont j’ai été privée, et que j’aimais mais auxquelles je ne faisais pas plus attention que ça. Parce qu’elles allaient de soi. Alors que non.

Se promener tranquillement, voir ceux qu’on aime et passer un bon moment avec eux, prendre un verre en terrasse, s’asseoir dans un parc, manger une glace ou une gaufre au bord de l’eau, mettre une valise dans le coffre de la voiture pour aller en vacances, s’offrir un bouquet de fleurs, discuter sur un bout de trottoir… oui, toutes ces choses étaient agréables, mais en profitions-nous vraiment, lorsque nous les tenions pour acquises et ne pensions pas en être privés, un jour ?

En ce moment, j’ai l’impression de tout redécouvrir puissance mille. Partir en promenade, ce que je faisais un peu machinalement, éveille mes sens comme jamais. Mes pivoines, je passe mon temps à les regarder et à les respirer. Dans chacun de ces plaisirs dont j’ai été privé, je profite en étant pleinement là. D’autres, je ne me précipite pas pour les savourer. J’attends, j’anticipe : il paraît que les plaisirs différés sont les meilleurs et je ne voudrais pas être ivre tout de suite. Aller prendre un verre en terrasse par exemple je ne me suis pas précipitée, j’attends (cela dit, il pleut). Et lorsque je le ferai je profiterai de chaque seconde, de chaque sensation. Parce que non, cela ne va pas de soi, cette liberté.

Et cela finit même par concerner aussi ce dont je n’ai pas été privée : les couleurs et les saveurs de la nourriture, les couleurs du jardin et le chant des oiseaux, la joie de lire un bon livre…

Et c’était peut-être alors un mal pour un bien : apprendre à profiter de l’instant présent, je, ici, maintenant, dans une sorte d’épiphanie parfois, à vivre les choses en pleine conscience, et la gratitude.

Instantané #96 (juste quelque chose de joli)

Dimanche dernier en allant faire ma première promenade du dimanche depuis des semaines je suis passée devant cette maison. Et vous serez d’accord avec moi : quelle merveille ! Et je trouve qu’il y a, tout de même, une immense délicatesse à décorer comme ça devant chez soi, une participation active à rendre le monde plus beau, et une attention envers les passants. Leur apporter de la joie. Et oui : ces fleurs, finalement, ce sont les passants qui en profitent le plus. Et cette générosité esthétique, ça mérite de la gratitude, non ?

De la gratitude…

Ce n’est pas simplement une question de dire « merci », surtout si c’est automatique (par contre, envoyer une petite carte pour remercier quelqu’un précisément d’un service ou d’une invitation peut se faire) (ou applaudir à sa fenêtre). C’est plutôt, à nouveau, une question de vibrer plus haut, en se concentrant sur ce qui est positif : l’émotion de gratitude, qui se cultive, est l’une des plus hautes. Lister chaque soir dans un carnet les bons moments, les jolies choses, la joie, ou tout simplement (enfin, façon de parler) ce dont on ne se rend pas toujours compte tant on considère que ça va de soi : avoir un toit sur la tête et de la nourriture dans les placards. Etre en bonne santé, ainsi que ses proches. Etre en sécurité.

Je ne parle pas ici bien sûr de religion : il ne s’agit pas (nécessairement) d’être reconnaissant envers une entité précise. Non, il s’agit de la vie, et de soi : la gratitude, mine de rien, permet de se sentir mieux dans sa vie (en se concentrant sur ce qu’on a et qui nous rend joyeux), d’être plus optimiste, plus enthousiaste. Ça aide à aimer la vie. Et à y être attentif, puisqu’on regarde le monde autrement, y cherchant des sources d’émerveillement.

Je n’aurais pas écrit cela il y a quelques mois. Il y a quelques mois (j’avais écrit moi, et je trouve ce lapsus très amusant, parce qu’effectivement, c’est bien une question d’ego), j’aurais dit « oui ok mais bon, il me manque ça alors que les autres l’ont et c’est pas juste » (j’avoue, je le pense encore parfois). Et même il y a quelques semaines. Mais, hier, en discutant avec ma thérapeute, je me suis rendu compte que j’avais passé un véritable cap. Qu’il y a des choses que je disais mécaniquement, par exemple, parce que je les avais toujours pensées vraies, et que ce n’était plus du tout le cas, en fait (et c’est mieux pour moi, de me libérer de certaines pensées limitantes). Et rien que pour ça je suis reconnaissante.

En fait, j’ai commencé à travailler sur le sujet avec le Défi des 100 jours (en fait non, j’ai commencé avec la Happiness Jar, mais ce n’est pas quotidien, et les petits papiers concernent des choses plus précises : une soirée, un voyage, mais pas un joli nuage) : le bilan quotidien du défi consiste en partie à noter ce pourquoi on est reconnaissant, et c’était très difficile (vu la période à laquelle j’ai commencé ce défi). Une fois le défi achevé, j’ai continué le bilan, mais la gratitude, pfiou, je trouvais un truc sympa à noter (et encore certains jours j’envoyais tout ça bouler et basta !). Et puis c’est venu. Petit à petit, c’est devenu plus facile, plus évident, et encore une fois c’est un changement qui s’est fait sans que j’insiste : je ne veux pas dire que ça s’est fait tout seul, mais que ça s’est fait sans heurt.

Donc, un carnet de gratitude ? Il y en a des tout beaux, prêts à remplir et à personnaliser, avec des conseils. Mais on peut aussi le faire soi-même. Il n’y a d’ailleurs pas forcément besoin de fioritures, il suffit d’un carnet. Mais je me dis qu’ajouter des dessins et de belles images, ça ne peut que renforcer les effets positifs, genre journal poétique.

Alors, prêts à ouvrir un journal de gratitude ?

Les Gratitudes, de Delphine de Vigan : à qui dire merci ?

Vous êtes-vous déjà demandé combien de fois dans votre vie vous aviez réellement dit merci ? Un vrai merci. L’expression de votre gratitude, de votre reconnaissance, de votre dette.
A qui ?
Au professeur qui vous a guidé vers les livres ? Au jeune homme qui est intervenu le jour où vous avez été agressé dans la rue ? Au médecin qui vous a sauvé la vie ? 
A la vie elle-même ?

Cela peut sembler un peu paradoxal de parler de gratitude après le petit livre que je vous ai présenté hier, mais ce n’est qu’un hasard (enfin, je crois). De fait, je n’avais pas été plus convaincue que ça par le dernier roman de Delphine de Vigan, Les Loyautés, et si j’avais été logique (mais agir logiquement, ce n’est pas moi), attendu que celui-ci poursuit la réflexion sur les lois intimes qui nous gouvernent et la veine du « roman social » qui n’est pas mon truc, j’aurais passé mon tour. Mais voilà, encore une fois mon intuition a dit « sisi » et j’ai bien fait de l’écouter…

Quand et à qui disons-nous réellement merci, un merci non pas de politesse quand on nous tient la porte mais un merci de réelle gratitude ? Pourquoi Marie éprouve-t-elle une telle gratitude envers Michka, qui vient de mourir ? Et Michka, à qui voulait-elle dire merci ? Et Jérôme ?

Un roman plein de délicatesse et de grâce, qui parvient à lier de manière harmonieuse plusieurs thèmes : la vieillesse et la dépendance des personnes âgées, la question du langage et de la perte, et bien sûr la gratitude, traitée avec beaucoup de subtilité et de tendresse. Le personnage de Michka, en particulier, est extrêmement attachant et plein de générosité.

Un très beau roman, plein d’humanité !

Les gratitudes
Delphine de VIGAN
Lattès, 2019