L’Impératrice

Dans mes tirages (et notamment mes tirages d’énergies quotidiens), je tire toujours beaucoup le Fou (ou le Mât). C’est normal, je suis une énergie libre, et je crois aussi que certains événements de type déménagement se préparent pour moi dans les temps prochains (je vois l’automne, mais il peut y avoir un saut quantique). Mais très souvent (là on est presque sur du un jour sur deux), je tire cette magnifique carte qu’est l’Impératrice et j’en suis absolument ravie parce qu’elle me représente parfaitement.

L’Impératrice, c’est la puissance féminine à son plus haut degré : sûre d’elle, elle est parfaitement ancrée dans sa nature charnelle et sensuelle. Elle est la Grande Déesse : Vénus/Aphrodite, Hathor, mais aussi la magicienne Circé (et la sorcière en général). Bien dans son corps, elle est liée au chakra sacré, celui de la sexualité et de la créativité : les idées, les projets, l’inspiration, la poésie. La beauté et l’harmonie. Le sentiment amoureux. Elle est une explosion de créativité.

Et oui, je me sens très Impératrice en ce moment, avec des idées créatives qui germent, le caractère essentiel de la poésie et de la sensorialité dans mes projets, le corps et la dynamique charnelle, tout cela qui est lié au Taureau, signe dans lequel je n’ai pas de placements dans mon ciel de naissance, mais où j’ai actuellement mon fameux transit d’Uranus, celui lié à la crise de la quarantaine.

Et qu’est-ce que je l’aime, cette énergie de l’Impératrice. J’ai l’impression de pouvoir conquérir le monde. Alors l’autre soir, je suivais mon nouveau cours de créativité autour des cartes proposé par la fantastique Mélody, et l’idée était de faire un moodboard autour d’une carte qui nous appelait, ce que j’ai fait dans mon journal poétique. Et bien sûr, c’est à l’Impératrice que j’ai consacré ma soirée !

La Grande Déesse, mythes et sanctuaires de Jean Markale : les lieux de la divinité

Un fait certain demeure : la permanence, à travers les millénaires, d’une mystérieuse Déesse dont les représentations concrètes varient selon les époques mais qui est toujours ambivalente, génératrice de vie et de mort, mais aussi transformatrice puisque présidant au « passage » du monde visible au monde invisible. C’est la raison de sa présence, de plus en plus affirmée, au néolithique final, dans les terres mégalithiques qui sont, semble-t-il en dernière analyse, autant des sanctuaires que des tombeaux, les deux fonctions se confondant comme ce sera plus tard le cas lors de l’édification des églises chrétiennes sur les tombeaux des martyrs et des saints. Mais bientôt, cette Déesse des Commencements va surgir de l’ombre où elle était confinée, dans les grottes et les cairns, pour apparaître dans la pleine lumière de ce soleil dont, en réalité, elle ne fait qu’incarner les forces créatrices et destructrices. 

Je continue dans ma thématique avec un autre ouvrage de Jean Markale, qui est pour moi, avec Quand Dieu était femme de Merlin Stone, une référence sur le sujet de la Grande Déesse. Un ouvrage qui m’a en l’occurrence beaucoup servi pour ma thèse.

Le point de départ, c’est la victoire apparente d’une divinité représentée comme masculine — victoire qui marque un changement de civilisation et d’idéologie, avec l’invention du patriarcat liée à celle du monothéisme. Mais victoire apparente seulement : Markale va ainsi montrer comment, sous le culte marial, se cache en fait des résurgences du culte de la Grande Déesse dont elle prend la place dans l’inconscient collectif.

La relecture du christianisme effectuée par cet essai est absolument passionnante et implacable, car elle montre bien comment le monothéisme patriarcal a toujours été impuissant face aux cultes populaires et au besoin humain d’un aspect féminin à la divinité. C’est logique : si le divin est représenté comme masculin/féminin, ontologiquement cette séparation n’existe pas ; mais si on ne lui attribue que l’un de ces deux pôles en supprimant l’autre, le monde avance à cloche-pieds — c’est ce qui s’est passé pendant des siècles avec le résultat qu’on connaît, d’où le retour en force du féminin sacré pour rééquilibrer les plateaux de la balance et arriver, on l’espère, à une réconciliation harmonieuse. Mais nous n’en sommes pas là, même si l’essai permet d’approfondir la question, notamment sur l’analyse des symboles, les différentes représentations des nombreuses fonctions du féminin divin, en s’appuyant sur les ressources de l’archéologie. L’auteur s’intéresse également beaucoup aux lieux, à la géobiologie (sujet passionnant) et aux sanctuaires, ce qui ne manque pas de donner des envies de tourisme (en France…).

Bref, un ouvrage fondamental si on s’intéresse au sujet, pédagogique et clair, et évidemment très instructif !

La Grande Déesse. Mythes et sanctuaires
Jean MARKALE
Albin Michel, 1997

Je suis la nature, mère de toutes choses

Je suis toujours dans mes recherches sur la Grande Déesse et le féminin sacré, particulièrement intéressantes d’ailleurs par les temps actuels tant tout semble concorder et faire signe en direction d’un rééquilibrage entre les pôles masculins et féminins (en chacun de nous et aussi au niveau des couples). Même s’il y a des résistances, et même si ça ne se fera pas d’un coup de baguette magique encore une fois, l’amour est bien la clé qui nous mènera vers un monde plus doux, vers une réconciliation et une renaissance. Tiens, souvenez-vous de mes petits textes avec mes deux petits dieux (enfin je dis « les » parce qu’il y en a trois, mais je n’en ai publié qu’un ici, le premier). Bref, donc, toute à mes recherches sur la divinité féminine, j’en suis arrivée aux Métamorphoses d’Apulée. Et à ce passage que je partage aujourd’hui avec vous, parce que je l’aime beaucoup, et qu’aimer c’est partager ce qui nous touche !

Ses cheveux épais, longs et bouclés ornoient sans art sa tête divine, et tomboient négligemment sur ses épaules. Elle étoit couronnée de diverses fleurs qui, par leur arrangement, formoient plusieurs figures différentes ; elle avoit au-dessus du front un cercle lumineux en forme de miroir, ou plutôt une lumière blanche qui me faisoit connoître que c’étoit la lune. Elle avoit à droite et à gauche deux serpens, dont la figure représentoit assez bien des sillons, sur lesquels s’étendoient quelques épis de bled. Son habillement étoit d’une robe de lin fort déliée, de couleur changeante, qui paroissoit tantôt d’un blanc clair et luisant, tantôt d’un jaune de safran, et tantôt d’un rouge couleur de roses, avec une mante d’un noir si luisant, que mes yeux en étoient éblouis. Cette mante qui la couvroit de part et d’autre, et qui, lui passant sous le bras droit, étoit rattachée en écharpe sur l’épaule gauche, descendoit en plusieurs plis, et étoit bordée d’une frange que le moindre mouvement faisoit agréablement flotter. Le bord de la mante, aussi bien que le reste de son étendue, étoit semé d’étoiles, elles environnoient une lune dans son plein, qui jettoit une lumière très-vive ; autour de cette belle mante étoit encore attachée une chaîne de toutes sortes de fruits et de fleurs.
La Déesse avoit dans ses mains des choses fort différentes ; elle portoit en sa droite un sistre d’airain, dont la lame étroite et courbée en forme de baudrier, étoit traversée par trois verges de fer, qui, au mouvement du bras de la Déesse, rendoient un son fort clair. Elle tenoit en sa main gauche un vase d’or, en forme de gondole, qui avoit sur le haut de son anse un aspic, dont le cou étoit enflé et la tête fort élevée ; elle avoit à ses pieds des souliers tissus de feuilles de palmier. C’est en cet état que cette grande Déesse, parfumée des odeurs les plus exquises de l’Arabie heureuse, daigna me parler ainsi.
Je viens à toi, Lucius, tes prières m’ont touchée, je suis la nature, mère de toutes choses, la maîtresse des élémens, la source et l’origine des siècles, la souveraine des divinités, la reine des manes, et la première des habitans des cieux. Je représente en moi seule tous les Dieux et toutes les Déesses ; je gouverne à mon gré les brillantes voûtes célestes, les vents salutaires de la mer, et le triste silence des enfers. Je suis la seule divinité qui soit dans l’univers, que toute la terre révère sous plusieurs formes, avec des cérémonies diverses, et sous des noms différens. Les Phrygiens, qui sont les plus anciens et les premiers hommes, m’appellent la mère des Dieux, déesse de Pessinunte. Les Athéniens, originaires de leur propre pays, me nomment Minerve Cécropienne. Chez les habitans de l’isle de Cypre, mon nom est Vénus de Paphos. Chez les Candiots, adroits à tirer de l’arc, Diane Dictinne. Chez les Siciliens qui parlent trois langues, Proserpine Stygienne. Dans la ville d’Eleusis on m’appelle l’ancienne déesse Cérès, d’autres me nomment Junon, d’autres Bellone, d’autres Hécate, d’autres Némésis Rhamnusienne ; et les Ethiopiens, que le soleil à son lever éclaire de ses premiers rayons, les peuples de l’Ariane, aussi-bien que les Egyptiens qui sont les premiers savans du monde, m’appellent par mon véritable nom, la reine Isis, et m’honorent avec les cérémonies qui me sont les plus convenables.
Apulée, 
L’Âne d’or ou Les Métamorphoses

Et on en arrive à Nerval, et à ce passage où il rencontre Isis (toujours elle) dans Aurélia : 

Il me semblait que la déesse m’apparaissait en me disant : « Je suis la même que Marie, la même que ta mère, la même aussi que sous toutes les formes tu as toujours aimée. A chacune de tes épreuves j’ai quitté l’un des masques dont je voile mes traits, et bientôt tu me verras telle que je suis ». 

L’amour, l’authenticité, la vulnérabilité.

Les dames du Graal, de Jean Markale : la coupe et l’épée

Car, à travers ces personnages de nature féminine, évanescents et souvent aperçus derrière des écrans de brume qui en déforment les visages, surgissent de façon inopinée des caractères, au sens que la langue anglaise donne au mot characters, c’est-à-dire des figures emblématiques dignes des dramaturgies grecques, portant des masques, des personnes, sans lesquelles aucune action ne serait possible. Et ces personnes ont des noms — d’ailleurs multiples et interchangeables — qui témoignent parfois de leur importance et de leur signification (au Moyen-Age on aurait dit sénéfiance) au regard de l’intrigue qui sous-tend l’ensemble des récits du Graal et les exploits des chevaliers arthuriens dans une mythique forêt de Brocéliande où les chemins, d’abord larges et somptueux, se perdent très vite dans le fouillis des ronciers pour n’aboutir nulle part. 

Toujours dans mes recherches sur le Graal, l’alchimie, le féminin tout ça, parallèlement aux romans de Marion Zimmer Bradley, je me suis lancée dans la relecture des essais de Jean Markale, un homme fascinant, spécialiste des Celtes et que j’avais eu l’occasion de rencontrer plusieurs fois à Lire à Limoges.

Dans cet essai, Jean Markale s’interroge sur le rôle des figures féminines dans les aventures des chevaliers en quête du Graal, un rôle essentiel dans des aventures masculines. L’hypothèse de l’auteur est qu’elles sont des masques cachant les divers aspects de la divinité féminine, la Grande Déesse des Commencements, et qu’à travers elles resurgissent des mythes et des archétypes anciens toujours présents dans l’imaginaire collectif sous le vernis du christianisme. Il étudie ainsi les figures les plus connues, mais aussi celles qui apparaissent très peu : La Dame du Lac, Guenièvre, la Porteuse du Graal, la fille de Merlin, l’Impératrice, la demoiselle à l’Echiquier, Kundry la sorcière, la femme de Perceval, les femmes de Gauvain, la demoiselle d’Escalot, la demoiselle chauve et enfin, bien sûr, Morgane.

Un essai riche et vivement mené, qui s’appuie sur des sources très diverses et dans lequel on apprend des choses très précises sur les Celtes, les différentes mythologies, la gnose,  et aussi les différentes versions de ces romans de chevalerie : si certaines de ces femmes sont des personnages bien connus, d’autres au contraire ne sont présents que dans une seule version, mais ont pourtant une valeur symbolique essentielle. Ce qui ressort de tout cela, c’est que la recherche du Graal est un processus alchimique, processus dans lequel la figure féminine joue le rôle d’initiatrice, au sens où c’est elle qui éveille, qui donne au héros l’énergie de se mettre en route, et que c’est elle qui détient le vrai pouvoir.

Un ouvrage passionnant à de nombreux égards ; il nous permet surtout de comprendre comment, derrière le caractère ouvertement misogyne de certains de ces textes, qui ne sont ni plus ni moins que de la propagande chrétienne, se cache un message beaucoup plus universel et essentiel. Je pense que cet essai pourra notamment intéresser celles qui veulent en savoir un peu plus sur le féminin sacré.

Les dames du Graal
Jean MARKALE
Pygmalion, 1999

 

Les Dames du Lac 1&2 de Marion Zimmer Bradley : la puissance de la Déesse

Tout appartient à la Mère Déesse, tout lui est soumis. Sans elle, nous ne pouvons ni exister, ni subsister. Et lorsqu’enfin vient pour chacun de nous le temps de la mort, pour que d’autres, après nous, puissent trouver leur place sur cette terre, c’est encore la Déesse qui décide et ordonne. Non, elle n’est pas seulement la Dame Verte de la terre fertile, de la semence qui attend patiemment sous la neige, mais aussi la Dame Noire, celle qui commande aux corbeaux et aux vautours qui annoncent la mort et le retour aux profondeurs de la glèbe. Mère de toutes fins et de tous commencements, pourvoyeuse de vie, mère du ciel et des étoiles, Elle est tout, est et demeure à jamais en chacun de nous…

Après avoir lu (ou relu : le mystère demeure) La Trahison des dieuxje me suis dit que tiens, je relirais bien aussi Les Dames du Lac ! Le fait est que le cycle d’Avalon (les trois premiers, je n’ai pas lu les autres mais ça viendra) fait vraiment partie de mon histoire, que je l’ai lu un certain nombre de fois dont une première quand j’avais 15 ans, et que ce ne fut pas anodin concernant mes choix de vie et de vision du monde. Alors j’ai appris depuis que malheureusement la version française n’est pas une traduction mais une adaptation, en tout cas celle que j’ai (elle est ressortie récemment, je ne sais pas ce qu’il en est), mais tant pis.

Après avoir enterré son frère Arthur dans l’île sacrée d’Avalon, et alors que l’ancien monde se sépare de plus en plus du monde chrétien, Morgane prend la parole. L’histoire qui va être racontée est l’histoire telle qu’elle s’est vraiment passée, une histoire où les femmes ont le premier rôle.

Encore une fois, c’est l’histoire d’un monde en train de changer et de basculer qui nous est narrée : le passage du culte païen de la Grande Déesse, plein de vie et de sensualité, au culte triste du christianisme, où les femmes deviennent des esclaves et où l’amour dans sa dimension charnelle et sacrée est pourchassé comme un crime : la nature, la pulsion de vie s’oppose à un ordre rigoureux animé par une pulsion de destruction. Oui, je suis sévère parce qu’à chaque fois, ce roman réactive ma colère contre cette religion, contre la manière dont elle a détruit les cultes antiques et en a fait des parodies, et bien sûr la manière dont elle traite les femmes. Parce que, bien sûr, même si c’est globalement anachronique, on en arrive à la figure de la sorcière, de la femme pourchassée pour sa liberté et sa vitalité, et Morgane est une sublime incarnation de cet archétype du féminin puissant, druidesse, sorcière et guérisseuse. Et je crois que cette sorcière, je l’ai été tellement de fois dans mes vies précédentes que ma colère palpite — mais j’en parlerai un autre jour, de ces peurs archaïques. Mais une chose tout de même parce que vers la fin, Morgane prophétise quelque chose d’essentiel : Dans les années qui viennent, les prêtres vont apprendre à l’humanité ce qui est bon et ce qui est mal, ce qu’il faut penser, ce qu’il faut croire, comment il faut prier. Et cela va durer très longtemps… Mais peut-être les hommes doivent-ils connaître une longue période de ténèbres pour redécouvrir, un jour, la Lumière ! Et je crois qu’on y est, à ce moment où tout bascule à nouveau, où la Lumière réapparaît, celle du Graal qui n’est autre que… l’amour. L’idée d’ailleurs qui prévaut dans le roman est d’abord que toutes les divinités sont unes, et que la Grande Déesse a survécu malgré tout (ça c’est un chapitre de ma thèse).

Bref : les deux romans sont magnifiques, palpitants de sensualité, et en donnant leur vraie place aux femmes, ils montrent aussi comment, de toute éternité, c’est l’amour le seul moteur du monde, et la seule véritable religion. A lire si vous ne connaissez pas, c’est une réécriture intéressante de l’histoire des chevaliers de la Table Ronde et vous n’êtes pas obligé en le lisant de vous faire comme moi des nœuds au cerveau. De mon côté, je vais me pencher sur la suite du cycle dans laquelle je suis sûre que je vais trouver de nouveaux sujets de réflexions, dont nous reparlerons évidemment !

Les Dames du lac / Les Brumes d’Avalon
Marion ZIMMER BRADLEY
Pygmalion/Gérard Watelet, 1986-1987

Troie ou la trahison des dieux, de Marion Zimmer Bradley : la fin d’un monde

Je savais bien que tu ne pouvais pas comprendre, interrompit la vieille femme. Sache d’abord qu’à l’origine il n’existait aucun roi dans ce pays, mais seulement des reines, fille des Déesses, qui choisissaient elles-mêmes le compagnon qu’elles souhaitaient et régnaient sans partage. Les adorateurs des Dieux de l’Olympe, des hommes armés d’épées de fer, sont venus plus tard s’installer chez nous. Dès lors, quand une reine a désigné l’un d’eux pour devenir son compagnon, il s’est aussitôt proclamé roi en exigeant le droit de régner. C’est ainsi que Dieux et Déesses sont entrés en conflit. Et puis, un jour, Troie est devenue le théâtre de leurs querelles…

Comme beaucoup, j’ai découvert Marion Zimmer Bradley lorsque j’étais adolescente, avec le cycle d’Avalon que j’ai lu plusieurs fois. Bon, j’ai appris depuis que la version française était plus une adaptation qu’une traduction, il faudra donc que je retravaille la question (j’ai aussi appris des choses pas très glorieuses sur l’auteure, mais ce n’est pas le sujet). Bizarrement, je n’ai rien lu d’autre, à part Glenravenne et peut-être ce roman, qui jouit d’une nouvelle édition : j’étais certaine de ne jamais l’avoir lu, et pourtant j’ai eu de curieuses réminiscences. Le mystère demeure.

Alors l’histoire de la guerre de Troie, on la connaît. Ou plutôt, on croit la connaître : les épopées, écrites par des hommes, ne sont peut-être que des mensonges et il faut, dans cette histoire qui voit basculer le destin d’une cité, des femmes, et peut-être de l’humanité, redonner leur place à celles qui en sont les principales héroïnes. Raconter la guerre de Troie, à travers le regard de Cassandre.

J’ai retrouvé dans ce roman ce qui m’avait séduite adolescente, époque à laquelle je m’intéressais déjà (mais sans le formuler aussi clairement) au féminin sacré et aux cultes de la Grande Déesse, cette idée que le véritable rôle des femmes a été minimisé dans l’histoire écrite par les hommes ; d’ailleurs, on retrouve sous la plume de Marion Zimmer Bradley des similitudes avec les travaux de Merlin Stone ou Layne Redmond. Car c’est bien à un basculement que l’on assiste ici, le combat épique entre la puissance féminine et la puissance masculine, entre la Grande Déesse mère et les dieux masculin. L’Amour, Aphrodite, et la guerre, la destruction, Arès même s’il n’est pas nommé, Zeus, Poséidon. Quant à Cassandre, prêtresse de la Déesse Mère et du dieu solaire Apollon, un peu sorcière, prophétesse que personne ne croit, c’est un personnage absolument magnifique. Du reste, dans ce roman, les personnages féminins sont grands, et les hommes (sauf Enée) petits. Même s’ils gagnent.

Evidemment, on n’est pas obligé de tout analyser comme moi : cela reste un roman passionnant, une épopée, qui se lit avec beaucoup de plaisir même si on connaît plus ou moins la fin.

Troie ou la trahison des dieux
Marion ZIMMER BRADLEY
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Hubert Tezenas
Pygmalion, 1989, rééd. 2020

La Femme-Tambour, de Layne Redmond : le rythme du monde

La Femme-Tambour raconte l’histoire d’un pan de l’héritage spirituel féminin enfoui et oublié. Nous y découvrons un instrument rituel qui a retenti des grottes sacrées de l’ancienne Europe jusqu’aux cultes à mystères romains. Nous apprenons comment l’Occident, en bannissant les percussions féminines de la vie religieuse, est parvenu à dépouiller la femme de son pouvoir. Nous verrons enfin comment le tambour sur cadre est en train de redevenir l’outil de guérison et de transformation individuelle et culturelle qu’il était à l’origine. 

Cela faisait des semaines que j’avais envie de m’acheter un tambourin, en tout cas que j’y pensais : j’imaginais (et c’est une hypothèse qui n’en exclut pas d’autres) qu’après le dessin et la peinture, la mosaïque et la « sculpture » en pâte auto-durcissante, j’avais besoin de franchir une étape de plus dans l’ancrage, et d’une activité créatrice mettant encore plus en jeu le corps. Aussi, lorsque dernièrement je suis allée dans une grande enseigne culturelle pour faire le plein de matériel de dessin, j’ai aussi embarqué un tambourin (pour enfants). Et bim ! Quelques jours plus tard, à ma plus grande surprise, j’apprends sur Instagram la sortie de ce livre datant de 1997 et enfin traduit en français, une référence (mais qui m’avait échappé malgré la longue bibliographie d’ouvrages non traduits sur le sujet que j’ai lus pour ma thèse) qui aborde le thème du féminin sacré sous l’angle de la musique rythmique et du tambour sur cadre, famille dont fait partie mon tambourin (que j’ai du coup, sur une impulsion, repeint en rouge, pour une raison qui est dans le livre). La vie n’est-t-elle pas absolument fascinante ?

Le fait est que dès que j’ai tenu le livre dans mes mains (un jour comme par hasard qui s’était déjà distingué par d’importantes découvertes sur mon cheminement personnel) ça s’est mis à vibrer de l’intuition profonde (qui s’est vérifiée) que cet essai allait m’apporter beaucoup.

Dans cet essai, remarquablement préfacé par Camille Sfez, Layne Redmond s’intéresse à ce qui n’est guère abordé dans les essais sur le féminin sacré comme ceux de Merlin Stone ou Marija Gimbutas, entre autres : la vie des prêtresses sacrées de la Déesse au son du tambourin. Elle revient donc d’abord sur cette Déesse Mère primordiale et protéiforme et à son culte, des rituels fondés sur la musique rythmique célébrant l’énergie de vie. Puis vient le temps du déséquilibre et de la séparation avec les religions monothéistes patriarcales, qui condamnent à peu près tout. Aujourd’hui, avec l’effondrement des structures sociales et religieuses, on assiste à un retour et une affirmation de la puissance féminine, et des musiques rythmique.

Un essai qui n’est pas très long mais qui m’a fait l’effet d’une secousse sismique de forte magnitude tant il m’a permis de rassembler des idées éparses qui flottaient dans mon esprit. Il complète parfaitement les autres ouvrages sur le sujet (ou les introduit, c’est selon) en adoptant un angle précis qui loin d’être restrictif permet au contraire d’élargir la vision. C’est donc absolument passionnant, et surtout, j’ai acquis la conviction, au fur et à mesure que je prenais de multiples notes et que jaillissaient tant d’idées que je crois bien tenir un projet de livre, que je n’avais peut-être pas fait ma thèse pour rien, finalement, et qu’elle était la première pierre d’autre chose. Mais ça, c’est une autre histoire…

En tout cas, voilà un essai passionnant, inspirant, enrichissant, que je vous conseille vraiment, et qui sera parfait sous le sapin (avec ou sans tambourin) !

La Femme-Tambour
Layne REDMOND
Traduit de l’anglais et illustré par Marie Ollier
Leduc.s, 2019