Bloc Notes

Pitche moi un classique

Pitche moi un classique Pitche moi un classiqueOn sait bien que la valeur d’un texte ne tient pas seulement à son pitch, mais enfin, pour donner envie de lire, ça a quand même son importance : du coup, Merci Alfred nous pitche les classiques façon série télé et franchement, non seulement c’est drôle, mais ça donne envie de (re)découvrir certains textes à côté desquels on est passé !

Le Saint Germain des prés de la Reine Margot

Situé dans la rue des Beaux-Arts, à l’emplacement même du pavillon d’amour de la Reine Margot, l’Hôtel est depuis plus de deux siècles une cachette secrète incarnant la quintessence du charme et de l’élégance à la française. A l’occasion des 190 ans de sa construction, l’établissement propose une visite du Saint Germain-des-Prés de la Reine Margot, qui est à l’origine de cette rive gauche intellectuelle, par Dominique Vibrac, docteur de l’université de Paris IV Sorbonne, historien et philosophe. Ce spécialiste raconte trois siècles d’histoire lors d’une fascinante promenade à travers l’ancien domaine de la Reine Margot : l’ancien Couvent des Petits-Augustins,  la rue « Pré aux Clercs », l’ancienne abbaye de Saint Germain-des-prés, les jardins du Luxembourg… Le retour à L’Hotel permettra de se délecter d’un déjeuner étoilé orchestré par Julien Montbabut, ou d’un Afternoon-tea au choix pour partager ses impressions sur cette enrichissante visite. Et si la reine Margot ne vous passionne pas, l’Hôtel propose aussi un parcours Oscar Wilde, qui y résida. La forumule déjeuner est à 85€, la formule afternoon tea à 70€, c’est un peu cher mais j’avoue que je craquerais bien. Réservation par mail à eat@l-hotel.com ou par téléphone au 01 44 41 99 00.

Art-i

Art-i

Art-i est la première Intelligence Artificielle Artistique (IAA), développée par la galerie WAIT!. En quelques minutes et quelques questions, Art-i vous proposera l’œuvre idéale parmi une large sélection de photographies d’art de la galerie WAIT!, qui colle avec votre humeur et votre personnalité. Le but ? Vous aider à découvrir une photographie d’art qui vous correspond profondément, qui va vous faire vibrer et qui fera joli chez vous. J’ai testé, et franchement, l’oeuvre qui a été choisie pour moi me plaisait beaucoup, donc si vous cherchez une décoration originale (et pas si chère que ça pour un tirage numéroté et encadré), foncez ! Vous pouvez aussi choisir d’en faire un cadeau…

2018 en Gallimard

J’ai déjà choisi mon agenda 2018 (dès que j’aurai mis la main dessus), et parce qu’on est snob ou on ne l’est pas, j’ai jeté mon dévolu sur le dernier né de la papeterie Gallimard : une citation chaque mois, des extraits et des illustrations d’agendas d’auteurs, les grandes fêtes, les anniversaires d’écrivains, des anecdotes littéraires, les événements culturels (salons, festivals, prix littéraires, expositions…), et un cahier de lectures : mes lectures, citations et notes, idées et souhaits… Chic non ?

America n°3

AmericaLe numéro 3 du fantastique magazine America vient de paraître. Au menu : un grand entretien avec James Ellroy, un dossier sur le FBI, une promenade en compagnie de Philippe Besson de Chigago à la Nouvelle-Orléans, la dernière nouvelle écrite par Jim Harrison, un article (bilingue) de Siri Hustvedt sur le mythe du self-made-man, un extrait d’un récit d’Eric Vuillard sur John Jacob Astor, un focus sur Huckleberry Finn, et les rendez-vous habituels : le point cinéma par Douglas Kennedy, la drolissime chronique du poisson rouge, le Donald d’Augustin Trapenard et la chronique d’Olivia de Lamberterie. Comme d’habitude passionnant, instructif, de grande qualité. En plus mon exemplaire a l’insigne honneur d’avoir été dédicacé par le Boss himself, autant vous dire que j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux !

En mots et en images : mai 2017

Les mots…

Le joli mois de mai et ses semaines à trous // Quelques brins de muguet // Sortir du bois (en marchant) et afficher clairement mes convictions, même si elles détonnent. L’impression, encore une fois, de ne pas être à ma place… // Paris // A La Rotonde. En Marche et en terrasse (mais pas en même temps) // Soirée Gallimard, en attendant Bojangles. Champagne, paillettes et musique // Montparnasse by night // Petit déjeuner au Select, dans les vapeurs d’Hemingway // Une exposition passionnante // Déjeuner à la Closerie // Se promener encore, dans un temps flou // Mes pas qui quoi que je fasse essaient de me ramener à Saint-Germain // La vie inimitable, quoi // Bonjour, c’est pour l’annonce d’escort ! – Ah désolée vous vous êtes trompé de numéro // En colère, en résistance et en action // A voté, en mon âme et conscience // Un peu d’intelligence et de hauteur de vue, ça fait toujours du bien. Regarder le replay de la Grande Librairie en attendant les résultats // Victoire et soulagement // Ce moment où les gens de 39 ans font le bilan de leur vie et se disent qu’ils ont peut-être manqué d’ambition // Un certain agacement, à force // IKEA // Une forêt vierge dans ma salle de bain (j’en suis aux finitions de déco) // Week-end culturel à Bourges, sur les traces du Grand Coeur. Promenades, musées et apéritifs en terrasse (qui a dit comme d’habitude ?) // En avant // Plus envie de discuter… // Passion pivoines // Triste. Et un temps à l’images de ma mélancolie. Ne pas pouvoir distordre ma vie ni qui je suis mais avoir pourtant l’impression qu’elle se fissure // Mais c’était peut-être ça, cette intuition. De toute les mauvaises idées que j’ai eues de ma vie, c’est peut-être la pire. Envie quand même. A cause de la Mort des Amants // Les montagnes russes. Il est temps que les vacances arrivent // Ressortir les vêtements d’été // Sous le soleil // Le bonheur des choses simples. Marcher pieds nus sur le carrelage chaud du balcon. Un café au soleil. Danser dans le salon. Faire tourner ma robe vichy vintage // Et les ballerines à paillettes ! // Faire mes choix pour la Rentrée Littéraire // Manchester… // Et Roger Moore. Le crush de mon adolescence. Simon Templar. James Bond. Brett Sinclair. Le modèle très aristocratique et très anglais de certains de mes personnages // Première soirée dans le jardin. Piscine et brasero (parce que les nuits sont encore un peu fraîches) // Le champagne chez vous, c’est toutes les semaines (j’ai bien travaillé ma réputation) // Oh les beaux jours ! Lire sur le balcon. Manger sur le balcon. Vivre sur le balcon // La dolce vita. Un verre en terrasse avec Pierre Raufast // Les dernières heures de cours. Et ce n’est pas dommage…

Sur une idée originale de Moka

Les images…

Bloc notes

<Le salon du patrimoine culturel>

salon du patrimoineUne idée de sortie pour ce week-end, au cas où vous seriez déjà allé au salon de la photo ? Le salon du patrimoine culturel qui se tient ce week-end au Carrousel du Louvre, et où 350 exposants sont là pour faire découvrir, apprécier et partager leur passion : la sauvegarde et la préservation de notre patrimoine culturel.

<« The forbidden sale » : Pierre Molinier, collection Emmanuelle Arsan>

Théo Lesoual’ch & Pierre Molinier, Emmanuelle Arsan, tirage argentique d’époque (estimation 1 500 – 2 000 € / 1 700 – 2 250 $)
Théo Lesoual’ch & Pierre Molinier, Emmanuelle Arsan, tirage argentique d’époque
(estimation 1 500 – 2 000 € / 1 700 – 2 250 $)

Si j’étais riche, je pense que je pourrais tout à fait devenir collectionneuse d’art et passer ma vie dans les ventes aux enchères, notamment celles qui sont consacrée à l’ars erotica. Comme celle-ci, par exemple : le 13 novembre prochain, pendant le Mois de la Photo, le département Photographie d’Artcurial proposera aux enchères une collection majeure : la collection de près de 200 œuvres de Pierre Molinier, réunies par Emmanuelle Arsan qui fut une des muses de l’artiste. Elle regroupe photographies, dessins, clichés d’œuvres et lettres personnelles, qui témoignent de l’admiration que se portaient les deux artistes, et leur passion commune pour le plaisir et l’amour.

<La bibliothèque de Pierre Bergé>

sadeSi j’étais riche, donc, et que je passais ma vie dans les ventes aux enchères, je ne louperais certainement pas celle de la bibliothèque de Pierre Bergé, qui se tiendra le 11 décembre à Drouot, organisée par Pierre Bergé et associés en collaboration avec Sotheby’s. Comme malheureusement il est peu probable que d’ici-là ma fortune se soit assez accrue pour cela, je me contente de musarder sur le site dédié, qui permet notamment de feuilleter le superbe catalogue et d’admirer les merveilles qui sont proposées à la vente et qu’il serait difficile de toutes citer. Pour ceux qui veulent admirer de plus près et qui éventuellement sont milliardaires et peuvent se permettre d’envisager d’investir, plusieurs expositions : à Londres du 6 au 9 novembre, à Bruxelles le 19 novembre et enfin à Drouot, juste avant la vente, du 8 au 10 décembre.

<Les Abeilles de Guerlain : concours de nouvelles>

Logo_Abeilles_Guerlain_V2_925x521Comme l’an dernier, la maison Guerlain et le Cherche-midi organisent un concours de nouvelles, « les Abeilles de Guerlain », ouvert à tous les auteurs n’ayant jamais été publiés, sur le thème, cette année, des couleurs. Pour participer, il vous suffit d’envoyer votre texte, qui comprendra 12000 signes maximum, à abeillesdeguerlain@cherche-midi.com avant le 15 décembre. Les nouvelles seront ensuite soumises à un jury présidé par Laurent Boillot, PDG de Guerlain, et composé, entre autres, de Grégoire Delacourt, Clara Dupont-Monod, Sylvie Germain, Olivia de Lamberterie et Christophe Ono-dit-Biot. Les nouvelles retenues seront éditées au Cherche-Midi en 2016, et l’ensemble des droits d’auteurs reversés aux Restos du Coeur pour leur atelier de lutte contre l’illettrisme. A vos plumes !

<Billet gratuit>

billetgratuitEnvie d’un bon plan ? Ne quittez-pas : je vous présente Billet Gratuit, qui propose des invitations gratuites pour des pièces de théâtre, concerts, spectacles, principalement sur Paris mais aussi en province. Chaque semaine des centaines d’invitations sont disponibles, il suffit de s’inscrire pour les voir : on peut alors réserver une date et obtenir une invitation valable pour deux personnes. Il faut être au taquet car les dates sont souvent courtes (la veille ou le jour même) mais c’est parfait pour découvrir de jeunes artistes et se faire plaisir même si on n’a pas trop les moyens !

<Bibliothèque « sous-titre »>

etagere-fixations-invisible-pJe suppose que vous avez le même problème que moi : les livres qui petit à petit colonisent tous les espaces disponibles de votre foyer. Pour ma part, je n’ai plus de place dans mes bibliothèques, et plus de place non plus pour ajouter de nouvelles bibliothèques. Damned ! Je fais des piles, des petites piles, des grandes piles, qui parfois s’écroulent lamentablement. Et là, je tombe sur ça : la manufacture nouvelle propose des étagères à fixation invisible, conçues exprès pour les livres, et qui peuvent s’installer un peu partout, au dessus d’un canapé par exemple. L’idée est ingénieuse : de faux-livres, réalisés en bois et dont la tranche est recouverte d’un titre, d’un nom d’auteur, se dissimulent  parmi les vrais,  faisant aussi office à la fois de serre-livres et de fixation ! C’est joli et pratique, ça ne va évidemment pas sauver mon appartement de l’invasion mais j’aime beaucoup !

<Prix du polar auto-édité>

prix du polarPour son édition 2016 du prix du polar auto-édité, Thebookedition.com (Premier site d’autoédition français) s’associe au Furet du Nord (Une des plus grandes Librairies Physiques d’Europe) pour promouvoir et distribuer des auteurs indépendants afin de faire reconnaître l’autoédition comme un acteur incontournable du marché du livre d’aujourd’hui. Ce prix s’adresse donc à tous les auteurs indépendants ayant un livre déjà écrit et/ou publié depuis moins de deux ans, qui peuvent déposer leur texte avant le 31 décembre sur www.prixdupolar.com. 3 prix seront remis : le prix du jury, un prix encouragement du président du jury, et un prix des lecteurs ! A vos plumes (again) !

<48h pour écrire>

Affiche 48 heures pour écrire LDCette année encore, les Editions Edilivre organisent le concours d’écriture « 48 heures pour écrire« , qui en est à sa troisième édition. Organisé en partenariat avec Post-it, Studyrama, Didactibook, Youscribe et le magazine Books, il est ouvert à tous (il y a eu 2100 participants l’an dernier) et ce sont des milliers d’euros de lots que se partageront les quatre lauréats. Pour participer, rendez-vous le vendredi 20 novembre à 19h sur Edilivre.com pour connaître le thème : vous aurez alors 48 heures pour écrire et envoyer votre texte de 10 000 caractères maximum.

<Ecrire en Gallimard>

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© M. Martin Delacroix-Gallimard

Vous en rêviez, Gallimard l’a fait (et a mon avis, d’autres éditeurs suivront) : toute une ligne de carnets d’écriture aux couleurs de la mythique Blanche de la prestigieuse maison : des petits, des grands, des moyens, reprenant les titres des grands auteurs (« souvenirs personnels », « exercices de style »…) pour accueillir vos propres mots. Moi, j’ai déjà craqué :

gallimardEt vous ?

<La journée des auteurs à Sciences Po>

sciencespoLa Journée des Auteurs, anciennement la Journée des Dédicaces, le salon littéraire de Sciences Po, se déroulera à Sciences Po le 21 novembre. Le thème de cette année est particulièrement intéressant : « L’écrivain : sa vie versus son œuvre ». Plusieurs conférences, ateliers et concours seront organisés en amont, afin de préparer au mieux cette journée littéraire, et je jour-même vous pourrez retrouver de nombreux auteurs. L’événement est gratuit et ouvert au public. Pour en savoir plus, c’est par ici.

<Les vendredis d’Apostrophes>

© CINÉTÉVÉ / FRANCE 2
© CINÉTÉVÉ / FRANCE 2

Vendredi soir, France 2 proposait un documentaire réalisé par Pierre Assouline sur les « années Apostrophes », émission culte s’il en est. Des passages plus ou moins célèbres, sous forme d’abécédaire, et commentés par Pivot lui-même : l’émission sur l’amour avec Barthes et Sagan, Jean d’Ormesson qui mouche sévèrement Alain Peyrefitte, Bukowski rond comme un boulon, Cohen qui veut lire lui-même un extrait de Belle du Seigneur (« oh, je voudrais le lire moi »), Nabokov qui faisait semblant de boire du thé mais sifflotait du whisky, la première télé de Modiano, Kirk Douglas qui remet en place Séguéla venant de dire une ânerie (oh !), Gainsbourg qui explique à Beart que la chanson est un art mineur… Bref, des moments chargés d’émotions, du rire, de l’impertinence, de l’intelligence, de l’étonnement aussi devant la liberté qui régnait : tout le monde fume, tout le monde boit, et on y tient des propos qui feraient scandale aujourd’hui. Une petite madeleine (à moins que ce ne soit une biscotte) vintage, à voir absolument en replay (moi-même je pense me faire une deuxième séance).

 

Plonger, de Christophe Ono-Dit-Biot [concours]

Plonger. Un roman que j’avais énormément aimé à sa sortie il y a un an et demi.

Aujourd’hui, ce roman sort chez Folio en version poche, avec une très jolie couverture :

Plonger[2]

Et alléchés comme vous devez l’être par ma chronique et la présentation de l’éditeur, vous ne rêvez que d’une chose : plonger à votre tour dans l’histoire de Paz.

Et bien, c’est possible : en vous précipitant chez votre libraire préféré, bien sûr, mais aussi, tout simplement, en laissant un commentaire puisque, en partenariat avec Folio, je vous propose de gagner deux exemplaires.

C’est tout simple : vous me laissez un commentaire (poli !) sous l’article (en veillant à bien mettre une adresse mail valide dans le champ adéquat pour que je puisse vous contacter) avant dimanche soir minuit. Ensuite je ferai un tirage au sort pour désigner les deux heureux gagnants, que je contacterai directement.

Bonne chance !

Edit : les commentaires gagnants sont ceux de Agnès Berbesson et Mathildedecotton38. Bravo !

L’Amour et les forêts, d’Eric Reinhardt

L'amour et les forêtsQuel bonheur que d’écrire, quel bonheur que de pouvoir, la nuit, s’introduire en soi et dépeindre ce qu’on y voit, ce qu’on y sent, ce qu’on entend que murmurent les souvenirs, la nostalgie ou le besoin de retrouver intacte sa propre grâce évanouie, évanouie dans la réalité mais bien vivante au fond de soi et éclairée au loin comme une maison dans la nuit, une maison vers laquelle on laisse guider ses pas, seul, conduit par la confiance, l’inspiration, ses intuitions renaissantes, par le désir de rejoindre cet endroit qu’on voit briller au loin dans les ténèbres, attirant, illuminé, en sachant que c’est chez soi, que c’est là que se trouve enfermé, au fond de soi, ce qu’on a de plus précieux, son être le plus secret.

Ce roman, j’aurais pu ne jamais le lire. A cause de son titre qui ne m’inspirait guère : comme on sait, moi, les forêts, ce n’est pas trop ma came, et le mot lorsqu’il est utilisé dans un titre me fait toujours penser à l’Appel de la forêt de London, une des pires expériences de lecture de ma vie, lecture imposée au collège et qui avait failli le faire mourir d’ennui. Heureusement, mue par l’intuition, j’ai lu le résumé dans Lire… et je n’ai pas résisté.

Tout commence par une lettre, que reçoit l’auteur : envoyée par une de ses lectrices, elle le touche profondément de par la manière qu’elle a de parler d’un de ses romans précédents. Alors, une fois n’est pas coutume, il décide de la rencontrer. Une première fois, puis une deuxième fois qui sera la dernière, et c’est là que Bénédicte Ombredanne dévoile l’étendue du désastre qu’est sa vie.

Ce roman m’a littéralement bouleversée, car il a remué en moi à la fois mes peurs les plus intimes et mes aspirations les plus grandes. Autrement dit, il m’a fait verser des litres de larmes. D’abord parce qu’il s’agit d’un magnifique portrait de femme, une femme fragile engluée dans un quotidien que l’on devine au départ peu gai et que l’on découvre peu à peu proprement effroyable. Le tour de force ici est pour l’auteur de parvenir au coeur même du processus du harcèlement et de la violence morale dans un couple qui devient une prison dont on ne peut pas s’échapper : évidemment, on a envie de la secouer, Bénédicte, de lui dire que rien n’est perdu, que le bonheur ne lui a pas tourné le dos et qu’il faut qu’elle saisisse sa chance. Qu’il faut qu’elle se révolte. Mais on sait bien aussi que si c’était aussi simple aucune femme n’aurait à subir cette annihilation de l’amour propre qui petit à petit donne tout le pouvoir au monstre qui est en face. Car le monstre détruit toute estime de soi, pas à pas, au point que la victime finalement se perd et se dit qu’elle ne mérite pas mieux. Parfois elle finit par se ressaisir, parfois non, et elle se laisse glisser dans le néant. Les émotions sont intenses, vives : une peine profonde pour Bénédicte. Une haine absolue, farouche pour le monstre qu’elle a épousé.

Pourtant, ce n’est pas vraiment un roman sur le harcèlement, ici surtout métaphorique. Et ce n’est pas un roman complètement sombre. Quelques lueurs apparaissent ça et là. L’amour et les forêts. Et surtout, la littérature : Bénédicte Ombredanne est le personnage essentiel de ce récit, mais la présence forte d’un autre personnage, l’auteur, permet d’échapper à la pesanteur absolue. Le roman s’ouvre sur une extraordinaire bulle autoréflexive, où il commente son roman Cendrillon, revenant sur le vertige métaphysique qui en est le sujet : qui serais-je si je n’étais pas devenu moi, si j’avais fait d’autres choix que ceux qui m’ont mené à être là où je suis aujourd’hui ? Fascinant, et finalement parfaitement cohérent avec la suite, qui est finalement, aussi, une réflexion sur le bonheur, sur le pouvoir des livres, ceux qu’on lit et ceux qu’on écrit, et qui quelque part nous sauvent, notamment lorsque la fatigue existentielle fait qu’échapper au réel devient un besoin vital.

Car il s’agit bien, ici, d’une réflexion sur le réel, et ce qu’il fait à nos rêves, à nos désirs d’absolu et de lumière. Comment ceux qui veulent habiter poétiquement le monde finissent par devoir le déserter. Comment on devient mélancolique. Et comment, finalement, notre vrai moi se trouve ailleurs…

Un petit bijou donc que ce roman, très dur il est vrai, très douloureux, et pourtant étrangement lumineux, comme une sorte de soleil noir. Un roman en tout cas qui a pleinement sa place sur la première liste du Goncourt et qui j’espère y restera jusqu’au bout, voire plus. Un roman que je conseille sans modération aucune !

L’Amour et les forêts
Eric REINHARDT
Gallimard, 2014

challengerl201413/18
By Hérisson

Charlotte, de David Foenkinos

CharlotteIl existe un point précis dans la trajectoire d’un artiste.
Le moment où sa propre voix commence à se faire entendre.
La densité se propage en elle, comme du sang dans de l’eau.

J’avais été assez sévère avec le dernier roman de Foenkinos. Mais c’est parce que, comme on dit, qui aime bien châtie bien, et ça ne voulait pas dire que je n’aimais plus cet auteur. Au contraire, j’étais très curieuse de découvrir Charlotte, et je me suis un peu précipitée dessus, afin de pouvoir le lire sans être parasitée par la déferlante d’articles que ne manquera pas de susciter ce roman, ayant l’intuition qu’il s’agissait d’une oeuvre pas comme les autres. Il faut dire que Bernard Lehut, sans trop en dire, avait su achever de me convaincre :

Donc, Charlotte. Après une enfance à Berlin marquée par la fatalité et la mort, Charlotte, qui porte jusque dans son prénom cette lourde histoire familiale, se découvre un talent pour le dessin et la peinture. Mais elle est juive (même si de fait elle ne sait rien de cette religion dans laquelle elle n’a pas été élevée) à une époque où les juifs sont exclus progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle tombe amoureuse, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France, auprès de ses grands-parents qui espèrent ainsi la sauver de la barbarie. C’est là qu’elle compose son œuvre picturale autobiographique, qu’elle met à l’abri avant d’être rattrapée par le Mal et d’être assassinée par les nazis, alors qu’elle est enceinte de quatre mois.

Le moins que l’on puisse dire c’est que dans ce roman, Foenkinos ne fait pas du Foenkinos, tant on est loin de ce à quoi il nous avait habitués ; j’irai même jusqu’à dire que si le roman nous avait été proposé en aveugle, sans nom d’auteur, bien malin aurait été celui qui l’aurait reconnu. Toi qui ouvre ce livre, abandonne tout espoir d’en sortir indemne : c’est sombre, bouleversant, poignant, grave. D’emblée, on est happé par le choix formel : des phrases courtes, incisives et percutantes comme autant de coups de poings, présentées en vers libres ; la lecture se fait en apnée, dans un sentiment d’urgence renforcé par l’utilisation du présent narratif. Un long poème qui nous retrace ce destin brisé d’une femme marquée dès le jour de sa naissance par la fatalité et qui parvient, du fond de l’abîme, au milieu de l’horreur, à sublimer sa vie par l’art.

Magnifique hommage à Charlotte Salomon, ce roman est aussi le récit d’une quête, et non une biographie : ponctuellement, l’auteur s’invite dans son texte pour nous livrer son cheminement, de sa découverte de l’oeuvre de l’artiste à ses pèlerinages sur les lieux où elle a vécu. La manière dont le roman s’est finalement imposé à lui, comme une nécessité ontologique.

Un grand roman, de ceux qui nous marquent profondément et nous transforment, à lire d’urgence !

Charlotte
David FOENKINOS
Gallimard, 2014

challengerl20145/6
By Hérisson

[la valise de l’été] La fête de l’insignifiance, de Milan Kundera

14166017682_0a6d67cc4b_oQuand un type brillant essaie de séduire une femme, celle-ci a l’impression d’entrer en compétition. Elle se sent obligée de briller elle aussi. De ne pas se donner sans résistance. Alors que l’insignifiance la libère. L’affranchit des précautions. N’exige aucune présence d’esprit. La rend insouciante et, partant, plus facilement accessible.

L’autre jour, alors que je me délectais de Risibles Amoursje discutai avec un collègue de Kundera, et nous nous lamentions tous deux sur le fait qu’il ne publiait plus et que, sans doute, vu son âge, il ne publierait plus jamais. Le jour même (la vie est taquine), je tombe sur un article annonçant la publication de ce roman, qui bizarrement est d’abord sorti en Italie. Alors c’est un peu dommage pour Gallimard, dont du coup l’édition Pléiade, qui voulait être définitive, se retrouve incomplète (je ne parierais pas d’ailleurs que Kundera ne l’a pas fait exprès) et à refaire.

Alors, contrairement à certaines personnes de ma connaissance, je ne me suis pas jetée dessus comme la misère sur le pauvre monde, mais enfin, il faut bien dire, je n’ai pas trop tardé non plus.

Résumer ce roman est un exercice difficile, donc je m’en tiendrai à l’essentiel. Une ronde de personnages, Alain, Ramon, Charles et Caliban, qui refusent de se laisser avoir par l’esprit de sérieux.

C’est court, vif, drôle voire cocasse, mais c’est surtout très Kundera. Si Risibles Amours contenait en germe l’essentiel de son oeuvre romanesque, ce roman la clôt (pour l’instant) de manière magistrale, en en reprenant les thèmes obsédants et en suivant le fil rouge de la vie comme vaste plaisanterie : du monde comme théâtre de marionnettes à la vacuité des Don Juan en passant par Eros et Thanatos, il constitue finalement une sorte de testament au narrateur taquin, n’hésitant pas à se moquer de Staline et à traiter l’ensemble avec désinvolture. Car, qu’on se le dise : le plus grand des maux du monde, c’est l’esprit de sérieux, contre lequel il faut lutter par l’insignifiance !

Lu par François, Leiloona, Jostein

La fête de l’insignifiance
Milan KUNDERA
Gallimard, 2014