Instantané : la magie des fleurs

Saint Fiacre est le patron des jardiniers. A Orléans, il est fêté (sauf l’an dernier) le dernier week-end août, par des installations florales dans l’église Saint-Marceau : des milliers de fleurs qui donnent à l’endroit l’allure d’un temple païen dédié à Vénus. Ici, c’est l’émerveillement qui domine : des « ah », « des oh », des « comme c’est beau ». Et par les temps qui courent, toute cette beauté, toute cette poésie, ça fait un bien fou, et c’est de cela dont es gens ont besoin, je crois. De la magie des fleurs. D »émerveillement.

Instantané : jasmin des poètes

Un de mes bonheurs du printemps, dont je n’avais pas trop pu profiter jusque-là à cause du masque et de la pluie : enfouir mon nez dans une haie de fleurs odorantes, jasmin, chèvrefeuille ou seringa, joliment surnommé « jasmin des poètes ». Les deux premiers ne sont pas encore fleuris, mais je suis tombée dimanche, en faisant un petit détour dans une venelle, sur une haie du troisième et j’ai failli m’évanouir d’extase tant c’est merveilleux d’être enveloppé comme ça de cette douceur parfumée, dont j’ai chipé deux brins pour mettre dans mon bureau !

Fleurs arrosées Par les rosées Du mois de mai

Nous ne sommes pas encore tout à fait au mois de mai, mais on ne va pas chipoter pour deux jours. J’ai terminé mon projet poétique, enfin la première étape, et je suis plutôt satisfaite même s’il y aura quelques modifications à faire. Et ce poème… j’avoue que comme tout le monde, pour moi, Louise Colet, c’est l’amie à qui écrit Flaubert. Et lorsque je suis tombée sur ce poème, exactement ce que cherchais, j’y ai vu un petit miracle. Louise Colet y déclare son amour aux fleurs un peu sauvages du printemps, et c’est beau !

Les Fleurs de j’aime

Fleurs arrosées
Par les rosées
Du mois de mai,

Que je vous aime !
Vous que parsème
L’air embaumé !


Par vos guirlandes,
Les champs, les landes
Sont diaprés :
La marguerite
Modeste habite
Au bord des prés.


Le bluet jette
Sa frêle aigrette
Dans la moisson ;
Et sur les roches
Pendent les cloches
Du liseron.


Le chèvrefeuille
Mêle sa feuille
Au blanc jasmin,
Et l’églantine
Plie et s’incline
Sur le chemin.


Coupe d’opale,
Sur l’eau s’étale
Le nénufar ;
La nonpareille
Offre à l’abeille
Son doux nectar.


Sur la verveine
Le noir phalène
Vient reposer ;
La sensitive
Se meurt, craintive,
Sous un baiser.


De la pervenche
La fleur se penche
Sur le cyprès ;
L’onde qui glisse
Voit le narcisse
Fleurir tout près.


Fleurs virginales,
A vos rivales,
Roses et lis,
Je vous préfère,
Quand je vais faire
Dans les taillis
Une couronne
Dont j’environne
Mes blonds cheveux,
Ou que je donne
A la Madone

Avec mes vœux.

Louise Colet, Fleurs du midi (1836)

Instantané #128 (l’effet mimosa)

C’est un plaisir éphémère, tant il est fragile et délicat, mais je ne résiste pas, une fois par an, au cœur de l’hiver, à m’offrir quelques brins, qui illuminent le bureau de leurs petits pompons jaunes comme le soleil et délicats comme une caresse. Et l’odeur, qui embaume toute la maison, transportant mon âme loin, très loin…

Semons des fleurs

Je suis retombée il y a peu sur cette sublime citation de Montaigne : « Si la vie n’est qu’un passage, sur ce passage au moins semons des fleurs ». J’en suis restée stupéfaite et méditative un long moment, tant c’est beau, et exactement ce que je pense être le but de la vie, moi qui aime tant les fleurs et qui en ai partout. Semer des fleurs, semer des jolies choses, de belles pensées. Je ne me souvenais pas que Montaigne était si poète, mais enfin, j’ai mis cette citation dans mon journal poétique. Et puis je me suis dit que j’avais envie de faire… toute une page pleine de fleurs, ici (et encore j’ai fait une sélection tant il y en avait). Parce que les fleurs, c’est la beauté, c’est l’harmonie, c’est l’espoir, c’est l’amour lui-même, et qu’on en a bien besoin en ce moment, de tout cela, alors semons, semons des fleurs !

Instantané #112 (un antidépresseur naturel)

L’autre jour, chez le fleuriste, au lieu de tendre ma carte bleue pour payer, j’ai tendu ma carte vitale. Nous avons ri bien sûr, le fleuriste m’a dit que non, il ne la prenait pas encore, et puis, en même temps nous avons eu cette idée que pourtant, il devrait, et que les fleurs (et les jolies choses) devraient être remboursées par la Sécurité Sociale : parce que c’est bon pour le moral. Tout ce qui met de la beauté dans le quotidien, de la joie, élève les vibrations, est le meilleur des antidépresseurs (et des vibrations élevées, c’est souverain pour le système immunitaire) !

Instantané #107 (juste quelque chose de joli)

L’autre jour en me promenant dans la forêt derrière la location, j’avais ramassé quelques petites fleurs et une fougère, que j’avais mises à sécher dans le livre que je venais de terminer. Je les ai retrouvées en rangeant le livre dans la bibliothèque. Et j’ai trouvé ça à la fois poétique et ravissant, rempli d’une joli nostalgie. J’ai pris la photo, et je les ai remises en place, dans l’espoir d’oublier qu’elles sont là et de, peut-être, avoir la délicieuse surprise de les retomber dessus par hasard, un jour. A moins que je ne change d’avis et que je les mette dans un carnet, comme un herbier.

Et vous, vous faites ça, de mettre des fleurs à sécher dans les pages des livres que vous lisez ?