Parce qu’on ne peut pas toujours faire des articles légers…

Fleurs

Comme Caroline hier, aujourd’hui, j’avais prévu un article rigolo, mais il sera pour une autre fois, parce qu’il arrive des moments où on ne peut pas faire comme si rien ne se passait. Vous le savez, je ne suis pas une féministe acharnée : évidemment que je défends l’égalité des hommes et des femmes, mais parfois, certains combats me passent largement au-dessus de la tête. On se souvient pourtant que je m’étais mobilisée pour la campagne « mademoiselle ? Non, madame » pour des raisons d’ailleurs plus personnelles qu’idéologiques. Même si pour le coup c’est ma propre position qui en a laissé certaines rêveuses, nous avons gagné, et j’en suis fort aise. Le sujet dont je veux vous parler aujourd’hui ne suscitera probablement pas une telle polémique, enfin je suppose, puisqu’il s’agit d’un droit inaliénable pour les femmes : celui de l’avortement. Le droit d’avoir le choix de mettre ou non un enfant au monde. Avoir un enfant, c’est magnifique. Quand on l’a décidé.

Ce droit, qui nous paraît une évidence, est pourtant sans cesse remis en cause et menacé. Par de petites phrases imbéciles de personnes sans doute vivant dans un autre monde parlant d’avortement « de confort » (oh, le bel oxymore !!!! nos politiques seraient-ils des poètes ?). Par des difficultés parfois grandes à trouver un médecin acceptant de pratiquer l’intervention. Par les leçons de morales de gens qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, attendu que ce n’est pas de leur corps ni de leur vie dont il s’agit (voyez-vous mon regard lorgnant vers le Vatican, qui serait assez bien inspiré d’arrêter de vouloir régenter la vie de tout le monde, y compris des non-catholiques ?). Par des lois passéistes dans certains pays, au sein même de l’Union Européenne.

Pour toutes ces raisons, une manifestation est organisée à Bruxelles, demain, à partir de 14h (le RDV est place Poelaert Plein). Je suis un peu loin pour m’y rendre, mais j’encourage toutes celles (et tous ceux) qui pourront s’y rendre à le faire. Et je vous encourage aussi à aller lire le manifeste publié sur le site du Planning Familial.

(oui, je sais, la photo n’a strictement rien à voir, mais j’avais envie de vous les montrer, mes jolies fleurs ! Et puis j’aime bien, ce choc entre le sujet de l’article et la légèreté de la photo…)

 

Mais moi je ne veux pas qu’on m’appelle mademoiselle…

madameoumadame

En mai dernier, j’écrivais pour les Fauteuses de Trouble une chronique intitulée « Mademoiselle ? Non, MADAME ! », qui à l’époque avait déjà eu son petit succès et qui revient aujourd’hui sur le devant de la scène, puisqu’il se trouve que deux associations féministes viennent de lancer une campagne demandant l’abolition pure et simple du « Mademoiselle ». Je ne vous cache pas que je suis ravie d’avoir de la sorte précédé la tendance, mais ce n’est pas le sujet.

A l’époque, je m’étais surtout attardée sur les raisons « féministes » de refuser que l’on m’appelle « Mademoiselle ». Mais en réalité, ces raisons ne sont pas les seules, et sont en fait assez peu déterminantes. Je n’y reviendrai pas, je vous invite à aller lire l’article en question !

Ces raisons « autres », plus personnelles on va dire (et avec lesquelles je pense les féministes qui ont lancé le mouvement ne seraient pas forcément d’accord, enfin surtout la première) sont au nombre de trois.

Tout d’abord, il s’agit pour moi simplement d’une question de savoir-vivre. Le fait qu’une femme ne soit pas mariée, c’est son problème, on n’a pas à le lui rappeler par ce titre stigmatisant. Peut-être qu’elle est contre le mariage, que le PACS ou le concubinage lui suffisent, qu’elle est liée par des liens charnels à un homme marié ou l’ayant été et qui n’en veut plus, qu’elle ne veut pas d’homme, qu’elle se trouve bien célibataire ou qu’elle préfère les femmes… Mais peut-être aussi que, tout simplement, elle n’a pas eu la chance de rencontrer un homme et de construire quelque chose avec lui. Peut-être que cette situation est intolérable pour elle. Peut-être qu’elle en souffre chaque jour de sa vie, et peut-être qu’elle n’a pas besoin qu’on le lui rappelle quotidiennement dans les courriers qu’on lui adresse. Peut-être qu’il est indélicat, voire carrément cruel, de l’appeler « mademoiselle », parce qu’elle y entend « vieille fille », « pauvre cloche ». Je ne dis pas que c’est ce que pensent les gens, mais elle, c’est ce qu’elle entend.

Et puis, bon, c’est aussi une question de vie privée. Et de son respect. On entend toujours comparer Facebook au grand Big Brother qui veut tout savoir de nous. Mais que je sache, Facebook ne m’oblige pas à dire si je suis célibataire ou mariée et à l’afficher sur mon profil. l’EDF et La Redoute si, puisqu’ils me demandent si on doit m’appeler « mademoiselle » ou « madame », alors que bon, zut, il me semble que ça ne les regarde pas. Et alors le pompon, c’est lorsqu’un goujat vous lance un « Bonjour madame… mademoiselle peut-être ? », espérant sans doute par là savoir si la voie est libre. En quoi ça te regarde ? Est-ce que je te demande, moi, si ta grand-mère fait du vélo ? Franchement, qui est-ce que ça concerne, ma situation personnelle ? Certainement pas mon boulanger ni mon facteur. Et, a fortiori, certainement pas mes élèves.

Ce qui nous mène au dernier point. C’est une question de respect tout court. « Mademoiselle », c’est quand même connoté « gaminette », « petite jeunette », or ça va bien mais passé un certain âge, c’est tout bonnement ridicule. Je suis une adulte, je travaille, je gagne ma vie, je paye mon loyer et mes impôts donc j’avoue que « mademoiselle » a du mal à passer. Certes je fais plus jeune que mon âge, mais tout de même (et justement) mon âge, j’y tiens quand même. Et j’exige que l’on m’appelle madame. Et d’ailleurs, la seule fois ou un élève a osé m’appeler « mademoiselle », c’était bien pour me signifier ouvertement qu’il ne me respectait pas…

Alors, vous me répondrez que, comme je le dis si bien dans mon précédent article, la loi m’autorise tout à fait à me faire appeler madame si je le souhaite. Sauf que c’est le parcours du combattant. Qu’il faut envoyer des lettres. Se heurter à des malotrus qui ne veulent pas comprendre et restent fixés sur ce qu’ils croient être la loi comme des moules à leur rocher. Donc le plus simple, ça serait en effet de supprimer clairement et définitivement ce mademoiselle, comme l’ont fait d’autres pays avant nous, et pas forcément les plus clairement féministes.

Alors, si toutes ces raisons vous parlent, quelques liens :

Le site internet

La page facebook

La pétition

 

Un été sans les hommes, de Siri Hustvedt

un été

Dommage que je ne sois pas un personnage de livre ou de pièce de théâtre, non que les choses se passent tellement bien pour la plupart d’entre eux, mais alors je pourrais être récrite ailleurs. Je vais, moi, me récrire ailleurs, pensai-je, réinventer l’histoire sous un éclairage nouveau : je suis mieux sans lui. A-t-il jamais accompli une corvée ménagère dans sa vie, en-dehors de la vaisselle ? Avait-il, oui ou non, l’habitude de t’éteindre comme si tu étais une radio ? Ne t’a-t-il pas interrompue des milliers de fois au milieu d’une phrase comme si tu n’étais rien qu’un peu d’air, une Mme Personne, une disparue à sa table ? N’es-tu pas « encore belle », selon les termes de ta mère ? N’es-tu pas encore capable de grandes choses ?

Voilà un roman que j’avais très envie de lire après les avis élogieux qu’en avaient faits nombre de blogueuses. Il faut dire que le thème m’inspirait beaucoup, et que ce roman avait de toute façon tout pour me plaire, et je n’ai donc pas pu résister lorsque l’autre jour je l’ai trouvé en faisant mes courses.

Lorsqu’après trente ans de vie commune son mari, Boris, lui propose une « pause » (mot qui désignera tout au long du roman sa maîtresse), la narratrice, Mia, écrivain, est victime de bouffées délirantes et se retrouve brièvement internée. Comme elle ne veut pas rester durant tout l’été dans l’appartement conjugal à New-York, elle décide, après sa sortie de l’hôpital, d’aller passer quelques temps dans le Minnesota où elle loue une petite maison, non loin de la maison de retraite où vit sa mère. Là, entre l’écriture, l’atelier de poésie qu’elle anime auprès d’adolescentes, ses visites à sa mère et ses compagnes, toutes veuves, son amitié naissante avec sa nouvelle voisine affublée d’un mari quelque peu irascible, elle réapprend à vivre et se reconstruit. Sans les hommes. Sans l’Homme, même si le fantôme de Boris et de leur couple est omniprésent.

Dans ce roman, j’ai absolument tout aimé. J’ai aimé l’écriture, émaillée d’extraits de poèmes, de réflexions sur la littérature (par exemple  Persuasion de Jane Austen, roman sur lequel elle revient à plusieurs reprises) et sur la création littéraire. J’ai aimé l’excellente analyse des sentiments, toute en délicatesse, cette plongée au coeur de l’âme humaine et de ses travers. J’ai aimé ce magnifique portrait de femme bafouée  meurtrie, blessée, qui souffre et pourtant continue à aimer, qui se cherche, réinterprète son passé pour se donner un nouvel avenir. J’ai aimé la galerie de figures féminines qui l’accompagnent et qui incarnent tous les âges de la vie de femme. J’ai aimé la description de sa relation avec Boris, faite de frustrations et de chagrin mais aussi d’une intime connaissance de l’autre. J’ai aimé la légèreté et la profondeur à la fois de ce roman magnifique, touchant, que je ne peux que vous conseiller !

Vous pouvez également aller lire les billets de Keisha, Clara, Cuné, Fashion, Stephie, Antigone, Cathulu

Un été sans les hommes
Siri HUSTVEDT
Actes Sud, 2011

Et toi, quand est-ce que tu t’y mets ? #1 Celle qui ne voulait pas d’enfant

et toi

T’as raison, ce n’est pas une maladie, c’est juste un truc à la mode, le truc que seuls les nazes n’ont pas encore ! C’est juste le plus gros BUZZ du mode ! C’est ça ! Faire un enfant, c’est Facebook et l’i.phone réunis !

Cette phrase, « Et toi, quand est-ce que tu t’y mets? », quelle femme sans enfant de plus d’un certain âge (variable, l’âge) ne l’a pas entendue ? Et laquelle n’a pas souhaité énucléer celui qui la prononçait avec une fourchette à escargots ? Car c’est tellement une évidence pour tout le monde que quand on est une femme, on doit vouloir et avoir des enfants, que celle qui n’en a pas (pour des raisons diverses) ou pire ne souhaite pas en avoir (pour des raisons diverses aussi) est regardée comme une extra-terrestre, une égoïste, une immature, que sais-je.

Cette femme, c’est Jeanne, 35 ans. Un chouette boulot (elle est photographe free-lance), un chouette chéri (Jeff, 40 ans). Mais voilà : Jeanne ne veut pas d’enfant, ce qui tombe plutôt bien, car Jeff non plus. Pour tout un tas de raisons. Mais chaque jour, elle doit subir la pression de tout le monde, et en particulier de ses amies, qui ne cessent de lui vanter les joies et les bonheurs de la maternité !

Alors, avant d’aller plus loin, je précise que cet album ne dénigre absolument pas la maternité : c’est chouette, d’être maman, c’est évident, mais toutes les femmes n’ont pas envie de l’être, et toutes les femmes n’ont pas non plus la possibilité de l’être. J’ai 33 ans, je n’ai pas d’enfant et il est possible que je n’en aie jamais, je n’en sais rien, ça me plairait mais je n’en fais pas la condition sine qua non de mon bonheur, on verra ce que la vie me réserve. Bref, ce n’est pas le sujet, car en l’occurrence Jeanne ne se pose pas la question : elle ne veut pas d’enfant.

Cet album est une réussite à plusieurs titres. D’abord, il est décomplexant et ça, ça mérite d’être souligné. Et surtout, malgré le sérieux du sujet traité, il est drôle. Je veux dire : vraiment drôle, j’ai ri aux éclats devant certaines trouvailles (Jeanne qui donne chaque mois un prénom à sa plaquette de pilule parce que c’est sa meilleure amie, la planche mettant en parallèle le dimanche glandouille du couple sans enfant et le dimanche plus corsé du couple avec un bébé…). Les illustrations de Madeleine Martin, dont je vous parlais la semaine dernière, sont formidables encore une fois. Bref, une BD très décalée et qui plaira à tout le monde, car je pense que même les mamans peuvent apprécier !

Et toi, quand est-ce que tu t’y mets ? #1. Celle qui ne voulait pas d’enfant

Véronique CAZOT et Madeleine MARTIN

Fluide Glacial, 2011

Logo BD du mercredi de Mango 1

 Les autres participants sont chez Mango

 logo womenBD

 Les autres participants sont chez Theoma

 

Le conflit : la femme et la mère

elisabeth-badinter.jpg

C’est avec Elisabeth Badinter que j’ai souhaité ouvrir le feu. Vous verrez que la question du féminin est d’ailleurs souvent au centre des sujets qui me préoccupent…

J’ai passé mon après-midi de dimanche à dévorer cet essai. A force d’en entendre parler à droite et à gauche avec des avis souvent très… tranchés, j’ai voulu me faire ma propre opinion. Et je ne regrette pas.

L’ouvrage est vraiment très très loin des caricatures qu’on a voulu en faire. Les partisans de l’allaitement ont ainsi voulu donner du livre l’image d’un pamphlet anti lait maternel, inféodé aux grandes multinationales du lait artificiel, et fustigeant les femmes qui donnent le sein comme ennemies du féminisme. Mais ce n’est pas du tout ce que j’ai lu, pour ma part…

Jamais Elisabeth Badinter ne dit que l’allaitement est le mal absolu (ou alors j’ai eu entre les mains un exemplaire unique imprimé seulement pour moi…). L’allaitement n’est même pas le sujet principal du livre. La thèse est qu’il existe une multitude de manières d’être femme et une multitude de désirs féminin par rapport à la féminité. Certaines s’épanouiront totalement dans le rôle traditionnel de la Mère, d’autres parviendront à naviguer de manière équilibrée entre leur identité maternelle et leurs autres désirs (professionnels, amoureux…), d’autres enfin ne s’épanouiront pas dans la maternité parce qu’elles ont d’autres priorités. Entre ces trois pôles, des multiplicités de positions intermédiaires…

Le problème, c’est que la société actuelle montre un retour en force de l’image archétypale de la mère idéale, qui sacrifie tout pour ses enfants, et, crise économique oblige, reste au foyer. Rôle qui peut convenir à certaines, mais pas à toutes. Sommée d’allaitée parce que c’est ainsi que la nature l’a faite, sommée d’utiliser des couches lavables parce que c’est écologique, sommée de cuisiner des purées bio, sommée de travailler à temps partiel ou même de ne plus travailler du tout, la femme qui ne se retrouve pas du tout dans ce que la société voudrait qu’elle soit a bien souvent l’impression d’être une mauvaise mère, qu’elle n’est pas, et sent peser sur elle les regards réprobateurs.

Allaiter, c’est très bien. Quand on le souhaite. Mais quand on n’en a pas envie, ça peut juste être l’enfer. Or l’OMS voudrait que le taux de femmes qui allaitent soient bien supérieur à ce qu’il est actuellement. La France résiste : les maternités labellisées « amies des bébés » (j’adore ce nom, les autres sont leurs ennemies certainement), qui pour obtenir le dit label doivent avoir75% d’allaitement exclusif, ne sont que 7. Comment imaginer que l’augmentation du nombre de femmes donnant le sein puisse se faire sans pressions et stigmatisation de celles qui ne le souhaitent pas ? Difficile.

Or c’est bien là l’enjeu de cet essai : rappeler une fois encore que les femmes doivent rester libres de leurs choix. Libres d’avoir un enfant ou non, libres de l’allaiter ou non, libres de travailler moins, ne plus travailler du tout, de travailler autant, de donner la priorité à leur rôle de mère ou à celui de femme… libres !!!! Or force est de constater que chez nos chers voisins européens, le choix n’est pas là : en Allemagne, puisque c’est l’exemple le plus effrayant, les contraintes qui pèsent sur les mères sont tellement lourdes que le taux de fécondité y est au plus bas, les femmes préférant ne pas faire d’enfants plutôt que d’être considérées comme « mères corbeaux ». En France, les femmes sont libres, et du coup le taux de fécondité est encore élevé. Mais pour combien de temps ?

Je vous encourage à lire cet ouvrage et de ne pas vous arrêter à ce qu’on a pu vous en dire, ce serait vraiment dommage !