The bold type, de Sarah Watson : celles qui osent

Encore une série que j’avais repérée dès sa sortie, mais que je n’avais jusqu’à présent pas encore eu l’occasion de voir. En même temps, ne la voir que maintenant m’a permis de pouvoir regarder l’intégralité des cinq saisons sans devoir patienter des mois entre chaque, ce qui pour une impatiente comme moi est parfois un peu frustrant.

La série suit la vie, professionnelle et personnelle, de trois amies qui travaillent à New-York au sein du même magazine féminin, Scarlet. Il y a Jane, journaliste, Kat, responsable des médias sociaux, et Sutton, assistante qui voudrait devenir styliste. Au fil des saisons, on va les voir évoluer, prendre des décisions, affirmer leurs choix, sans que jamais leur amitié ne vacille.

Un série qui fait un bien fou. Au départ, j’étais attirée par le côté Sex and the city du pitch, mais j’y ai trouvé beaucoup plus. Très engagée sur le plan social et notamment féministe, la série propose de vrais beaux personnages de femmes, aux vies mouvementées, des jeunes femmes qui ont des envies, qui s’engagent, qui se battent, qui ont des vies personnelles parfois chaotiques, une carrière à gérer, mais restent unies. Et puis, surtout, il y a Jaqueline. Jaqueline, c’est mon coup de cœur : j’ai adoré les filles, mais honnêtement, elles ont 25 ans, je ne me suis pas trop projetée en elle. Mais Jaqueline… elle est la rédactrice en chef du magazine. Une femme qui a du succès, et une belle carrière. Mais pour autant, elle n’écrase pas les autres de son pouvoir, au contraire : elle est bienveillante, presque maternelle, elle soutient les autres femmes dans leur carrière, les pousse, les encourage, leur donne des opportunités, et sait prendre des risques lorsque cela s’impose. Loin des personnages féminins toxiques que l’on retrouve trop souvent, qui ont réussi mais voient toutes les autres comme des menaces, et/ou sont tyranniques parce qu’elles ont peur, Jaqueline n’a peur de rien, et franchement, j’aimerais voir plus de personnages comme celui-là.

Vraiment, une série à découvrir : j’ai adoré leurs histoires, j’ai regardé les 5 saisons en quelques jours, et j’ai vraiment passé de bons moments !

The Bold Type
Sarah WATSON
Freeform, 2017-2021 (Prime Video)

The Marvellous Mrs Maisel, de Amy Sherman-Palladino : woman power

Une série qui était notée dans ma liste de « A voir » depuis longtemps, mais elle n’était pas sur la bonne plateforme, jusqu’à ce que l’autre jour (à force que la liste s’allonge), je finisse par m’abonner à Amazon Prime. Ce n’est pas tout à fait la première série que j’ai regardée, mais je me suis un peu précipitée tout de même, et je ne l’ai pas regretté, d’autant que la saison 4 est en curs de diffusion.

L’histoire est celle de Midge Maisel, une jeune mère au foyer juive, dont le mari est fan de stand-up, mais pas très doué. Elle par contre a un talent fou pour l’humour, ce dont elle se rend compte le jour où son mari lui annonce bêtement qu’il la quitte et qu’elle monte sur scène de façon inopinée, et rencontre un certain succès, même si elle finit en prison. Une vocation est née, mais pour une femme, en cette fin des années 50, ce n’est pas si simple.

Bon : j’aime absolument tout dans cette série : l’humour, les personnages que je trouve tous plus attachants les uns que les autres, la réflexion féministe, l’histoire au long cours avec Joël, et les costumes. Je bave devant les costumes. J’aime ses robes d’un amour fou. Je ne suis pas la seule. Bref : j’aime absolument tout dans cette série riche, colorée, dynamique, sans complexe, parfois caustique, et vraiment, si vous ne l’avez pas vue, allez jeter un œil !

The Marvellous Mrs Maisel
Amy Sherman-Palladino
Amazon Prime, 2017 – (en cours de production)

#FemalePleasure, de Barbara Miller : plaidoyer pour la liberté

Cela fait longtemps que je ne vous avais pas parlé de films. Et en ce dernier premier mardi du mois de l’année, je voulais aborder ce documentaire sorti fin 2018, et qui est désormais disponible en VOD.

Le film interroge la manière dont est traitée la sexualité féminine dans le monde, au XXIe siècle, en suivant cinq femmes d’origines culturelles différentes, et qui s’opposent à la répression de leur sexualité dans leurs communautés culturelles et religieuses : Déborah Feldman, qui raconte dans son autobiographie Unorthodox (dont Netflix a fait une mini-série) sa rupture avec le judaïsme hassidique ; Leyla Hussein, une psychothérapeute et activiste sociale somalienne qui se bat contre l’excision ; Megumi Igarashi, une artiste plasticienne japonaise spécialisée dans l' »art vaginal » ; Doris Wagner, une ancienne nonne ayant subi des violences sexuelles au sein de l’Eglise catholique ; Vithika Yadav, une jeune indienne qui se bat pour l’égalité.

Un documentaire essentiel, qui doit être vu et distribué le plus largement possible, même s’il met très très en colère : il montre surtout qu’au delà des différences de culture, le combat est le même : conquérir le droit à disposer de son corps, malgré les religions qui, si elles ont bien un sujet d’accord, c’est bien celui-là : empêcher les femmes de jouir librement. Et c’est un combat essentiel !

Brisons le silence, soyons invincibles, revendiquons #Female Pleasure

Chez Stephie

Ainsi soit-elle, de Benoîte Groult : aux origines du féminisme

Si par miracle un jour la censure scolaire, familiale, religieuse et culturelle cessait de reléguer la vie sexuelle et le plaisir dans des domaines inavouables, si l’on pouvait aborder la « fonction érotique » de tout son être avec un appétit légitime et à l’occasion un peu d’humour, quel soulagement soudain pour tous les malades de l’amour, les impuissants, les frigides, les timides, les éjaculateurs précoces, les éjaculateurs parcimonieux et ceux qui ont très peur des femmes et celles qui ont très peur des hommes et tous les autres aussi…

J’ai lu ce livre cet été pour un projet (un de mes nombreux…) mais j’avais omis de lui consacrer un article. Mais il était là, il trainait dans mon bureau et en rangeant une pile (de livres) je suis retombée dessus, et je me suis dit que c’était dommage de le ranger sans en parler.

C’est un classique du féminisme « vieille école » (qui est, largement, le mien). A la fois un témoignage et un essai où Benoîte Groult aborde tous les sujets essentiels : l’histoire des luttes féministes, le corps, la sexualité, l’excision, les règles, la grossesse, l’accouchement, le plaisir. Et le vivre avec les hommes.

Un texte que j’ai trouvé finalement rafraîchissant : les deux préfaces notamment sont très intéressantes, et l’ensemble est vraiment intelligent, plein d’humour et de sarcasme, mais sans haine, que l’on a un peu trop tendance à confondre avec la colère. Et ça fait du bien.

A lire ou relire d’urgence !

Ainsi soit-elle
Benoîte GROULT
Grasset, 1975 (Livre de Poche, 2000)

Citoyennes ! de Caroline Stevan Elina Braslina : il était une fois le vote des femmes

Ce jour-là, je me suis sentie si proche des femmes qui m’entouraient mais aussi de celles qui me précédaient. Je me suis sentie héritière de toutes les luttes féministes, à commencer par l’une des premières : la conquête du droit de vote. J’ai pensé avec reconnaissance à celles qui s’étaient battues pour obtenir le statut de citoyennes. Je me suis souvenue de manifestations joyeuses et débridées comme la nôtre mais aussi de peines de prison, de condamnations à mort, d’exclusions. Partout dans le monde, à leur manière, des pionnières ont ouvert la voie pour que nous puissions participer à la vie politique, défiler encore et réclamer toujours. J’ai eu envie de vous raconter leurs histoires, Dune et Salomé, cette grande histoire.

Dans cet album, Caroline Stevan raconte à ses filles l’histoire des luttes des femmes pour leurs droits, à commencer par celui de voter : les pionnières, en commençant par Olympe de Gouges, le long historique mondial de l’acquisition de ce droit, la présence des femmes en politique, et les luttes actuelles pour l’égalité des salaires, par exemple.

Magnifiquement illustré par Elina Braslina, ce petit album très clair, pédagogique et accessible grâce à l’humour est à mettre entre toutes les mains et pas seulement enfantines, car j’y ai moi-même appris beaucoup de choses ! A noter si vous commencez à penser à vos cadeaux de Noël, par exemple !

Citoyennes ! Il était une fois le droit de vote des femmes
Caroline STEVAN et Elina BRASLINA
Helvetiq, 2021

Lettres aux jeunes poétesses : femmes et écriture

Mais tu le sais déjà, poétesse aspirante. Si je te parle, n’est-ce pas, c’est dans une langue commune. Ce qui t’anime n’est pas ton nom en couverture. D’ailleurs il est probable que tu hésites encore, prénom et patronyme, la forme du pseudonyme, nouvelle incarnation. Ecrire n’est pas un vœu, c’est un état de fait. Tu canalises le flux, des créations d’objets. Tant que tu es dans ta bulle, être une femme ne change rien. Nous ne sommes pas nos aïeules, le geste est autorisé. Le poids de la charge mentale dans ce contexte précis, sache que j’y reste sourde. L’écriture, seule, domine, à toi de t’organiser. Sache que tous tes choix de vie auront un impact direct sur ton œuvre. Et oui, je sais, ça fout la trouille. L’écriture et la vie, l’écriture est la vie, sens des priorités. Tant que tu n’es plus qu’écriture, évidemment, tout se passe bien. C’est une fois le manuscrit achevé, que les choses se compliquent. Et plus précisément après publication. (Chloé Delaume)

Un titre qui m’a immédiatement attirée : les femmes, la poésie, l’écriture, quel sujet pourrait être plus intéressant ?

A la manière de Rilke, 17 poétesses (parmi lesquelles malheureusement je ne connais que Chloé Delaume) écrivent à une jeune poétesse aspirante (parfois, souvent, leur jeune moi) pour lui donner des conseils, lui parler d’écriture et lui dire ce que c’est qu’être une femme qui écrit.

Comme toujours dans ce type d’ouvrages collectifs, j’ai trouvé les textes inégalement intéressants, mais globalement, ces lettres ont suscité chez moi beaucoup de réflexions, sur l’écriture comme manière d’être au monde, de l’habiter (poétiquement donc), sur le féminisme, sur le corps… Passionnant, et à mettre entre toutes les mains !

Lettres aux jeunes poétesses
L’Arche, 2021

L’Evangile selon Marie (trilogie) de Nicoleta Esinencu : paroles de femmes

Au commencement était le Verbe
et le Verbe était la Lumière véritable qui illumine
et l’homme accapara le Verbe
et depuis l’homme ne cesse d’écrire des livres sur la vierge qui enfanta
et il écrit que celui qu’elle enfanta était appelé le fils de dieu
et que l’homme lui-même était dieu

Et si on réécrivait certains chapitres de la Bible, en redonnant la parole aux femmes ? C’est le projet de Nicoleta Esinencu, avec cette trilogie.

Trois textes constituent donc ce livre : L’Evangile selon Marie, dans lequel alternent chapitres bibliques et témoignages de femmes qui racontent les violences qu’elles ont subies ; L’Apocalypse selon Lilith, dans lequel c’est Lilith qui apparaît lors du Jugement Dernier afin d’amener le règne de la femme ; enfin L’Arche de Noréa, dans lequel l’Arche a été volée par l’homme.

L’idée de départ est très intéressante : la réappropriation du Verbe, l’alternance de réécritures de passages bibliques et de témoignages de femmes sur leur vécu, l’absence de considération, le mariage, les enfants, les violences, vraiment, j’aime l’idée. Mais. Mais c’est un texte qui m’a dérangée idéologiquement, car c’est un texte de vengeance. La colère est saine, mais elle aboutit à une violence qui me gêne car elle n’est rien d’autre finalement que la continuation du travail de sabotage et de séparation du patriarcat, mais par d’autres moyens, et mêler Marie-Madeleine (puisque c’est elle la Marie du premier évangile) à cette entreprise alors qu’elle incarne au contraire les énergies de réconciliation et d’harmonie me crispe un peu. Malgré quelques passages un peu plus doux, j’ai trouvé l’ensemble très « vengeur » et même si je comprends, je ne consens pas.

Donc l’idée était vraiment très intéressante, mais je n’ai globalement pas aimé le traitement. Après c’est évidemment un problème de positionnement féministe qui n’est ici pas le mien, et ayant moi-même un évangile selon Marie-Madeleine en chantier depuis mille ans ça a contribué à ma gêne…

L’Evangile selon Marie
Nicoleta ESINENCU
Traduit du roumain (moldave) par Nicolas Cavaillès
L’Arche, 2021