The Man from U.N.C.L.E (Agents très spéciaux) de Guy Ritchie

The man from uncleFor a special agent, you’re not having a very special day, are you?

Lorsque j’étais petite, Des Agents très spéciaux est une série que j’adorais regarder (et dont j’adorais inventer de nouveaux épisodes). Malheureusement, ne l’ayant pas revue depuis cette époque (1988 environ), je ne me souviens pas de grand chose, à part du contexte (un agent américain et un agent russe qui travaillent ensemble) et donc que j’aimais beaucoup. Alors pourquoi ne pas jeter un oeil à cette adaptation ?

Début des années 60, en pleine guerre froide. Napoleon Solo, homme à femme et escroc contraint de travailler pour la CIA pour éviter la prison, exfiltre de Berlin Est Gaby Teller, la fille d’un scientifique allemand porté disparu et qu’on soupçonne avoir été enlevé par une organisation criminelle voulant fabriquer une bombe atomique. Le problème, c’est que le KGB, en la personne de l’agent Illya Kuryakin, est aussi sur le coup, et que les deux hommes, aussi assortis que du nitrate et de la glycérine, sont contraints de travailler ensemble…

Un vrai plaisir à regarder. Très old fashioned, le film, à la fois spectaculaire et fort drôle voire parodique, fonctionne comme un Persuaders sauce services secrets. Tout repose sur l’antagonisme entre les deux coqs, et ma foi, ça fonctionne nickel : autant dans la série je mancrushais exclusivement sur Napoleon, autant j’avoue que là, mon cœur balance. D’un côté nous avons Solo, la classe faite homme, escroc chic qui n’aime que les vêtements bien coupés et le risotto aux truffes avec une coupe de champagne (heureusement que Tom Cruise a renoncé au rôle, il aurait tout gâché) ; de l’autre, Illya Kuryakin, un morceau de testostérone brute mais qui évidemment cache des failles émouvantes. Ils passent leur temps à s’asticoter et certaines scènes sont à mourir de rire (celles où ils discutent dans le magasin de luxe pour savoir si oui ou non la ceinture Dior va avec la robe Paco Rabanne est d’anthologie). Mais en fait, ils s’apprécient, et le film a bien sûr un petit côté crypto-gay caractéristique de ce type de duos. Alors, au milieu, on nous a mis une jeune fille très charmante, mais enfin bon… Et puis, quand même, c’est excellemment filmé et certaines scènes, notamment celles qui sont entièrement en musique, sont d’une beauté à couper le souffle !

Un film très plaisant donc, rythmé, spectaculaire à l’ancienne, drôle, avec deux beaux mecs en prime. Que demander de plus ?

The Man from U.N.C.L.E (Agents très spéciaux)
Guy RITCHIE
2015

007 Spectre, de Sam Mendes

spectreÇa a toujours été moi. Je suis l’auteur de tous tes malheurs.

J’ai eu du mal à me faire à Daniel Craig en James Bond. Même dans Skyfall il n’éveillait pas la moindre concupiscence en moi. Et puis, j’ai fini par apprivoiser cette espèce d’animalité sauvage et brutale (et sombre). Pour tout dire, le personnage masculin de deux de mes nouvelles érotiques (que pour l’instant vous ne pouvez pas lire, je sais) en est assez inspiré (même si je ne le dis pas parce que je n’aime pas la solution de facilité qui consiste à dire : « il ressemblait à bidule » ; mais dans ma tête, c’est lui). Alors, bien sûr, la puissance virile de Craig ne surclassera jamais (pour moi) le charme écossais de Sean Connery ni l’humour flegmatique de Roger Moore (que certains trouvent un peu kitschouille, moi j’adore). Mais enfin, il m’a quand même donné un peu chaud. On doit quand même se sentir hyper en sécurité, petite chose entre ses bras puissants.

Mais bref, trêve de mancrushing, le film.

Sans en parler au nouveau M. (un Ralph Fiennes loin d’être au sommet de sa sexytude, pour le coup, et ceci est un euphémisme, je me demande s’il n’est pas plus graour en Voldemort), Bond se rend à Mexico pour exécuter les dernières volontés de l’ancienne M. : tuer Marco Sciarra et se rendre à son enterrement pour pouvoir remonter le fil d’une mystérieuse organisation criminelle, SPECTRE. Mais comme d’habitude il met un bazar innommable, et M. est très en colère, d’autant que le coordinateur des services de sécurité, C., manœuvre pour fermer la section 00, jugée obsolète, et remplacer les services secrets par une entente internationale, afin de mieux lutter contre les attentats. Mis à pied, Bond est supposé ne plus bouger une oreille, et rester à Londres. Mais évidemment, c’est bien mal le connaître que de penser qu’il va obéir…

Tous les ingrédients d’un bon James Bond sont là : un générique sublime, des scènes d’action totalement rocambolesques, de la testostérone exsudant des muscles saillants de 007 qu’il soit en smoking ou sans, quelques cocktails, du sexe (mais pas trop…), des femmes, des gadgets, une montre Omega, une Aston Martin (qui ne survit pas bien longtemps), des méchants pas très gentils (et notamment celui qui finalement tire les ficelles depuis toujours, la Némésis  de Bond), un peu de théorie du complot, des voyages, et un 007 qui s’en sort toujours sans trop perdre son flegme. C’est superbement filmé, très esthétique, et en même temps, par rapport aux James Bond ancienne génération, beaucoup plus sombre, inquiétant : Craig incarne un Bond torturé, hanté par son passé, qui finit par perdre tous ceux auxquels il s’attache.

Mission accomplie : on prend beaucoup de plaisir à ce divertissement explosif !

007 SPECTRE
Sam MENDÈS
2015

Envoyée spéciale, de Jean Echenoz

Envoyée spécialeNous pensions qu’il n’était pas mauvais que ce phénomène zoologique, trop peu connu à notre avis, soit porté à la connaissance du public. Certes, le public a le droit d’objecter qu’une telle information ne semble être que pure digression, sorte d’amusement didactique permettant d’achever un chapitre en douceur sans aucun lien avec notre récit. A cette réserve, bien entendu recevable, nous répondrons comme tout à l’heure : pour le moment.

De Jean Echenoz, je n’avais lu que Je m’en vais lorsqu’il a obtenu le prix Goncourt en 1999. A vrai dire, je n’en ai plus aucun souvenir, et je serais même en peine de dire simplement si j’ai aimé ou pas. Du coup, je l’ai mis dans le coin réservé aux trucs à relire. Mais je voulais d’abord lire son petit dernier, qui a joui d’une unanimité critique assez rare pour attiser ma curiosité ; cette lecture elle-même a failli ne jamais être possible, attendu que bon, vous savez comme va la vie, si on pouvait toujours faire tout ce qu’on veut ça serait formidable, mais souvent on ne peut pas. Heureusement, le destin s’en est mêlé, et Envoyée spéciale est le quatrième roman en compétition pour le Prix Relay des voyageurs 2016.

Pour des raisons dans un premier temps obscures, Constance, une jeune bourgeoise oisive qui tient pas mal de madame Bovary, est enlevée par un groupe de bras cassés non identifiés. Le problème, outre que son mari ne fait rien pour payer la rançon et la récupérer, c’est que finalement, elle se trouve plutôt bien là où elle est retenue en captivité, une ferme au fin fond de la Creuse : elle se repose, bouquine, cuisine, s’attache un peu à ses ravisseurs, si bien que tout cela finit par ressembler à une colonie de vacances. Ce qui est peut-être l’objectif finalement, car le but de cet enlèvement semble être tout autre que l’obtention d’une rançon…

Un pur bonheur de lecture : souvent drôle, ce roman est marqué par un ton primesautier, un peu désinvolte est très digressif. Le narrateur s’amuse avec son lecteur, et chemin faisant interroge son statut par ses commentaires qui ne sont pas sans rappeler le Diderot de Jacques le Fataliste ; omniscient, il met en évidence cet aspect, tout en montrant aussi que ses personnages ont une vie propre (nous ne comprenons pas non plus, malgré notre omniscience, comment il a pu être informé de ce rendez-vous). Tous les éléments qui semblent éparpillés aux grès des caprices de ce narrateur finissent, de manière diablement maline à se rassembler sous nos yeux comme un puzzle, et ce qui semblait digressif ne l’est finalement pas tant que ça : s’il parodie le roman d’espionnage, et il le fait magnifiquement bien dans la deuxième partie qui nous emmène en Corée du Nord et nous propose un tableau saisissant de ce pays et des enjeux géopolitiques dont il est le centre, Envoyée Spéciale est avant tout un roman qui s’amuse avec le fait même d’être roman. Une sorte d’exercice de style absolument jouissif !

A lire d’urgence, ça fait un bien fou.

Envoyée Spéciale
Jean ECHENOZ
Editions de Minuit, 2016

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L’Été Diabolik, de Thierry Smolderen et Alexandre Clerisse

l'été diabolikDans le script de cette journée, tout s’est enchaîné sous l’effet du hasard. La balle de tennis à quelques millimètres de la ligne. La décision impulsive d’aller au restaurant ce même soir. Deux coups de pouce du destin qui ont suffi à plonger mon petit monde dans le chaos. Deux hommes rencontrés par hasard, ce jour même, seront morts d’ici peu. Et mon père aura disparu dans des circonstances inexplicables. Et puis… moins pénible, mais tout aussi conséquent… D’ici peu, j’aurai enfin cessé d’être puceau.

Je lis peu de BD, mais tout de même, cela m’arrive, parfois. Et je ne sais pas pourquoi, l’autre jour, lorsque l’invité de la semaine du Temps des Libraires a parlé de celle-ci, ça a fait tilt. Il s’agit d’un album paru aux éditions Clairville en 1987, et qui a sans doute laissé ses lecteurs de l’époque dans la plus grande perplexité, vu qu’il se terminait un peu en quenouille (en tout cas, sans aucune clé pour comprendre les événements, puisque le narrateur ne les avait pas). 30 ans plus tard, les auteurs ont décidé d’apporter enfin quelques réponses…

Été 67. Antoine a 15 ans, et quelques jours vont suffire à totalement bouleverser sa vie. Tout commence par un tournois de tennis, qu’il gagne. Le père de son adversaire, Erik, s’en prend violemment au père d’Antoine, et le soir même les poursuit en voiture sur la corniche, avant que sa voiture ne tombe en contrebas et le tue. Antoine devient ami avec Erik, un bien étrange garçon assez antipathique, tandis que son père passe du temps avec un homme qu’il n’avait pas revu depuis longtemps, un certain M. Noé, chez qui Antoine rencontre Joan, avec qui il va perdre sa virginité…

Sur fond de références au personnage de Diabolik, dont les aventures faisaient fureur à l’époque, cette BD mêle l’intime du récit initiatique et de l’adolescence à des histoires d’espionnage dont on est loin d’avoir toutes les cartes, d’autant que plusieurs intrigues se mêlent. C’est bien fait, mais c’est surtout sublimement illustré de manière à parfaitement rendre l’ambiance sixties mais aussi à donner aux événements un côté onirique voire psychédélique : une grande poésie se dégage de ces images très colorées, qui m’ont beaucoup beaucoup plu et dont certaines pourraient même être des tableaux :

Une très jolie BD, à découvrir !

L’Été Diabolik
Thierry SMOLDEREN et Alexandre CLERISSE
Clairville, 1987 / Dargaud, 2016

Le Magnifique, de Philippe de Broca

Le MagnifiqueTatiana, nous allons faire du bon travail ensemble…

Je pense que c’est l’un des films que j’ai le plus vu dans mon enfance, et que bizarrement je n’avais pas reregardé depuis… houlà… au moins 20 ans sinon 25 (ce qui ne me rajeunit pas, et encore moins aujourd’hui que je prends une année de plus). Je ne sais absolument pas pourquoi j’ai eu envie de le visionner à nouveau, si ce n’est parce qu’encore une fois, c’est une histoire d’écrivain…

Bob Saint-Clar, beau, séducteur et courageux, est le fleuron des service secrets français. Sa dernière aventure le mène au Mexique, où il doit, comme d’habitude, affronter des méchants très méchants. Le problème c’est que son créateur, François Merlin, est sans arrêt dérangé dans son travail…

Alternant les scènes d’action et le quotidien morne d’un auteur fatigué, Le Magnifique est à la fois une parodie de film d’espionnage mêlant James Bond et SAS, et une réflexion sur le travail de l’écrivain. Et c’est bien ce mélange qui est excitant : d’un côté un bellâtre à qui tout réussit, de l’autre ce qu’il est convenu d’appeler un raté. Là où cela devient jouissif, c’est que ces deux mondes ne sont pas hermétiques, et que la fiction sert d’exutoire à l’auteur, qui s’y venge des gens qui le gonflent dans son quotidien : le plombier s’y retrouve criblé de balles, et son éditeur a les traits du gros vilain ; inversement, il donne à la belle Tatiana, la Bob Saint-Clar girl de l’épisode, les traits de sa jolie voisine qui veut faire une thèse sur ses livres. Mais, à force, François a l’impression que Saint-Clar lui vole sa vie : les femmes se pâment devant cette incarnation de la virilité, alors qu’elles le rejettent, et cela donne des scènes totalement loufoques où le personnage à son tour subit les foudres de l’auteur.

Un film jubilatoire, au scénario intelligent, plein de scènes cultes (ah, l’interprète albanais…) à voir ou à revoir absolument ! Voir Belmondo cabotiner est un plaisir immense ! Je pense d’ailleurs qu’inconsciemment, il m’a marquée plus que je ne l’aurais cru !

Le Magnifique
Philippe de BROCA
1973

Sans Identité, de Jaume Collet-Serra

Sans IdentitéJe voulais voir ce film pour une raison toute simple, qui n’étonnera personne : il est l’adaptation d’un roman de… Didier van Cauwelaert, Hors de moi (lu à sa sa parution, donc non chroniqué). La présence de Liam Neeson au casting étant une raison supplémentaire non négligeable.

A son arrivée à Berlin, alors qu’il s’apprête à entrer dans son hôtel, le professeur Martin Harris se rend compte qu’il lui manque une mallette, et remonte donc dans un taxi pour se rendre à l’aéroport. Mais la voiture a un accident, il tombe dans le comas, et lorsqu’il se réveille, il a l’impression d’être plongé dans la quatrième dimension : sa femme ne le reconnaît pas, est accompagnée d’un autre homme dont les papiers d’identité indiquent qu’il est Martin Harris, et le site de l’université affiche la photo de cet autre homme sous son nom. De quoi se poser des questions, mais notre héros est tout de même sûr de qui il est. Pour démêler cette histoire, il se lance à la recherche de la conductrice du taxi, et s’adjoint les services d’un détective privé, ancien agent de la STASI.

Malgré les apparences, ce film n’est absolument pas fantastique : c’est un thriller sous fond d’espionnage, superbement bien ficelé même s’il fonctionne un peu moins bien quand on a lu le roman et qu’on connaît donc la clé, et ce même si quelques légers changements ont été apportés par les scénaristes. Efficace, rythmé, intrigant, plein de suspens, sans temps morts, spectaculaire à l’occasion, c’est un bon divertissement qui remplit parfaitement son office : permettre de passer une excellente soirée. Du reste, un film avec Liam Neeson ne peut pas être une déception…

Sans Identité
Jaume COLLET-SERRA
D’après un roman de Didier van CAUWELAERT
2011

[La valise de l’été] Opération Sweet Tooth, de Ian McEwan

opération sweet toothJe m’appelle Serena Frome (prononcer « Frume » comme dans « plume ») et, il y a près de quarante ans, on m’a confié une mission pour les services secrets britanniques. Je n’en suis pas sortie indemne. Dix-huit mois plus tard j’étais congédiée, après m’être déshonorée et avoir détruit mon amant, bien qu’il eût certainement contribué à sa propre perte.

Sitôt sortie de Cambridge où elle a fait des études de mathématiques (au lieu des études d’anglais qu’elle aurait souhaitées), Serena est recrutée par le MI5, grâce à son ancien amant. D’abord cantonnée aux tâches subalternes comme le classement des dossiers, elle se voit bientôt proposer une mission à sa mesure : sous couvert d’une fondation, elle doit recruter à son insu un jeune auteur afin de mener la bataille idéologique contre le communiste.

John Le Carré dit que dans les Services Secrets, il y a toute la philosophie d’une nation, et nous plongeons ici dans l’âme de la nation britannique, ou tout du moins anglaise. De fait, les années 70 sont particulièrement sombres pour le pays, avec d’un côté la guerre froide qui devient ici une guerre culturelle où il faut encourager les intellectuels à prendre parti en faveur du monde libre à une époque où il est de bon ton de s’afficher communiste (ce qui peut paraître curieux aujourd’hui), et de l’autre l’IRA de plus en plus violente. Le tout sur fond de crise économique. C’est un aspect passionnant du roman, on découvre les ressorts de l’espionnage et de la manipulation, même si cela est parfois un peu difficile à saisir lorsqu’on ne connaît pas très bien l’histoire du Royaume-Uni.

Mais sous couvert d’un roman d’espionnage, Ian Mc Ewan nous offre surtout une brillante variation sur la lecture et l’écriture. Serena est une grande lectrice et son personnage, immédiatement attachant, nous sert de double ; elle tombe amoureuse d’un auteur par ses textes, et par un système presque de poupées russes l’auteur nous donne à lire certaines nouvelles filtrées par la conscience de Serena, ce qui donne un exercice de co-création passionnant. C’est très malin, parce qu’on voit bien, ainsi, comment la personnalité de l’écrivain émerge à travers ses nouvelles et est mise en valeur ; ce qui ne laisse pas d’ailleurs d’inquiéter la jeune femme, lorsqu’ils sont en couple : en sortant avec un écrivain, elle saisit un peu du processus d’écriture, mais n’aime pas l’idée de se retrouver plus tard dans un texte : « J’ajoutai à mon tourment en imaginant qu’il sortirait un calepin et un crayon de sa veste dès que nous aurions terminé. » L’écrivain, de son côté, est brillant, mais a les problèmes qui sont ceux de beaucoup : « Un, je veux écrire un roman. Deux, je suis fauché. Trois, il faut que je trouve un poste d’enseignant. Quatre, ça m’empêchera d’écrire ». La quadrature du cercle, donc. Mais c’est vraiment un excellent écrivain, et… et la fin, même si j’avoue l’avoir vue venir de très loin, m’a totalement cueillie (pas de surprise, mais d’admiration).

C’est un coup de coeur !

Lu par Mrs Pepys

Opération Sweet Tooth
Ian McEWAN
Gallimard, 2014