Les meilleurs livres pour commencer sur la spiritualité, l’ésotérisme et la magie

Dernier volet (en tout cas pour le moment) de cette petite série « les meilleurs livres, après l’amour et la créativité, voici quelques livres qui sans être forcément « les meilleurs » ont tout de même marqué mon chemin et m’ont beaucoup fait réfléchir, et qui constituent selon moi une bonne introduction pour vous lancer sur le sujet.

1. Le matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier : un ouvrage fondateur, que je pense d’ailleurs relire, qui permet de faire un pas de côté et de regarder les choses avec ouverture d’esprit, dans une voie moyenne entre « la science » et « la magie ». En ce moment j’ai envie de le coller dans les mains de pleins de gens, des fois que ça leur ouvrirait un peu l’esprit…

2. La Voix de l’éternelle sagesse de Khalil Gibran, texte que je préfère encore au Prophète car je le trouve plus profond et plus vibrant, mais c’est vraiment une question très personnelle, évidemment.

3. Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés : alors oui, je le colle dans toutes les catégories mais ce livre a littéralement changé ma vie sur tous les plans, donc je ne peux pas faire autrement.

4. Ame de sorcière d’Odile Chabrillac : un essai qui a changé ma manière de voir certaines choses, et qui a commencé à semer en moi la petite graine du Tarot, qui a bien grandi…

5. Cosmic Girl de Mélody Szymczak : sans doute pas le « meilleur », mais c’est un livre que je trouve vraiment clair, accessible, gai, la spiritualité comme je l’aime et je le conseille vraiment.

J’ai volontairement réduit cette sélection (d’autant que je me suis rendu compte en la faisant qu’il y en avait une autre sur un sujet précis derrière, on verra à la rentrée) aux ouvrages plutôt « grand public » et simples, mais nous reparlerons bientôt (enfin à la rentrée aussi) de textes plus hermétiques et complexes.

Se réaliser avec le tarot, de Sophie Brarda : le tarot comme outil introspectif

De quelle manière incarnez-vous les archétypes qui se meuvent à l’intérieur de vous ? Etes-vous une âme poétique, contemplative et réceptive comme le Pendu ? Avez-vous une énergie puissante et intuitive de type yin selon le mode de l’Impératrice ? Ou active et constructive de type yang comme l’Empereur ? Exprimez-vous une juvénilité et un dynamisme à la manière d’un Bateleur ? Etes-vous plus proche d’un Hermite et de son goût pour la solitude et la méditation ?

Je poursuis mon apprentissage du Tarot, qui je le rappelle est pour moi plus un outil de connaissance de soi, d’introspection et de créativité qu’un outil de divination. Et j’ai eu envie de travailler avec cet essai de Sophie Brarda, qui est exactement conçu dans cette perspective : apprendre à mieux se connaître.

L’idée est qu’à chaque jour de naissance correspondrait une personnalité, un archétype, et un arcane majeur (du tarot de Marseille, mais ça ne change pas énormément de choses dans cette perspective sauf si on est né un 8 ou un 11), et l’ouvrage étudie donc les 22 cartes (Le Mât étant pris comme 22 : j’avoue que ça m’a un peu chiffonnée mais passons, il fallait en faire quelque chose et ce n’est pas grave dans cette perspective, là encore) dans ce sens : les tendances de cette personnalité, ses points forts, ses limites, ce qu’il doit améliorer, ses objectifs, mais aussi, à l’aide d’outils introspectifs, comment chacun peut faire travailler cet archétype en lui.

Je ne suis absolument pas convaincue par l’association assez simpliste jour de naissance/numéro de carte. Et je me demande si l’auteure l’est vraiment, ou si c’est juste un principe de composition, vu ce qu’elle écrit en conclusion. Disons que cela peut constituer un point de départ, mais tous les archétypes sont en nous, à des degrés divers, parfois il faudrait davantage les faire ressortir, parfois ils nous parlent moins que d’autres, on les éteint, mais ils sont tous présents et ils sont toujours en dialogue les uns avec les autres. Donc sur ce point précis, je reste perplexe. Par contre j’ai trouvé l’analyse des arcanes et de leurs énergies très fine, très intéressante, et elle m’a bien aidé à compléter (ce n’est jamais complet de toute façon) ce que j’avais déjà travaillé. Petit fait rigolo : le matin je tire un arcane majeur (et une carte de mon propre oracle), pour voir quelles sont les énergies du jour. Et plusieurs fois, j’ai tiré l’arcane qui était l’objet de mon étude du jour…

Bref : ce livre constitue un très bon point de départ pour commencer à apprivoiser le Tarot afin d’en faire un outil de connaissance de soi, qui nous aide à cheminer…

Se réaliser avec le Tarot
Sophie BRARDA
Leduc, 2021

La vraie formule de Dieu, de Lars Muhl : la loi de la lumière

De tout temps, les gardiens des mystères propres à chacune des traditions ont expérimenté différentes sortes de pratiques qui rapprochent l’élève de son Etat d’Être originel, mais aussi des qualités intérieures et extérieures qui se sont éveillées sur le chemin qui mène à la conscience. Atteindre à l’intérieur de soi cet Etat originel, et vivre ces qualités au quotidien, tel continue à être le but de tout travail spirituel aujourd’hui accompli.

Comme j’aime plutôt bien Lars Muhl, et que ses textes me font souvent des clins d’œil, j’étais assez curieuse de découvrir son dernier texte, qui n’est pas du tout un roman mais un ouvrage de spiritualité pour nous relier à notre spiritualité, notre nature divine, et à l’amour.

Il se présente comme une lettre aux humains, un guide pour qu’ils se reconnectent à la Source, à l’Univers (même vidé de toute connotation monothéiste et religieuse, « dieu », je ne peux pas ce mot) et à la Liberté fondamentale. Un travail spirituel d’intégration des principes féminins et masculins en nous.

Beau projet, mais qui n’a pas résonné en moi : avec ce type d’ouvrage tout de même très spirituel et ésotérique, rempli d’exercices de méditation/prière et nourri de traditions kabbalistiques, je trouve mes limites, et je me suis pas mal ennuyée, même si certaines choses ont éveillé mon intérêt et notamment, bien sûr, tout ce qui tourne autour de l’alchimie et de l’union des principes féminins et masculins pour révéler le potentiel de chaque être humain, et bien sûr l’amour. J’ai aussi beaucoup aimé l’exercice du miroir de l’âme.

Un petit livre intéressant, mais à réserver à ceux qui sont vraiment versés dans la spiritualité, et pas les touristes comme moi !

La vraie formule de Dieu
Lars MUHL
Tredaniel, 2021

Lilith, ou la lune noire

L’autre jour, j’avais l’impression de me heurter toujours au même problème sans trouver de solution. Toujours mon problème de lien aux autres, qui coince. Je ne sais pas faire confiance, je n’y arrive pas, donc je ne suis jamais complètement authentique face à quelqu’un (surtout quelqu’un que j’aime) parce que j’ai peur d’être abîmée, comme j’ai été abîmée dans mon adolescence par les moqueries et les vexations de mes congénères (ça aussi, ça ressurgit toujours). Et en fait, je ne parviens pas à ressentir de sécurité, au contraire je me sens perpétuellement en danger, alors faire confiance, m’abandonner dans l’amour de quelqu’un, taratata (je pense en fait que quand on essaye de m’aimer, ça doit faire comme si on serrait un hérisson dans ses bras : et pourtant, j’essaie). Bref, cette question je l’ai déjà creusée un nombre incalculable de fois, et je ne vois pas de clé.

Et une nuit, je vois très clairement apparaître mon thème astral, et en gros quelqu’un qui me dit d’aller jeter un œil à ma lune noire, autrement appelée Lilith. J’avais déjà jeté un oeil lorsque j’avais lu Gardiennes de la lune et le résultat m’avait intéressée, mais j’avais eu le tort de ne pas creuser.

Mais je vais un peu vite : il faut d’abord que je vous explique ce qu’est la lune noire. Certains appellent de cette manière la nouvelle lune, mais ce n’est absolument pas ça. Pas ça du tout. La lune noire est un point théorique sur l’orbite de la lune : elle n’est absolument pas matérielle, ce n’est pas une planète mais un point hypothétique aveugle qui, par analogie, va correspondre à un vide, un manque fondamental dont il faut devenir conscient (puisque la lune noire est plus que les autres une force de l’inconscient qui nous fait nous auto-saboter), car la prise de conscience va interrompre la répétition des schémas. En astrologie karmique, elle indique ce qui doit être nettoyé. On l’appelle aussi Lilith, du nom de la première épouse d’Adam qui l’a envoyé se faire voir parce qu’il ne s’intéressait pas à ses orgasmes à elle. Elle représente donc notre part d’ombre, ce que nous demandent de travailler les pleines lunes des saisons intérieures.

Dans le thème astral, elle apparaît sous la forme d’un croissant de lune avec une petite croix dessous. Or si vous vous souvenez, il y a quelque temps, j’avais fait lire ma carte du ciel, et on pourrait donc penser qu’on m’avait indiqué ce shadow work à effectuer. Et bien pas du tout, car tous les astrologues n’utilisent pas la lune noire (comme il s’agit d’un point théorique) et que la mienne ne le fait pas. J’imagine que c’est parce que je n’en étais pas encore arrivée là, et que j’avais d’autres points à traiter avant.

Donc toute seule comme une grande, je suis allée voir ma lune noire, qui se trouve en cancer et en maison 11. Les deux aspects (le signe et la maison) sont très intéressants, mais en l’occurrence surtout la maison : en maison 11, Lilith… complique les activités de groupe, et le natif se sent toujours différent et rejeté. Si c’est pas beau, ça : exactement le problème qui tournicote depuis des mois sinon toujours dans ma tête ! Alors attention, ce n’est pas une malédiction : l’idée c’est justement de descendre en soi chercher ce qui était caché, la part de soi qui était occultée (j’ai même envie de dire enfermée dans un coffre dont on a perdu la clé) et la ramener à la lumière. C’est transcender la lune noire. Pour moi il s’agit d’arriver à ne pas avoir peur que si je me montre telle que je suis je vais être traquée, et accepter de me reposer en confiance dans l’amour.

Tout cela c’était il y a moins d’un mois, et dans la nuit de samedi à dimanche j’ai fait ce rêve : j’étais en équilibre un peu précaire, et celui qui m’est précieux (mais ne le sait pas, ou si, il le sait, enfin c’est une autre histoire) me disait de faire attention de ne pas tomber. Je lui répondais que je ne risquais rien. « Parce que je te tiens ? » disait-il, une question rhétorique à laquelle je répondais oui, parce que tu me tiens. Et j’avais confiance…

Et tenez-vous bien : hier, mon application d’astrologie m’envoie une notification pour me féliciter car je venais d’achever un cycle au cours duquel j’étais confrontée à mes problèmes en ce qui concerne les relations, afin d’y voir clair.

Donc j’ai bon espoir de m’en sortir, cette fois…

Arcane 17, d’André Breton : la femme est l’avenir de l’Homme

Cette crise est si aiguë que je n’y découvre pour ma part qu’une solution : le temps serait venu de faire valoir les idées de la femme aux dépens de celle de l’homme, dont la faillite se consomme assez tumultueusement aujourd’hui. C’est à l’artiste, en particulier, qu’il appartient, ne serait-ce qu’en protestation contre ce scandaleux état de choses, de faire prédominer au maximum tout ce qui ressortit au système féminin du monde par opposition au système masculin, de faire fonds exclusivement sur les facultés de la femme, d’exalter, mieux même, de s’approprier jusqu’à le faire jalousement sien tout ce qui la distingue de l’homme sous le rapport des modes d’appréciation et de volition. 

Je ne suis pas une grande adepte de Breton. Je n’aime pas l’homme, qui s’est conduit comme un tyran au sein du mouvement surréaliste, et je n’ai pas beaucoup aimé Nadja. Mais l’autre jour je suis tombée sur la citation qui est sur la photo, et elle a tellement résonné en moi que je me suis dit qu’il fallait absolument que je passe outre mes réticences envers l’auteur et que je découvre le texte dont elle était issue.

Arcane 17 est un texte étrange, à la fois essai et poésie, que Breton a écrit lors d’une phase sombre de sa vie : en exil aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, il vient de se séparer de sa femme et ne voit plus sa fille ; il rencontre Elisa Claro, dont la fille s’est noyée l’année précédente, et en tombe amoureux. De cet amour naît une longue méditation autour de la dix-septième arcane du tarot, dans laquelle voisinent des réflexions sur les mythes, le féminin, l’amour, l’art et l’histoire contemporaine.

Un texte étrange, hermétique et labyrinthique, onirique et mystique, dans lequel la poésie se fait langue sacrée des doctrines ésotériques et occultes. J’ai peiné à y entrer, le début m’a paru un peu plat, sensation que j’ai eue à nouveau par moments. Mais il y a surtout eu des moments d’illumination qui m’ont fait signe sur mes propres sujets de réflexion passés et présents : les flammes jumelles, la beauté, l’amour et la poésie comme plus hautes aspirations humaines aptes à régénérer le monde. Humaniste, le texte aspire en effet à une nouvelle voie pour l’humanité, celle du féminin sacré, d’Isis et de Mélusine, et rejoint en cela la doctrine saint-simonienne et Prosper Enfantin qui déjà au XIXe siècle voulait libérer la femme de son asservissement (c’est tout un chapitre de ma thèse).

Je passe donc sur les pages qui m’ont ennuyée, car il y en a beaucoup plus qui m’ont interpellée et fait réfléchir, et dans l’ensemble c’est un texte magnifique !

Arcane 17
André BRETON
Jean-Jacques Pauvert, 1971

La Rencontre / L’Union – O’Manuscrit II et III de Lars Muhl : la puissance du féminin

Au cours du siècle qui est le nôtre, une force féminine nouvelle se manifeste, une force qui embrasse l’être humain totalement, dans son corps comme dans son esprit. C’est celle qu’incarne Marie-Madeleine et que nous avons vue, par exemple, s’affirmer avec le mouvement féministe du XXe siècle. 
Mariam Magdalene est la manifestation d’une forme d’énergie féminine nouvelle, qui nous vient d’en haut en tant que Rukha d’koodsha, laquelle ne se limite pas à la pure maternité, fût-elle neutre ou réceptive, qui a, jusqu’à aujourd’hui, marqué l’archétype féminin universel. 

Il s’est passé quelque chose de très bizarre avec ces deux romans. L’autre jour que je musardais dans une librairie je suis tombée sur le tome 3 dans un rayon où il n’avait pas trop sa place (enfin un peu puisqu’il était au rayon spiritualité, mais comme il s’agit d’un roman (nous y reviendrons) il aurait dû être en littérature générale) et comme le résumé me plaisait, je l’ai pris (sans faire trop attention du coup qu’il s’agissait d’un tome 3). Et puis, tout de même, ça me disait quelque chose, cette histoire et ce nom d’auteur, et en cherchant, bien sûr : j’avais lu le tome 1, Le Chercheuret pas n’importe quand puisque c’est le premier livre que j’avais lu dans mon nouvel appartement. Lorsqu’avec le recul je vois combien ce déménagement était l’amorce de nombreux autres bouleversements dont ce texte était un peu annonciateur, je me dis que le fait que le tome 3 vienne à moi comme ça en ce moment où j’ai tout de même une impression de clôture de cycle, ce n’est décidément pas un hasard. Et d’autres synchronicités se sont manifestées dans le texte lui-même. Bref, le temps que je récupère le tome 2 et me voilà lancée.

On va faire simple : le narrateur poursuit son voyage initiatique. Les deux tomes, en particulier, s’intéressent à la figure de Marie-Madeleine et au féminin sacré.

Je vais commencer par le négatif : ce que je reproche à Lars Muhl, c’est de faire passer pour un récit autobiographique ce qui est de toute évidence un roman ésotérique, puisqu’il en reprend les codes et notamment l’alternance entre les chapitres consacrés à lui et ceux consacrés à un manuscrit découvert : c’est exactement les mêmes procédés que chez les maîtres du genre, Dan Brown ou Steve Berry pour ne citer qu’eux. En outre, on se retrouve avec tout le fatras habituel : Les Cathares, les Templiers, Rennes-le-Château, Bugarach et j’en passe : il y a du gros tri à faire dans cet ésotérisme de pacotille dont je me suis demandé à plusieurs reprises s’il n’était pas là pour attirer l’attention du lecteur friand du genre et mieux faire passer la réelle réflexion spirituelle, parfois ardue.

Mais une fois le tri fait entre le folklore et la vérité, je dois avouer que j’ai dévoré ces deux tomes en un rien de temps parce qu’ils m’ont véritablement nourrie et m’ont permis de rassembler des réflexions éparpillées. Même si le christianisme est très présent il s’agit bien de spiritualité et donc d’un syncrétisme assez intéressant entre la gnose, le chamanisme, le tantrisme, les cultes de la grande déesse et leur évident lien avec la sexualité, qui est bien ici une voie d’initiation. J’ai particulièrement apprécié la réflexion sur les archétypes : Chaque être humain, dans l’incarnation qui est à ce moment-là la sienne, subit l’influence d’un ou de plusieurs archétypes. Lesquels fournissent la matrice des différentes qualités qui caractérisent l’homme. Nous devons, dans notre vie, nous laisser guider par ces archétypes, mais aussi ne pas oublier de construire à partir d’eux. Le fait est que l’archétype féminin exploré dans ce livre est Marie-Madeleine, qui pour ainsi dire me harcèle depuis pas mal de temps (et pas seulement parce que je pleure beaucoup) ; et dans le roman, elle est liée à Jeanne d’Arc, figure qui au contraire ne m’a jamais trop intéressée et qui s’est bizarrement mise à me faire des appels du pieds depuis (je ne ferai pas la liste de toutes les synchronicités, vous ne me croiriez pas) et j’ai l’impression qu’elle attendait sagement depuis plus de 15 ans que je vis à Orléans que je m’intéresse à son cas.

La conclusion de tout cela ? Le Graal, c’est l’amour (tout comme la Pierre Philosophale, ceux qui me suivent sur Instagram ou Facebook comprendront).

Bon, du coup ces deux romans valent surtout pour les réflexions et prises de conscience existentielles qu’ils peuvent susciter, mais après tout, c’est déjà important !

La Rencontre / L’Union – O’Manuscrit II et III
Lars MUHL
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Alice Boucher
Flammarion, 2018 (J’ai Lu, 2019) et 2019

Le matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier : une manière poétique d’habiter le monde

La physique, la biologie, les mathématiques, à leur extrême pointe, recoupent aujourd’hui certaines données de l’ésotérisme, rejoignent certaines visions du cosmos, des rapports de l’énergie et de la matière, qui sont des visions ancestrales. Les sciences d’aujourd’hui, si on les aborde sans conformisme scientifique, dialoguent avec les antiques mages, alchimistes, thaumaturges. Une révolution s’opère sous nos yeux, et c’est un remariage inespéré de la raison, au sommet de ses conquêtes, avec l’intuition spirituelle. Pour les observateurs vraiment attentifs, les problèmes qui se posent à l’intelligence contemporaine ne sont plus des problèmes de progrès. Il y a déjà quelques années que la notion de progrès est morte. Ce sont des problèmes de changements d’état, des problèmes de transmutation. En ce sens, les hommes penchés sur les réalités de l’expérience intérieure vont dans le sens de l’avenir et donnent solidement la main aux savants d’avant-garde qui préparent l’avènement d’un monde sans commune mesure avec le monde de lourde transition dans lequel nous vivons encore pour quelques heures. 

Je suis souvent frustrée par les ouvrages scientifiques : pas seulement parce que j’ai l’impression que ce que nous savons est une goutte dans l’océan de ce que nous ne savons pas, mais surtout parce que les scientifiques ont souvent cette tendance qui m’agace à nier l’existence de ce qu’ils ne peuvent pas expliquer, alors même que l’histoire des découvertes scientifiques devrait les conduire à un peu plus d’humilité ; c’est ce que je reprochais récemment à la conclusion de l’essai d’André Brahic, et c’est pour cela que j’aime les essais de Didier van Cauwelaert : l’ouverture d’esprit, qui consiste à ne rien rejeter a priori (sans pour autant tout gober). Et c’est exactement cet esprit que j’ai retrouvé dans cet essai, qui date de 1960 et qui était mentionné dans Hippie de Paulo Coelho. 

Le but de cet essai est de réconcilier la science et la spiritualité, le matérialisme et l’ésotérisme, en ouvrant des portes, en observant les faits et en posant des questions, autour de ce que les auteurs appellent « fantastique », à savoir ce qui ébranle les lois de l’univers telles que nous les connaissons, mais qui n’est pas nécessairement irréel. La première partie montre comment le XIXe siècle a fermé la porte à ce fantastique et que le XXe siècle essaie de la rouvrir tout en restant attaché au positivisme et à l’idée qu’il n’y a plus rien à découvrir ni à inventer. Il s’agit donc de regarder le passé au lieu d’oublier les connaissances des Anciens, et les auteurs prennent donc appui sur l’alchimie et les civilisations disparues. Dans un second temps, les auteurs mènent une réflexion sur l’histoire invisible, à savoir celle dont on ne parle pas d’habitude, en prenant l’exemple de l’Allemagne nazie et de ses fondements ésotériques et mystiques. Enfin il est question du fantastique intérieur et de l’infini de l’homme, ces facultés qu’il n’utilise pas ou peu ou mal mais qui peuvent le mener à l’accomplissement.

Inutile de vous dire que j’ai dévoré cet essai avec gourmandise tant c’est exactement ce qui me passionne : jamais péremptoire, il oblige à un pas de côté par rapport à ce qu’on considère habituellement comme d’un côté « la science » et de l’autre disons « la magie », et invite à sortir du dualisme pour choisir la voie moyenne entre le rationalisme acharné souvent entaché d’un biais de confirmation (on exclut tout ce qui tendrait à remettre en cause tout ce que l’on pense être le fonctionnement du monde) et l’occulte. En fait, en le lisant, j’ai souvent pensé à Boileau : le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblables. Les chapitres sur les civilisations anciennes, l’alchimie et les fondements ésotériques du nazisme sont absolument fascinants (au point que je me suis fait une bibliographie pour creuser ces questions, je vous préviens). Et j’aime surtout cette idée d’ouverture d’une nouvelle ère pour l’homme, où il trouvera son accomplissement véritable.

Bref, un essai passionnant et vivifiant, qui pose beaucoup de questions et invite à la réflexion, même si tout n’est pas à prendre pour argent comptant !

Le matin des magiciens. Introduction au réalisme fantastique
Louis PAUWELS et Jacques BERGIER
Gallimard, 1960 (Folio, 1972-2018)