Maladie d’amour, de Nathalie Rheims

Maladie d'amour Nathalie RheimsVous croyez que la médecine peut soigner l’amour ?

Ce que j’apprécie chez Nathalie Rheims, c’est sa capacité à écrire des choses très différentes. Avant le blog, je l’avais découverte avec un thriller ésotérique, Le Cercle de Megiddo. Et puis, il y a deux ans, j’avais été très touchée par Laisser les cendres s’envolerAujourd’hui, la revoilà avec un « thriller amoureux », qui ne m’a pas laissée indemne, pour de multiples raisons.

Alice, à 30 ans, est une grande amoureuse qui a la fâcheuse tendance de s’enticher d’hommes qui ne sont pas libres. Peu après sa rupture douloureuse avec Antonin, elle a un coup de foudre pour Daniel Costes, un chirurgien esthétique en vue. Mais sa meilleure amie Camille, à qui elle raconte tout, ne peut s’empêcher de s’inquiéter, d’autant que certains faits semblent étranges… elle se met alors à enquêter.

L’amour est-il une maladie contagieuse ?

J’avoue que ce roman m’a fortement perturbée, mais au départ pour des raisons qui ne tiennent pas uniquement à lui. A vrai dire, dès les premières pages, j’ai été prise de vertiges devant les correspondances entre ce que j’étais en train de lire, et ce que j’ai moi-même écrit : le sujet est sensiblement le même, l’héroïne porte le même prénom et a les mêmes travers, j’ai également un personnage qui s’appelle Camille et qui est très proche de mon héroïne (mais pas de la même manière), et certaines références sont les mêmes. Et je vous assure que toutes ces coïncidences m’ont pas mal désarçonnée. Je cherche d’ailleurs toujours une explication rationnelle, et j’attends un avis extérieur éclairé (Géraldine, help !). Mais bon, heureusement, Nathalie Rheims part ensuite dans une toute autre direction que moi, et j’ai pu me remettre d’aplomb, même si, forcément, mon lien avec l’héroïne a peut-être été un peu faussé. Bref.

Dans ce roman, Nathalie Rheims nous entraîne aux confins de la folie amoureuse, là où la frontière entre l’amour passion et la pathologie s’efface. Et ce de manière très habile, car dès le départ elle tisse une relation malsaine entre Alice et Camille, ce qui ne cesse de nous entraîner sur de mauvaises pistes et nous faire douter de tout, d’autant que les points de vue alternent au fil des chapitres. Car finalement, on ne sait pas vraiment laquelle est la plus déséquilibrée. A première vue, cela semble clair : Camille, mariée et mère de famille, incarne le versant lumineux et euphorique de l’amour ; Alice, elle, ne connaît que son côté sombre et douloureux. Jalousie ? Convoitise ? Sans doute, mais est-ce bien dans le sens que l’on imagine ? Laquelle vit par procuration ? Et puis, au milieu, ce Dan (Damne ?) peut-être pas si clair que ça… la fin ne peut que laisser perplexe, car le doute demeure : qui manipule qui ?

Très fine analyse d’une obsession plus que d’un amour, d’une maladie, l’érotomanie, plus que d’un sentiment, ce roman provoque un malaise indicible et nous pousse à nous interroger…

Maladie d’amour
Nathalie Rheims
Leo Scheer, 2014

Lu par Leiloona