Les kâma-sûtra

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L’échelle d’intensité amoureuse comprend dix degrés, en voici les symptômes : plaisir du regard, saisissement du coeur, obsession mentale, insomnie, consomption, désintérêt pour le plaisir, perte de toute pudeur, folie, pâmoison et mort.

Tout le monde a entendu parler du Livre de l’amour des hindous, autrement dit kâma-sûtra. C’est un livre dont tout le monde parle beaucoup, mais que bien peu ont lu, ce qui fait qu’il est aussi connu que méconnu. Et comme pour ma part, non contente de me mettre au yoga, j’ai décidé de m’intéresser aussi à toute la philosophie sous-jacente à cette pratique, j’ai eu envie de me plonger dans ce texte ancien. Version longue, et sans images.

Car les kâma-sûtra sont beaucoup plus qu’un catalogue de positions acrobatiques et impratiquables par le commun des mortels (nous verrons d’ailleurs si la pratique du yoga, justement, améliore les choses…). En réalité, il s’agit plus généralement d’un traité sur les lois concernant l’amour, qui est une des trois valeurs terrestres. Aussi y sont exposés par le menu les 64 arts que doit maîtriser une femme, sorte d’inventaire à la Prévert d’activités où se côtoient le macramé et la musique ; les devoirs d’une épouse fidèle ; l’activité des courtisanes ; comment trouver une épouse. Seule la section II est consacrée à l’union sexuelle, par contre je n’y ai point trouvé nos fameuses positions. En revanche, j’y ai appris avec beaucoup d’intérêt que « Selon les caractéristiques et les dimensions de son pénis (linga) l’homme est lièvre, taureau ou cheval. De même, la femme est antilope, jument ou éléphante, suivant la profondeur de son vagin (yoni) ». Inutile de préciser que pour un homme, il vaut mieux être cheval que lièvre. On apprend aussi, avec moult détails, comment faire une fellation, et également en fin d’ouvrage comment réaliser des philtres aphrodisiaques, mais le plus difficile est alors de trouver les ingrédients.

Bref, tout cela est assez amusant, je dois l’avouer, et loin des lieux communs. Mais, je dois l’avouer aussi, certains passages se révèlent un peu ennuyeux, et je me suis dit que si on ne retenait en général que la section II, ce n’était pas sans raisons. En tout cas, je trouve intéressant de voir combien l’art de l’amour peut être important dans certaines civilisations, bien loin de la culpabilisation judeo-chrétienne sur la question.

(et là, je me dis qu’avec un article pareil, mes recherches Google vont exploser !)

Marie-Madeleine, un amour infini

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Je suis la femme de Magdala. Donnée à tous car je suis belle comme la vie, irrésistible comme la jouissance et le malheur. Ils ont mangé mon corps, mordu mes épaules et mes cuisses, bu à mon ventre. Je les ai bercés, griffés et consolés, méprisés et flattés. Je me suis traînée à leurs pieds. Je les ai fait hurler sous mes caresses.

Ils ont cru me posséder, m’acheter, m’asservir, et tous sont repartis immensément creux.

Je suis la femme, la blessure, et le gouffre. Ils viennent tous chercher la mort auprès de moi, respirer leur néant sur ma peau parfumée, et manger leur opprobre.

Il y a quelques temps, je m’étais replongée avec plaisir dans l’histoire de la Reine de Saba et du Roi Salomon écrite par Jacqueline Kelen, et cela m’a donné envie de découvrir d’autres titres de cette auteure. Comme le personnage de Marie-Madeleine m’a toujours fascinée, mon choix s’est porté sur ce petit texte, que je ne saurais classer, vous aller comprendre pourquoi. Pour tout dire, cette lecture m’a laissée assez perplexe et j’ai eu besoin de laisser infuser quelques temps avant de vous en parler.

Ce texte est bicéphale. D’un côté, le récit à la première personne de ce personnage mal connu et composite qu’est Marie de Magdala. Une sorte d' »Evangile selon Marie-Madeleine » qui répond aux Evangiles canoniques où elle est à la fois occultée et maltraitée (alors qu’elle a une place importante dans les évangiles apocryphes et gnostiques). Marie-Madeleine est donc une prostituée, mais pas une vulgaire fille de joie : elle incarne les cultes anciens de la divinité féminine (on comprend donc pourquoi le monothéisme phallocentrique l’a rejetée). Elle dit ces amants, tous ces hommes qu’elle a eus dans son lit et à qui elle a offert une part d’infini, de sacré. Son corps est un temple, celui de l’amour. Et puis un jour vient Yeshoua et se noue entre eux une relation hors du commun, un amour total et absolu.

De l’autre côté, inséré dans ce récit, l’auteur glose : sur la femme et la féminité, sur les cultes païens, le tantrisme, le féminin et le masculin… afin de nous donner les clés pour comprendre.

Alors, globalement, tout cela est intéressant, Jacqueline Kelen fait preuve d’une très très grande culture et sa réflexion est très stimulante. Mais j’ai trouvé cela parfois un peu hermétique, et il m’est arrivé de me perdre. Comme somme toute tout cela m’intéresse beaucoup, je me suis accrochée, mais pour être honnête, je ne conseillerais pas vraiment ce texte à tout le monde, mais seulement à ceux qui sont passionnés par ce type de sujets et qui y trouveront sans aucun doute matière à enrichir leur réflexion.

 

Ce que les hommes ne savent pas

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S’il reste quelque chose de neuf à écrire sur le sexe, c’est nous, les femmes, qui pouvons l’écrire. Car nous seules pouvons parler de ce qui n’a pas été dit, de ce qui n’a pas été raconté. De ce que les hommes ne savent pas.

Je pense que le titre de ce livre doit vous intriguer autant que moi lorsque je suis tombée dessus par hasard : mais qu’est-ce donc que les hommes ne savent pas (à part comment fonctionne l’aspirateur) ? Et je dois vous avouer qu’après lecture, je ne suis pas plus avancée, et je n’ai toujours pas la réponse à cette interrogation hautement existentielle. Bon, disons le franchement dès le départ : je me suis doublement fourvoyée en achetant ce livre. D’abord parce que j’avais mal lu la couverture et que je croyais avoir affaire à un recueil de nouvelles de Lucia Etxebarria, et qu’en fait il s’agit de nouvelles écrites par des jeunes écrivaines espagnoles. Mais en outre, pour avoir lu et aimé Amour, Prozac et autres curiosités (que je vais relire du coup), je m’attendais à des petites histoires de célibataires urbaines du type Sex and the city. Remarquez, je n’étais pas si loin du compte : il y a du sexe, et il y a une city, Madrid en l’occurrence. Mais… bon, voilà : je me suis retrouvée avec entre les mains un recueil de nouvelles érotiques (ou du moins qui se veulent telles, on y reviendra). Mais me connaissant, vous vous doutez bien qu’il en fallait plus pour me décourager, et me voilà partie dans ma lecture.

Le recueil s’ouvre sur une préface de Lucia Etxebarria où elle explique la différence entre l’érotisme féminin et l’érotisme masculin, et la prise de possession par les femmes du territoire de la littérature érotique, où il s’agit pour elles de mettre en scène le plaisir féminin. Suivent onze nouvelles supposées illustrer cette prise de possession : nouvelles inégales, on va dire, mais de manière générale je dirai qu’en les lisant j’avais franchement l’impression d’avoir un cerveau d’homme. Oui parce qu’entre la mise en scène de rapports sexuels entre femmes qui, je dois l’avouer, ne m’excitent pas du tout (mais c’est personnel…), les nouvelles que je n’ai pas comprises et celles où je n’ai absolument pas vu l’érotisme, je suis restée froide comme du marbre. Enfin le recueil se clôt sur un nouveau texte d’Etxebarria, fort intéressant d’ailleurs, sur la magie et l’ésotérisme. D’ailleurs, j’ai bien l’impression que dans ce recueil le paratexte est plus intéressant que le texte lui-même.

Bref, une grosse déception, que l’on ne peut même pas imputer à mon manque de pratique du genre érotique, puisque ce n’est pas la première fois que j’en lis. Mais le livre manque sa cible. Ou alors je n’ai pas compris. Ou alors je suis effectivement un homme ! Toujours est-il que du coup, je ne sais toujours pas ce que les hommes ne savent pas… 

 

Les grands classiques de la littérature libertine

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Belle initiative que celle du Monde : éditer, dans une collection très glamour habillée par Nathalie Rykiel, les grands textes de la littérature érotique en 20 volume qui paraîtront chaque jeudi ! Le choix s’est porté sur des auteurs incontournables bien sûr, comme Diderot, Sade, Casanova ou Crébillon fils, et sur d’autres qui restent pour moi à découvrir : Andréa de Nerciat, Charles Duclos ou Forgeret de Monbron. Il y aura également des anthologies, notamment des Correspondances amoureuses que j’attends avec impatience, un recueil de poésie érotique et un autre de contes et nouvelles, et un Curiosités et anonymes dont je me demande bien ce qu’il peut contenir. Tous les volumes réunis formeront une sorte de fresque représentant un oeil féminin, qui sera du meilleur effet dans la bibliothèque (il va d’ailleurs falloir que je fasse un peu de tri pour leur laisser de la place). Il y a également un oeil sur la couverture, oeil ouvert sur le tableau qui se trouve sous la couverture, et qui est en lien avec l’oeuvre proposée, et qui changera de place selon le détail qu’il s’agira de mettre en valeur.

Lorsque j’ai vu le tome 1 tout à l’heure, Les Bijoux indiscrets de Diderot, je n’ai donc pas pu me retenir de le faire mien, même si je possédais déjà ce texte (personne n’en sera surpris, je présume). Je trouve l’édition de belle qualité, meilleure d’ailleurs que ce que le Monde propose d’habitude, et il est accompagné de documents divers, d’une introduction  écrite par l’un des meilleurs spécialistes de chaque auteur, et d’illustrations. Une bonne occasion de relire ce petit roman très drôle, où le sexe des femmes (métaphorisé sous le terme de « bijoux »), bavard et peu discret, raconte la vie privée de sa propriétaire.

Bref, une belle surprise, je pense d’ailleurs m’abonner pour être sûre de n’en louper aucun (oui parce que sinon la fresque ne sera pas complète et ça va me perturber).