Yoga, d’Emmanuel Carrère : continuer à ne pas mourir

Puisqu’il faut commencer quelque part le récit de ces quatre années au cours desquelles j’ai essayé d’écrire un petit livre souriant et subtil sur le yoga, affronté des choses aussi peu souriantes et subtiles que le terrorisme djihadiste et la crise des réfugiés, plongé dans une dépression mélancolique telle que j’ai dû être interné quatre mois à l’hôpital Sainte-Anne, enfin perdu mon éditeur qui pour la première fois depuis trente-cinq ans ne lira pas un livre que j’ai écrit, puisqu’il faut donc commencer quelque part, je choisis ce matin de janvier 2015 où, en bouclant mon sac, je me suis demandé s’il valait mieux emporter mon téléphone, dont j’aurais de toute façon à me défaire là où j’allais, ou le laisser à la maison. J’ai choisi l’option radicale et, à peine sorti de mon immeuble, trouvé excitant d’être passé au-dessous des radars. 

Pendant le confinement, j’ai essayé de lire Limonov, un des rares Carrère que je n’ai pas encore lus, et j’ai dû abandonner tant je m’ennuyais, ce qui n’a pas manqué de m’inquiéter : est-ce que j’avais perdu cette précieuse communication avec l’auteur ? Est-ce que ce qu’il écrivait était désormais loin de moi ? Le Royaumequi m’a illuminée, date d’avant les « événements » qui ont chamboulé ma vie (même si j’en ai lu d’autres depuis, Le Royaume reste central), alors peut-être que… Pour savoir, je me suis précipitée sur Yoga et je peux vous dire que le problème venait du personnage de Limonov, qui ne m’intéresse pas du tout, et pas de l’auteur.

Tout commence (puisqu’il faut un commencement) par une retraite Vipassana, début janvier 2015, pas tant pour la retraite en elle-même que dans la perspective d’écrire un livre réjouissant sur le yoga et la méditation. Emmanuel Carrère est heureux, ça va bien dans sa vie et depuis dix ans il n’a pas traversé d’épisode dépressif. Ça ne va pas durer, et c’est au fond de l’Enfer qu’il va plonger, rattrapé par le malheur névrotique qui le pousse toujours à tout foutre en l’air quand il est bien…

Encore une fois, c’est un livre dont il est difficile de parler de manière un minimum ordonnée tant il est foisonnant et riche : happée dès les premières lignes que je vous ai mises en exergue, j’ai lu le roman d’une traite, et j’ai eu, cette fois encore, l’impression de lire une sorte d’âme-sœur, pas au sens amoureux évidemment, mais au sens « existentiel » on va dire, même si je me fais beaucoup moins de nœuds au cerveau. Tout tient en fait dans cette capacité qu’a Carrère à tenir « en même temps » l’écriture et la vie. Il écrit pendant qu’il vit les choses, il analyse tout à commencer par lui-même et est doté d’une hyperconscience éblouissante mais que je sais être épuisante : à des moments on a juste envie d’appuyer sur le bouton off. D’où l’intérêt, on va dire, de la méditation (personnellement pour mettre en pause je préfère peindre ou me promener dans la nature que rester assise immobile) et de la retraite vipassana (je ne vois toujours pas l’intérêt de se tyranniser de la sorte), que nous avions vue avec le roman Sankhara de Frédérique Deghelt. Sauf que nous ne sommes pas dans un roman (et c’est bien, d’ailleurs, ce qui intéresse Carrère : le romanesque du réel et ces faits qui paraissent tout sauf vraisemblables mais sont pourtant vrais), mais que dans les deux cas il se passe un événement grave pendant que le personnage principal est coupé du monde : le 11 septembre dans le roman, et les attentats de Charlie Hebdo ici, qui, s’ils ne plongent pas immédiatement Carrère dans le chaos, sont sans doute un déclencheur.

Alors je ne vais pas m’étendre sur toute cette traversée de l’Enfer, douloureuse et en même temps sublime car finalement, là où il voulait écrire un livre qui aurait sans doute été anecdotique, l’Univers lui donne les cartes pour un chef-d’oeuvre (j’aime voir les choses comme ça, et lui aussi car il le dit bien : pour un écrivain, tout est matière). Un livre triste à pleurer, beau à pleurer, sombre ô combien, mais aussi puissamment lumineux (et souvent drôle, de par l’autodérision dont l’auteur sait faire preuve) : lumineux sur ce que c’est que d’être écrivain, quand l’écriture fait partie de soi comme le sang qui coule dans les veines, comment ça nous sauve du chaos et du désespoir malgré tout parce que même les malheurs les plus terribles deviennent une histoire et que, au moins, on a ça. Faire de ce qu’on vit une histoire dans laquelle on met de la cohérence. Et sur l’amour, le désir, le seul enchantement qu’offre la vie, parce que finalement le cul c’est plus vrai que la sagesse, et qui est aussi le point aveugle du texte puisque Carrère passe pudiquement sur une séparation qu’on devine mais qui n’est jamais nommée et qui n’est sans doute pas pour rien dans son effondrement. Il s’en explique : le roman est le lieu où l’on ne ment pas, mais où l’on peut gommer ce qui concerne les autres qui préfèrent qu’on ne parle pas d’eux.

Mais l’amour, c’est aussi les jolies pages de la fin, la possibilité de l’amour, et pour ça, ça vaut peut-être le coup de traverser l’Enfer.

Vous l’aurez compris : je n’ai pas perdu mon lien avec Emmanuel Carrère, les articles que j’écris sur ses livres sont toujours les plus longs, et Yoga, comme les autres avant, m’a illuminée, et m’a fait grandir.

La classe de neige, d’Emmanuel Carrère : l’ogre dévoreur d’enfants

La maîtresse reconnut qu’on ne pouvait pas en être certain, hélas. Elle pouvait seulement dire qu’on était très pointilleux sur la sécurité, que le chauffeur conduisait prudemment et que des risques raisonnables faisaient partie de la vie. Pour être absolument certains que leurs enfants ne soient pas écrasés par une voiture, il faudrait que les parents ne les laissent jamais sortir de la maison ; et encore, ils n’y seraient pas à l’abri d’un accident avec un appareil ménager, ou simplement de la maladie. Certains parents admirent la justesse de l’argument, mais beaucoup furent choqués par le fatalisme avec lequel la maîtresse l’exposait. Elle souriait même en disant cela. 

Je suis allée une fois en classe de neige, quelque part en Auvergne ou par là-bas. Je n’en garde pas un très bon souvenir : d’abord il n’y avait pas de neige, et le seul jour où il n’y en a eu, je me suis blessée au genou. Je ne suis jamais remontée sur des skis depuis, et je crois bien que de toute façon je ne serais guère douée pour cette activité, qui demande un certain sens de l’équilibre, et l’équilibre, c’est chez moi comme ce qu’on appelle la raison : sous-développé. Cela étant dit, j’avais très envie de découvrir enfin Emmanuel Carrère dans le registre de la fiction, notamment avec ce roman sur lequel j’étais tombée par hasard (enfin, façon de parler) l’autre jour.

Nicolas est un enfant à part, isolé et moqué par les autres autant qu’il est surprotégé par ses parents. Ce séjour en classe de neige, en collectivité, s’annonce donc, dès le départ, comme une épreuve pour lui, épreuve qui se transforme en cauchemar.

Un roman prodigieusement angoissant, parfaitement mené, dans lequel on reconnaît parfaitement la manière de Carrère, ses obsessions et notamment celle pour le tragique du fait divers, et qu’il est passionnant de lire à la lumière de ses œuvres ultérieures, car tout y est déjà en germe. De fait, L’Adversaire plane déjà sur ce roman qui en constitue presque une première pierre.

Mais c’est aussi un extraordinaire roman initiatique de la transformation et du passage à l’âge adulte. Ecrit à hauteur d’enfant, puisque le point de vue adopté est celui de Nicolas même s’il est écrit à la troisième personne, il fonctionne comme un conte. Cruel, mais un conte. De fait j’ai, encore une fois, beaucoup réfléchi à ce roman à travers le prisme de Femmes qui courent avec les loupsJe sais, cela devient une manie, mais je ne crois pas me tromper même si Carrère ne pouvait pas l’avoir lu, mais comme je l’ai déjà dit, la force des génies est de comprendre intuitivement des choses qui n’ont pas encore été clairement formulées. Nicolas est un garçon mais cela ne change rien au propos : c’est un enfant étouffé, empêché, sur la psyché duquel plane un grave danger : barbe-bleue, ogre dévorant, qui l’empêche d’être lui-même ; il connaît l’origine de ce danger mais ne peut le formuler clairement, et ses nuits sont peuplées de cauchemars. On retrouve, ici, de nombreux éléments du conte, les motifs de la neige, de la forêt, mais aussi des références directes, notamment à La Petite sirène, conte préféré de Nicolas qui repense à cette nuit où elle se transforme, et perd sa jolie queue de poisson et sa voix mélodieuse pour avoir des jambes, là où ce qui était encore elle combattait ce qui serait bientôt elle. Conte du passage à l’âge adulte : devenir adulte, c’est perdre quelque chose dans la douleur, pour trouver autre chose. Et ce que Nicolas perd, c’est toute son innocence…

Bref, un roman exceptionnel, assez court mais d’une richesse incroyable ! Je ne me lasse décidément pas de découvrir les œuvres de Carrère que je n’ai pas encore lues !

La Classe de neige
Emmanuel CARRÈRE
POL, 1995 (Folio, 1996)

L’Adversaire, d’Emmanuel Carrère : terreur et pitié

Tout au long de l’instruction le juge n’a cessé de s’étonner que ces coups de téléphone n’aient pas été passés plus tôt, sans malice ni soupçon, simplement parce que, même quand on est « très cloisonné », travailler pendant dix ans sans que jamais votre femme ni vos amis vous appellent au bureau, cela n’existe pas. Il est impossible de penser à cette histoire sans se dire qu’il y a là un mystère et une explication cachée. Mais le mystère, c’est qu’il n’y a pas d’explication et que, si invraisemblable que cela paraisse, cela s’est passé ainsi. 

J’ai beau aimer profondément Emmanuel Carrère, ce texte-là, cela faisait une éternité que je tournicotais autour sans arriver à me résoudre à m’y attaquer, parce que je savais, intuitivement, qu’il allait me terrasser. Le mot n’est pas trop fort. Et puis, l’autre jour, après ma lecture de Faire effraction dans le réelje suis tombée dessus en errant plus ou moins au hasard (?) dans une librairie. Et je me suis dit que le moment était venu.

9 janvier 1993. Après une vie de mensonges, Jean-Claude Romand assassine toute sa famille, femme, enfants et parents, puis avale des cachets et met le feu à sa maison. Suicide raté : il sera le seul survivant. Fasciné par cette histoire, Carrère essaie d’en trouver la clé.

C’est une histoire invraisemblable, comme seul le réel peut en produire, car dans un roman, on n’oserait pas : un personnage, qui d’ailleurs porte presque un nom de fiction, dont la vie bifurque dans le mensonge pour une raison qu’on n’arrivera jamais à saisir, et qui, pendant des années, parvient à vivre ce mensonge et à tromper tout le monde sans jamais se faire prendre. Et c’est justement ce qui intéresse Carrère, qui endosse ici pour la première fois son costume d’enquêteur : le romanesque du réel, supérieur à celui de la fiction.

Romanesque ou, pour tout dire, tragique. Car ce qui fascine tant dans les faits divers en général (que l’on pense à l’affaire Gregory ou à l’affaire Dupont de Ligonnès) et celui-ci en particulier, c’est leur allure de tragédie grecque. Au départ, on a un simple mythomane, comme il en existe tant, qui corrige par ses récits les insuffisances du réel : il attire l’attention, lui qui n’intéresse personne, fait croire que tout va bien quand à l’intérieur de lui tout est mort (la mythomanie lui permet de masquer une tendance profonde à la dépression). Est-ce de l’hybris, de vouloir avoir de la valeur ? En tout cas, ses mensonges lancent la machine infernale, l’entraînent dans l’engrenage fatal qui mène, nécessairement, inexorablement, à la catastrophe. Avec cette imagination, Romand aurait-pu, comme son nom l’y prédestinait peut-être, être romancier ; il est devenu assassin. Il s’est autosabordé. Mais une question plane : pourquoi ? A cette question il n’y a pas de réponse, sauf encore celle du héros tragique : celle de vouloir un destin exceptionnel, quitte à ce que ce soit dans l’horreur. Mais aller au bout de ce destin.

Carrère cherche l’humain. Ce qui se passait dans la tête de Romand. Mettre du sens dans ce qui n’en a pas, et la tragédie est une clé de lecture, parce qu’il en faut absolument une. Carrère ne juge pas, et c’est bien ce qui crée le malaise, dérange, bouleverse : on se retrouve devant Romand comme devant Oreste, Phèdre ou Médée : on éprouve de la terreur, oui, et en même temps, malgré soi, presque de la pitié.

Parce que Romand remue quelque chose en nous. Son histoire nous oblige à plonger dans les recoins les plus sombres de notre âme, et à affronter notre propre monstruosité — nous en avons tous une. Exemplaire, donc, et cathartique !

L’Adversaire
Emmanuel CARRÈRE
P.O.L, 2000 (Folio, 2001)

Emmanuel Carrère, faire effraction dans le réel (sous la direction de Laurent Demanze et Dominique Rabaté) : le monde en questions

Une basse continue se fait entendre depuis les débuts dans les années 1980 : une façon de ne pas se contenter de la réalité, d’en attendre — avec effroi parfois — une puissance de révélation, voire d’effraction pour reprendre un mot que l’écrivain utilise dans la quatrième de couverture d’Un roman russe. Il y note : « J’ai écrit pour la femme que j’aimais une histoire érotique qui devait faire effraction dans le réel, et le réel a déjoué mes plans. » Cette capacité de vengeance du réel (qu’on ne confondra pas avec la seule ou simple réalité) est au cœur de la dynamique de l’acte littéraire car il faut à la fois intervenir par les mots et répondre de ce qui excède le symbolique. Rêvant d’une performativité de l’écriture, l’écrivain est obligé de se confronter aux limites de son pouvoir, à tout ce qui du réel reste fatalement en souffrance

Je suis très loin d’avoir tout lu d’Emmanuel Carrère, mais ce que j’ai lu m’a littéralement illuminée et fait avancer tant cela pose de questions. Je me suis donc précipitée sur ce gros ouvrage, non d’Emmanuel Carrère (même s’il contient quelques textes de lui) mais sur Emmanuel Carrère.

Cet ouvrage envisage donc d’étudier les liens (complexes) entre Carrère et le réel, par le biais d’entretiens, de textes plus ou moins inédits (articles, synopsis, notes d’intentions), de correspondances et surtout nombre d’articles d’analyse. L’ensemble est organisé de manière à la fois chronologique et thématique : la fabrique du cinéma, le roman, l’effraction du « je » avec le tournant de l’Adversaire, le journalisme et l’enquête, et la religion.

Dire que ce recueil est absolument passionnant est encore un euphémisme nourri de réflexions sur la création, l’écriture, la fiction, le réel, il ouvre un nombre infini de pistes à creuser — surtout pour un écrivain, d’autant qu’effet de synchronicité il est tombé à un moment où justement je m’interrogeais sur ce lien au réel, mais à mon avis pour tout le monde. Si la partie sur le cinéma, bien qu’elle contienne de riches analyses et des textes inédits extrêmement intéressants, n’est pas celle qui m’a le plus nourrie, l’ensemble m’a tout de même permis de comprendre ce qui me plaît tant chez Carrère : le primat du romanesque du réel, avec ses invraisemblances que justement on n’oserait pas mettre dans une fiction. J’ai pris conscience que c’est ça aussi que j’interroge sans fin (sans arriver bien sûr à trouver de réponse) : cette absence de sens du réel, insupportable, que l’on essaie de pallier par l’écriture (ou pour d’autres par la religion). Ce livre s’ancre donc dans mes propres questionnements littéraires et existentiels, et m’a beaucoup nourrie ; l’article sur l’amour, notamment, qui a une place centrale chez Carrère, m’a beaucoup fait réfléchir.

Au-delà de ça, on ne peut qu’admirer l’éclectisme du talent de l’auteur, touche-à-tout qui s’intéresse à tout, et pour qui le cheminement est parfois plus important que le but, car on ne trouve pas toujours ce qu’on cherchait au départ.

Emmanuel Carrère, faire effraction dans le réel
Sous la direction de Laurent DEMANZE et Dominique RABATÉ
P.O.L, 2018

Il est avantageux d’avoir où aller, d’Emmanuel Carrère

Il est avantageux d'avoir où allerJe sais par expérience que la plupart des projets abandonnés refont un jour surface, sous une forme ou une autre.

Evidemment, un nouveau livre d’Emmanuel Carrère, je me suis jetée dessus dès sa sortie, tant cet auteur, au fil du temps, devient totalement incontournable pour moi.

Ce n’est pas un roman, mais un recueil d’articles publiés entre 1990 et 2015 sur des supports divers. Des miscellanées qui vont de la chronique d’affaires judiciaires à des projets de films, en passant par des reportages sur l’Europe de l’Est et la Russie post-soviétiques, des préfaces, des chroniques sur le sexe et l’amour pour un magazine féminin italien, des conférences, des recensions… autant de sujets et de publications hétéroclites, et qui pourtant ont une unité : celle d’un regard d’écrivain fasciné par la multiplicité des existences et qui, loin de l’égocentrisme dont on l’accuse parfois, est réellement intéressé par les autres vies que la sienne.

Magnifiquement écrit, porté par un véritable don de conteur qui lui permet, à partir des existences individuelles, d’accéder à l’universel de l’expérience humaine — la vie, la mort, la souffrance, le deuil, l’amour, le sexe — ce recueil est résolument passionnant : si l’on en ressort avec l’impression que l’auteur a eu mille vies, c’est que tout l’intéresse, tout le nourrit et peut donner lieu à un projet plus vaste. Tel Montaigne dans les Essais, Carrère butine d’un sujet à un autre, pose son regard sur le monde et à travers ce regard se donne à voir lui-même. Autoportrait plus qu’autobiographie, l’ensemble montre l’obsession de l’écrivain pour les vies multiples qui sont au coeur de son oeuvre, mais aussi pour les personnages à la marge : Limonov, Romand, Julie, Luke Rhinehart… Obsession aussi pour l’Est, pour la Russie. Pour le fait divers. Les articles s’entrelacent non seulement les uns avec les autres, se répondant parfois en echo, mais aussi avec les romans de Carrère, de différentes manières : soit l’article fait naître chez l’écrivain la volonté de développer le sujet (c’est le cas pour Limonov) soit inversement l’article naît d’un projet de roman antérieur (les articles sur l’affaire Romand). Finalement, c’est dans son arrière-cuisine de romancier qu’il nous invite à pénétrer : celle où on trouve, pêle-mêle, une multitude de lectures, d’expériences et de centres d’intérêts. Quand on aime Carrère, on ne peut que succomber tant il est fascinant de voir se développer sous nos yeux ses projets ; si on ne le connaît pas, c’est une excellente introduction à son oeuvre.

Bref : un coup de coeur que je recommande chaudement !

Il est avantageux d’aller où aller
Emmanuel CARRÈRE
P.O.L, 2016

Bloc notes

〈Artsper〉

Artsper

Un site qui devrait ravir les amateurs d’art contemporain et surtout ceux qui veulent se lancer dans une collection mais se sentent un peu perdus dans la jungle : Artsper. Créé il y a un peu plus de deux ans, il s’agit d’un site de vente d’oeuvres d’art contemporain sélectionnées par des galeries partenaires à travers l’Europe, dans l’optique de rendre l’art contemporain accessible au plus grand nombre. Plus de 230 galeries européennes exposent et vendent sur le site plus de 4000 oeuvres. C’est un moyen simple et unique pour mettre en avant les artistes et un relais idéal entre collectionneurs et galeries. En ce moment, par exemple, une vente consacrée aux photographes de Paris-Match, mais on trouve aussi des livres et des tableaux ; en tout des milliers d’oeuvres sont proposées à la vente, mais pas n’importe lesquelles puisque les galeries partenaires sont sélectionnées par un comité d’experts. Les prix ? Ils vont de 50 à 130 000 euros, et chacun peut trouver son bonheur grâce à des critères de recherche très précis.

〈Artube〉
Artube

Artube est la première plateforme globale dédiée à l’art, pour découvrir, apprendre, s’émouvoir et s’informer sur l’actualité culturelle, partout en France. Musées, Galeries, Fondations, Maisons de vente aux enchères, Salons et Foires y diffusent sur Artube toutes leurs actualités : informations pratiques, expositions, événements exceptionnels, catalogues d’artistes et vidéos, ce qui en fait un outil simple et incontournable pour les internautes à la recherche d’informations. Artube, c’est déjà  déjà 2000 lieux, 850 événements, 1500 vidéos, et 750 biographies originales d’artistes. A ajouter dans vos favoris !

〈Une certaine histoire du goût〉 

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Le château de Versailles et le château de Vaux-le-Vicomte s’associent aujourd’hui pour concevoir une exposition virtuelle inédite : Louis XIV/Nicolas Fouquet : une certaine histoire du goût. Mise en ligne le 21 avril 2015, elle est développée grâce à la technologie de l’Institut Culturel de Google. Cette exposition permet de porter un nouveau regard sur Louis XIV et Nicolas Fouquet, deux hommes de pouvoir que l’histoire a trop souvent opposés en omettant ce qui les a rapproché, notamment leurs influences artistiques et esthétiques. Les commissaires, Mathieu da Vinha et Lynda Frenois, ont conçu le projet comme une exposition physique. Au fil de 4 sections : architecture, décoration intérieure, art des jardins et artistes, on découvre ce qui a rapproché ou éloigné Louis XIV et Fouquet dans leurs goûts artistiques. Les images des lieux et des œuvres en très haute définition sont complétées par des contenus audio et vidéo, ainsi que par des modules Google Street View, permettant une visite immersive de certains espaces de Versailles et de Vaux-Le-Vicomte. C’est la première fois depuis le lancement de l’Institut Culturel de Google que deux institutions culturelles s’associent pour une exposition virtuelle. Ce type de démarche, rendue techniquement possible, permet aujourd’hui d’envisager la conception d’expositions exceptionnelles rassemblant des œuvres dispersées, parfois intransportables ou jamais prêtées par les institutions qui les conservent, et de les rendre accessible à tous, quel que soit notre situation géographique.

〈Saint-Maur en poche〉

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Petit, facile à emporter avec soi et surtout universel grâce à sa diversité, le poche a conquis tout le monde et le salon qui lui est consacré, Le festival international du livre de poche Saint-Maur en poche fêtera sa 7e édition les 20 et 21 juin. Pour cette 7e édition, la thématique du 7ème Art s’est imposée naturellement et les auteurs présents auront tous un lien avec le monde de l’image : auteurs-scénaristes, auteurs adaptés, réalisateurs inspirés par des romans… Ils seront nombreux à venir témoigner de leur expérience, à partager leurs histoires et leurs savoirs, au cours de ces 2 journées de festival. Les deux parrains de cette édition ? Tatiana de Rosnay et Gilles Jacob !

〈12e festival BD de Puteaux〉

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Du 29 au 31 mai 2015, Puteaux sera la capitale de la bande dessinée pour la douzième année consécutive avec un événement qui est devenu le premier festival BD d’Île-de-France ! Batem, le talentueux dessinateur du Marsupilami sera cette année à l’honneur et signe l’affiche de cette nouvelle édition. Au programme cette année : une cinquantaine d’auteurs en dédicace comme Sobral (Les Légendaires), Arleston (Lanfeust), Crisse (Atalante), Annie Goetzinger (Jeune fille en Dior), des animations inédites : des performances, un jeu grandeur nature et une soirée cinéma par la web série Noob en présence des dessinateurs et scénaristes de la BD, concours de Cosplay, des univers variés : Heroïc Fantasy, BD féminine, santé, des stands de librairie qui permettront de trouver les œuvres des dessinateurs et scénaristes présents, un village Fanzine, des espaces jeunes dessinateurs, expositions, animations, ateliers pour petits et grands, stands de vente de matériels et plusieurs concours : concours jeunes talents, concours dans les écoles de la Ville et Prix de la meilleure BD jeunesse.

〈60e salon de Montrouge〉

1sdm2015Depuis 60 ans maintenant, le Salon de Montrouge est engagé dans la valorisation des créateurs de demain. Véritable tremplin pour les artistes, le Salon a su s’affirmer comme l’une des manifestations emblématiques en Europe pour la découverte des artistes émergents, toutes disciplines confondues. Le Salon de Montrouge accueille cette année le scénariste et réalisateur Olivier Assayas en tant que président du jury. Il décernera 3 prix, le Prix Spécial du Jury, le Grand Prix du Salon et le Prix du Conseil départemental des Hauts-de-Seine. Les lauréats remporteront notamment une dotation de 1000 euros ainsi qu’une exposition personnelle au Palais de Tokyo en automne. Au programme de cette 60e édition événement (jusqu’au 3 juin) : une exposition de l’invité d’honneur Jean-Michel Alberola, un parcours hors-les-murs inédit dans plusieurs lieux à travers la ville, une œuvre collective et évolutive par d’anciens exposants, des soirées performance et toujours une attention particulière pour le jeune public…

〈Danse et théâtre à la Villette〉

Dans le cadre de sa programmation danse et théâtre du mois de juin, la cité des sciences accueille notamment  2 spectacles : La Michael Clark Company et son spectacle come, been and gone (3 – 6 juin 2015), un spectacle qui mêle la technique classique avec une sensibilité plus contemporaine, le tout sur la musique rock et glam de David Bowie ; La Fura dels Baus et sa nouvelle création M.U.R.S. (9 – 28 juin 2015) : les directeurs artistiques de la fameuse compagnie catalane se retrouvent pour nous livrer un spectacle immersif et technologique dans la Grande halle de la Villette. Une critique de notre société ultra-connectée qui se double d’un show grand format !

〈Wombat, le coffret artistique〉

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Wombat est un coffret bimestriel en édition limitée avec à l’intérieur une photographie d’art numérotée et des tirages de collection, parfait pour débuter une collection facilement ou pour faire un cadeau arty à quelqu’un d’assez pointu. Par exemple, dans le n°16, qui met à l’honneur des artistes Japonais pour célébrer le retour du Printemps, on trouve un certificat d’authenticité numéroté, un tirage photographique numéroté de Atsushi Fujiwara format 18 x 24cm, un portfolio de William Klein composé de 10 photographies, un tirage Digigraphie numéroté de Utagawa Hiroshige format 18 x 24cm, et un tirage sérigraphie numéroté, format 18 x 24cm, offert avec la complicité de Aesop. Le tout pour 29€, disponible sur le site ou dans certaines boutiques comme Colette, la galerie du jour, la maison européenne de la photographie ou la librairie du Jeu de Paume.

〈les puces du design〉

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A l’heure où le design atteint des sommets dans les ventes aux enchères (373 800 euros pour une bibliothèque de 2007 de Ron Arad en octobre dernier; 181 600€ pour une table de Charlotte Perriand en mai), à l’heure où les pièces historiques du design trônent au milieu des spots publicitaires et se mélangent au design actuel dans tous les magazines, et où les marchés vintage se multiplient, les Puces du Design continuent de se développer et vous donnent un nouveau rendez-vous du 28 au 31 mai prochains à Bercy village. Ce printemps encore, une soixantaine d’antiquaires passionnés, venant du monde entier, vous proposeront exclusivement des pièces originales des années ‘50 à 2000 qui créeront la surprise et enchanteront les passionnés et collectionneurs comme les simples amateurs. De quoi donner une petite touche de folie à votre intérieur !

〈Obriart éditions〉

obriartCoup de coeur pour les réalisations de cette maison d’édition spécialisée dans les livres d’artistes, qui propose aussi aux entreprises de réaliser des livres-objets personnalisés !

〈Tu seras mon personnage〉

large_Carrere_KissKIss_photo_couv-1430392589-1430392600Si comme moi vous êtes fasciné par Emmanuel Carrère et avez envie d’en savoir plus sur sa manière de créer et ses liens avec ses personnages, vous aurez peut-être à coeur de soutenir ce projet de documentaire d’Anne Plantagenet. Plutôt que de réaliser le portrait classique d’un écrivain qui ne l’est pas, elle a préféré mener une enquête autour des drôles de relations qu’il entretient avec ses “personnages”, d’essayer de comprendre pourquoi ça nous touche tant, et ce que ça révèle de notre époque. Deux chaînes de télévision ont dit oui, mais il manque encore 30 000€ pour pouvoir financer le film. Sans notre participation, ce projet ne verra malheureusement pas le jour.

Retour au Royaume d’Emmanuel Carrère

Les billets pleuvent sur ce roman, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont contrastés : je vous invite notamment à lire ceux de Mior, Val, Laure ou Cuné, cela donne une petite idée de l’éventail des réactions.

Pour ma part, on le sait, ce texte m’a illuminée. Mais il y a un point dont je n’ai pas parlé dans mon article, et qui apparemment laisse beaucoup de monde perplexe pour ne pas dire plus. Il s’agit d’un passage où Emmanuel Carrère, par un processus d’enchaînement des idées assez troublant pour qui n’en a pas l’habitude, passe d’une réflexion sur Luc et la Madone à la description d’un film pornographique. Dit comme ça, effectivement, ça peut perturber, et apparemment, dit autrement, ça perturbe aussi, car on a l’impression que ce passage tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Je n’ai pas eu cette impression, et pas seulement parce que je suis une vilaine provocatrice iconoclaste.

En réalité, ce passage, je le connaissais déjà, et il m’avait fait si forte impression qu’il m’avait même inspiré un texte (par le même style d’enchaînement des idées que décrit plus haut : en fait, ce que j’ai écrit n’a strictement rien à voir avec le texte de départ). Alors si je l’avais déjà lu, ce n’est pas parce que Carrère m’envoie ses textes pornographiques ; c’est parce qu’il l’avait déjà publié, dans le collectif L’Élégance dirigé par Nathalie Rykiel. J’écrivais de ce texte (je cite pour ceux qui auraient la flemme de cliquer) : mon coup de cœur va, bien sûr, à Emmanuel Carrère, qui a l’audace de proposer un texte où se côtoient saint Luc  et la masturbation féminine sur les sites pornographiques, tout en arrivant finalement à retomber sur l’élégance, dans un texte absolument fascinant, charnel, puissant (et qui lui ressemble de manière extraordinaire).

Donc, ce texte préexistait au Royaume. Ou, plus exactement, Carrère l’a écrit alors qu’il travaillait au Royaume.  A partir de là, deux hypothèses : soit Carrère est un peu paresseux, et il a intégré un texte déjà écrit pour faire des pages en plus ; soit, et c’est ce que je pense, ce passage est important car dans ses oeuvres Carrère nous livre son processus de création, et ce passage sur la pornographie fait bel et bien partie de son processus de création. Et la question qu’il y pose, celle de la chair, n’est pas si anecdotique que ça.

Bref, je pense que Carrère aurait dû mettre une note sur ce passage (que manifestement peu de gens connaissent), qui a bel et bien sa place dans le livre mais peut en effet avoir l’air de ne pas l’avoir…