Le métier d’écrivain, d’Hermann Hesse : la magie du langage

L’art, du point de vue de l’artiste, n’est-il pas autre chose qu’une tentative pour remplacer les insuffisances de la vie, pour réaliser les désirs apparemment irréalisables, et satisfaire par la littérature les demandes qui ne peuvent l’être, en un mot, sublimer par la pensée ce qu’il y a d’indigeste dans la réalité ?

Je n’aime rien tant que lorsque les écrivain parlent de leur métier : je trouve que c’est toujours inspirant et vivifiant. Aussi, même si je connais très mal Hermann Hesse (et la littérature en langue allemande de manière générale), j’avais très envie de découvrir ce petit ouvrage.

Dans ce recueil, nous trouvons cinq textes qui éclairent la pratique et la carrière d’Hermann Hesse : « Le langage » paru en 1918, dans lequel il interroge le rapport entre l’écrivain et sa matière première ; dans « une nuit de travail », qui date de 1928, il interroge ses peurs, ses doutes, son rapport à son œuvre ; « Notes sur l’écriture et la critique », écrit en 1930 est, comme son nom l’indique, une réflexion sur la critique littéraire de qualité, qui a une importance essentielle pour les écrivains : c’est le texte qui m’a le plus plu, parce qu’il m’a conduite à de nombreuses autres réflexions ; dans « l’esprit du romantisme » datant de 1926 il interroge la manière dont les esthétiques classiques et romantiques sont complémentaires ; enfin, dans « Ecritures et écrits », paru en 1960, il s’intéresse au geste matériel d’écrire, à la graphie et à la graphologie.

Un court recueil que j’ai trouvé vraiment très inspirant, dans lequel j’ai noté nombre de réflexions à approfondir, et que je conseille à tous ceux que le métier d’écrivain intéresse.

Le Métier d’écrivain
Hermann HESSE
Traduit de l’allemand par Nicolas Waquet
Rivages, 2021

Choses qui arrivent en silence…

C’est doux, ouateux, et ça ne fait pas de bruit. L’amour ne fait pas de bruit, quand il arrive. Il se déplace à pas de loup, sur la pointe des pieds. S’insinue en nous en silence. Petit à petit. Ce n’est pas un coup de foudre. On ne tombe pas. On s’élève lentement dans les airs. On se grandit. On déploie ses ailes comme un ange. Oui, l’amour fait ça. L’amour fait cette chose incroyable de nous élever au-dessus de nous-même et pour cela il n’y a absolument pas besoin de faire du bruit, au contraire. En douceur. Petit à petit. Jour après jour. Un regard, un sourire, des mains qui se frôlent. S’il faisait du bruit, on l’entendrait, et on aurait peur. Mais on ne l’entend pas : en bon chasseur aguerri, Cupidon armé de son arc sait se faire discret, on ne le voit pas, on ne l’entend pas. On est là, et puis il décoche sa flèche. Mais on ne la sent pas tout de suite, non. L’amour prend du temps, à grandir. Du silence. Pour qu’on ne se rende compte qu’il est là que lorsqu’il est trop tard : on aime, on aime pour toute la vie, alors qu’on avait dit jamais plus. Cet amour, qui est arrivé en silence, il s’est tranquillement installé dans notre cœur, il a ouvert tous les volets, fait le ménage, enlevé les araignées de sous les meubles, aéré les édredons, fait un feu réconfortant dans la cheminée. Il a fait de notre cœur un foyer. L’amour est arrivé en silence, et maintenant on n’entend plus que lui qui bat fort…

(J’ai relu récemment mes writing prompts, et j’ai trouvé que certains méritaient peut-être d’être partagés plutôt que de rester dans mon carnet… il y en aura d’autres, au gré du temps).

Ecrire tous les jours

L’autre jour, je vous ai parlé du Writer’s book of days de Judy Reeves, et promis de revenir plus amplement sur cette pratique quotidienne qu’elle préconise. Et surtout la manière dont je le fais. Et ce que ça apporte. Sachant qu’à la base, j’écris déjà tous les jours : mes pages du matin (qui ne sont pas vraiment de l’écriture et que j’ai tendance à ne pas faire actuellement), les corrections de roman n.1 pour la dernière fois j’espère et Le Truc 2. Plus mon journal, mais ce n’est pas absolument quotidien.

Là il s’agit en fait d’une écriture que je comparerais à des gammes pour un musicien : dans un carnet (le carnet d’or), j’ai relevé tous les « déclencheurs » contenus dans le livre ; il y en a un par jour de l’année, auxquels s’ajoutent ceux qui sont disséminés dans le texte, ce qui m’en donne plus de 400, j’ai de quoi voir venir. Ces déclencheurs, ça peut être une citation, un thème, un bout d’idée, et ils vont servir à lancer l’écriture. Par exemple : « le reflet de la lumière sur l’eau », « ce que l’on voit par la fenêtre ouverte », « seule dans sa chambre »… Chaque jour, je mets donc un sablier, et pendant une dizaine de minutes, j’écris sur le sujet du jour (je les ai numérotés et je les fais dans l’ordre). Et c’est très intéressant : pour Judy Reeves, cette pratique permet d’honorer l’écrivain qui est en nous, d’augmenter la confiance en soi et en son talent. Elle fait de nous un écrivain, dans divers sens.

D’abord parce qu’elle permet de progresser : à écrire tous les jours sur tous les sujets, on se rend compte que l’écriture s’améliore et coule plus facilement, elle se « muscle », on prend des risques (ce qui peut venir au cours de ces séances est très divers, et c’est l’occasion de tester des des genres auxquels on n’est pas habitué, de nouveaux sujets, au lieu de rester cantonné à un type d’écriture : si on a envie un matin d’écrire une scène de tragédie, pas de souci), on se sent libre et on a de plus en plus confiance.

Cela nous permet aussi de découvrir (enfin pour moi ce ne fut pas une découverte) ce qui nous importe en tant qu’auteur, notre sujet essentiel : la pratique quotidienne, en tant qu’elle repose sur l’improvisation, permet d’aller plus profond en soi et de se prendre un peu par surprise, de trouver des choses enfouies et des thèmes récurrents. Ou des scènes qui nous reviennent un jour à l’occasion d’un sujet et qu’on avait oubliée.

Et c’est ça, que je trouve fascinant et réjouissant : ce moment où le sujet déclenche le surgissement de quelque chose, parfois totalement inattendu ; qu’est-ce qui demande à être écrit ? Evidemment, je connais mon sujet donc je ne suis pas surprise par ce autour de quoi tout s’organise. Par contre ce que j’ai trouvé intéressant ces derniers temps c’est la manière dont mes deux personnages de roman n.2 sont venus m’apporter quelques informations complémentaires, quelques scènes de plus, ils m’ont aussi fait comprendre que j’étais bien sympa mais que le fin ne leur allait pas (j’avoue : moi non plus), ni d’ailleurs le titre. Et ce surgissement de ces deux-là m’a ramenée à autre chose par rapport au Truc 2 (et à la synchronicité de l’ours, et à l’ours lui-même). Et au milieu de tout cela s’est incrusté, je crois, un nouveau personnage.

Ces petits écrits impromptus peuvent ainsi être la nursery de nouveaux textes, permettre d’ouvrir des fenêtres et d’en creuser d’autres, ce qui a été écrit pourra être revu et inséré ailleurs ou être purement un one shot : on ne sait pas, c’est la surprise, et c’est ça qui est bien ! Et comme c’est les vacances, c’est l’occasion parfaite de commencer, on peut le faire seul ou en groupe, chez soi ou ailleurs, bref, c’est libre, et de mon côté c’est vraiment une belle découverte !

Journaux et carnets de notes

Bien sûr, j’aime les carnets. Tous les carnets. Un écrivain ne peut pas ne pas aimer les carnets. J’en sème partout et aujourd’hui j’avais envie de vous parler de deux en particulier.

D’abord, le journal. Là, je parle bien du « journal intime » et non du « notebook » dont nous parlerons plus loin, même si je sais que certains ne font pas de différence, contrairement par exemple à Joan Didion qui dans « on keeping a notebook » distingue bien les deux et explique que si elle se sent incapable de tenir un journal et que cela ne l’intéresse pas de le faire, son carnet de notes lui est indispensable. Le journal est, pour beaucoup, une des premières pratiques d’écriture, et parfois reste la seule. Et c’est très bien. Comme beaucoup, j’ai eu un journal intime à l’adolescence, et même des, puis j’ai abandonné (à quel âge, je n’en sais rien) et repris en 2013. Soit bien après avoir repris l’écriture. Les débuts sont un peu chaotiques d’ailleurs : des notes éparses, vagues, sur un carnet Moleskine petit modèle noir non ligné couverture souple que j’avais acheté à Paris sur un coup de tête. Je n’écris plus mon journal que sur ce modèle. Chaque carnet est numéroté, daté, et archivé. En temps normal, un carnet me fait environ un an mais c’est parfois plus parfois moins : le carnet n°6 fait 3 mois, et les suivants plus ou moins pareil voire moins. Sauf à certaines périodes, je n’écris pas tous les jours, j’écris lorsque j’en ressens le besoin, lorsque j’ai quelque chose à dire dont je veux garder une trace, ou quelque chose que je veux « libérer ». J’y parle de mes travaux d’écriture (beaucoup), d’amour (à partir du carnet n°6 surtout), de mes états d’âme. Bizarrement, je n’ai que très peu écrit dans mon journal durant le confinement et je le regrette car garder une trace précise de cette période aurait été intéressant (même si j’ai d’autres traces dans d’autres textes et notamment ici), pour relire plus tard ou pour servir à d’autres écrits ou tout simplement pour mieux comprendre ce qui me traversait : même si mon journal ne fonctionne pas comme mon (mes) « notebooks », il m’est arrivé d’y replonger pour trouver telle ou telle information.

Mes journaux sont d’une austérité absolue, je ne varie même pas la couleur de l’encre : ce n’est que de l’écriture, noire, dense, sans aucune fantaisie. C’est ce dont j’ai besoin pour ce carnet-là, qui est un carnet introspectif, qui m’a permis d’avancer dans ma vie et de mieux me connaître. Je n’ai pas toujours ce journal sur moi, même s’il m’arrive d’écrire dedans à une terrasse de café ou dans un moment creux. Tous les tomes sont archivés par ordre dans une boîte qui est sur mon bureau, et que je sors parfois pour les feuilleter, pour relire telle ou telle période. Et ce qui est intéressant, dans le fait de « documenter sa vie » par écrit c’est que ça la rend plus dense, plus riche, et qu’on y est plus attentif. L’idée n’est pas nécessairement de se rappeler les faits eux-mêmes dans leur exactitude ; même si on les reprends dans une œuvre future, il y aura toujours quelqu’un pour nous dire que non, les choses ne se sont pas déroulées de cette manière, que la robe était rouge et non bleue et que c’était en juillet et non en septembre. Parce que la mémoire est quelque chose d’aléatoire. Ce qui importe, c’est la manière dont les faits nous ont percuté, et dont ils ont touché notre imaginaire. Ce qui importe c’est ce qu’on en fait. Un journal n’est pas une boîte d’enregistrement.

En suite il y a les « carnets de notes et d’écriture ». Tout écrivain se doit d’avoir un carnet de notes, parce qu’on ne sait jamais quand une idée surgira, et elle surgira à coup sûr quand on sera le moins disponible : au volant sur l’autoroute, sous la douche, au moment de s’endormir… et si on ne la note pas tout de suite (en se disant « oh, j’arriverai bien à m’en souvenir »), elle partira (pour aller voir quelqu’un de plus disponible : les idées sont un peu capricieuses et susceptibles, et si on ne s’occupe pas d’elles tout de suite, quitte à interrompre ce qu’on faisait (aussi urgent cela soit-il), elles vont voir ailleurs. Un carnet de notes toujours prêt permet de résoudre partiellement ce problème. De mon côté j’en ai deux sortes.

J’ai d’abord le vrai « carnet d’écriture » qui est mon laboratoire : c’est là que je fais des recherches, que j’écris les idées de textes futurs, les idées de corrections, parfois des extraits entiers (essentiellement des débuts de nouvelles), des plans et découpages, synopsis, recherches bibliographiques… c’est un foutoir innommable tous les projets se mélangent joyeusement — ou plutôt se superposent, il est en très mauvais état car un été il a pris l’eau, mais il m’est essentiel, même si je ne m’en sers pas tous les jours (ça dépend de ce sur quoi je travaille, en ce moment je m’en sers beaucoup).

Et j’ai ensuite les carnets (j’en ai un dans le bureau, un dans le salon sur la table basse et un dans mon sac) où je prends des notes : des citations, les idées qui viennent sur tout et n’importe quoi, le nom d’un livre dont on parle et qui m’intéresse, des listes, des informations dont je pense qu’elles peuvent resservir… et aussi des bouts d’idées de textes qui auraient leur place ailleurs : bref, un carnet de notes, fouillis et qui part dans tous les sens, comme un bon carnet de notes ! De fait je n’en ai pas toujours sur moi, et je me sers aussi pas mal de la fonction notes de mon smartphone (qui m’a aussi souvent servi pour écrire des morceaux de textes, mais avouons que ce n’est pas ce qu’il y a de plus pratique…). Certains notent aussi dans leur carnet le résultat de leurs observations : une bribe de conversation volée, une situation, qui parfois servent de déclencheurs d’écriture. Je ne le fais pas, ça ne m’est pas naturel, mais je devrais faire un effort.

Et vous alors, les carnets ?

En amateur…

Un amateur, étymologiquement, c’est quelqu’un « qui aime ».

Et je me demande comment on en est passé de ce verbe aimer à ce « je fais ça en amateur » sous-entendant « je ne gagne pas ma vie avec ». Je n’aime pas ce sous-entendu qui implique d’un côté que toute activité qui rapporte de l’argent est purement alimentaire (c’est mon cas actuellement mais j’espère qu’il est possible de gagner sa vie en faisant quelque chose qu’on aime) et de l’autre que ce qu’on aime ne doit pas nous rapporter de l’argent : on doit le faire gratuitement, pour le bonheur de le faire.

Cette idée est tellement ancrée dans la société (évidemment je parle ici du domaine artistique en général et des écrivains en particulier) que cela explique sans doute pourquoi la plupart des artistes sont si mal payés. On considère qu’ils font ce qu’ils aiment, ils ne voudraient pas en plus qu’on leur donne de l’argent pour le faire (ou du moins, trop d’argent). Bien sûr, la plupart des écrivains continueraient à écrire même s’ils n’étaient pas payés pour le faire (comme moi : je continue de travailler mes manuscrits même si je ne gagne pas un centime et que même ça m’en coûte). Ce qui ne veut pas dire qu’on ne doit pas, quand même, les payer pour le faire.

Au fond, je crois qu’on définit mal les termes, ou plutôt qu’on les a mal définis et qu’il faudrait enlever à « amateur » cette connotation de travail gratuit, bénévole (et parfois mal fait), et d’illégitimité (oui, souvent il y a une certaine condescendance quand on dit de quelqu’un qu’il est amateur). Que l’on cesse donc d’opposer les amateurs et les professionnels. D’abord parce que la valeur d’un artiste ne se mesure pas au fait qu’il gagne de l’argent avec son art et surtout… nous sommes tous, devrions tous être des amateurs, au sens beau et noble du terme : qui aime ce qu’il fait !

La joie d’écrire…

En ce moment, pour mon nouveau projet, je me suis lancée dans la lecture d’une multitude d’ouvrages sur la créativité et l’écriture, Julia Cameron notamment mais aussi Judy Reeves, qui n’est malheureusement pas traduite en français (un de ses ouvrages l’est mais pas ses travaux sur les ateliers d’écriture, mais nous y reviendrons). C’est très intéressant, j’y apprends beaucoup de choses qui nourrissent ma réflexion, mais… mais une chose me laisse perplexe. Des livres sur les écrivains j’en ai lu des étagères entières, ça pourrait même être une catégorie à part, et j’ai souvent l’impression que se pose le même problème : le blocage, écrire ne va pas de soi, il faut se forcer, et même pour certains, écrire est une souffrance.

Et je suis perplexe pour deux raisons, qui sont d’ailleurs liées. La première est que pour moi écrire est une évidence, est totalement naturel : j’écris tout le temps, tous les jours, plus ou moins mais tous les jours, mes pages du matin, dans mon carnet, mes divers projets, j’écris, jamais je ne suis bloquée par un « je ne sais pas quoi écrire » ou « je n’ai pas envie d’écrire » (ou alors ça dure une journée où je suis particulièrement chiffonnée, ça peut arriver). Même en vacances, en voyages, avec des journées qui débordent je trouve toujours un moment et quelque chose à écrire. C’est d’ailleurs ce que ma thérapeute notait l’autre jour : qu’avec tous les murs que je me prends dans la gueule avec cette histoire, ça fait un moment que d’autres auraient laissé tomber pour le macramé, ou tout au moins seraient bloqués par « mais pourquoi j’écris puisque personne ne s’intéresse à mon travail » (ce qui est d’ailleurs un des cas de blocage traités par Julia Cameron).

Mais non, je persévère. D’abord parce que je connais le truc, le manque total de rationalité des choix des éditeurs (d’autant qu’en général ils trouvent mon roman chouette : mais pas pour eux), et que je sais que c’est ma mission de vie et une porte finira bien par s’ouvrir, elle a failli l’été dernier (et heureusement ça ne s’est pas fait finalement : le roman serait probablement sorti au moment du confinement) alors soyons patient et avançons. Surtout je ne vois pas quoi faire d’autre. Parce qu’écrire, c’est une des choses qui mettent le plus de joie dans ma vie, les seuls moments où je me sens alignée, à ma place, et où le réel ne me résiste pas parce que c’est moi qui décide (enfin, pas vraiment mais c’est encore une autre histoire).

Alors je suis perplexe. Encore une fois j’ai l’impression d’être autrement que les autres. Ce qui n’est pas forcément grave, puisque je suis moi !

Un écrivain qui se confine…

Le confinement n’est-il pas la condition normale de l’écrivain qui écrit ? Rester chez lui, parfois à l’écart du monde dans une cabane près d’un lac ou dans un village de montagne ou dans une tour d’ivoire ? Ne pas sortir, oublier le monde réel et écrire. A la limite, peu importent les circonstances extérieures : Shakespeare a écrit King Lear confiné à cause de la peste, nombre d’auteurs ont écrit en prison, en exil, malheureux et pourtant féconds. A la limite donc, l’écrivain s’arrange parfaitement bien de la période. Il sait composer avec l’enfermement, la solitude, l’absence de contacts humains. Il sait se créer un monde en lui-même. Il est le monde.

Il y a en moi ce côté qui, donc, s’arrange plutôt bien d’une situation où je ne suis pas obligée de sortir pour faire des trucs qui ne m’apparaissent pas essentiels voire que je considère totalement superflus et malvenus. Ce côté de moi dont la vie idéale est de travailler chez moi comme je le fais actuellement : à mon rythme, lire, écrire, tenir mon journal poétique, me sentir jouir d’une certaine liberté intérieure. L’autre jour à un moment je me suis même sentie parfaitement heureuse et alignée, comme une épiphanie (rassurez-vous, ça n’a pas duré). Parce que j’ai le temps et la possibilité, la disponibilité de plonger à l’intérieur de moi-même, de laisser émerger mes émotions et leur faire face au lieu de tout de suite les mettre sous cloche comme je le fais d’habitude. Parce que la période remue beaucoup de choses auxquelles on est obligé de faire face (on ne peut pas tellement s’en distraire : faire son pain a ses limites). C’est le but, ai-je envie de dire…

Et pourtant… question écriture au sens strict, je me suis sentie longtemps coincée. Pas asséchée, mais embourbée. J’ai un million de projets, de textes sur le feu, à corriger, à terminer, à développer, d’habitude je passe mon temps à récriminer contre les circonstances extérieures qui m’empêchent d’avancer et d’habitude dès que je suis libérée de mon gagne-pain j’écris beaucoup, et là… ça a mis longtemps à démarrer vraiment, j’ai écrit beaucoup (pour moi c’est comme respirer aussi il faut dire), mais dans le vide pour ainsi dire : un peu comme un musicien fait des gammes pour ne pas perdre mais ne joue pas vraiment. Le truc 2 avançait et avance (mais c’est sa forme qui veut ça). J’ai écrit quelques petites choses dans mon journal poétique. J’écris pas mal ici alors que j’avais ralenti mais c’est un vrai besoin, de partager mes réflexions. J’ai ouvert d’autres canaux d’expression avec la peinture, le dessin, la photographie surtout. Parce que j’avais l’impression au fond qu’une seule chose exigeait d’être écrite : ça, ce qui remue à l’intérieur, ce que ça provoque, ce que ça dit. Pour garder une trace, quelque part. Ou plutôt… on verra, il ne va pas falloir qu’il y ait mille journaux de confinements qui paraissent.

Enfin, c’est revenu, à force que je tourne autour, que je regarde mes carnets et mes divers projets sans savoir lequel voulait être écrit qui ne soit pas ça. C’est apparu : il faut à nouveau que je plonge dans roman n°1 car quelque chose manque encore (on n’en sortira donc pas). Deux signes coup sur coup me l’ont révélé, et je n’ai aucune « excuse » pour différer. L’ouverture des autres canaux créatifs, encore une fois, a bien fait son office (mais je continue à peindre et à coller). Et ça dépend des jours, et il ne faut pas se brutaliser : certains jours ça coule, c’est fluide, c’est évident. D’autres ça résiste, les mots ne sortent pas ou alors au forceps et c’est mieux de faire autre chose, alors…

D’autres choses, aussi, viendront après.

En fait, plus que jamais, écrire, créer me paraît essentiel, vital, je suis dans mon flow lorsque je le fais, c’est une évidence. Le seul endroit où, malgré tout, je me sens bien.

(la photo d’illustration n’est pas du tout contractuelle, bien évidemment, ce n’est pas mon jardin)