Dracula, de Steven Moffat et Mark Gatiss : blood is lives

Le sang, c’est des vies.

J’étais très curieuse de voir cette mini-série, énième adaptation du Dracula de Bram Stoker, malgré les (très) mauvaises critiques.

Réfugié dans un couvent où il se croit en sécurité, Jonathan Harker, devenu lui-même un vampire sans le savoir, est interrogé par soeur Agatha qui s’intéresse de près à son cas, après avoir lu ses notes : elle veut qu’il lui raconte tout ce qu’il n’a pas écrit et qui est pourtant essentiel.

Quelques jours après avoir terminé mon visionnage, je ne sais toujours pas vraiment quoi en penser. Il y a des choix qui ne manquent pas d’intérêt, à commencer par le personnage clé, Agatha, qui se trouve être, on l’apprend très vite, Van Helsing, ce qui permet de nouer, entre la nonne athée prise dans un mariage malheureux, comme elle le dit, et qui ne manque pas de courage, et le conte, une relation étrange faite de fascination, de rejet, et d’un désir érotique qui monte en tension. Le mélange des temporalités, qui finit par nous mener à notre époque, est également intéressant, tout comme le mélange des registres : il y a bien évidemment des scènes très gore (on s’en doutait), trop peut-être d’ailleurs, d’autres passages assez chauds (normal vu le sujet), peut-être pas assez, mais aussi pas mal d’humour (ce qui est plus étonnant, mais les dialogues sont souvent truffés de très bons mots).

Reste qu’il y a, effectivement, quelque chose qui ne fonctionne pas complètement, car l’idée à la base de cette réécriture n’est pas assez exploitée : l’ensemble manque de profondeur, certaines scènes apparaissent au final incompréhensibles, et surtout, la fin, qui aurait pu être somptueuse, est tout simplement bâclée. En outre, j’ai trouvé que ça manquait tout de même de charisme niveau jeu d’acteurs…

Dommage, il y avait de l’idée (même si je suis un peu dérangée que ce qui est à la base du mythe, true love never dies, soit un peu évacué). La série (qui aura peut-être une saison 2) se laisse regarder, mais sans plus.

Dracula
Steven MOFFAT et Mark GATISS
D’après le roman de Bram Stoker
BBC/Netflix, 2020

Bram Stoker’s Dracula, de Francis Ford Coppola

draculaDo you believe in destiny? That even the powers of time can be altered for a single purpose? That the luckiest man who walks on this earth is the one who finds… true love?

Je ne sais pas pourquoi vendredi soir j’ai eu subitement envie de revoir ce film, qui au fil du temps est devenu culte.

En 1492, lorsque le prince Vlad Dracul, revenant de combattre les armées turques, trouve sa bien-aimée Elisabeta morte et damnée pour s’être suicidée, il devient fou de douleur et se révolte contre Dieu. Il se transforme alors en vampire et prend le nom de Comte Dracula. Quatre cents ans plus tard, il fait appel à Jonathan Harker, clerc de notaire, dont le prédécesseur, Renfield, est désormais interné dans un asile psychiatrique suite à sa rencontre avec le Comte. Dracula souhaite en effet s’installer en Angleterre. Et il ne tarde pas à se rendre compte, grace à un portrait, que Mina, la fiancée de Jonathan, ressemble trait pour trait à Elisabeta…

Evidemment, si ce film est culte, c’est qu’il est d’abord magnifiquement filmé ; chaque plan, chaque scène est un petit bijou que l’on pourrait analyser pendant des heures. Les décors, les costumes sont somptueux. L’ensemble, cruel, violent, sensuel, n’est pas un simple film de vampires, si à la mode (malheureusement) : fable métaphysique, il pose avec brio la question du Bien et du Mal, sans verser dans un manichéisme simpliste. Si Dracula est le Mal, il est surtout un héros de la révolte contre Dieu qui l’a trahi et contre la morale mortifère ; il représente bien les pulsions sexuelles, l’érotisme, la luxure, tout ce que rejette l’Eglise, et s’il devient le Mal, c’est uniquement parce qu’il perd l’Amour, et donc la foi en la vie. Eros, thanatos sont ici, une fois encore, étroitement liés, et l’Amour, celui qui ne meurt jamais, qui transcende l’espace et le temps, est rédempteur. La seule chance d’être sauvé. Keanu Reeves et son personnage lisse et propret ne fait certainement pas le poids face à un Gary Oldman sombre et envoûtant, un vrai vampire, pas un machin aseptisé à la Edward Cullen, ni face à un Anthony Hopkins incarnant un Van Helsing défendant la morale puritaine mais plus trouble qu’il n’y paraît.

Bref, un chef d’oeuvre évidemment, un retour au mythe originel, à voir et à revoir !

Bram Stoker’s Dracula
Francis Ford COPPOLA
1992