Marriage story, de Noah Baumbach : anatomie d’un couple

Je me suis rendu compte que tous les problèmes étaient déjà là dès le départ…

Bien qu’il soit sorti le 6 décembre, ce film n’est pas un film de Noël. Pas du tout même puisqu’il s’agit d’une histoire de couple qui se sépare et se retrouve englué dans un divorce qui les pousse aux pires extrémités.

Charlie, metteur en scène au théâtre, et Nicole, comédienne, forment un couple harmonieux et unis. Complémentaires, ils sont de belles personnes, et savent voir ce qu’il y a de meilleur chez l’autre. En apparence. En réalité, ils sont en instance de divorce, et cela ne se passe pas très bien : ils se déchirent concernant la garde de leur fils et de son lieu de résidence.

Rien que de très classique à première vue, et pourtant il règne sur ce film une grâce et une beauté assez inattendues vu le sujet, notamment grâce à la performance extraordinaire d’Adam Driver et de Scarlett Johansson (dont je ne suis pourtant pas spécialement adepte en général). C’est assez cruel et m’a beaucoup rappelé Scènes de la vie conjugaleauquel il est fait un clin d’œil d’ailleurs sous forme d’une coupure de journal. Le point de vue principal est celui de Nicole : une femme qui a le sentiment de perdre le contrôle, de ne pas faire de choix, de ne pas exister pour elle-même mais d’être étouffée par un mari égocentrique qui prend toute la lumière, de ne jamais être considérée, même par lui, comme un être autonome ; bref, une femme qui se sent dépossédée d’elle-même par le mariage, et cela donne une extraordinaire scène de confession dans le bureau de l’avocate. Féministe ? Oui, mais en même temps le personnage de Charlie n’est absolument pas caricatural, et on sent bien que ce qui leur manqué, c’est la communication, et c’est cette incapacité de se parler, de se comprendre qui les entraîne dans un divorce houleux, où ils finissent par se trahir eux-mêmes, poussés par leurs avocats à faire de l’autre un monstre.

Mais là où le film est beaux, c’est que tout est à voir dans la lumière du magnifique début, où chacun dit tout ce qu’il aime chez l’autre, et la grande leçon du film, c’est ça : ne jamais oublier que l’autre dont on se sépare, avec qui on n’a plus envie de vivre, on l’a aimé, follement. Et que, quelque part, cet amour existe toujours, même s’il a changé de forme. Qu’il faut se souvenir des belles choses chez l’autre, et non tout noircir a posteriori.

Alors ce n’est pas un film follement gai, mais cela reste néanmoins un très beau film sur ce que c’est qu’un couple.

Marriage Story
Noah BAUMBACH
Netflix, 2019

Papa ou maman, de Martin Bourboulon

papa ou mamanEnvie d’une petite comédie légère et pas du tout politiquement correcte ? Alors ce film est fait pour vous ! Je l’avais mis dans ma to watch list depuis sa sortie, et franchement, je n’ai pas regretté ma soirée !

Florence et Vincent Leroy semble avoir tout : amoureux depuis la fac, ils ont réussi leur vie professionnelle,  lui comme obstétricien et elle comme chef de chantier, ont une belle maison et 3 enfants, et ils semblent complices comme au premier jour. Lorsqu’ils décident de divorcer, là encore tout semble parfaitement se passer, ils sont d’accord sur tout et la séparation ne devrait être qu’une simple formalité. Mais chacun reçoit une proposition professionnelle qu’il ne peut pas refuser et qui, les obligeant à partir à l’étranger plusieurs mois, remet en cause la garde partagée et brise la belle harmonie, d’autant que les enfants ne veulent pas du divorce. Dès lors, plus de quartier, et ils vont tout faire pour ne pas avoir la garde des enfants.

Là où habituellement dans les films on assiste à des déchirements de parents qui ne veulent pas laisser la chair de leur chair à l’autre, ici on a tout l’inverse, et c’est totalement réjouissant — un anti Kramer contre Kramer. Cela commence assez pacifiquement : le principe est dans un premier temps de faire croire aux enfants qu’ils veulent obtenir leur garde, tout en les persuadant l’air de rien qu’ils seraient franchement plus heureux avec l’autre ; et puis, petit à petit, cela dégénère et chacun cherche carrément à se faire détester par sa progéniture — et c’est réussi, les pauvres gosses en voient de toutes les couleurs. C’est une sorte de Guerre des Rose avec des scènes d’anthologie drôlissimes, qui jettent un pavé dans la mare de l’image du parent qui se doit d’être sacrificiel et prêt à renoncer à toutes ses ambitions pour ses enfants ! De l’humour noir, vachard, décapant, qui fait un bien fou, d’autant qu’il est servi par deux comédiens exceptionnels au meilleur de leur forme !

Bref, vraiment un film à voir, cela fait longtemps que je n’avais pas autant ri !

Papa ou maman
Martin BOURBOULON
2015