Là où chantent les écrevisses, de Olivia Newman : la fille des marais

Cet été, j’avais un un énorme coup de cœur pour le roman éponyme de Delia Owens, et j’avais donc hâte de découvrir son adaptation, me régalant à l’avance des paysages des marais. Et nous y voilà : il sera disponible en VOD le 15 décembre, et j’ai eu l’opportunité de le découvrir un petit peu en avance.

Surnommé « la fille des marais« , Kya, abandonnée par toute sa famille, a grandi toute seule dans une cabane délabrée, sans école, vivant de pêche et passant ses journées sur son bateau, à collecter plumes et coquillages. Sauvage, elle effraie tout le monde et est l’objet de moqueries et de rejet, sauf de la part de Tate, qui s’attache à elle et lui apprend à lire et à écrire. Et de Chase, qui la trouve très attirante, mais ne veut pas que ça se sache. Lorsque Chase est retrouvé mort, les soupçons se portent immédiatement sur Kya.

Le film raconte en parallèle le procès de Kya, et tous les événements antérieurs qui ont mené à ce moment.

Il est souvent vain de vouloir comparer un roman et son adaptation cinématographique, car les deux langages sont différents, et les choix qui sont faits nécessairement aussi. Dans le cas présent, il m’est difficile de faire autrement, car ma lecture est beaucoup trop récente pour que je puisse totalement en faire abstraction. Nonobstant j’ai vraiment beaucoup aimé ce film. Certes, on pourra regretter quelques raccourcis dans l’histoire, des simplifications. Mais il était difficile de faire autrement, le film durant déjà deux heures, et j’ai trouvé les choix qui ont été faits plutôt pertinents, même si j’ai un peu regretté l’absence de .

Ce qui m’a séduite, et le mot est faible, c’est la photographie et les paysages à couper le souffle : j’imaginais bien, en lisant, combien ça devait être beau, mais je n’avais pas réussi à me faire une idée à la mesure de ces vastes étendues d’eau miroitant sous le soleil, de cette faune et de cette flore qui m’ont émerveillée. J’ai également été charmée par les dessins et les collections de Kya, d’autant que j’ai trouvé l’actrice qui l’incarne, Daisy Edgar-Jones, parfaite dans le rôle, à la fois fragile, sauvage et déterminée. J’ai été un peu moins convaincue par les rôles masculins, que j’avais un peu tendance à confondre.

Un très beau film donc, que je vous encourage vraiment à regarder !

Là où chantent les écrevisses
Olivia NEWMAN
D’après le roman éponyme de Delia OWENS
Sony Pictures, disponible en VOD le 15 décembre

Là où chantent les écrevisses, de Delia Owens : une femme sauvage

Il n’ajouta pas qu’il s’attristait de la voir si seule, qu’il savait comment les gamins l’avaient traitée pendant toutes ces années ; comment les gens du bourg l’appelaient « la Fille des marais » et colportaient des histoires à son sujet. Venir furtivement jusqu’à sa cabane, courir dans le noir et la barbouiller de graffitis était désormais une tradition, un rite d’initiation pour les garçons qui devenaient des hommes…

Lorsque je me suis emparée de ce roman, je ne savais absolument pas que l’adaptation au cinéma allait sortir cet été. Simplement, j’ai été attirée par le titre très poétique et intrigant, et les thématiques abordées, et ce fut l’une de mes lectures estivales.

Pour fuir la violence du père, la mère puis les frères et sœurs de Kya s’enfuient chacun à leur tour, la laissant seule dans la cabane au milieu des marais avec cet ogre, puis complètement seule lorsqu’il part aussi. D’enfant, elle devient jeune fille, puis femme, fuyant les services sociaux et l’école, vivant de la pêche et de la bienveillance d’un couple, ramassant coquillages et plumes d’oiseaux. Et Tate, qui lui apprend à lire, avant de l’abandonner à son tour…

Un magnifique roman, de ceux qui voyagent longtemps en vous et y laissent une trace indélébile : plein de poésie, de délicatesse mais aussi de cruauté, il nous offre un très beau personnage de femme, de celles qu’on aurait brûlées il n’y a pas si longtemps en l’appelant sorcière : pas adaptée, en marge de la société, elle déborde, dépasse, fait peur. Tout le roman est sous-tendu par une intrigue policière menée en parallèle de l’évolution de Kya, ce qui donne une dimension supplémentaire au roman, mais ce n’est pas un roman policier : c’est un roman sur l’amour, la solitude, la nature et la poésie, et c’est une merveilleuse petite pépite !

Là où chantent les écrevisses
Delia OWENS
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville
Le Seuil, 2020 (Points romans, 2021)