Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer, Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer

C’est en train de devenir un rendez-vous régulier, cet « instant poétique » du mardi (ou du jeudi) (je n’en ai pas encore fait une catégorie à part, mais ça pourrait venir). Et pourtant je n’avance guère dans mon projet (je ne vois pas comment je pourrais avancer en même temps sur tous mes projets, sauf à pouvoir m’y consacrer pleinement mais pour l’instant ce n’est pas le cas). Mais je réfléchissais l’autre jour à l’amour, à ses dangers, à l’intranquillité qu’il provoque, au choix que l’on doit faire (je vous expliquerai vendredi pourquoi je pensais à tout ça). Et j’ai repensé à ces vers de Marbeuf, et à ce poème. Et c’est exactement ça : si on veut être tranquille, en paix, serein, ne choisissons pas l’amour. Mais la vie sera probablement moins intéressante…

A Philis

Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux, qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,

Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

Pierre de Marbeuf, « A Philis », 1628