Instantané #67 (les arbres, l’hiver)

L’autre jour, j’ai réalisé que je n’avais jamais vraiment fait attention aux arbres, l’hiver. Pour tout dire, j’ai toujours un peu fait comme si cette saison n’existait pas, juste un mauvais moment à passer en attendant les beaux jours. Alors je ne serai jamais je pense de ces gens dont la saison préférée est l’hiver : j’aime le cocooning, les feux de cheminée, le chocolat chaud et les plaids tout doux, mais je préfère tout de même la chaleur et les terrasses. Nonobstant je crois que cette année, pour la première fois, j’ai un peu mieux saisi le sens de l’hiver, sa raison d’être : l’intériorité, le repos, l’introspection. La nuit, aussi, pour que puisse renaître la lumière.

Alors, les arbres. Je les aime à la folie au printemps, parés de leurs fleurs, feuillus en été, mordorés à l’automne. Mais cette phase hivernale est nécessaire aussi : ce dépouillement, ce dénuement, cette vulnérabilité. Mourir un peu, ou plutôt, laisser mourir ce n’est plus utile, pour pouvoir renaître. Et en ce moment je me sens comme eux : je me suis dépouillée de beaucoup de choses que je croyais essentielles et qui ne l’étaient pas. Je me sens vulnérable, à nu. J’attends que de nouvelles feuilles poussent, en espérant qu’elles soient belles.

C’est le cycle des saisons…

28 jours, d’Angèle Marrey : l’histoire qui s’écoule entre nos cuisses

Tout au long de notre vie de femme, notre corps sera régi par ce qu’on appelle le cycle menstruel. 

Depuis des millénaires, les règles sont tabou : il faut les cacher, ne pas en parler, utiliser métaphores et euphémismes plus ou moins réussis, faire comme si ça n’existait pas, et dans certaines civilisations on va même jusqu’à mettre les femmes à l’écart lorsqu’elles ont « leurs Lunes » (métaphore jolie, pour le coup, utilisée par les amérindiennes et que j’aime parce qu’elle dit bien le lien avec le cycle lunaire). Tabou, alors qu’il n’y a rien de plus naturel, et que les règles façonnent tout de même toute l’histoire de l’humanité, et il n’y a du coup rien d’étonnant à ce que le féminisme actuel veuille lui redonner ses lettres de noblesse.

C’est l’objet de ce documentaire pédagogique d’Angèle Marrey, écrit avec Justine Courtot et Myriam Attia, qui s’adresse en priorité aux adolescentes mais sera vu avec profit par tous, et qui vise à la fois à dédramatiser et démythifier le cycle menstruel. En 30 minutes, sont abordés l’aspect technique, la question du cycle (et notamment son influence sur les humeurs), la fascination (pré-monothéiste) /répulsion que le phénomène engendre (et toutes les stupidités sur la notion d’impureté, alors qu’au contraire les règles permettent un nettoyage à la fois physique et psycho-émotionnel), et les protections et leur coût. Le tout assorti de nombreux témoignages, y compris masculins.

Un excellent documentaire, qui permet d’apprendre beaucoup de choses, et pour les femmes de s’interroger sur leur propre rapport à leurs règles et donc à leur corps, et comprendre que tout cela est on ne peut plus normal (même si, il faut bien être honnête, traverser une phase de désespoir existentiel à chaque fois qu’elles surviennent comme c’est mon cas est un petit peu pénible, même si on sait d’où ça vient, d’autant que j’ai la même crise existentielle à chaque Pleine Lune à laquelle je suis hypersensible aussi, ce qui fait deux par mois, et que ces jours-là j’ai tendance à faire des conneries). Mon seul point de désaccord concerne la fin : le documentaire parle des protections, tampons et serviettes, et de leur coût financier, environnemental et de leurs risques. Mais la seule méthode alternative proposée est celle du flux instinctif libre, sur laquelle je suis plus que perplexe déjà en théorie  (à mon avis il est inadapté quand on a un flux abondant) et qui surtout présuppose de pouvoir aller aux toilettes très souvent et dès qu’on en a besoin, ce qui n’est pas le cas de bon nombre d’entre-nous : quelques mots sur la coupe auraient été les bienvenus.

Nonobstant, je conseille vraiment ce documentaire, qui je pense permettra aussi d’engager la discussion avec les jeunes filles, et peut-être rétablir quelque chose qui n’existe plus dans nos sociétés occidentales modernes : les premières règles comme rite de passage. Dans certaines sociétés, elles sont l’occasion d’une véritable fête, car elles sont un moment marquant dans la vie (remarquez, je dis ça, je ne m’en souviens absolument plus).

28 jours
Angèle MARREY, écrit avec Justine COURTOT et Myriam ATTIA

La semaine sans complexe, sur une idée originale de Stephie