40 ans, l’année d’après…

Il y a un an, j’écrivais sur la crise de la quarantaine, sur cette impression de fin de cycle, les besoins de changements, et je me demandais où j’en serais, un an plus tard. Aujourd’hui, donc. Malheureusement, la réponse est : toujours au même point. Je sais ce que je ne veux plus dans ma vie, je sais ce que je veux, mais pour le moment je reste coincée dans ce que je ne veux plus. Et le pire, c’est que les changements ne dépendent absolument pas de moi. Ce qui rend les choses d’autant plus pénibles.

Je me sens comme quand on vient d’atterrir et qu’on attend sa correspondance en retard dans la zone de transit de l’aéroport et qu’on s’ennuie à périr. Un peu comme le papillon dans son cocon, prêt à sortir mais pas tout à fait encore. Pourtant, qu’est-ce que j’ai envie de m’envoler !

L’an dernier, à cette date, je faisais la fête à Paris. Je n’y suis plus revenue depuis, et cette année j’ai décidé de rester tranquillement chez moi, sans rien prévoir de particulier. C’est la première fois depuis des années que je ne suis pas à Paris à cette période, mais je n’avais pas très envie, j’avais la flemme, et comme je ne suis pas extrêmement bien lunée et que je me sens sans aucune énergie, l’idée de la foule et du bruit était au-delà de mes forces.

Hier, j’ai subi une énorme déception. J’attendais quelque chose qui pourrait débloquer certains événements, en tout cas sur le plan professionnel, quelque chose qui, selon toute « logique » (enfin logique… ma logique, basée sur l’émeute de synchronicités dont je suis perpétuellement assaillie et que du coup je n’expliquerai jamais) mais rien ne s’est produit. Evidemment, rien ne s’est produit, devrais-je dire, et je ne sais plus trop où j’en suis… en fait, pour tout dire, hier a été une belle journée de m***, à ce point cela en était presque artistique, une sorte de bouquet final à une année pas très épanouissante : si je croyais encore en quelque chose (mais je crois bien que si un cycle s’est bel et bien terminé c’est celui-là : ma période développement personnel mystico-féministe), je dirais que c’était fait exprès.

Bref, j’ai 41 ans et je ne sais toujours pas où je vais…

Guide de survie quand tu as 40 ans, de Violette Joffre et Ronan Daniel

Quand on lui parlait de son quarantième anniversaire, un grand penseur disait (il nous semble que c’était Adriana Karembeu) : « A partir de quarante ans, on descend la colline. » En attaquant l’ouvrage que vous tenez dans les mains, petit veinard, nous avions pour ambition de souligner à quel point les descentes sont plus sympas que les montées, et vous pouvez nous croire puisqu’on est presque aussi experts en vélo qu’en vie de quadragénaire.

Je l’ai assez claironné pour que vous ne puissiez pas feindre de l’ignorer (sinon c’est que vous n’êtes franchement pas très attentifs) : il y a quelques semaines j’ai eu 40 ans, et ce cap s’accompagne d’une très très belle middle-life crisis, dont je pensais que c’était un mythe mais en fait, pas du tout, ça existe, je peux en témoigner : j’ai des envies bizarres, des lubies de vie à la campagne au calme (vous savez, le cliché de l’auteur reclus dans sa thébaïde), par contre je n’ai plus envie de Paris (où je ne suis d’ailleurs pas revenue depuis mon anniversaire — ce n’est pas que je n’aime plus Paris, mais je crois que nous avons besoin d’une pause dans notre relation), bref, j’ai envie de tout changer dans ma vie (enfin tout, pas mal de choses, et il faut que j’arrive à trouver un point d’équilibre) (cela étant, cela avait commencé depuis l’an dernier sans que je m’en rende vraiment compte, mais mon déménagement était sans doute un premier pas : le changement est enclenché, il faut que je sois patiente pour le reste) (par contre il faut vraiment que je quitte Orléans, cette ville me bloque). Enfin tout ça pour dire que lorsque je suis tombée sur ce petit ouvrage, qui voyez comme les choses sont bien faites est sorti à peu près à la date fatidique, je me suis dit que c’était parfait pour dédramatiser les choses (je ne connais pas Ronan Daniel, par contre je suis une fan absolue de Violette).

Il s’agit donc d’une liste de listes sur ce que c’est que d’avoir 40 ans : les symptômes de la crise de la quarantaine, les faux-pas du quarantenaire sur les réseaux sociaux (n°18 : Sur Facebook, vous partagez des clips de groupes que vous écoutiez à 20 ans — je plaide coupable, je fais tout le temps ça, et même des trucs bien plus vieux), les acteurs plus sexy à 40 qu’à 20 et les femmes super hot qui ont dépassé la quarantaine, les clichés sur la quarantaine dans les séries télé, les trucs qui seront toujours plus vieux que nous, les films sur la crise de la quarantaine — et aussi quelques listes plus relous comme les raisons pour lesquelles la gueule de bois empire avec l’âge, les célébrités que l’on pourrait avoir engendrées (dont les trois quarts des abrutis que vous voyez sur Youtube ou encore le livreur de pizza) et les examens médicaux conseillés à partir de 40 ans… Le tout illustré par Pacco !

Je me suis beaucoup beaucoup amusée avec ce petit livre (traduction : j’ai souvent pouffé comme si j’avais 15 ans). C’est drôle, frais, on se reconnaît forcément et franchement, ça aide à dédramatiser (oui je sais il y a pire drame dans la vie que d’avoir 40 ans mais bon) certaines choses. A s’offrir, ou a offrir à un ami qui va bientôt passer ce fameux cap 40 !

Guide de survie quand tu as 40 ans — 100 listes pour vous aider à passer le cap
Violette JOFFRE et Ronan DANIEL
Leduc.s (Tut-Tut), 2018

Le cap 40

L’an dernier, j’ai eu 39 ans, et j’avais l’impression que je pouvais conquérir le monde. Honnêtement, j’abordais la dernière ligne droite avant la quarantaine avec toute la sérénité possible (et dans un appartement tout beau). J’imaginais que tout se passerait bien, et que la crise de la quarantaine était un mythe auquel j’échapperais, puisque j’avais fait des choix et que ma vie me convenait telle qu’elle était. Croyais-je. En fait, j’aurais dû me méfier de cette sérénité : c’était, réellement, le calme avant la tempête.

Parce que, depuis quelques semaines, je la sens passer, la middle life crisis.  J’ai l’impression que tout s’écroule autour de moi comme un château de cartes. Pour mieux reconstruire ? Je l’espère. Mais pour l’instant, c’est quand même l’impression de ruine qui domine. Je remets en cause tous les aspects de ma vie, et c’est forcément compliqué. Je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose d’essentiel qui manquait. Et que ce que je tenais pour essentiel ne l’était pas. J’ai donc l’impression de me retrouver dans une essoreuse à salade émotionnelle (c’est pire qu’un ascenseur, l’essoreuse à salade). Parce que ce n’est pas si simple de tout changer. Parce que pour certaines choses il est sans doute trop tard. Pour d’autres non, mais cela reste compliqué quand même, parce qu’à 40 ans, on a un passé, on ne vit pas les choses de la même manière, on est méfiant, on a peur d’avoir mal. Ce qui était bien la raison pour laquelle j’avais renoncé, d’ailleurs. Ne plus avoir mal. Ne plus me retrouver au fond d’un abîme à me rendre compte que certaines choses m’étaient visiblement interdites, et que j’aurais beau me battre de toutes mes forces, ça ne fonctionnerait jamais, et que même en faisant les choses différemment, j’aboutirais toujours au même résultat.

J’ai envie de tout changer. Changer de boulot : ces dernières années, j’ai été relativement bien, mais le fait est que depuis cette année je ne le suis plus, pas à cause des élèves d’ailleurs, ils sont au contraire et pour la première fois de ma vie mon pilier et ma joie (je n’aurais jamais cru pouvoir écrire ça un jour, mais c’est le signe que j’ai résolu quelque chose qui était sans doute la raison inconsciente pour laquelle j’ai choisi ce métier) ; mais d’une part j’ai de plus en plus l’impression d’être arrivée au bout d’un cycle et de ne plus rien avoir à faire là où je suis, impression confirmée par certains événements et certaines attitudes. Evidemment, de toute façon je le sais depuis toujours : ma vie, c’est l’écriture, d’une manière ou d’une autre, et il faudra bien qu’à un moment cela se concrétise. Déménager, mais cette fois pas pour l’appartement d’à côté : changer d’appartement était nécessaire pour virer les fantômes qui vivaient dans l’autre et faire place nette, mais c’est comme pour le boulot, cela va faire 13 ans que je vis à Orléans, je savais dès le départ que ça ne serait jamais « chez moi », que ce serait transitoire (bon, du transitoire long, de fait) et qu’un jour je partirais ailleurs ; où ? J’attends un signe du destin, même si j’ai ma petite idée (qui n’est pas Paris : j’aime toujours cette ville d’amour même si nos relations se sont distendues ces derniers temps, c’est d’ailleurs avec elle que je fête la date fatidique, mais je préfère que cela reste une liaison : j’ai de plus en plus envie de vivre au calme). Et puis, le reste. J’ai toujours été farouchement attachée à mon indépendance et à ma liberté : je le suis toujours et ça ne changera pas, c’est comme ça que je me suis construite ; mais aujourd’hui je ne vois plus cela comme incompatible avec le fait de construire et d’avancer avec quelqu’un, mais je crois bien que ce dernier point est le plus compliqué à mettre en place dans mon plan de changement de vie, alors qu’il est je crois à l’origine de tout (ou au moins le révélateur).

Oui, j’ai envie de tout changer, mais je ne suis pas non plus du genre à tout plaquer et tout envoyer promener (je suis parfois impulsive, mais je me soigne). Si ça se trouve, l’an prochain j’en serai toujours au même point, ou je serai revenue en arrière, la crise passée. Qui sait ?

En tout cas, j’espère vraiment du renouveau avec ce passage dans la deuxième partie de ma vie, le début d’un nouveau cycle, qui correspond en plus avec l’arrivée du printemps. Et normalement, dès la semaine prochaine je devrais être à nouveau plus présente ici, parce que le blog reste essentiel, ça ça ne change pas (mais le fait est que je suis un peu engloutie dans Paul Auster, dont le dernier roman m’émerveille mais qui est une brique et que j’ai envie de savourer).

T’as quel âge ?

yankee-canddleParmi tous ces changements de début d’année (voiture, appartement, et tout ce que je ne sais pas encore peut-être) il se trouve que je change également d’âge. Pas encore de dizaine, ouf, ça ça attendra l’année prochaine. Pourtant, le chiffre fatidique et symbolique du mid-life approche sournoisement. Plus qu’un an de répit.

J’ai 39 ans et le pire, c’est que je n’ai absolument pas l’impression d’être si « vieille » que ça. D’abord, je ne les fais pas, à ce qu’il paraît : malgré mes cheveux blancs que je cache soigneusement (mais que j’ai depuis plus de dix ans de toute façon) et quelques petites marques au coin des yeux, beaucoup de gens refusent obstinément de croire que j’ai plus de trente ans. Ce qui tombe bien, parce que je n’ai, mais alors pas du tout, l’impression que ces dix années d’écart entre mon âge apparent et celui que j’affiche réellement au compteur existent ou ont existé : j’ai toujours exactement la même vie qu’à trente ans, je n’accepte toujours pas les contraintes de la « vie d’adulte », la vie rangée. J’ai toujours envie de séduire, toujours pas d’avoir d’enfant (et je crois pouvoir affirmer que cela ne viendra jamais), de pouvoir partir en week-end sur un coup de tête, d’avoir trop de chaussures, de ne pas faire de concessions ni de sacrifices. L’âge et l’expérience aidant néanmoins, je me laisse encore moins faire qu’avant lorsqu’on met en cause mes choix de vie.

J’ai 39 ans, et certes je ne peux plus aller travailler directement en ayant fait la fête toute la nuit, j’ai parfois mal au dos, je mets de l’anti-rides et je fais des colorations, je ne comprends pas toujours les mots qu’utilisent les d’jeuns et je ne connais pas le dixième de la musique qu’ils écoutent, je peste lorsqu’ils l’écoutent trop fort dans le métro, j’utilise des expressions surannées, mes séries cultes datent des années 60 (plus vieilles que moi donc) et je me souviens de l’époque ou internet et le téléphone portable n’existaient pas.

J’ai 39 ans, mais j’ai toujours des rêves et des désirs et l’envie de les réaliser, je n’ai pas l’impression d’être au milieu du guet mais au contraire que je sais mieux que plus jeune ce que je veux vraiment et que le plus excitant reste à venir. Parce que si je n’ai pas l’impression d’avoir l’âge, j’ai néanmoins ce truc que les plus jeunes n’ont pas — et que je n’avais pas non plus : l’expérience, qui me permet de me connaître et d’éviter de refaire certaines erreurs, et de, finalement, me sentir pas si mal que ça dans ma vie, même si j’y apporterais bien quelques changements supplémentaires. Une sorte d’équilibre.

J’ai 39 ans, et c’est le premier jour du reste de ma vie !

Comment sauver son couple en 10 leçons (ou pas) ? De Stephanie Blake

Stephanie BlakeEn fait, tout est une question de plaisir. Merde ça me donne envie de pleurer. Pourquoi ça ne marche plus avec Philip ? Je n’arrive plus à lui faire plaisir. Je ne sais même pas si j’en ai encore envie.

Stephanie Blake est connue pour ses albums pour les enfants, dans lesquels elle met en scène un lapin. Enfin connue : pour ma part j’ai découvert son existence dans l’émission spéciale de la Grande Librairie consacrée à la littérature jeunesse, mais je suis loin d’être une référence en la matière et j’ai cru comprendre que ses albums jouissaient d’un large succès. Bref, ici, Stephanie Blake change de registre, et tout en reprenant ses personnages lapinomorphes s’adresse aux adultes. Ce qui est plus mon créneau, et l’occasion du coup de la découvrir.

Philip et Siri forment un couple a priori enviable : elle est scénariste, il est traducteur et essaie d’écrire un roman, mais comme ça ne marche pas tellement, c’est lui qui s’occupe des enfants pendant que madame rapporte l’argent pour faire bouillir la marmite. Mas avec le temps, le couple s’est usé, le désir s’est émoussé, et Siri entreprend de sauver leur histoire, si ce n’est pas trop tard.

Le dessin est a priori très déconcertant pour qui n’a pas l’habitude de Stephanie Blake, et on peut avoir du mal avec ce décalage entre des illustrations a priori plutôt enfantines et un contenu parfois trash — attention si vous avez des enfants à ne pas laisser traîner ces lapins-là — mais, finalement, on s’y fait assez vite : sous forme de petites saynètes drôles et rafraîchissantes, l’auteure explore ce qui peut se passer dans un couple, dans la tête des hommes et dans celle des femmes. Si le sujet n’est pas ce qu’il y a de plus original, on se laisse prendre au jeu, et on rit beaucoup.

Une chouette découverte donc, un petit album parfait pour se détendre !

Comment sauver son couple en 10 leçons (ou pas) ?
Stephanie BLAKE
Mazarine, 2016

Lu par Leiloona

Un autre que moi, de Véronique Olmi

Un autre que moiPourquoi tu m’as appelé, si tu veux pas me voir, hein ? Pourquoi tu m’as fait sortir de ce foutu miroir, tu t’imagines que ça me fait plaisir ? Que c’était facile ? Ah non, je n’aime pas me revoir à quarante ans. J’étais pas heureux à cette époque et même malheureux. Entre deux eaux, j’étais. Comme toi. Entre deux cuites, oui ! Pas fier de moi. Pas honteux non plus. Rien !

J’ai décidé que cette année, faute de pouvoir aller au théâtre comme je voudrais (ce qui m’intéresse a la fâcheuse tendance d’être visible uniquement à Paris), j’allais essayer de lire plus de pièces et notamment de pièces d’auteurs contemporains. Alors évidemment, il manque la dimension spectaculaire inhérente au genre théâtral, qui est, comme le disait Barthes, une « machine cybernétique » dont le texte n’est qu’un élément parmi d’autres. Mais enfin, c’est toujours mieux que rien.

Commençons avec la dernière pièce de Véronique Olmi, Un autre que moi.

Ayant fui sa fête d’anniversaire, Fred, le soir de ses 40 ans, se retrouve seul dans une chambre d’hôtel à bas prix. C’est là, du miroir de la porte du placard, que surgit Frédéric, l’air un peu perdu. Fred croit d’abord à un coup monté par sa femme, avant de comprendre que cet homme qui lui fait face, c’est lui, dans 40 ans.

Flirtant avec le fantastique et le merveilleux, au prix d’ailleurs de quelques incohérences si on décortique un peu trop avant le texte, cette pièce est avant tout une réflexion métaphysique sur la vie. Fred est en pleine crise de la quarantaine, ce milieu de vie qui est l’heure des bilans, des interrogations sur soi et sur ce que l’on veut vraiment faire. Frédéric, lui, est en fin de vie, et c’est peu de dire que tout les oppose, montrant par là combien les années peuvent métamorphoser un être. Bizarrement, les choix faits par son moi futur ne conviennent pas du tout au quadragénaire, malgré le bonheur et la sérénité qui semblent irradier du vieil homme. Comme quoi, la vie nous change, mais seulement lorsque nous sommes prêts…

Une pièce très écrite, assez littéraire, souvent drôle, ce qui permet finalement de la lire sans trop de frustration, même si je serais curieuse de la voir sur scène. En tout cas, le sujet ne peut que faire réfléchir… et je ne suis pas sûre que j’aimerais me retrouver face à un moi de 80 ans qui me dirait ce que seront mes prochaines années. Je préfère avoir la surprise !

Un autre que moi
Véronique OLMI
Albin Michel, 2016
Sur scène au théâtre de l’Atelier à partir du 11 février 2016

Lu par Moka