Quelques vidéos féministes

Ce mois-ci, nous allons nous intéresser à quelques documentaires, reportages clips et petits films sur le féminisme, qui interrogent les femmes au travail, leur place dans la société, leur représentation dans l’imaginaire, leur sexualité ou les violences conjugales.

HeddaHedda Nussbaum est une femme américaine dont l’histoire a mis en lumière dans l’actualité la question des violences physiques et psychologiques au sein du couple ; lorsqu’en 2017 la Russie décide de ne plus punir ces violences, il apparaît urgent pour la comédienne Lena Paugam et l’auteure Sigrid Carré-Lecoindre de questionner ce problème, et plus largement la place des femmes dans la société et l’égalité homme femme. C’est ainsi que naît la pièce Hedda, sur laquelle Sylvain Bouttet consacre ici un reportage d’une quinzaine de minutes revenant sur la manière dont la violence peut naître dans l’amour et les deux devenir interdépendants, mais aussi sur l’origine complexe de la violence. C’est très intéressant, et donne vraiment envie de voir la pièce, qui semble bouleversante !

MLFMBH est une chanson du groupe Mistress Bomb H sur l’album I’m girl, I’m proud qui est déjà tout un programme. Le clip, réalisé par David Moreau, est constitué d’une série de portraits de figures féminines importantes, dans des domaines divers, artistes, intellectuelles, scientifiques : hypnotique, il nous rappelle à quel point les femmes sont souvent les grandes oubliées de l’histoire officielle, mais que, pourtant, nous sommes toutes les héritières de ces femmes-là !

Wonderclito est mon coup de coeur : un documentaire animé tout mignon, mais en même temps d’une grande intelligence, et qui fait l’éloge du seul organe du corps humain dont la fonction unique est de donner du plaisir : le mal connu clitoris ! A voir absolument !

Herc’est un clip sur le féminin fantasmé et en même temps absolument libre, où la beauté des images le dispute à la sensualité. Quant aux paroles, elles m’ont fait fondre ! Réalisé par Nicolas Lexa, le film nous montre avant tout que la beauté féminine est multiforme !

Pascaline et Klara sont deux étudiantes de milieu modeste que la réalisatrice Céline Dréan a suivies au cours de leur année universitaire 2011-2012 à Rennes : leurs difficultés pour financer leurs études, leurs rêves et aspirations, leur questionnement sur leur place, le tout sur fond de campagne présidentielle 2012, d’autant plus importante que les deux jeunes femmes sont très engagées politiquement. C’est très intéressant, même si tout de même assez pessimiste !

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Quelques courts-métrages et documentaires sur l’amour (pour changer un peu des comédies romantiques)

C’est bientôt le printemps, la saison du renouveau et des amours, les hormones humaines sont en ébullition et les animaux commencent leur parade nuptiale. Alors aujourd’hui, je vous propose une sélection de courts-métrages et documentaires parlant d’amour !

#1 : Danse, Poussin est un très joli court-métrage de Clémence Durmeikis, qui évoque une rencontre amoureuse durant une soirée de fest-noz, entre Marianne et un danseur : tout est vu par les yeux de sa petite-fille Louise, qui d’abord le prend mal et se sent abandonnée, avant de se laisser entraîner dans la danse. Un film très délicat et sensible.

#2 : Breizh Erotik est un documentaire de Roland Thépot, qui s’interroge sur la manière de dire l’amour et la sexualité en langue bretonne. Il n’est en effet pas toujours aisé de parler de ces sujets dans une culture marquée par une certaine réserve vis-à-vis de l’expression des sentiments et des émotions, et notamment leur verbalisation. Un sujet finalement universel : dans toutes les langues, parfois, on a l’impression que les mots manquent !

#3 : La formidable histoire de Bernard Darieux de Léo Le Breton est un court-métrage plein de fantaisie dans lequel le protagoniste, un vieux professeur de lettres assez original, tombe amoureux d’une de ses élèves. Un amour qui reste platonique, ils ne font que danser sur une place, mais c’est plein de joie et de charme, un petit quelque chose des Parapluies de Cherbourg dans un monde utopique où les élèves sont 12 par classe et où on entend les mouches voler. Un petit OVNI mignon comme tout !

#4 : J’ai déjà parlé de Moonkup : si vous ne l’avez pas encore vu, filez-y, c’est formidable !

#5 : La ville s’endormait est un court-métrage en noir et blanc de Thibault le Goff et Owen Morandeau, d’une grande originalité et d’une touchante délicatesse, qui raconte la romance impossible entre un travesti prostitué et une espèce de clochard alcoolique. Le fait est que les deux réalisateurs parviennent ici à poétiser le glauque, et si le film reste étrange, il est intéressant à regarder.

#6 : Je suis de l’amour en boîte est un très court-métrage Léo Belaïsch et Victoire Joliff proposé pour le Nikon Film Festival, dans lequel ,le jour de la saint Valentin, un trentenaire désabusé reçoit une clé et une adresse… je ne vous raconte pas la suite, mais c’est vraiment très bien trouvé !

#7 : Streetphilosophy – amour est un « road-documentaire » passionnant dans lequel le réalisateur Jonas Bosslet s’interroge et interroge les autres sur l’amour à travers le filtre de la philosophie. De quoi se poser beaucoup de question !

#8 : le vous ai déjà parlé du joli clip Matin

#9 : La somme de nos amours est un portrait de Marie-Claude, qui raconte sa vie passée derrière son bar, et son histoire d’amour avec son mari, qu’elle a rencontré lorsqu’elle avait 13 ans, et qui d’histoire d’adolescents devient l’histoire de toute une vie. Ce petit documentaire de Salomé Laloux-Bard, plein de pudeur et de délicatesse, m’a profondément émue.

#10 : LOVE de Reca Bucsi est un OVNI qui m’a totalement scotchée : film d’animation sans paroles merveilleux de poésie, il nous montre l’amour comme force de vie et de transformation. Très symbolique et métaphorique, c’est vraiment une petite pépite : si vous ne deviez en voir qu’un c’est celui-là, j’ai presque pleuré tellement il est beau !

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Nue, de Catherine Bernstein : rassembler les morceaux

Quand je pense que je suis là, nue, alors que pendant tant d’années je n’arrivais même pas à me mettre en maillot de bain. 

J’avais déjà parlé de ce film il y a quelques années. Je l’ai revu récemment, et si à l’époque il m’avait beaucoup émue, il m’a cette fois totalement bouleversée, sans doute parce que depuis j’ai vieilli (j’ai eu quarante ans) et que l’histoire que raconte la narratrice, je la comprends enfin intimement : en 2013, je me battais contre mon corps. Aujourd’hui, je l’accepte beaucoup mieux.

Dans ce film, qui appartient à une série de courts-métrages interrogeant la représentation du corps, Catherine Bernstein se met totalement à nue, dans tous les sens du terme. Physiquement, émotionnellement. Mais avec malgré tout une grande pudeur. A sa fille qui tient la caméra, elle raconte l’histoire de ce corps qui l’a longtemps complexée : ses formes qu’elle jugeait trop prononcées à l’adolescence et qui selon elle ne pouvaient pas séduire. Ses sourcils. Ses dents. Son cou. Ses seins. Ses fesses. Son ventre, qui porte une cicatrice due à sa première grossesse. C’est d’abord un blason : le corps est éparpillé, en morceaux, comme un puzzle. Parce que c’est ainsi que les femmes se voient : en détails, comme dans un miroir grossissant. Et puis, il devient entier. Réunifié. Il devient un tout, grâce au regard amoureux d’un homme.

Le film est très personnel, et en même temps il atteint l’universel. Cette cartographie d’un corps imparfait et pourtant sublime, d’une délicatesse infinie, enveloppée de couleurs très douces, un peu floue, a une dimension cathartique : on en ressort heureux, car il dit tout de ce long chemin qu’est l’acceptation de soi, ce lâcher-prise sur l’apparence que permet un regard aimant et bienveillant. Notre corps porte notre histoire, il est unique, et celui qui nous aime ne peut que l’aimer aussi comme il est.

Ce film a reçu un accueil radicalement différent auprès des femmes et auprès des hommes. Les spectatrices ressortaient avec bonheur, avec énergie débordante à l’issue de la projection. Quel que soit leur âge, il n’était pas rare qu’elles se reconnaissent dans les propos du film. Les hommes semblaient plus émus, bouleversés. Je ne saurais dire pourquoi. Découvraient-ils ce qu’ils pouvaient donner à l’autre ? À l’être aimé ? Ce qui est clair, me concernant, c’est que c’est l’amour qui m’a aidée à me réparer, à faire de moi une seule et même personne, un tout. En tous les cas, je suis émerveillée à quel point Nue a su toucher des femmes et des hommes d’âges et d’horizons variés dit Catherine Bernstein. Et c’est l’évidence : c’est plus qu’un film à voir, c’est un film à revoir, non seulement pour en saisir toutes les nuances mais aussi parce que, j’en ai fait l’expérience, on n’en saisit pas les mêmes choses aux divers âges de la vie. Il est à montrer aux adolescentes et aux jeunes femmes, aussi, pour qu’elles comprennent que les corps parfaits montrés dans les publicités et les magazines ne sont nullement un idéal à atteindre.

Et ce message sublime : que l’amour nous permet d’être entier.

Nue
Catherine BERNSTEIN
Paris-Brest Productions/Arte, France, 2008

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La semaine sans complexe, sur une idée originale de Stephie

Bloc Notes

Emile

Vous aimez vous promener dans Paris ? Vous aimez la littérature ? Vous aimerez Emile ! Imaginez. Vous passez près d’un lieu dont un auteur a parlé, et hop ! Vous recevez une alerte vous proposant de découvrir un court extrait le décrivant, à lire ou à écouter dans l’application.  Si vous choisissez l’option « écouter », les textes sont lus par deux sociétaires de la Comédie Française : Elsa Lepoivre et Michel Vuillermoz. Il est également possible d’acheter directement le livre dont est tiré l’extrait depuis l’application, qui peut être enrichie à tout moment grâce aux utilisateurs qui peuvent laisser de nouvelles citations. Disponible sur l’Apple Store et sur Google Play !

Porte-plume

biographie-jacqueline-nordmann-1-1024x1024Envie d’une expérience originale ? D’un cadeau (oui je sais Noël est passé, mais il n’y a pas qu’à Noël qu’on fait des cadeaux) ? Porte-plume vous propose de réaliser votre propre livre, sur mesure, selon vos goûts et envies :  l’idée est née de la conviction que chaque personne, chaque famille est unique, et que chaque vie mérite d’être racontée, transmise, partagée, pour garder une trace de son histoire et de celle de sa famille. Porte-Plume réalise donc, de l’écriture à l’édition, tous les projets éditoriaux personnels qui ont de l’importance et du sens dans une vie donnée. Les projets sont variés : faire écrire la biographie de ses grands-parents ou parents, faire éditer un livre de recettes et anecdotes culinaires qu’on se transmet de mère en fille/soeur, réaliser un conte sur mesure pour un enfant, un album de naissance pour un nouveau né, un livre d’or pour des mariés, un « guide du routard » perso sur son dernier voyage… Autant de choses que Porte-Plume vous permet de réaliser, grâce à la mise à disposition de toute une palette de professionnels de l’écriture, du graphisme et de l’édition. Ce sont notamment de véritables journalistes et écrivains qui se chargent de récolter la matière pour écrire un livre (notamment les biographies), puis de retranscrire fidèlement les conversations et entretiens menés avec les personnes qui se racontent. Une belle idée, non ?

La BPI vous propose…

couvfrLa Bibliothèque Publique d’Information du Centre Pompidou a envie de vous faire lire ! À la suite de la création de son webmagazine Balises, la Bpi a lancé en septembre 2016 trois pages thématiques sur Facebook qui ont pour objet de proposer des recommandations, de relayer des articles et de partager des événements. Viennent ainsi s’ajouter à la page Facebook officielle de la Bpi et à celle de Balises trois autres pages : Tu vas voir ce que tu vas lire qui explore la littérature contemporaine ; Pour une poignée de docs qui est dédiée au cinéma documentaire ; À l’ombre des geeks en fleurs qui est consacrée aux cultures geeks, urbaines et pop. La première notamment fait la part belle à la fiction, en veillant à varier les styles, les genres et les pays, afin de montrer la littérature dans toute sa richesse. Lorsque l’actualité s’y prête, cette page thématique peut aussi évoquer, de manière occasionnelle, la bande dessinée, la littérature classique, la poésie, la littérature jeunesse… Chaque semaine, un livre est mis en avant dans le cadre du #VendrediLectureTu vas voir ce que tu vas lire sélectionne également des ressources en rapport avec la lecture et la littérature : podcasts (émissions et fictions radiophoniques), replay (documentaires), revues spécialisées (entretiens, critiques), blogs littéraires (chroniques), rencontres avec des auteurs en librairies. Une mine d’or !

La première nuit de la lecture

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Vous n’avez pas pu passer à côté de l’information : le samedi 14 janvier, le livre et de la lecture seront à l’honneur partout en France pour la première édition de la Nuit de la lecture. Bibliothèques et librairies ouvriront leurs portes au public, sur des horaires étendus, le temps d’une soirée de découvertes et d’animations exceptionnelles. La manifestation, qui a donc lieu à l’occasion de la rentrée littéraire d’hiver, viendra souligner la manière dont la conversation avec les livres et les débats d’idées nous nourrissent, nous permettent d’échanger et de nous situer dans les enjeux de notre société. Cette première édition est proposée en collaboration avec les différents acteurs du livre et de la lecture, en particulier les bibliothèques et les librairies, mais aussi les auteurs, les éditeurs, les écoles, les associations locales…, qui s’associent à la manifestation. Retrouvez le programme sur le site du ministère de la Culture !

Amor Fati

affiche-amor-fati-40x60-web3Une très belle découverte pour terminer : Amor Fati, de Quentin Caffier et Raphaël Lopez qui sortira demain. Il s’agit d’un court-métrage expérimental et poétique qui relate le voyage introspectif et onirique d’une jeune femme. Elle y interroge sa féminité et le regard porté sur elle, en écho à son métier de mannequin. Le film est porté par Alexia Giordano, mannequin pour Jean-Paul Goude et repérée dans des productions françaises comme la série Versailles, le film Chocolat et de nombreuses publicités. Cela a un petit côté conte de fées, Alice aux pays des merveilles, c’est très esthétique et agréable à regarder. Et c’est ici.

Nue, de Catherine Bernstein

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Vendredi dernier, nous sommes allés avec mes élèves assister à la dernière projection de l’opération « lycéens au cinéma ». Il s’agissait d’une série de courts métrages interrogeant les rapports du documentaire et de la fiction. Parmi des films de qualité diverse était programmé un petit film de huit minutes qui m’a tout simplement bouleversée : Nue, de Catherine Bernstein.

Daté de 2008, ce film s’inscrit dans une série de courts-métrages produite par Arte et visant à questionner la représentation du corps au cinéma. Fait rare, la réalisatrice se met elle-même en scène dans ce qui est à la fois un documentaire et une autofiction. Sous l’oeil de la caméra tenue par sa fille, à qui elle s’adresse, elle est allongée, nue, et raconte son corps par fragments, par morceau. Ses cuisses, ses seins, ses fesses, ses sourcils, ses cicatrices. Un corps vieillissant, loin d’être parfait, mais qui apparaît ici magnifique, parce qu’il est aimé, et parce qu’il a une histoire, qu’il a vécu, qu’il a donné la vie.

L’enjeu est ici le gouffre entre le corps réel et le corps sublimé, magnifié, parfait que nous montre la publicité. Mais aussi le gouffre entre la vision féminine du corps et la vision masculine : la femme, comme le fait le personnage de Brigitte Bardot dans Le Mépris, voit son corps par fragments : ses sourcils trop épais, ses cuisses trop larges, son ventre qui n’est plus plat depuis sa maternité. L’homme, lui, voit le corps dans son ensemble, l’aime entièrement, et n’en voit pas les défauts qui pourtant obsèdent la femme. Comme Baudelaire dans son poème « tout entière » :

« Le Démon, dans ma chambre haute,
Ce matin est venu me voir,
Et, tâchant à me prendre en faute,
Me dit : « Je voudrais bien savoir

Parmi toutes les belles choses
Dont est fait son enchantement,
Parmi les objets noirs ou roses
Qui composent son corps charmant,

Quel est le plus doux. »– O mon âme !
Tu répondis à l’Abhorré :
« Puisqu’en Elle tout est dictame
Rien ne peut être préféré.

Lorsque tout me ravit, j’ignore
Si quelque chose me séduit.
Elle éblouit comme l’Aurore
Et console comme la Nuit ;

Et l’harmonie est trop exquise,
Qui gouverne tout son beau corps,
Pour que l’impuissante analyse
En note les nombreux accords.

O métamorphose mystique
De tous mes sens fondus en un !
Son haleine fait la musique,
Comme sa voix fait le parfum! » 

Jouant d’une profondeur de champ très réduite qui crée un halo flou enveloppant le corps et de couleurs très douces, ce film n’est jamais impudique, jamais voyeur, jamais vulgaire malgré la nudité assumée, c’est un enchantement poétique et en même temps un vrai travail de réflexion et d’acceptation de soi. J’en ai été très touchée, et quelques filles de la classe sont venues m’en parler ensuite : d’abord déconcertées qu’on leur montre ça, elles ont ensuite été émues par cette manière à la fois pudique et sincère de se mettre en scène, et à un âge où le corps devient souvent un ennemi, je trouve cela particulièrement important !

Nue
Catherine BERNSTEIN
Paris-Brest Productions, France, 2008