Instantané : nuanciers floraux

Ce que j’adore apprendre avec l’aquarelle botanique, ce sont les nuanciers. Et les mélanges des couleurs pour parvenir à la teinte exacte de ce qu’on veut peindre. C’est une jolie activité, poétique et méditative. Alors dimanche dernier, pour fêter l’arrivée de la douce saison, je suis allée cueillir quelques fleurs dans le jardin, muscaris, narcisses et corète du japon, et je me suis amusée à en faire des tableaux colorés. Une activité que j’ai vraiment adorée, et que je referai certainement !

Instantané #134 (des bottes de pluie rouges)

Je suis toujours dans mes trucs de couleurs ! Bon, de fait cela faisait assez longtemps que je voulais des bottes de pluie rouges pour crapahuter sous la pluie, dans la forêt où à la plage hors saison. D’ailleurs, j’en avais mis une paire dans ma liste de Noël d’il y a deux ans. Sauf que j’étais passée les essayer en magasin courant janvier (en prévision d’un séjour à la mer en avril), et en fait elles ne m’allaient pas du tout, et comme entre temps je ne vais pas revenir sur ce qui s’est passé mais mon séjour à la mer taratata (enfin j’y suis allée l’été, mais je n’avais pas besoin de bottes en caoutchouc), bref, j’avais mis cette envie de côté. Et puis finalement j’ai craqué sur celles-ci, les Hai de la marque finlandaise Nokian, elles sont très jolies, confortables et de très belle qualité, et elles vont mettre de la couleur au moins dans mon placard en attendant de patauger avec (bon, maintenant que j’ai des bottes de pluie il est probable qu’il ne pleuve plus avant plusieurs mois).

Instantané #133 (en couleurs)

Cette semaine, je profite des vacances pour me consacrer pleinement à mes projets de reconversion, et un de ces projets concerne les cinq sens. Ce n’est pas un livre même si ça pourrait tout à fait le devenir et que, pour le moment, ça revient au même : j’écris  —  et ça me rend tellement heureuse, je me sens tellement alignée, j’atteins tellement le flow, que je suis forcément sur une bonne piste.

Donc, je suis partie sur les cinq sens. J’ai de manière assez logique commencé par la vue, et les couleurs. Et, pour illustrer, je me suis amusée avec mes cartes Pantone, ce que je n’avais pas fait depuis très très longtemps. Et j’en ai profité pour manger des macarons, ce que je n’avais pas fait non plus depuis très très longtemps !

Instantané #130 (de la couleur avant toute chose)

Samedi dernier, jugeant sans doute qu’il n’y avait pas encore assez de désordre dans ma bibliothèque, je me suis dit que j’allais en mettre encore plus, et réaliser un de mes fantasmes : une bibliothèque arc-en-ciel. Ni une ni deux, j’ai tout sorti et commencé à faire des piles de livres en les triant par couleur, sachant que dès le départ j’avais décidé que seule une des trois bibliothèques serait organisée comme cela, et que ce serait seulement pour les livres que je n’avais pas besoin de retrouver rapidement.

Rapidement, je me suis heurtée à un problème, qui me rend folle en temps normal mais là encore plus : la hauteur des livres. Toutes mes étagères ne font pas la même hauteur, et certains éditeurs font des livres qui sont trop hauts et ne logent pas partout. Raison pour laquelle beaucoup de livres sont classés par éditeurs, faute de pouvoir les classer par auteurs (et encore, certains éditeurs s’amusent à avoir plusieurs formats de livres, ça me rend dingue). Et pour les classements thématiques, je suis obligée d’en ranger certains couchés, parce que je n’ai pas assez d’étagères « hautes ». Je vous jure, j’ai de ces problèmes.

Donc là, avec mes couleurs, souci : dans chaque pile de couleur, j’avais des livres trop hauts, je perdais une place folle et ça m’agaçait. En outre, j’avais fait mon arc-en-ciel sur la bibliothèque de gauche, et je trouvais l’effet visuel décevant. Je me suis donc dit que j’avais perdu mon après-midi et que j’allais devoir tout défaire, mais comme on était rendu le soir, j’avais la flemme, et décidai qu’on verrait le lendemain.

Mais tout de même j’étais déçue et au fil de la soirée j’ai trouvé la solution : déjà, tout transférer sur l’étagère du milieu, pour un effet symétrique et aussi pour que ça se voit mieux. Ensuite, faire 2 étagères par type de couleur (une haute/une basse), ce qui me permettait à peu près de résoudre le problème des livres trop haut.

Et au final : je suis enchantée. Je trouve que ça donne vraiment une touche de gaité au salon, et j’ai eu raison de persévérer.

Instantané #118 (flamboyance)

Tous les ans j’attends avec une certaine gourmandise l’embrasement de cet érable du Japon à l’automne : c’est toujours une joie immense d’admirer ses couleurs absolument fabuleuses. Cette année j’ai bien failli le rater : avant les vacances il n’avait pas encore commencé à mettre sa parure automnale, et lundi les feuilles étaient presque toutes tombées, mais il restait ce petit morceau, résistant vaillamment à la chute, pour que je puisse l’admirer avec émerveillement !

Vibrer comme une immense lyre

Dimanche je suis allée, pour la première fois depuis le confinement, me promener. Ma promenade du dimanche. Et j’ai fait ma petite tournée habituelle, dans les venelles, pas trop loin de chez moi : c’est ma promenade préférée et puis, il faut bien le dire, à force de ne pas sortir j’ai l’impression d’être très vite épuisée par le moindre effort, je préférais donc ne pas aller trop loin, il faut se réhabituer à l’extérieur, à la promenade. J’y suis allée à l’heure où tous les gens étaient en train de déjeuner : j’étais seule, c’était bien.

En vrai, au départ je n’avais pas envie d’y aller : depuis le matin je n’étais pas dans mon axe, je me sentais désaccordée ; il faut que je décide certaines choses et l’incertitude ambiante fait que je n’y arrive pas, je ne sais plus ce que je veux (mais toujours ce que je ne veux plus), comment, tout est compliqué et j’ai sans cesse l’impression que ça sonne faux. Alors je n’avais pas spécialement envie de bouger.

Mais je me suis fait violence. Enfin violence, non, mais je me suis un peu secouée, on va dire. Qu’il fallait en profiter, quand même, de ce temps splendide. Alors j’y suis allée.

Et c’était comme dans le poème de Rimbaud : Le Monde [vibrait] comme une immense lyre / Dans le frémissement d’un immense baiser !

Il n’y avait pas que cette liberté retrouvée. Il y avait cette sorte d’épiphanie joyeuse, d’accord, de plénitude. La caresse du soleil sur ma peau et ma longue robe flottant autour de moi, cette impression de légèreté. Et surtout, les fleurs : cette débauche florale, explosion de formes et de couleurs, du rouge, du jaune, du bleu, du rose, du blanc, et tout ce vert bien sûr, la délicatesse des pétales, le velouté des corolles. Les odeurs enivrantes : j’ai passé ma promenade à m’arrêter pour enfouir mon nez dans les chèvrefeuilles et les roses, respirer ces doux parfums, s’en gorger comme d’un vin fin. Et parmi tout ça, les insectes bourdonnant s’en donnant à cœur joie au milieu du pollen. Le bruit de mes pas sur le chemin. Les rires venant des jardins.

Synesthésique. Un moment suspendu dont j’ai eu l’impression que oui, il était accordé, il jouait juste. Et que cet émerveillement, c’était là, définitivement, qu’était ma place et ma mission de vie. La beauté, l’harmonie, la poésie, l’amour. La joie, la légèreté. Vibrer comme une lyre.

La sensualité du monde…

L’un des effets les plus évidents pour moi de ce confinement, c’est que je me sens beaucoup plus attentive à ce qui m’entoure, et beaucoup plus finalement dans le moment présent. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai été aussi déconcertée par l’apparition des pivoines : vu le temps que je passe à observer chaque petit changement dans le jardin au fil de la saison qui avance, je ne comprends pas comment j’ai fait pour ne pas les voir, d’où mon hypothèse magique. Cette attention est avant tout visuelle, et c’est peut-être un effet aussi de mon atelier photo : je suis tout le temps en train de regarder les choses sous tous les angles, et de photographier. Les lumières, les reflets. Je travaille aussi beaucoup sur les couleurs : essayer d’en saisir les moindres nuances, faire des mélanges de peinture pour avoir ce que je veux. Plus que d’habitude, j’ai besoin que tout autour de moi soit beau et harmonieux ! Je passe une partie de mon temps à réarranger la décoration, et je pense que le jour de réouverture des fleuristes je vais me précipiter pour m’offrir un bouquet de pivoines !

Mais ce n’est pas seulement le beau : plus que jamais je suis attentive à mes autres sens et à la manière dont ils sont sollicités. Un peu comme lorsque je suis en voyage et que tout est tellement nouveau que tous mes sens sont en alerte.

J’ai besoin que ça sente bon, et je fais un usage certain des huiles essentielles (geranium rosat) en diffusion dans la chambre. L’odeur du linge propre qui sèche, un peu de parfum (j’éprouve le besoin d’en mettre une touche même chez moi, quelque chose de très léger à la verveine et au cédrat, ou l’escale a Portofino de Dior qui est mon parfum des belles saisons), l’odeur du pot de muguet sur mon bureau, et puis venant de l’extérieur lorsqu’il fait beau et que les fenêtres sont ouvertes la douce odeur du sureau, les roses qui embaument juste sous la fenêtre de ma chambre, une feuille de menthe que j’écrase sous mes doigts, ou le basilic. L’odeur du repas en train de mijoter.

Les sons, c’est moins évident, je sais néanmoins gré à mes voisins de ne pas être bruyants (je pense que certains ne sont pas là du tout, en fait). Mais j’aime à la folie le chant des oiseaux dans le sureau le matin quand je me réveille et puis après tout au long de la journée, le bruit de la pluie, la chanteuse lyrique qui donne de la voix quelques minutes tous les soirs après 20h.

Les goûts, bien sûr. Je crois qu’on en est tous là : le besoin de se faire plaisir avec la nourriture, et là nous arrivons à la saison où les aliments ont tellement plus de saveurs que l’on est ravis avec des plats d’une totale simplicité : des radis avec du bon pain et du beurre, des asperges servant de mouillettes à des œufs à la coque, quelques tomates et de la mozzarella. Un verre de vin frais. J’ai aussi fait des beignets de fleurs de sureau, délicieusement parfumés, dont je vous reparlerai dimanche. Et les fruits : les fraises, les abricots qui commencent à arriver, juteux et sucrés.

Et le toucher : s’envelopper dans un plaid tout chaud et doux parce qu’il fait frais ou au contraire s’offrir à la caresse du soleil, se glisser dans les draps propres et poser la tête sur l’oreiller moelleux, enfiler une chemise soyeuse…

Une des choses que j’essaie de penser à faire, dans la journée, c’est : m’arrêter, et faire le point sur toutes mes sensations, ce que j’ai sous les yeux, ce que je sens, ce que j’entends, quel goût j’ai dans la bouche, quelle sensation sur ma peau ! Cela permet de sortir du mode automatique, d’être vraiment dans le moment présent, et d’apprécier ce qui nous entoure : c’est ce qu’on appelle la pleine conscience et c’est un formidable catalyseur de joie. Cela permet, aussi, de se reconnecter à son corps, de s’ancrer pleinement dans le vivant, dans le charnel… dans le sensuel, et pour moi c’est absolument essentiel en ce moment.