Les femmes, le corps, le désir…

Pour cette semaine sans complexe, je vous propose une petite sélection de films, documentaires, clips ou court-métrages sur la question du corps féminin et du désir, de leur rapport à la sexualité, sujets qui on l’aura compris me préoccupent beaucoup en ce moment (enfin, en ce moment… ça a toujours été mon sujet de recherches, en réalité, même si je n’en avais pas toujours pleinement conscience). Tous ces films sont à voir sur la page dédiée du site KUB !

#1 : Nue de Catherine Bernstein, dont nous avons déjà parlé (deux fois !) mais qui me semble vraiment un indispensable sur le sujet !

#2 : Matin est un clip documentaire de Jérôme Clément-Wilz. Deux corps nus, un homme et une femme, qui s’aiment ; deux corps montrés, mais pas exhibés : il y a dans ce film, beaucoup de simplicité et de sensualité, mais sur tout de naturel pour nous montrer la vie, et l’amour…

#3 : Vénus : confessions à nu est mon coup de coeur. Il s’agit d’un documentaire témoignage qui donne la parole aux femmes sur leur sexualité. Deux réalisatrices danoises ont pour projet un film érotique basé sur ce que vivent et ressentent vraiment les femmes, et ce film est le résultat du casting. L’ensemble est absolument fascinant, très diversifié et surtout sans tabou : ces femmes sont d’une sincérité totale et finalement désarmante, et tout au long du film je me suis dit que sans être prude j’aurais du mal à parler comme ça de ma sexualité et de mes fantasmes devant une caméra (je le fais dans mes textes érotiques mais c’est différent), plus encore de me déshabiller, ce qu’elle font à la fin. Ce qui ressort de tout ça, c’est bien évidemment la complexité du rapport des femmes à leur sexualité, quelque chose qui tient à la fois de la force et de la vulnérabilité. Un documentaire essentiel !

#4 : Moonkup, les noces d’hémophile est un court-métrage de Pierre Mazingarbe sur le thème du vampire… et du sang menstruel : les vampires ont gagné la guerre, pris le pouvoir, et on fournit aux femmes des coupes menstruelles pour qu’elles leur donnent le sang de leurs règles. C’est assez drôle et original, très métaphorique, et partant extrêmement intelligent !

#5 : Iwayo est un clip de Lilas Barbier, réalisé sur la chanson Iwayo de Betty, et qui interroge la représentation de la femme dans l’imaginaire collectif : sensualité, danse, corps libre, en mouvement — de très belles images, sur un rythme envoûtant !

#6 : Aliaa, la révolutionnaire nue. Un reportage documentaire sur Aliaa Magda Elmahdy, une jeune militante féministe égyptienne qui a défrayé la chronique il y a quelques années en s’affichant ouvertement dans la rue avec son petit ami et en filmant leur arrestation et leur interrogatoire, puis en postant une photo d’elle nue sur son blog, afin de lutter contre l’hypocrisie des pays arabes concernant le corps féminin, et revendiquer son droit à disposer librement d’elle-même. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle défie les règles avec courage ! Une fille comme j’aime !

#7 : Corpus de Jean-Paul Noguès interroge la représentation du corps féminin dans la société, les stéréotype, les normes, l’érotisation, avec un procédé similaire à celui de Vénus : 48 femmes témoignent devant la caméra, livrent leur ressenti, leurs analyses, s’interrogent sur leur propre rapport à leur corps… et certaines acceptent de se mettre nues devant la caméra. Très intéressant et diversifié sur une question complexe, même si certaines prises de position m’ont un peu fait tiquer…

#8 : Caresses aborde un sujet tabou : la sexualité des personnes en situation de handicap. Cela donne un documentaire assez poignant et plein d’humanité, qui pose beaucoup de questions et qui, je l’avoue, m’a mise assez mal à l’aise.

#9 : J’ai dit oui aux Monologues du vagin interroge des femmes d’horizons et d’âges divers, qui ont pour point commun d’avoir accepté de lire sur scène le fameux texte d’Eve Ensler : pourquoi ont-elles accepté alors qu’elles ne sont pas comédiennes, quelles ont été les réactions de leur entourage et du public, est-ce que cela a eu des répercussions sur leur vie et leur manière d’appréhender les choses, quel est leur propre rapport à la sexualité ? Si certains passages sont poignants, l’ensemble est vraiment très intéressant et décomplexé !

#10 : Aymé(e), Désiré(e) s’interroge sur la manière dont on peut parler d’amour lorsqu’on est adolescent, à l’occasion d’un spectacle constituant une adaptation moderne du mythe d’Eros et Psyché. C’est assez intéressant (la gêne, et puis finalement on se lance) et à mon avis une piste à creuser pour que le monde aille mieux : l’éducation à la sentimentalité.

Donc voilà quelques pistes, si vous voulez tout voir vous en avez pour quelques heures enrichissantes ! A voir en priorité néanmoins : Nue de Catherine Bernstein, et Vénus, qui m’a absolument passionnée !

En partenariat avec KUB

Sur une idée originale de Stephie

Parce que les tatouages sont notre histoire, d’Heloïse Guay de Bellissen : la mémoire dans la peau

Le corps, un livre non écrit mais qui ne demande que ça. L’écriture c’est une histoire intérieure imprimée. En nous, elle mord et se défend de le faire. Elle marque, cogne, gifle, parfois caresse. Une épitaphe joyeuse inscrite en dedans à qui on donne la vie, qu’on sort de la tombe. Ecriture et tatouage, ensemble : des gestes premiers et indélébiles, qui réveillent des peaux qui avaient cessé de vivre. Le tatoué et le regardeur, l’écrivain et le lecteur. Se faire dessiner le corps c’est muter et devenir un personnage, se « fictionner ». 

L’année dernière j’ai beaucoup lu sur les tatouages, leur histoire, leur signification. Et au fil de mes lectures (et de mes questionnements sur moi) il m’est venu comme une évidence que je devais m’en faire un. Ce n’est pas de l’ordre d’une envie esthétique (et d’ailleurs, il n’est pas prévu pour se voir), mais de la nécessité ontologique. Comme un rite de passage, la conclusion d’une métamorphose. J’ai le motif, j’ai l’emplacement, j’ai même le salon et la tatoueuse (que je n’ai pas contacté, mais c’est un détail), il ne me manque plus que l’impulsion, le déclic : le moment où je saurai que c’est, justement, le moment. Alors, bien sûr, j’avais très envies de lire ce qu’Héloïse Guay de Bellissen, elle-même de multiples fois tatouée et mariée à un tatoueur, avait à dire sur le sujet.

Pour l’auteure, le tatouage est une forme d’écriture, et dans le texte elle se désigne comme « la femme livre » : marque indélébile sur le corps, fait d’encre, il raconte une histoire, notre histoire. Le récit mélange et alterne des sortes de méditations sur le sujet, des témoignages personnels, et des expériences de tatoués d’hier et d’aujourd’hui, des gens qui ne se connaissent pas, qui n’ont pas les mêmes histoires mais qui ont pourtant quelque chose de commun.

Ce récit a fait trembler quelque chose en moi. Charnel, corporel, vital, il est animé d’une véritable pulsation, voire pulsion de vie, à la fois très poétique et presque animal. In-carné. Ici, le tatouage, bien sûr, n’est pas un ornement, un effet de mode : il retrouve son sens premier de rituel, de signifiant. On se fait tatouer pour s’appartenir, s’aimer, se réconcilier, marquer un moment, passer une étape, exorciser, s’affranchir. Les histoires de ceux qui passent dans le salon de son marié, liés par l’esprit à d’autres personnages du passé, sont différentes, mais souvent profondément émouvante. Le tatoueur n’est pas seulement un artiste : il est aussi une sorte d’accoucheur d’âmes.

Le tatouage, c’est un voyage vers soi, et à chaque fois, il se passe quelque chose. Il nous raconte. C’est ainsi, en tout cas, que je le conçois, comme l’auteure.

Parce que les tatouages sont notre histoire
Héloïse GUAY DE BELLISSEN
Robert Laffont, 2019

Nue, de Catherine Bernstein : rassembler les morceaux

Quand je pense que je suis là, nue, alors que pendant tant d’années je n’arrivais même pas à me mettre en maillot de bain. 

J’avais déjà parlé de ce film il y a quelques années. Je l’ai revu récemment, et si à l’époque il m’avait beaucoup émue, il m’a cette fois totalement bouleversée, sans doute parce que depuis j’ai vieilli (j’ai eu quarante ans) et que l’histoire que raconte la narratrice, je la comprends enfin intimement : en 2013, je me battais contre mon corps. Aujourd’hui, je l’accepte beaucoup mieux.

Dans ce film, qui appartient à une série de courts-métrages interrogeant la représentation du corps, Catherine Bernstein se met totalement à nue, dans tous les sens du terme. Physiquement, émotionnellement. Mais avec malgré tout une grande pudeur. A sa fille qui tient la caméra, elle raconte l’histoire de ce corps qui l’a longtemps complexée : ses formes qu’elle jugeait trop prononcées à l’adolescence et qui selon elle ne pouvaient pas séduire. Ses sourcils. Ses dents. Son cou. Ses seins. Ses fesses. Son ventre, qui porte une cicatrice due à sa première grossesse. C’est d’abord un blason : le corps est éparpillé, en morceaux, comme un puzzle. Parce que c’est ainsi que les femmes se voient : en détails, comme dans un miroir grossissant. Et puis, il devient entier. Réunifié. Il devient un tout, grâce au regard amoureux d’un homme.

Le film est très personnel, et en même temps il atteint l’universel. Cette cartographie d’un corps imparfait et pourtant sublime, d’une délicatesse infinie, enveloppée de couleurs très douces, un peu floue, a une dimension cathartique : on en ressort heureux, car il dit tout de ce long chemin qu’est l’acceptation de soi, ce lâcher-prise sur l’apparence que permet un regard aimant et bienveillant. Notre corps porte notre histoire, il est unique, et celui qui nous aime ne peut que l’aimer aussi comme il est.

Ce film a reçu un accueil radicalement différent auprès des femmes et auprès des hommes. Les spectatrices ressortaient avec bonheur, avec énergie débordante à l’issue de la projection. Quel que soit leur âge, il n’était pas rare qu’elles se reconnaissent dans les propos du film. Les hommes semblaient plus émus, bouleversés. Je ne saurais dire pourquoi. Découvraient-ils ce qu’ils pouvaient donner à l’autre ? À l’être aimé ? Ce qui est clair, me concernant, c’est que c’est l’amour qui m’a aidée à me réparer, à faire de moi une seule et même personne, un tout. En tous les cas, je suis émerveillée à quel point Nue a su toucher des femmes et des hommes d’âges et d’horizons variés dit Catherine Bernstein. Et c’est l’évidence : c’est plus qu’un film à voir, c’est un film à revoir, non seulement pour en saisir toutes les nuances mais aussi parce que, j’en ai fait l’expérience, on n’en saisit pas les mêmes choses aux divers âges de la vie. Il est à montrer aux adolescentes et aux jeunes femmes, aussi, pour qu’elles comprennent que les corps parfaits montrés dans les publicités et les magazines ne sont nullement un idéal à atteindre.

Et ce message sublime : que l’amour nous permet d’être entier.

Nue
Catherine BERNSTEIN
Paris-Brest Productions/Arte, France, 2008

En partenariat avec KUB

La semaine sans complexe, sur une idée originale de Stephie

Histoire de mon corps

C’est un sujet d’écriture que j’ai proposé l’autre jour à mes étudiantes : choisir quelques parties de son corps et en raconter l’histoire, ou le lien qu’on a avec elle. Cela me rappelle un peu ce que j’avais fait autour de Paul Auster, il y a de cela quelques années. Alors essayons. 

Mon nez. C’est la première partie de mon corps à laquelle je pense. Il faut dire que je le déteste. Il est tordu, avec une bosse. Je ne sais pas si cela vient d’un vol-plané que j’ai fait avec mon youpala lorsque j’avais quelques mois ou si c’est de naissance, mais le fait est, il n’est pas droit, ce qui me cause d’ailleurs d’autres soucis que purement esthétiques. Je pourrais le faire refaire. Je ne m’y résous pas. Cela étant, cela ne m’obsède pas non plus, de ne pas aimer mon nez…

Mes yeux. Eux, je les aime, mais cela n’a longtemps pas été le cas non plus, et ils ont une histoire un peu étrange. Longtemps, j’ai eu les yeux marron, banals, sans originalité. Et puis, à l’adolescence, ils ont subitement éclairci pour prendre une couleur verte qui tire vers le doré à la lumière. Et un jour, ça m’a sauté aux yeux (c’est le cas de le dire) sur une photographie où ils ressortaient particulièrement : ils étaient verts. Je ne sais pas à quoi c’est dû. Alors souvent je dois les cacher derrière des lunettes de soleil (j’ai tendance à les collectionner) parce que je suis myope et extrêmement photosensible, encore plus depuis qu’il y a onze ans je suis passée dans le faisceau d’un rayon laser avec lequel un de mes élèves s’amusait. Mes yeux sont fragiles, ce qui fait qu’ils sont parfaitement le reflet de mon âme. Souvent, les hommes me disent qu’ils aiment mes yeux.

Mes oreilles. Longtemps (enfin, non, en réalité) j’ai eu les oreilles décollées. On m’appelait Dumbo. Et ça me faisait pleurer. C’est vrai que ce n’était pas très joli. Enfin bref : mes oreilles, c’est la seule intervention de chirurgie esthétique que j’aie subi jusqu’à ce jour, et cela restera probablement la seule.

Mes grains de beauté : ils sont innombrables et m’auraient sans doute conduite sur le bûcher à certaines époques historiques où on les considérait comme la marque du diable sur les sorcières (je dois vraiment avoir un lien très privilégié avec Lucifer pour en avoir autant). Il y en a quelques uns que j’aime particulièrement : celui que j’ai sur le pied gauche. Celui que j’ai sous l’œil. Les deux qui se correspondent, l’un sur mon ventre et l’autre sur mon dos.

Mes mains : il paraît que j’ai des mains de pianistes, qui ressemblent un peu à des araignées avec des longues pattes. Je n’ai jamais touché un piano de ma vie (c’est un petit regret, c’est si romantique le piano). Le majeur de la main droite est déformé par une bosse, à force d’écrire.

Globalement, je n’aime pas mon corps. Surtout en ce moment. Le corps, c’est notre interface avec le monde, et comme mon rapport au monde est compliqué, cela explique que j’ai tendance à martyriser le corps. A ne plus autant en prendre soin. A le cacher et l’oublier. Je n’aime pas mon corps dans son ensemble, mais seulement certaines de ses parties, certains de ses morceaux…

Deux-pièces, d’Eliette Abécassis

BikiniSes bras, ses jambes, presque potelés pour quelqu’un qui a vécu à Paris pendant la guerre, son ventre, ses épaules étaient exhibés aux yeux de tous, dans ces minuscules morceaux de tissus qui recouvraient tout juste ses seins, son sexe et la moitié de ses fesses. Elle s’avança devant le jury du concours de maillots de bain, en souriant, ses lèvres recouvertes d’un rouge à lèvre rubis, avec un naturel parfait, comme si tout était normal, comme si elle marchait dans la rue, vêtue d’un tailleur, la tête couverte d’un chapeau, selon l’usage.

Poursuivons notre découverte des premières fois de l’histoire, avec un événement qui devrait être de saison : l’invention du bikini, sujet qui peut sembler futile, mais ne l’est pas du tout.

Quelques mois après la Libération, à la piscine Molitor, a lieu un défilé de maillots de bain, à l’occasion duquel Louis Réard ose présenter une bombe : un deux-pièces, qu’il baptise « bikini », du nom d’un atoll du Pacifique où venait de se dérouler un essai nucléaire américain. A la bombe atomique, Louis Réard répond par la bombe anatomique ! Et c’est à l’occasion de ce défilé que Gaby, une journaliste de mode, et Antoine, qui travaille pour Réard, se retrouvent après avoir été séparés par la guerre.

Eliette Abécassis choisit, pour traiter son sujet, le mode fictionnel : le défilé de mode est la toile de fond de retrouvailles entre d’anciens amoureux qui se sont perdus de vue lors de l’Exode, pour une raison que l’on ne comprendra que dans les dernières lignes. Néanmoins, le sujet principal reste bien le bikini, beaucoup moins superficiel qu’il n’y paraît de prime abord, car ce petit bout de tissu (bien plus couvrant que ce que l’on porte aujourd’hui) marque un tournant dans l’histoire de la libération de la femme, peu après la Libération tout court. Et cette libération passe, bien sûr, par la libération du corps : en le dévoilant, en l’exhibant même, la femme s’émancipe. L’histoire du nom est d’ailleurs intéressante, et le slogan, la « bombe anatomique », bien plus qu’un jeu de mot : c’est aussi une philosophie, un acte de résistance par lequel la France (où ailleurs aurait-on pu faire défiler un bikini ?) réaffirme qu’elle est le pays de la liberté contre l’ordre moral, pour l’amour et pour les femmes. Bien sûr, en 1946 le chemin est encore long, mais nous devons à Louis Réard cette première pierre : ne plus devoir cacher notre corps considéré comme un objet de honte ! Je propose qu’on le panthéonise !

Un petit texte fort intéressant et salutaire, surtout par les temps qui courent !

Si ça vous dit, je vous propose d’en gagner un exemplaire. Pour cela, rien de plus simple :
1. Vous laissez un petit commentaire poli pour me dire que vous participez
3. Vous m’envoyez un mail avec en objet « Concours bikini » et dans lequel vous m’indiquerez votre nom et votre adresse complète (et éventuellement le pseudo sous lequel vous avez commenté, si vous en avez utilisé un) à irreguliere.blog[at]gmail.com
4. Tout cela avant jeudi 7 juillet à minuit !

Edit : concours terminé. C’est Cartonsdemma qui gagne l’exemplaire !

Deux Pièces
Eliette ABECASSIS
Steinkis Groupe / Editions Prisma, collection Incipit, 2016

Jupe et pantalon, de Julie Moulin

Jupe et pantalonAprès trois ans d’existence, Camille réussit à donner une cohésion à l’ensemble — A. et son corps. Chaque membre avait sa place. Aucune compétition acharnée, aucune animosité définitive ne les séparait. L’Ensemble formait un tout solidaire ; une émulation bénéfique le stimulait ; on pouvait enfin parler d’un esprit de corps.

Malgré son titre, ce roman, le premier de son auteure, ne parle pas de fanfreluches, mais aborde de manière très originale un problème on ne peut plus actuel.

Marguerite et Mirabelle sont les deux jambes de A. Sous le commandement de Camille, le cerveau, et accompagnées de Brice et Boris, les bras, ainsi que Babette, la paire de fesses, elle essaient de suivre le rythme infernal de la jeune femme, qui jongle entre ses enfants et sa carrière (et oublie un peu son mari). Le poblème, c’est que A. n’écoute absolument pas son corps, et arrive ce qui devait arriver : il finit par la trahir !

Très déroutant au premier abord, ce roman prend le parti de l’originalité, et le point de vue adopté est celui de Marguerite, l’une des jambes de l’héroïne ; oui, vous avez bien lu, dans cette histoire (en tout cas dans la première partie), c’est une jambe qui parle, ce qui donne quelque chose de frais et d’amusant, assez naïf, pour aborder les choses. Ce pas de côté permet d’offrir un regard nouveau sur la vie de A., qui cumule sa carrière et sa vie de famille, et s’épuise à tout vouloir contrôler : c’est la vie de beaucoup de femmes, évidemment, sauf que A. s’épuise tellement qu’elle finit par faire un burn-out. Thème actuel, mais dont on parle finalement assez peu en littérature, me semble-t-il !

Original et décalé, Jupe et pantalon est une fable sympathique comme tout sur la vie des femmes modernes et le lien étroit entre le corps et l’esprit. La moralité ? Ecouter son corps !

Jupe et pantalon
Julie MOULIN
Alma, 2016

Cachez ce sein que je ne saurais voir (et que d’ailleurs, on ne voit pas)

Tiens, ça faisait longtemps que je ne m’étais pas énervée. Ça vous manquait, non ?

Donc voici l’objet du délit, et de mon ire (et quand je dis ire, c’est un euphémisme : je pense que la fumée me sort par les oreilles) :

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Cette jeune fille, qui s’appelle Eugénie Journée, vient d’avoir des problèmes à cause de cette photo.

Avec l’Arabie Saoudite ? L’Iran ? Le prétendu Etat Islamique ?

Non, le comité Miss France ! Figurez-vous qu’elle a été élue Miss Bretagne, avant d’être destituée à cause de cette photo jugée osée, dénudée, indécente.

Alors, évidemment, je n’ai jamais eu aucune considération pour le comité Miss France ni pour cette élection que je juge sans intérêt, dans la mesure où j’estime que non seulement l’élection est d’un kitsch bas de gamme à me donner des nausées, mais qu’en plus Miss France ne représente absolument ni la France, ni la femme française, et en tout cas certainement pas la femme que je suis.

Mais bon, j’entends ça dans C à Vous, je m’intéresse cinq minutes (mon poulet n’était pas tout à fait cuit) aux raisons de cette destitution. Et là, heureusement que j’étais assise. Vous connaissez cette réplique célèbre de Tartuffe, « cachez ce sein que je ne saurais voir » ? En l’occurrence, l’odieux personnage éponyme avait au moins le prétexte qu’il y avait bien un sein à cacher. Parce que là, Sylvie Tellier a fait mieux, plus fort, plus haut, plus ridicule et hypocrite : elle justifie la destitution de cette jeune fille par le fait qu’elle ne porte pas de soutien-gorge et que donc, même si on ne voit rien, elle est dénudée et donc la photo est osée. CQFD. OMG. WTF.

OK. J’attends donc qu’on impose le port de la burqa aux Miss France parce que là, on atteint des sommets de pudibonderie jamais atteints depuis bien longtemps. En gros, ce que nous dit Sylvie Tellier, c’est que le corps des femmes est par essence « osé », « indécent », même si on ne le voit pas, s’il est juste suggéré. Je me sens juste insultée, en tant que femme, par ces propos, en plus évidemment d’être outrée par le principe même des règles absurdes du Comité Miss France, à base de moralisme primaire et rétrograde, mais ça, ce n’est pas nouveau, j’ai l’habitude. Parce que pour considérer cette photo comme « osée », il faut tout de même être sacrément pervers !

Du reste, je m’interroge quand même sur la schizophrénie ou la tartufferie qui consiste à organiser une élection de Miss basée sur la beauté tout en haïssant à ce point le corps féminin. Pour la sexualité, je ne ferai pas de pronostic, mais je préfère être à ma place qu’à la leur, parce que ça ne doit pas être la fête du slip tous les jours !

Bref, si le ridicule ne tue pas, les membres du Comité Miss France devraient s’en sortir vivants. Par contre, battre Tartuffe lui-même niveau tartufferie, il n’y a pas de quoi être fier !