Mon classement confidenti’elle

Sans titre

Voilà, c’est fini, nous attendons maintenant le nom de l’heureux gagnant. Pour patienter, voici mon classement personnel, assez différent de ceux que j’ai pu voir ailleurs, mais c’est bien justement tout ce qui fait le charme de l’expérience, n’est-ce pas ?

1. Le Corail de Darwin : Très joli texte, d’une grande poésie. Un roman qui m’a subjuguée et transportée !

2. Au pays des kangourous : Une très jolie surprise, un roman à la fois léger, plein d’humour, parfois fantasque et onirique, mais aussi profond…

3. Grâce : un magnifique roman, à l’ambiance particulière, qui nous entraîne aux confins de la folie, servi par une écriture parfaitement maîtrisée.

4. Juste avant : Immédiatement touchant et émouvant, ce texte remue des choses en nous par les thèmes qu’il aborde, il se fait parfois attendrissant ou bouleversant, mais ne laisse pas de marbre. A la fois histoire très personnelle et histoire  du siècle, les deux étant intimement mêlés, il est servi par une écriture juste et sensible.

5. La Petite : un court roman sensible et bouleversant, qui aborde avec pudeur et délicatesse un thème difficile, et propose une belle leçon de vie !

6. Mon Père, c’était toi ? : Un bon roman, vif et enlevé, mais dont la fin laisse un peu perplexe !

7. Demain, j’arrête : un roman très très drôle, vif et bien mené, qui m’a fait passer un excellent moment !

8. Ainsi puis-je mourir : un roman qui m’a malheureusement laissée sur ma faim, car l’auteur semble à plusieurs reprises oublier des éléments de l’intrigue. Pourtant, le thème était intéressant !

9. Les sacrifiés : Un très bon sujet de départ, mais desservi par une narration très mal maîtrisée et brouillonne…

10. Couleur Champagne : un joli roman, parfois un peu tarabiscoté. Mais sans plus…

11. Une femme seule : un roman pas désagréable à lire en soi, mais desservi par un style lourd et des personnages caricaturaux.

12. Vous prendrez bien une tasse de thé ? : roman brouillon et confus, que l’on a du mal à suivre. Décevant malgré l’humour…

13.  La Femme et l’ours : un roman à l’imagination et à l’humour certains, mais je n’ai pas du tout été sensible à l’univers ni aux personnages.

14. Et puis, Paulette… : je n’ai pas trouvé le moindre intérêt à ce roman. Histoire insipide et écriture plate… je me suis tellement ennuyée que je ne l’ai du reste même pas chroniqué !

Voilà, c’est fini, nous attendons maintenant le nom de l’heureux gagnant.

Les sacrifiés

Sans titre

Tu sais, mes défauts je les aime trop pour les corriger. J’aime les hommes pour leur corps, pour leur force, leur odeur d’étalon après l’amour, leurs muscles qui tremblent et implorent la pitié. Leur faiblesse toujours secrète. Leur abandon que rien ne peut contrer. J’ai envie de puiser en eux tout ce qui me manque.

Dernière lecture pour le prix Confidentielles…

Whitechapel, 1954. Un vieil homme, Jasper Proudlock, est tué, renversé par une voiture. Un accident qui ressemble beaucoup à un meurtre. Pour comprendre, il faut remonter dans le passé. Kuala Lumpur, bien des années avant… (je suis volontairement très succincte sur le résumé parce que si on commence, on est obligé de résumer tout le livre.

Bon, je vais être très sévère avec ce roman, mais c’est parce qu’il m’a réellement déçue et agacée : pour moi, l’auteur avait tout pour faire quelque chose de magistral, et elle s’est plantée en beauté. La narration n’est absolument pas maîtrisée, en tout cas au début, et vu la complexité de l’histoire, un peu plus de fermeté aurait été bienvenue : les personnages apparaissent comme ça, sans crier gare, on ne sait pas qui ils sont, souvent ils ne sont que très tardivement nommés et j’ai beaucoup trop souvent été totalement perdue, ne sachant ni de qui on parlait ni de quelle époque ni de quel lieu. Du coup, j’ai eu beaucoup beaucoup de mal à dépasser la première moitié ; après ça allait mieux, étant donné que les personnages étaient connus, mais j’ai alors eu un autre problème, qui pour moi est le défaut majeur du roman : pour le dire simplement, trop de secrets tuent le secret et là, honnêtement, je pense que certains mystères sont largement superflus, n’apportent rien, alors que dans le même temps certains éléments sont expédiés. Par exemple, je trouve que le séjour d’Ethel en prison est totalement bâclé, surtout quand ensuite on connaît le « secret », on se dit qu’elle réagit bizarrement : n’est-elle jamais tentée de tout raconter par exemple ? De même, pour moi, le personnage de Jasper n’est pas assez creusé (et puis, j’ai quand même l’impression qu’on l’excuse un peu trop facilement pour jeter les pierres à Ethel). Alors que la mort de Bobby et le mystère de la naissance d’Ethel, franchement, c’est en trop. Surtout la mort de Bobby d’ailleurs, car pour moi ça « gâche quelque chose ».

Pourtant, avec le personnage d’Ethel, l’auteur tenait un grand personnage, une vraie amoureuse. Elle avait un vrai sujet, et sa version des choses me plaît mieux que celle de Somerset Maugham dans La Lettre (le roman est inspiré du même fait divers). Et c’est ce qui me met en colère : quand un auteur gâche un sujet par maladresse !

Bon, Sylire par contre a un avis exactement inverse…

Les Sacrifiés

Juliette MORILLOT

Belfond, 2012

 

Mon père, c’était toi ?

Sans titre

Il aurait préféré garder son père à l’état d’icône fantasmée, tantôt haïssable, tantôt mystérieux. Au gré de ses humeurs, il a imaginé son père fuyant par nécessité, porteur d’un secret trop lourd à partager, sacrifiant sa carrière d’artiste par altruisme. Le choc qu’il a subi en apprenant la mort d’un père mille fois imaginé l’a d’abord plongé dans un profond mutisme ; à présent, il redoute la violence de la vérité. Comme si la fin de cette quête, toute virtuelle qu’elle aité été, le rendait orphelin une seconde fois.

Treizième lecture pour le prix Confidentielles…

Gilles est vendeur au rayon chaussures pour femmes du Bon Marché le jour, et transformiste dans un cabaret de Montmartre la nuit. Il vit avec Lucie, sa compagne, et leur fille Honorine, avec lesquelles il rend régulièrement visite à sa mère Monica et les cinq vieux colocataires de celle-ci, tous plus ou moins artistes. Une vie bien rangée donc, quoique peu banale. Mais un jour, il reçoit une convocation émanant du notaire d’une petite ville normande où il n’a jamais mis les pieds et ne connaît personne. Ce qui l’attend fait basculer sa vie : son père, qui s’est enfui en apprenant la grossesse de Monica, lui a légué tous ses biens, pour l’essentiel un manoir. Accompagné de toute la petite troupe, Gilles part à la découverte de son héritage et de ses secrets…

Ce roman, qui est la suite des Colocs du même auteur (que je n’ai pas lu, et qu’il n’est pas nécessaire de connaître pour comprendre ce volume) ne manque pas de qualités. Souvent très drôle, avec des scènes presque d’anthologie, il pose de manière intéressante la question de l’énigme de l’identité, du puzzle à reconstituer pour se trouver soi, pour comprendre qui on est. Les personnages sont originaux, attachants, j’ai adoré leur côté artistes bohêmes, un peu hors-normes. J’ai donc passé un très bon moment avec ce roman, que j’ai lu en une journée (en général, c’est bon signe que je sacrifie de précieuses heures de sommeil pour terminer un livre). Mais, j’avoue que la fin m’a laissée un peu perplexe : l’aboutissement de l’enquête de Gilles concernant l’identité de son père est totalement cohérente, finalement, mais je l’ai tout de même trouvée « trop » et plutôt invraisemblable, pour tout dire. Et pourtant vous me connaissez, je ne suis pas forcément une intégriste de la vraisemblance, mais là, je trouve que c’est un peu exagéré. Ceci dit, ce n’est tout de même pas très grave, ça reste un très agréable roman, que je vous conseille si vous aimez les univers fantasques et un peu décalés…

Lu par Livrogne

Mon père, c’était toi ?

Vincent PICHON-VARIN

Le Cherche-Midi, 2012

 

Une femme seule

Sans titre

Elle était devenue une autre, métamorphosée comme le papillon qui quitte le cocon qui menace sa survie. L’écriture avait été une révélation, une libération. Sa vie, qui n’avait eu jusqu’alors de sens qu’à travers l’ascension de Marc, se révélait progressivement, au fil des pages et de la naissance de ses personnages. Ecrire avait été un moyen d’effacer son identité pour s’en créer de nouvelles. Ses livres étaient lus par d’autres, elle pouvait maintenant se cacher derrière des histoires, oublier qui elle était vraiment.

Je lis très peu de polars, ce n’est pas un genre que j’affectionne particulièrement, mais évidemment, celui-ci faisant partie de la sélection du prix Confidentielles, je l’ai lu, non sans plaisir d’ailleurs, même s’il ne m’a pas totalement conquise…

Un matin de janvier, le corps sans vie d’une jeune fille est découvert à l’Ermitage, la vaste propriété où vit Marianne Gil, écrivain. C’est son ami Jo qui a fait cette macabre découverte et qui a aussitôt prévenu Marianne. Le capitaine Francis Humbert (fraîchement divorcé), de la Brigade de Recherche de Chaumont, est chargé de l’enquête. Comment la victime est-elle arrivée là ? Que faisait-elle, seule, dans un lieu aussi isolé ? Et d’abord, qui est-elle ? Mais ce qui intrigue surtout l’enquêteur, c’est Marianne, qui vit dans la propriété de son ex, un chanteur célèbre. Pourquoi s’est-elle ainsi coupée du monde ?

Alors, comme je le disais en préambule, j’ai plutôt passé un bon moment avec ce roman. Je l’ai lu avec entrain et il a su éveiller ma curiosité. Mais je ne suis pas plus enthousiaste que ça, pour plusieurs raisons. D’abord j’ai trouvé le style un peu lourd. Et puis, j’avoue, j’ai trouvé les personnages assez caricaturaux : le flic est bien évidemment obsédé par son boulot et vient de divorcer, l’écrivain vit retirée du monde, cache un lourd secret, est alcoolique et droguée, et j’en passe, et les deux vont bien évidemment tomber amoureux. Tout cela fait beaucoup cliché, et ce d’autant que finalement j’ai trouvé que l’auteure ne tirait pas suffisamment parti du fait que son personnage central était écrivain. En outre, je n’ai pas bien compris ses relations avec son ex ni, pour tout dire, la véritable utilité de ce personnage, à part qu’il est célèbre et que ça excite les journalistes. Enfin, après j’arrête, le tout manque assez de surprises, dans la mesure où à aucun moment il n’y a de réel retournement de situation, de ceux qui vous font faire « haaaaaaaaan » et que l’on attend, quand même, dans ce genre de romans !

Une femme seule

Marie VINDY

Fayard, 2012

 

Au pays des kangourous

Sans titre

Ce matin, j’ai trouvé papa dans le lave-vaisselle.
En entrant dans la cuisine, j’ai vu le panier en plastique sur le sol, avec le reste de la vaisselle d’hier soir.
J’ai ouvert le lave-vaisselle, papa était dedans.

Je connaissais Gilles Paris de nom. Mais je n’avais rien lu de lui et je dois avouer que lorsque j’ai reçu la sélection du prix Confidentielles, ce roman ne m’inspirait pas plus que ça, raison pour laquelle je ne l’ai pas lu en priorité. Et bien, de fait, j’avais tort. Si si, je vous jure, c’est absolument incroyable, mais il m’arrive parfois (bien que très rarement) d’avoir tort.

Simon a neuf ans. C’est un petit garçon attachant qui vit l’essentiel du temps avec son père écrivain (mais qui ne publie pas sous son nom). Sa mère, dont il recherche désespérément l’attention, il ne la voit que très peu : sans cesse en voyage d’affaire au « pays des kangourous », elle semble fuir à la fois son mari, qui manque d’ambition, et son fils, qui la dérange et qu’elle chasse toujours d’un geste de la main comme on chasse un moustique. Un matin, Simon trouve son père dans le lave-vaisselle. Il appelle alors Lola, sa grand-mère, une femme fantasque et aimante…

Ce roman constitue donc une très très jolie surprise. J’ai été un petit peu déstabilisée au départ par l’écriture « enfantine », mais en fait, après un temps d’adaptation, on s’y fait très bien. Car comment ne pas s’attacher à ce petit bonhomme à la fois naïf et lucide, qui ne comprend pas vraiment le monde des adultes ? De fait, le tour de force de ce roman est d’arriver à être à la fois léger, plein d’humour, parfois fantasque et onirique (Simon rêve beaucoup, et raconte ses rêves), et extrêmement touchant, voire triste. Il aborde avec beaucoup de délicatesse des thèmes ô combien difficiles : la dépression d’un parent, la disparition de l’autre. Mon seul bémol concerne la petite Lily : on nous dit sur la quatrième de couverture qu’elle est autiste, mais ce n’est jamais dit dans le cours du roman, et franchement, vu la manière dont elle se comporte et sa manie d’apparaître et de disparaître, j’aurais plutôt pensé qu’il s’agissait d’un fantôme ou d’une chimère inventée par Simon. Ou alors, j’ai loupé un élément. Mais surtout, que ce bémol ne vous empêche pas de lire ce magnifique roman !

Lu par Sylire, Géraldine

Au pays des kangourous
Gilles PARIS
Don Quichotte, 2012

Grâce, de Delphine Bertholon

Sans titre

Un dérivé de la véritable loi de Murphy (« Si, en suivant une méthode, une mauvaise manipulation est possible, alors quelqu’un fera tôt ou tard cette mauvaise manipulation »), appelée loi de Finagle, s’énonce souvent de la sorte : « Ce qui est susceptible de mal tourner tournera nécessairement mal. ».

Il y a maintenant deux ans de cela (je ne vous fais pas le laïus sur le temps qui passe à une vitesse folle), j’avais découvert Delphine Bertholon avec L’Effet Larsen et je m’étais promis de garder un oeil sur cette auteure. Mais, làs, vous savez comment est la vie, et je ne l’ai pas fait. Or (le hasard est taquin) il se trouve que son dernier roman, Grâce, fait partie de la sélection pour le prix Confidentielle. Me voilà donc à nouveau embarquée dans l’univers de Delphine Bertholon…

Lorsque ce jour-là Nathan arrive chez sa mère pour y passer Noël, il comprend tout de suite que quelque chose cloche. Et, de fait, les évènements étranges vont se succéder, le passé resurgir, et les secrets de famille refaire surface. Pour le lecteur, ce passé a une voix : celle de la mère, Grâce, qui tient son journal, 30 ans avant les faits…

J’ai conscience que mon résumé est un peu embrouillé, mais de fait, j’ai eu un peu de mal à l’écrire sans révéler des faits qui doivent rester secrets. En tout cas une chose est sûre : j’ai énormément aimé ce roman, qui m’a beaucoup émue, voire bouleversée. Il s’agit d’un texte fort et dérangeant, terrible et angoissant, qui nous entraîne aux confins de la folie, mais pas seulement. Il y a une certaine dose de mystère, habilement distillée, et l’ambiance pesante et oppressante n’est pas sans rappeler, à certains égards,  Les Autres d’Alejandro Amenabar (et d’ailleurs l’héroïne s’appelle Grâce, j’ai du mal à croire que c’est un hasard). Et puis, il y a Nathan : ce personnage heurté par la vie raconte l’histoire de son point de vue (forcément partiel) en s’adressant à la mère de ses jumeaux (oui, encore le thème de la gémellité, dont je ne sais pas si c’est qu’il est à la mode ou s’il me poursuit ; en tous les cas, c’est ce livre que j’ai lu juste avant Les Lisières et certains échos entre les deux textes m’ont troublée, je n’en dis pas plus) morte en leur donnant naissance. En contrepoint, la voix de Grâce, qui narre d’autres évènements, passés, mais ne donne pas non plus toutes les réponses. Au lecteur de reconstruire le puzzle et de trouver la clé !

Lu par François Busnel (dithyrambique comme il sait si bien le faire), Clara (qui n’est pas très positive), Sylire

Grâce
Delphine BERTHOLON
Lattès, 2012

Couleur champagne

Sans titre

Il reste éveillé une partie de la nuit, les yeux grands ouverts sur l’obscurité. Il se sent étrangement plus fort, comme protégé et propulsé par ce projet fou, impossible pour un garçon de son âge et de sa condition : plus tard, il créera sa propre maison de champagne. Un jour, si ce songe est prémonitoire, tous boiront son vin, les parents de Paul et ceux d’Antonin, son grand-père de Reims qui refuse de le connaître, frère Rémi, même son mystérieux père fantôme.

Huitième lecture pour le prix Confidentielles. Une histoire dans le monde du Champagne, ce qui, quand on connaît mon goût très prononcé pour cette charmante boisson, ne pouvait que m’intéresser.

1851, à Épernay  Eugène Mercier, né de père inconnu, rejeté par son grand-père, élevé avec amour par sa mère, n’est pas a priori destiné à un avenir brillant. Mais il a une vision en manquant de se faire renverser par une carriole : un jour, une maison de champagne portera son nom, qui égalera celui des veuves Cliquot, Bollinger, Moët et Chandon et autres Krug. Et le Champagne ne sera alors plus l’apanage des Grands : tout le monde en boira, et le vin des Rois deviendra le vin des fêtes. Ce qui passait alors pour une utopie n’était en fait qu’une vision d’avenir, car à la rendre réelle, Eugène Mercier s’y emploiera toute sa vie ? et réussira son pari. A cette histoire vraie se greffe une fiction, une histoire de meurtre, dont le mystère, auréolé d’un secret de famille, se prolonge jusqu’aux descendants d’Eugène et de son ami Paul.

J’ai réellement beaucoup aimé ce roman bi-face, mais à des degrés divers. J’ai été passionnée par l’épopée (histoire plus que fiction) d’Eugène Mercier, visionnaire parti de rien et parvenu au plus haut, un homme bien, philanthrope doublé d’un homme d’affaires hors-paire, qui a finalement inventé le marketing moderne. J’ai apprécié cette immersion dans le monde du champagne et appris bien des choses au passage, sur la vinification, la mise en bouteilles, les millésimes. Par contre, j’ai été un petit peu moins convaincue par l’aspect « thriller », pas inintéressant en soi mais que j’ai jugé, par moment, un peu tarabiscoté, bien qu’il m’ait largement tenue en haleine…

Couleur Champagne

Loraine FOUCHET

Robert Laffont, 2012