L’Art d’aimer, d’Emmanuel Mouret

L'Art d'aimerLe désir pousse en nous comme les feuilles à un arbre…

Encore une découverte que je dois à la fonction « genius » de l’Apple Store, dont l’algorithme est tellement perfectionné qu’il me propose souvent des films dont je n’ai strictement jamais entendu parler, mais qui correspondent parfaitement et à mes goûts, et à mes envies.

Quand on tombe amoureux, on entend une musique, différente à chaque fois. Chacun dans ce film choral est à la recherche de sa petite musique…

On aurait pu intituler ce film, très marivaudien dans l’esprit avec une petite touche de Woody Allen, « les surprises de l’amour ». Toutes les nuances du sentiment amoureux se jouent sous nos yeux : la jalousie, l’infidélité, le badinage, le désir, le libertinage, le sacrifice, l’amour pur. Ces petites histoires, qui mises bout à bout forment une grande histoire, sont éminemment poétiques et jouent tantôt la partition de la drôlerie, tantôt celle de la tristesse. Subtil, délicat, le film émeut parce qu’on ne peut que se reconnaître dans l’une ou l’autre des situations, notamment grâce à une galerie de comédiens très différents mais visiblement inspirés, et un scénario parfaitement maîtrisé !

Une jolie surprise !

L’Art d’Aimer
Emmanuel MOURET
2011

Adopte un veuf, de François Desagnat

Adopte un veufToi, tu serais condamné à mort, à ton dernier repas tu prendrais du Coca light…

J’ai déjà dit que j’aimais André Dussolier d’un amour fou ? Si ce n’est pas le cas, je le dis : j’aime André Dussolier d’un amour fou, son regard qui pétille, son sourire, son petit air de dandy décontracté… Du coup, comment passer à côté de cette comédie ?

Depuis la mort de sa femme, Hubert se laisse aller. Dépressif, il n’a plus goût à rien, alors que son entourage essaie (maladroitement) de le sortir de sa torpeur. A la recherche d’une femme de ménage, il se trompe d’annonce et se retrouve avec dans les pattes Manuella, une étudiante à la recherche d’une colocation, qui va semer un vent de panique dans sa vie, d’autant que comme l’appartement est grand, elle le convainc de prendre deux nouveaux colocataires, PG et Marion. Hubert, qui n’a jamais eu d’enfant, se retrouve avec trois jeunes adultes à paterner…

Un petit bijou, extrêmement drôle et pétillant, et en même temps follement tendre et émouvant : leçon de vie et de joie, le film, qui a un petit côté Auberge espagnoleest une vraie bouffée d’énergie, qui met le sourire aux lèvres et aussi quelques larmes dans les yeux. Avec beaucoup de subtilité, il interroge le lien entre les générations, la solidarité, l’amitié et l’amour. Les dialogues sont fins, les situations souvent cocasses, et les acteurs remarquables, pas seulement Dussolier : franchement, que demander de plus ?

Un film généreux, que je ne saurais trop recommander !

Adopte un veuf
François DESAGNAT
2016

Ange et Gabrielle, d’Anne Giafferi

Ange et GabrielleOn a quand même bien le droit de prendre son temps pour grandir, non ?

Un film que je voulais absolument voir : d’abord parce qu’il est adapté d’une pièce de théâtre de Murielle Magellan, L’Eveil du chameau, pièce que je n’ai ni lue ni vue, mais j’aime beaucoup Murielle Magellan ; ensuite parce que je suis très adepte d’Isabelle Carré ; enfin parce que, si je n’ai jamais spécialement succombé à Patrick Bruel en tant que chanteur, je l’aime plutôt beaucoup comme acteur. Trois bonnes raisons, donc.

Un beau matin, Ange, séducteur invétéré et célibataire endurci phobique de l’engagement, voit surgir dans son bureau Gabrielle, qui lui annonce que sa fille Claire, 17 ans, qu’elle élève seule, est enceinte de Simon, supposé être le fils d’Ange, et que ce serait bien que ce dernier lui parle et le convainque d’assumer cette paternité. Le problème ? Ange n’a jamais accepté de reconnaître être le père de Simon, et refuse d’entendre parler de cette histoire…

Un très joli film, très tendre, très drôle aussi avec des personnages hauts en couleurs et des scènes qui ne sont pas sans rappeler le mythique Trois Hommes et un couffin. C’est une comédie romantique, mais pas seulement : c’est aussi un film qui interroge la paternité, la filiation, la reproduction de certains schémas familiaux. A travers le désir d’enfant (le film donnerait presque envie d’en avoir) (j’ai bien dit presque), il est aussi question de l’acceptation de devenir adulte. Isabelle Carré est, comme d’habitude excellente, incarnant une Gabrielle à la fois drôle, obstinée, fragile et touchante. Quant à Bruel, il est parfait dans ce rôle de séducteur qui se veut cynique mais cache mal un petit coeur tendre prêt à succomber aux joies de la paternité !

Une comédie pleine de fraîcheur et de sensibilité, à voir : c’est parfait pour la saison !

Ange et Gabrielle
Anne GIAFFERI
2015

Much ado about Nothing (beaucoup de bruit pour rien) de Kenneth Branagh

Much ado about NothingShe speaks poniards, and every word stabs: if her
breath were as terrible as her terminations, there
were no living near her; she would infect to the
north star.

Soyons logiques (ou pas tellement, d’ailleurs) : après avoir vu l’adaptation de Joss Whedon, j’avais évidemment très envie de voir (ou de revoir : j’avoue que je ne suis pas très sûre de moi concernant ce point) celle, beaucoup plus « classique », de Kenneth Branagh.

L’histoire est évidemment la même : au retour de la guerre, Don Pedro, accompagné de ses frères d’arme Bénédict et Claudio et de son frère Don Juan avec qui il vient de se réconcilier, se rend chez le seigneur Leonato, gouverneur de Messine. Claudio tombe immédiatement sous le charme d’Hero, la fille de leur hôte, et le mariage est aussitôt organisé. Quant à Benedict, il ne cesse de s’escarmoucher avec Beatrice, la nièce de Leonato, si bien que tout le monde décide de les faire tomber amoureux. Dès le départ cela pourrait donc se terminer bien, si Don Juan, jaloux, ne décidait de jouer les traîtres et de faire capoter le projet de mariage, en entachant la réputation d’Hero.

Ici, le choix est celui d’un film cadrant avec le contexte de la pièce, et l’une des moindres réussites n’est pas les décours absolument somptueux de la Toscane, qui donnent envie de sauter dans le premier avion. C’est totalement shakespearien (qui mieux que Branagh sait mettre Shakespeare en film ?) et en même temps, on a presque parfois d’être plongé dans du Jane Austen. C’est gai et triste, ça virevolte, les acteurs sont extraordinaires, Kenneth Branagh en tête dans le rôle de Benedict, mais aussi Emma Thomson (Beatrice), Robert Sean Leonard (Claudio), Kate Beckinsale (Héro), Keanu Reeves (Don Juan) et Denzel Washington, qui fait un superbe Don Pedro.

Bref, un film enjoué, à la petite saveur désuète bien agréable !

Much ado about Nothing (beaucoup de bruit pour rien)
Kenneth BRANAGH
1993

Much ado about nothing (Beaucoup de bruit pour rien), de Joss Whedon

Much ado about nothingSigh no more, ladies, sigh no more,
Men were deceivers ever,-
One foot in sea and one on shore,
To one thing constant never.

Je ne sais plus du tout comment je suis tombée sur ce film, adaptation à la fois moderne et fidèle de la pièce de Shakespeare, dont le titre en langue originale rend bien mieux que la traduction le sujet central, nothing désignant en argot le sexe féminin (sexe au sens vraiment de sexe). En tout cas, c’est une pièce que j’aime beaucoup, d’une grande richesse, dans laquelle se mélangent Romeo et Juliette, La Mégère apprivoisée et un peu d’Othello.

L’histoire, on la connaît : au retour de la guerre, Don Pedro, accompagné de ses frères d’arme Bénédict et Claudio et de son frère Don Juan avec qui il vient de se réconcilier, se rend chez le seigneur Leonato, gouverneur de Messine. Claudio tombe immédiatement sous le charme d’Hero, la fille de leur hôte, et le mariage est aussitôt organisé. Quant à Benedict, il ne cesse de s’escarmoucher avec Beatrice, la nièce de Leonato, si bien que tout le monde décide de les faire tomber amoureux. Dès le départ cela pourrait donc se terminer bien, si Don Juan, jaloux, ne décidait de jouer les traîtres et de faire capoter le projet de mariage, en entachant la réputation d’Hero.

Les choix de Whedon peuvent surprendre : le texte de Shakespeare apposé sur un contexte contemporain, le tout en noir et blanc. Cela donne un curieux objet cinématographique, très esthétique et sensuel, qui parvient parfaitement à rendre ce qui fait l’essence de la dramaturgie shakespearienne, ce mélange entre le comique et le tragique. Comique avec le couple Benedict/Beatrice, qui se haïssent par orgueil et rivalisent de bons mots (“I can see he’s not in your good books,’ said the messenger. ‘No, and if he were I would burn my library.”) mais succombent tout de même très facilement aux sirènes de l’amour : ils sont drôle, mais aussi éminemment touchants. Le tragique, lui, est incarné par Hero et Claudio, beaucoup plus graves ; mais la pièce dans son ensemble étant une comédie, et même, soyons fous, qualifions la de comédie romantique dont Shakespeare est finalement l’inventeur, tout se termine bien, en mariages et en chansons.

Un beau film donc, une intéressante réinterprétation de Shakespeare (même si certains éléments de l’intrigue ont du mal à cadrer avec le contexte contemporain), à voir !

Much ado about nothing (Beaucoup de bruit pour rien)
Joss WHEDON
2013

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, de Woody Allen

You will meetThe world is far more mysterious than it appears to our eyes…

Un coup de blues ? Woody, et ça repart !

Alfie, le mari d’Helena, vient de la quitter après 40 ans de mariage : il refuse de devenir vieux, et entend épouser Charmaine, une « actrice » qu’il vient de rencontrer. Helena, quant à elle, se remet comme elle peut de cette rupture, en tombant sous la coupe d’une pseudo-medium qui lui fait miroiter tout un tas de choses, et lui donne des conseils pour gérer ses relations avec sa fille Sally : celle-ci, au grand dam de sa mère, a épousé Roy, un écrivain qui a du mal à écrire et tombe sous le charme de la voisine d’en face. Sally, elle, pour subvenir aux besoins du couple, devient l’assistante d’un très séduisant directeur de galerie.

Du marivaudage tel qu’on l’aime dans les milieux intellectuels et artistiques, mais cette fois encore Woody Allen se délocalise à Londres et laisse de côté son binôme judéité/psychanalyse pour le remplacer par la voyance : tout tourne autour de l’illusion et du faux-semblant dans ce film aux allures baroques placé sous l’égide de Shakespeare. Du mensonge aussi : tout le monde ment, simule, fait semblant. Les couples se font et se défont, les cartes sont totalement redistribuées, le désir circule et il règne sur le film une certaine tension érotique, contrebalancée par des scènes totalement hystériques. C’est drôle et mélancolique en même temps, un peu désabusé, parfois cruel, souvent grave. Ce cocktail difficile à réussir dont il est passé maître !

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu
Woody ALLEN
2010

The Rewrite (Les mots pour lui dire), de Marc Lawrence

The rewriteAs long as you’re alive, you can forgive and be forgiven. Once you’re dead, it gets significantly harder.

Vendredi soir, j’avais envie d’une petite comédie romantique. D’abord par pur esprit de contradiction, attendu que tout le monde ou presque était devant France-Roumanie avec une pizza et des bières (moi c’était menu indien). Et puis parce que, je ne sais pas du tout pourquoi j’avais un petit coup de blues. Bref, qui dit comédie romantique dit Hugh Grant, donc mon choix s’est porté sur ce film que je n’avais pas encore vu (et qui n’est pas sorti en salle en France).

Keith est scénariste à Hollywood. En tout cas, était : s’il a reçu un Oscar 15 ans auparavant pour un film considéré par tous comme un chef d’oeuvre, aujourd’hui il ne parvient pas à placer le moindre pitch, et comme il faut bien manger et payer ses factures d’électricité, il se voit contraint d’accepter un poste de professeur d’écriture créative à Bighampton, à l’autre bout du pays…

Un film sans prétentions et qui fait un bien fou au moral, même si en fait il ne s’agit pas vraiment d’une comédie romantique : tel qu’en lui-même, Hugh Grant cabotine, joue le misogyne séducteur un peu maladroit et au départ assez peu professionnel dans sa manière d’enseigner. Mais justement : le propos du film est la réécriture, celle finalement de sa propre vie : Keith est finalement étouffé par le succès de son film, qui l’empêche d’avancer, vu que tout le monde se moque de tout ce qu’il peut faire d’autre : on ne lui parle que de ce film-là. Il a besoin de renouveau, et c’est dans l’enseignement qu’il le trouvera, car malgré des débuts peu glorieux, il devient finalement un très bon prof, apprenant à ses élèves à réécrire leur travail, trouver l’essentiel, et les révèle à eux-mêmes. C’est finalement un éloge de l’écriture, ici sous l’angle du travail scénaristique, en ce qu’elle permet de reconstruire sa vie et de savoir ce que l’on veut en faire.

Et la romance ? Il y en a très peu. Juste l’émergence d’une histoire entre Keith et une de ses étudiantes plus âgées que les autres, qui jongle entre ses filles, plusieurs jobs et ses études, histoire qui ne peut pas se concrétiser avant la fin du film, attendu que les relations entre profs et étudiants sont interdites. De toute façon, ce n’est pas l’enjeu de ce film, qui est quand même à voir !

The Rewrite (Les mots pour lui dire)
Marc LAWRENCE
2014