Carnet de citations

Parmi tous mes carnets (et même si j’essaie, en ce moment, d’intégrer le maximum de choses dans le même), il y a le carnet de citations, ce que les anglo-saxons appellent commonplace book (pas tout à fait mais on ne va pas chipoter). Personnellement, je n’y inscris que des citations parlant de l’écriture et de la création.

Je l’ai commencé un petit peu par hasard : lorsque Gallimard a sorti sa jolie collection de papeterie je me suis précipitée, le jour-même, à la librairie Gallimard, où j’ai jeté mon dévolu sur ce modèle, « la prose du monde », avant de m’installer au Flore pour réfléchir à ce que j’allais faire de ce joli carnet.

Je ne sais plus si l’idée est venue le jour-même. En tout cas, j’ai eu envie de recommencer ce type de carnets que je tenais déjà à l’adolescence : un carnet pour noter les citations qui m’inspirent. La première que j’ai inscrite est une citation de Jean Fertin qui était en exergue de je ne sais plus quel roman : la réalité est une invention de l’écriture pour y échapper.

J’ai rempli quelques pages et puis, comme souvent, j’ai été moins régulière. Et puis l’autre jour je sis tombée sur une magnifique citation de Joan Didion, sur ses raisons d’écrire : I write entirely to find out what I’m thinking, what I’m looking at, what I see and what it means. What I want, and what I fear. Je me suis dit qu’il fallait que je la note. J’ai sorti mon carnet, et je l’ai entièrement relu. Et ça m’a fait un bien fou.

Parce qu’en ce moment, je me sens à sec. J’avais déjà utilisé cette métaphore du rempotage mais le fait est : je me sens dans un pot trop petit, dans une terre qui n’est plus du tout nutritive, et en plus on ne m’arrose pas (je ne parle pas de la météo, bien évidemment, parce que là, pour être arrosée). J’ai faim. Mon chaudron créatif est vide. Et je n’arrive pas à le reremplir. Alors bien sûr, la créativité a des cycles, mais ce n’est pas ce dont je parle là. Là, je parle vraiment d’un besoin de renouveau. Parce que j’étouffe. Mais passons…

Et ce petit carnet, qui n’a l’air de rien, m’a redonné une petite dose d’inspiration, d’air pur, de beauté. Et ça, c’est bien !

Et vous, vous en avez un, carnet de citations ?

La vérité vous libérera mais d’abord elle vous mettra en rage, de Gloria Steinem : réflexions sur l’amour, la vie, la révolte

Une petite phrase peut transformer un tweet en haïku, parce qu’elle évoque une histoire. D’ailleurs, si on l’arrose, elle en deviendra une. « Enoncez-moi un fait, je l’oublierai, mais racontez-moi une histoire et je m’en souviendrai », dit un adage amérindien. Si une citation fait surgir à l’esprit plusieurs histoires, alors, gageons qu’elle restera dans les mémoires.

J’adore les citations, et j’en utilise beaucoup, d’ailleurs à une période qui commence à se faire lointaine il y avait un rendez-vous hebdomadaire de citations sur les blogs : la citation du jeudi, et c’était très chouette de chercher LA citation qu’on allait mettre en avant, et d’en découvrir tout un florilège. Il en est resté une catégorie, que j’utilise de temps à autres.

Pour Gloria Steinem, les citations sont « la poésie du quotidien », et elle nous propose ici ses meilleures réflexions sur la famille et les amis, le fait de vieillir, le travail, les autres femmes, la révolution et le rire, la rue, le tout assorti de réflexions un peu plus longues, et de citations d’amies.

Une lecture que je qualifierais de vivifiante : bien évidemment je n’ai pas toujours été complètement d’accord avec tout, mais c’est justement ce qui m’a semblé intéressant dans ce petit ouvrage foisonnant et riche, et très drôle (Gloria Steinem a vraiment un don pour la formule) : il invite avant tout à réfléchir et à se poser des questions sur nombre de sujets, liés par le fil rouge du féminisme. Ce n’est jamais pesant ni pontifiant, toujours joyeux, et donc un régal à lire.

Une anthologie de poésie du quotidien savoureuse, qui montre encore une fois si besoin était le pouvoir des mots : à mettre entre toutes les mains.

La liberté vous libèrera mais d’abord elle vous mettra en rage
Gloria STEINEM
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Karine Lalechère
Harper Collins, 2020

Responsable de la beauté du monde

Dans Mémoires d’Hadrien, que je suis en train de relire et dont je vous reparlerai donc incessamment sous peu, il y a de nombreux passages qui me frappent et me poussent à la méditation. Mais un en particulier me hante depuis que je l’ai lu :

A chacun sa pente : à chacun aussi son but, son ambition si l’on veut, son goût le plus secret et son plus clair idéal. Le mien était enfermé dans ce mot de beauté, si difficile à définir en dépit de toutes les évidences des sens et des yeux. Je me sentais responsable de la beauté du monde. 

Cette pente, cette ambition, on peut aussi l’appeler mission de vie, et si ces mots résonnent autant en moi c’est que, moi aussi je me sens responsable de la beauté du monde. Particulièrement en ce moment, qui se prête assez peu en apparence à habiter poétiquement ce monde, et où, pourtant, l’Univers me susurre à l’oreille qu’au contraire, c’est maintenant que c’est le plus essentiel : partager et cultiver ce qui est beau et apporte du réconfort !

Les expressions anglaises qui font chic dans la conversation

lie back

L’autre jour, toujours dans l’écriture de mon roman*, je me faisais cette réflexion que, dans certaines situations, la langue anglaise est beaucoup plus expressive et imagée. Par exemple, les pronoms possessifs, c’est beaucoup plus pratique dans la langue de Dickens, surtout lors des scènes d’amour : en français, on finit par ne plus trop savoir quelle partie du corps de qui fait quoi, on est obligé de répéter les prénoms, c’est lourd : en français par exemple : on a « sa main sur son épaule » (oui mais, quelle main et quelle épaule ?) alors qu’en anglais, c’est clair : her hand on his shoulder, ou his hand on her shoulder. Rapidité, efficacité, simplicité (ils sont forts ces Anglais !). C’est pareil avec certains mots, dont je ne trouve pas d’équivalent pleinement satisfaisant en français : overwhelming, insecure, womanizer…

Et puis, il y a les expressions. Evidemment, certaines ont un équivalent dans notre langue mais, mais, parfois c’est plus percutant en anglais. Et quand on cite Shakespeare, c’est de toute façon mieux de le faire dans le texte !

The lady doth protest too much, methinks (Shakespeare)
(utile pour remettre en place quelqu’un qui affirme un peu trop vite être innocent de ce dont on ne l’accuse pas, ou qui rejette avec un peu trop d’empressement une proposition… très rigolo lorsqu’adressé à un homme — bon, en réalité, cette citation est détournée de son sens original, mais ce n’est pas grave)

Lie back and think of England
(en situation graveleuse. Là encore, c’est plus rigolo lorsque c’est une femme qui s’adresse à un homme, de préférence anglais sinon il risque de ne pas comprendre la référence et on perd du temps)

Keep calm and carry on
(la base — un de mes mantras actuels)

Frailty, thy name is woman (Shakespeare again)
(pas forcément facile à recaser, mais je l’aime bien malgré sa misogynie)

Your wishes are my command
(Quand on veut jouer les femmes soumises ; en français on a « vos désirs sont des ordres », mais j’aime mieux l’anglais car le parallélisme est plus abouti avec le balancement « your »/ »my »)

You made my day !
(pour un truc très drôle ; celle-là je l’utilise souvent, enfin sauf en ce moment parce qu’en ce moment pour me faire rire il faut se lever très tôt)

True is it that we have seen better days (Shakespeare, what else ?)
(totalement adapté à ma situation actuelle, il va sans dire…)

Et la dernière, devenue mon mantra ces derniers temps, et qui n’est pas stricto sensu (oui, j’utilise aussi beaucoup d’expressions latines, on en reparlera si quelqu’un fait un jour le mois latin) une expression anglaise, puisqu’il s’agit en fait du titre d’un épisode de The Persuaders (les deux playboys parient sur « qui séduira la fille », et lorsqu’entre en ligne de compte l’enjeu du pari, Danny dit ça à Brett) :
To the death, baby
(normalement, c’est quand on fait un pari, donc. Mais. Moi je l’utilise parce que je ne me laisserai pas faire, et que je lutterai jusqu’à la mort pour défendre mon honneur bafoué (oui, j’estime qu’on a bafoué mon honneur) en espérant que ça ne se transforme pas en Rather death than shame  )

* En fait, j’ai un carnet Moleskine dans lequel je note tout le processus d’écriture, de genèse, les réflexions diverses et variées qui me viennent…

mois anglaisBy  Cryssilda,  Martine et Lou

Révisez votre bac de français avec votre Irrégulière préférée #5

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Voici venue la dernière session de révision. Dernière parce que de toute façon le bac c’est la semaine prochaine, et ensuite parce que manifestement vous vous lassez, vous avez peu participé la semaine dernière. Ou alors c’était trop difficile, ce qui est possible aussi. Il fallait répondre :

1. Boileau // 2. Edmond Rostand // 3. Montaigne // 4. Baudelaire // 5. La Bruyère // 6. Balzac // 7. Céline // 8. Voltaire // 9. Camus // 10. Didier Van Cauwelaert (et oui !)

Alors, cette semaine, nous allons parler… d’amour ! Oh, comme c’est étonnant, n’est-ce pas ? Donc, une série de citations qui parlent d’amour ! (attention, c’est très international)

(je ne vous demande que l’auteur, là encore)

Extrait 1
« Les flèches de l’amour, comme la lance d’Achille, portent avec elles le remède aux blessures qu’elles font »

Extrait 2
« Ah ! Croyez moi, on n’est heureux que par amour »

Extrait 3
« Aimer ou avoir aimé, cela suffit. Ne demandez rien ensuite. On n’a pas d’autre perle à trouver dans les plis ténébreux de la vie. »

Extrait 4
« Il est du véritable amour comme de l’apparition des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vus. »

Extrait 5
« Aimer ce n’est pas se regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction. »

Extrait 6
« Si tu pouvais savoir tout ce que je vois! tout ce que je sens! tout ce que j’entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique.

Extrait 7
« l’amour recompose l’antique nature, s’efforce de fondre deux êtres en un seul et de guérir la nature humaine »

Extrait 8
« Il est bon d’aimer car l’amour est difficile. L’amour d’un être humain pour un autre, c’est peut-être l’épreuve la plus difficile pour chacun de nous, c’est le plus haut témoignage de nous-même ; l’oeuvre suprême dont toutes les autres ne sont que des préparations. »

Extrait 9
« Mon âme est une espèce de grenier d’abondance où tu peux puiser sans cesse avant de voir la fin de mon amour. Je serai morte que je t’aimerai encore. Mon corps et ma vie s’useront avant qu’une parcelle de mon amour se soit en allée »

Extrait 10
« L’amour, c’est que tu sois pour moi le couteau, avec lequel je fouille en moi. »

Au boulot !

Révisez votre bac de français avec votre Irrégulière préférée #4

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Pour commencer, la correction de la semaine dernière. Manifestement, c’était plus difficile que ce que je croyais :

1. « Quand vous serez bien vieille » dans les Sonnets pour Hélène de Ronsard // 2. Consolation à Du perrier de Malherbe (que vous avez souvent cru être de Ronsard, je pense parce que le poème ressemble à « Comme on voit sur la branche au mois de Mai la rose » dans  La Mort de Marie // 3. « La Mort des amants » de mon cher Baudelaire // 4. La Nuit de Mai de Musset // 5. « Les yeux d’Elsa d’Araragon // 6. « Las, où est maintenant » dans Les Regrets de Du Bellay  // 7. « Fantaisie » de Nerval // 8. Rosemonde Gerard// 9. Jacques Prévert // 10. Paul Eluard

Aujourd’hui, nous allons réviser un peu l’argumentation, avec une série de maximes, sentences et morales. Là encore, j’attends en priorité l’auteur, mais si vous avez l’oeuvre, c’est mieux. Certaines sont très faciles, d’autres un peu moins (il y en a une surtout, m’étonnerait que quelqu’un trouve), elles sont issues de mon « carnet de citations » d’adolescente (oui, je l’ai toujours) !

Extrait 1

« Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, /Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, / Polissez-le sans cesse, et le repolissez, / Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. »

Extrait 2
« On tue un homme : on est un assassin. On en tue des millions : on est un conquérant. On les tue tous : on est un Dieu. »

Extrait 3
« C’est un sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant que l’homme. Il est malaisé d’y fonder jugement constant et uniforme »

Extrait 4
« Ce qu’il y a d’ennuyeux dans l’amour, c’est que c’est un crime où l’on ne peut pas se passer d’un complice »

Extrait 5
« Tout est dit, et l’on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes qui pensent. »

Extrait 6
« Le bonheur est la poésie des femmes comme la toilette en est le fard »

Extrait 7
« Quand on n’a pas d’imagination, mourir c’est peu de choses ; quand on en a, mourir c’est trop »

Extrait 8
« Y a-t-il rien de plus sot que de vouloir porter continuellement un fardeau qu’on veut toujours jeter par terre ? D’avoir son être en horreur et de tenir à son être ? Enfin de caresser le serpent qui nous dévore, jusqu’à ce qu’il nous ait mangé le coeur. »

Extrait 9
« peut-être vaut-il mieux pour Dieu qu’on ne croie pas en lui et qu’on lutte de toutes ses forces contre la mort, sans lever les yeux vers ce ciel où il se tait »

Extrait 10
« les artistes ne vont jamais en Enfer […] l’Enfer, c’est pour ceux qui n’ont jamais pris de risques. Qui se sont laissé vivre sans se remettre en question, sans rien faire. »

Au boulot !