Cape May, de Chip Cheek : la vie inimitable

Les plages étaient désertes, les magasins fermés, aucune lumière aux fenêtres des maisons de New Hampshire Avenue. Depuis des mois, Effie lui parlait de cet endroit et de tout ce qu’ils y feraient, mais elle n’avait fréquenté ces lieux qu’en été, et on était fin septembre. Elle n’avait pas compris ce que signifiait exactement « hors saison ». Venus de Géorgie par le train de nuit, ils étaient censés y passer deux semaines pour leur voyage de noces. 

Henry et Effie viennent de se marier et passent leur Lune de Miel à Cape May, lieu qu’elle a choisi mais qu’elle ne connaissait qu’en été. Or on est fin septembre, en 1957, et tout est désert. Malgré la découverte de l’intimité et de la sexualité, qui les occupe un peu, Effie est triste, s’ennuie, et envisagent de rentrer plus tôt que prévu, jusqu’à ce qu’ils tombent sur de riches fêtards new-yorkais qui les entraînent dans de folles activités.

Un premier roman très réussi, et qui constituera une lecture parfaite pour les vacances d’été : extrêmement sensuel (certaines scènes sont même d’un érotisme troublant parfaitement maîtrisé), dans une atmosphère fitzgeraldienne,  il explore la toute-puissance du désir, la découverte de l’intimité, mais aussi l’irréductible altérité de l’autre et ses masques. Roman initiatique et d’apprentissage, sa morale pourrait être qu’il n’est pas bon de se marier trop jeune et sans expérience, car il est mieux que certaines soient faites avant — encore que : cela aurait-il réellement changé quelque chose ? Pas si sûr… En tout cas, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman finalement assez cruel, aux personnages d’ailleurs peu attachants, mais sur lequel plane une douce nostalgie…

Cape May
Chip CHEEK
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville
Stock, 2019