Instantané : l’odeur du chèvrefeuille

C’est tout moi : une photo pour parler d’une odeur. Cela dit, s’il est une chose que je regrette, c’est qu’on ne puisse pas capturer les odeurs comme on le fait avec les images ou les sons. Imaginez : on se promène, comme je l’ai fait dimanche, et on est enivré par le parfum des fleurs, en l’occurrence le chèvrefeuille. Pour tout dire, c’était le but de ma promenade : aller enfouir mon nez dans les haies de chèvrefeuille. On est enivré, on en profite sur l’instant, mais si on pouvait la garder, cette odeur de printemps, pour s’en gorger pendant l’hiver, est-ce que ça ne serait pas merveilleux ? Et conserver l’odeur des gens qu’on aime ?

Lorsque je respire le chèvrefeuille, je pense toujours à Tristan et Yseult, et au lai du chèvrefeuille de Marie de France. Et à ces magnifiques vers :

Ils étaient tous deux
comme le chèvrefeuille
qui s’enroule autour du noisetier:
quand il s’y est enlacé
et qu’il entoure la tige, ils peuvent ainsi continuer à vivre longtemps. Mais si l’on veut ensuite les séparer,
le noisetier a tôt fait de mourir,
tout comme le chèvrefeuille.
<<Belle amie, ainsi en va-t-il de nous:
ni vous sans moi, ni moi sans vous!>>