Obtenir ce qu’on a toujours voulu

Hypersensible, je suis au quotidien traversée par une infinité d’émotions, certaines agréables, d’autres très inconfortables, que j’ai appris à écouter au lieu de les balayer sous le tapis en avalant une plaquette de chocolat. Et l’autre jour, je me suis sentie submergée par la peur. Alors vous me direz que c’est un peu normal en ce moment, mais pas du tout : cette peur-là, celle engendrée par le contexte actuel, je la connais, et d’ailleurs elle n’est pas très présente, je ne me l’explique pas trop, ce qui me fait peur surtout ce sont les restrictions à ma liberté, ça se transforme d’ailleurs en colère, mais je sais gérer (à peu près). Non, là c’était autre chose.

Et en fait, je me suis rendu compte que ce qui générait cette peur, c’était que certaines choses que je manifeste depuis des mois étaient en train, doucement, d’arriver dans ma vie. Des changements importants, voulus, pour lesquels j’ai travaillé, pour lesquels je me suis battue. Ils commencent à arriver, et ça me fait peur… incompréhensible ? Je suis zinzin, je ne sais pas ce que je veux ?

Pas vraiment. C’est une question de zone de confort, finalement : aussi inconfortable qu’elle soit, la zone de confort est rassurante. C’est du connu. Et mon connu, c’est de me battre contre la vie, me débattre, gesticuler beaucoup, mais au final ne rien avoir. Pas d’obtenir ce que je veux. Et c’est doublement effrayant, quand ça commence à se dessiner, assez pour qu’on se dise que ça arrive, mais pas encore de manière certaine, si bien qu’on a peur d’y croire et d’être encore déçu, et c’est très désagréable, cet entre-deux.

Et puis, même si c’est ce qu’on désire par-dessus tout, c’est l’inconnu, là, devant. C’est se jeter à l’eau : on sait qu’une fois qu’on sera dedans, elle sera bonne, mais voilà, il faut plonger et ça fait un peu peur.

Alors j’écoute ma peur, qui me dit qu’après tout, il ne faut pas exagérer non plus, je ne suis pas si mal, là où je suis. Je l’écoute, mais je n’oublie pas qu’elle n’est que la passagère du bateau : le capitaine, c’est moi !

S’habituer ?

J’écrivais, il n’y a pas si longtemps mais aujourd’hui ça me semble au siècle dernier, un article sur les changements, les habitudes et la zone de confort, et j’ai l’impression, là, de vivre en plein ce que j’ai écrit. Point de gros changements, mais tout de même. La période actuelle est tout de même un truc totalement inédit auquel nous devons faire face, et ce n’est pas fini : il y a des choses qu’il va falloir totalement réadapter après, mais on ne sait pas encore, alors ne nous focalisons pas dessus, déjà le confinement est un challenge ! Evidemment, un challenge bien moindre pour les introvertis et les casaniers, qui tiennent peut-être là une revanche sur leurs contemporains moqueurs, mais enfin, à part pour les phobiques sociaux, ça reste un challenge.

Et en fait, je me suis rendu compte que ça y est, je me suis à peu près fondue dans un quotidien à peu près organisé. Alors ce n’est pas de l’organisation militaire avec des horaires précis (c’est ce qui me fait horreur dans la vie « normale », les horaires rigides, et pour tout dire même, ça m’angoisse) mais plutôt une espèce de fluidité dans l’enchaînement des activités et des tâches. Evidemment, certains jours sont plus fluides que d’autres, certains ne le sont même pas du tout, et c’est normal, et c’est ok, on ne peut pas, dans les circonstances actuelles, être pleinement « efficace » (je ne trouve pas le mot adapté mais ce n’est bien évidemment pas une question d’efficacité).

Il y a des choses sur lesquelles je ne lâche pas : prendre ma douche, m’habiller confortablement mais dans une tenue dans laquelle je pourrais sortir si je voulais sortir (je vois des gens qui restent en pyjama ou en jogging toute la journée et j’en suis tout simplement incapable, non seulement parce que de toute façon je ne possède ni jogging ni pyjama — tout au plus un sarouel de yoga que je porte exclusivement pour faire du yoga, mais surtout parce que je ne me sentirais pas bien : là mon uniforme c’est jean/tunique, mais on va peut-être bientôt passer aux robes d’été !) (je ne juge pas ceux qui restent en jogging : c’est juste que moi je ne peux pas) ; prendre un café sur le balcon à midi pour m’aérer un peu ; cuisiner ; regarder certaines émissions que je découvre comme les 100 lieux qu’il faut avoir vus ; l’apéro du vendredi soir (bon j’avoue, c’était déjà plus ou moins une institution)…

En fait ce qui me demande le plus d’efforts, c’est de perdre le réflexe de descendre à l’épicerie dès qu’il me manque un truc. Comme j’essaie de vraiment sortir le moins possible, je fais un drive tous les 15j et, idéalement, rien entre. Sauf que comme je n’ai pas du tout l’habitude de procéder comme ça, et qu’en plus avant le confinement j’avais commencé à changer mes habitudes (justement) alimentaires, j’ai du mal à évaluer les quantités dont j’ai besoin, et il me manque des choses à drive +10j. Je vais donc être obligée de faire une excursion à l’épicerie. Mais tout de même, je n’y vais plus tous les jours, et ça, c’est un gros changement : je prévois au lieu de vivre au jour le jour.

Et vous, vous commencez à prendre de nouvelles habitudes ?

Habitudes, changements et zone de confort

L’autre jour, j’étais coincée sur un truc, et je me suis mis à réfléchir sur la notion de changement. Comme on l’aura noté, j’ai actuellement envie de tout changer dans ma vie — boulot, lieu de vie, situation personnelle. Et pourtant, ça résiste. Alors, j’ai émis l’hypothèse que quelque chose dans mon subconscient résistait au changement, que ça me terrifiait, en vrai, car je ne suis pas adaptable. Il faut dire que je suis une fille à rituels et à habitudes. J’avais d’ailleurs écrit un article sur le sujet. Alors je me suis dit : regarde, quand tu changes de voiture, tu achètes exactement la même (je suis passée d’une C3 à une C3 puis à une DS3 qui est exactement identique à l’intérieur : bonjour la révolution) et tu es en panique si le garage te prêtes un autre modèle ; quand tu déménages, tu t’installes sur le même palier, ok l’appartement est différent mais pour le reste c’est la même chose. Et tu veux de grands changements alors que tu as du mal à changer de marque de café ?

J’étais donc très ennuyée, parce que je m’imaginais déjà coincée entre moi qui veut changer et mon subconscient qui panique dès qu’on modifie un truc. Et puis j’ai creusé, et je me suis rendu compte que c’était un peu plus compliqué que ça. Parce que, me suis-je dit (j’aime bien débattre avec moi-même) : si tu ne supportais pas le changement, tu détesterais voyager, or tu adores ça, être dans une ville étrangère, te perdre, découvrir de nouvelles choses ! Et c’est vrai, mais… déjà je ne supporte pas l’hôtel, j’ai besoin de me sentir « chez moi » et aussi, je mets en place… de nouvelles habitudes. Le café où je prends mon petit déjeuner, le chemin pour aller prendre le métro, le magasin où je fais mes courses, l’endroit de l’appartement où je m’installe pour écrire.

Et c’est là le nœud : ce n’est pas tant que je ne supporte pas qu’on bouscule mes habitudes, c’est plutôt qu’il me faut des habitudes, quelles qu’elles soient. Parce que, finalement, d’habitudes, j’en change souvent, mais dès que je fais un truc, ça a tendance à se changer en habitude. Et plutôt facilement : la première fois je dois parfois me faire violence et après ça roule à peu près, sauf le sport, ça ne veut réellement pas. En fait, j’ai l’impression que tout est une question de zone de confort, et que c’est un peu comme si je transportais la mienne sur mon dos, et que c’est pour ça que j’ai d’abord eu l’impression d’être inapte au changement.

Alors, bien sûr, je n’ai pas testé le changement radical mais finalement, de ce petit débat avec moi-même j’ai tiré la conclusion que j’en étais capable. Que ça ne me faisais pas vraiment peur car je saurai reconstruire mon univers n’importe où.

Et vous ? Habitudes, pas habitudes ?

Adieu, 2018 (et bon vent)

Bien plus encore que 2017, 2018 me laisse perplexe lorsque j’en fais le bilan. J’ai l’impression qu’il s’agissait d’une année de transition et de libération, où j’ai avancé même si je n’en vois pas les résultats concrets, et je commence à trépigner et à avoir besoin de changements. Disons que ce fut une année de violentes secousses, de tsunami émotionnel et existentiel. Je suis toujours dans les turbulences de ma mid-life crisisj’ai admis l’évidence que depuis des années je me voilais la face et que non, décidément, je ne suis pas à ma place là où je suis et que la vie que je mène, sur tous les plans, n’est pas la mienne. Sauf qu’il ne suffit pas de le constater pour que ça change, et concrètement pour l’instant ça ne change pas…

Beaucoup de choses ont changé, pourtant, sans forcément que ce soit des résolutions. Je me suis parfois surprise à faire des choses que trois semaines avant l’idée même m’aurait fait pousser de hauts cris. Surprise à ne plus faire des choses qui, auparavant, m’étaient essentielles : d’ailleurs, de toute l’année, je ne suis allée qu’une seule fois à Paris ce qui, vous en conviendrez, est une révolution (il faut dire que l’Univers m’a bien aidée, entre les grèves perlées de la SNCF et un claquage au mollet à la fin de l’été qui m’a littéralement immobilisée et obligée à cesser de gesticuler). Surprise à ralentir : le rythme du blog, d’ailleurs, s’en est ressenti, ce qui n’était pas du tout un manque de motivation, ni une envie d’arrêter, simplement, à un moment, j’ai éprouvé le besoin de poser les choses, de voir où je voulais aller, et je ne sais pas si vous vous êtes rendu compte qu’il prenait, petit à petit, un virage un peu plus « personnel » et plus « lifestyle » — et, curieusement, ou non d’ailleurs, ce sont ces articles, notamment celui sur l’hypersensibilité, qui suscitent le plus de réactions, notamment en « off ». Surprise, aussi, à avoir de nouvelles envies, à remettre en cause certains de mes choix de vie (ou plutôt ce que je croyais être des choix et qui n’en étaient pas), certains de mes fonctionnements, certains de mes systèmes de pensée, et à me demander si c’était réellement bon pour moi, à avoir de nouveaux désirs qui jusque-là ne m’avaient pas effleurée.

Mon rapport à mon corps a complètement changé. Il y a encore du chemin avant que je cesse de me battre avec lui, mais je n’en suis plus séparée et d’ailleurs il m’a beaucoup parlé cette année, en me faisant des trucs bizarres que je n’avais jamais eus (un claquage, un torticolis, et autres). C’est lié aussi à mon rapport à la féminité, sujet sur lequel j’ai beaucoup lu et réfléchi (notamment grâce aux ouvrages d’Adeline Fleury et de Camille Sfez), et qui va plus loin que ce que j’envisageais jusque-là.

Mon rapport à la nature a complètement changé. Je me suis surprise à prendre du plaisir à me promener dans les bois, en montagne, à m’entourer de matières naturelles, et notamment les pierres, les plantes, à prêter attention aux phases de la lune. Si l’eau a toujours été mon élément, j’apprends à apprécier les autres.

J’ai beaucoup, beaucoup écrit, furieusement même, à raison de plusieurs heures par jour, un texte essentiel pour moi, très personnel mais qui je pense a aussi une résonance universelle (au point où j’en suis, autant me prendre pour Victor Hugo), qui avoisine les 250000 mots et qu’il faudra élaguer si un jour je souhaite en faire quelque chose. Ce texte, et les événements intimes auxquels il est lié, m’ont beaucoup fait grandir, à la fois sur le plan de l’écriture (en relisant des choses plus anciennes j’ai l’impression d’avoir progressé) et sur le plan personnel, en tant que femme : je suis allée au cœur de mon labyrinthe et affronté la tribu des minotaures qui empoisonnaient ma vie. J’ai fait la paix avec certaines blessures de mon passé, je crois. Je me suis trouvée. Et à la lumière de ce texte, j’ai entièrement repris mon premier roman, qui je m’en suis rendu compte n’était pas achevé, tout comme moi je ne l’étais pas, et c’est sans doute la raison pour laquelle il ne trouvait pas sa maison.

En 2017, j’avais amorcé des changements, et encore une fois je pense que mon déménagement était éminemment symbolique, comme un nouveau départ, mais transitoire. En 2018, j’ai donc l’impression de m’être « purgée » de mon passé, de m’être libérée de mes entraves.

Enfin, sort of… Parce que le problème, c’est que j’ai l’impression que moi j’ai avancé, j’ai revu mes priorités, découvert ce que je voulais vraiment, et où était ma place, mais les changements dans ma vie ne suivent pas. Comme si cette vie qui ne me convient pas ne cessait de m’attraper par le bras pour me tirer en arrière.

Toujours aucun éditeur à l’horizon (enfin si, j’ai eu un appel au mois de juin pour mes nouvelles érotiques, on devait signer le contrat et puis je ne sais pas, l’éditeur ne m’a jamais recontactée et comme je ne le « sentais » pas je n’ai pas insisté (j’ai appris depuis que probablement j’avais eu raison de suivre mon intuition)), et j’ai beau me dire que c’est arrivé même aux plus grands auteurs, j’ai beau savoir qu’écrire est ce que je dois faire, le fait est qu’écrire plusieurs heures par jour, avoir des dizaines de projets, tout en se disant que personne ne lira jamais ce qu’on écrit, c’est extrêmement frustrant et au final décourageant.

Toujours aucun changement d’air à l’horizon. J’ai un besoin urgent de quitter Orléans que je ne supporte plus, et de faire un autre travail, lié mais différent. Et ailleurs. En avril, j’ai demandé à nouveau le poste qui me fait rêver et qui me permettrait un changement salutaire. Je ne l’ai pas eu. A nouveau.

Quant à ma vie sentimentale… on verra, mais c’est vraiment le domaine de ma vie où j’ai le plus l’impression de patauger dans la mélasse, et que je n’y arriverai jamais.

Bref, une année de transition, qui a été assez violente même si je sens bien au fond et malgré les doutes et agacements que je suis sur la bonne voie, ce que l’Univers ne cesse de me dire en m’envoyant des signes et des synchronicités. Mais j’ai tout de même hâte de la voir se terminer et de passer à autre chose, un véritable nouveau départ, parce que les transitions, c’est mignon mais épuisant, et surtout je ne suis pas l’incarnation de la patience. Je sens bien que les choses sont en train de se décanter, que des dizaines de projets mijotent en moi et n’attendent que le bon moment pour se manifester. Mais voilà : j’ai envie de réels changements, concrets, et de neuf (ce qui tombe bien, puisque c’est la rime de 2019).

Janvier…

Février…

Mars…

Avril…

Mai…

Juin…

Juillet…

Août…

Septembre…

Octobre…

Novembre…

Décembre…

Changement de décor

changement de décorJ’ai décidé que 2017 serait l’année du changement. Et comme le changement attire le changement, j’ai commencé par ce que je pouvais changer moi-même. La machine à café. Le téléphone portable. La voiture. Et puis, l’occasion faisant le larron, j’ai aussi décidé de changer d’appartement.

Sur ce dernier point, cela faisait très longtemps que j’en rêvais. Changer pour plus grand, avoir enfin un bureau. Mais. A l’idée de faire les cartons et trouver les gens pour les porter, louer un camion, faire toutes les démarches… j’étais horrifiée. Surtout question déménagement des livres, vous voyez.

Et puis le destin a fait son boulot. Pour une fois. Parce que, voyez-vous, je déménage dans l’appartement situé juste à côté de celui que j’occupe actuellement, plus grand, refait à neuf (et avec goût), une cuisine aménagée et un grand balcon donnant sur une cour au calme et dont je pourrai donc profiter. Et la manière dont les choses se sont faites peut laisser songeur. D’abord parce que lorsque l’appartement était en vente celui qui l’a finalement acheté a choisi au hasard un interphone pour prendre quelques renseignements : le mien. Et là, saisie par l’intuition, je lui ai signifié que s’il le mettait en location, j’étais intéressée : honnêtement, statistiquement parlant, quelles étaient les chances ? Bref, j’adore quand un plan se déroule sans accrocs.

Ce qui est doublement chouette, c’est d’abord que n’ayant que le couloir à traverser, je vais pouvoir transporter mes affaires tranquillement, à mon rythme, sans besoin de réellement faire des cartons, et les gros meubles se sera fait rapidement. Et ensuite que le propriétaire m’a donné le plan avec toutes les mesures, et que je peux donc faire ma petite organisation, réfléchir à ce qui sera le mieux, déplacer, mesurer, envisager plusieurs possibilités. Je me projette complètement dans ce nouvel appartement. Un peu d’une nouvelle vie.

Lorsque j’ai visité les lieux (que je connaissais de toute façon), c’était totalement en travaux. Le propriétaire m’a dit : « il va vous falloir de l’imagination pour visualiser ». Ce à quoi j’ai répondu : « vous savez, je suis écrivain, ce n’est pas l’imagination qui me manque ». Il a ri (mais pour les loyers il préfère que je ne sois pas uniquement écrivain).

Donc maintenant, me voilà à rêver, à réfléchir à la décoration, à compulser frénétiquement Pinterest

Le seul truc relou, c’est le prévis pour l’appartement que j’occupe actuellement : 3 mois je trouve cela clairement abusé.

Mais bon, je change de décor, et je serai dans le nouveau pile pour mon anniversaire : elle est pas belle, la vie ?