Aux petits mots les grands remèdes, de Michaël Uras

Aux petits mots les grands remèdesMes yeux avaient la mauvaise habitude de chercher la bibliothèque dans toutes les habitations que je visitais. Les livres, leur disposition, leur état en disaient long sur les propriétaires. Combien d’habitations ne renfermaient aucun livre ? Aucune revue, même ? Des lieux sans lecture, coupés de l’intelligence. Ou alors, des lieux qui faisaient un usage particulier des livres : cale-meuble, table de chevet (en les empilant sans jamais les ouvrir), le livre factice, à la couverture souvent horrible, au titre bien réel, Le Roman de la momie, désespérément vide de mots…

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Michaël Uras, Chercher Proustet c’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que, tranquillement allongée dans mon hamac, je me suis plongée dans son nouvel opus, qui, encore une fois, rend hommage à la littérature et au pouvoir des mots.

Alex est un lecteur compulsif, qui vit sa vie à travers les livres. Il en a fait son métier : bibliothérapeute, il soigne les maux des autres grâce aux mots. Mais lui-même est très malheureux depuis que Mélanie l’a quitté…

Voilà encore un bien joli roman, drôle et spirituel, parfois un peu loufoque, qui fait un bien fou. En jeu, la manière dont les textes font écho en nous et peuvent réparer les gens ; les patients d’Alex ont des problèmes plus ou moins graves, des failles plus ou moins profondes, et à travers ces morceaux de vie le roman, au passage, interroge la société et certains de ses dysfonctionnement, tout en nous offrant une plongée dans les arcanes d’une profession encore mystérieuse et méconnue, et au passage en nous donnant des idées de lecture (si besoin était).

Un roman parfait pour se détendre et passer un bon moment avec une histoire sympathique narrée par une plume vive et alerte. Je recommande chaudement !

Aux Petits mots les grands remèdes
Michaël URAS
Préludes, 2016

L’avis de Stephie

challenge12016br10% Rentrée Littéraire 2016 – 10/60
By Lea et Herisson

Entretien avec… Catherine Domech, bibliothérapeute

livresJe ne sais pas vous, mais moi, depuis la sortie de Les livres prennent soin de nous de Régine Detambel (que je n’ai toujours pas trouvé l’occasion de lire, mais ne désespérons pas), j’étais très intriguée par la bibliothérapie. J’avais envie d’en savoir plus, et Catherine Domech, bibliothérapeute à Paris, formée à la bibliothérapie créative par Régine Detambel elle-même, a répondu à mes question pour m’éclairer sur le sujet !

Est-ce que vous pouvez expliquer ce qu’est la bibliothérapie ?

Si l’on prend l’étymologie du néologisme « bibliothérapie » nous avons la réponse puisque biblios signifie livre et therapeuein se réfère au verbe soigner. Il s’agit donc de se soigner par les livres. La définition officielle est l’utilisation d’un ensemble de lectures sélectionnées en tant qu’outils thérapeutiques, en médecine et en psychiatrie ; et un moyen de résoudre des problèmes personnels par l’intermédiaire d’une lecture dirigée.

Comment ça fonctionne ?

Pour apporter un bien-être aux personnes qui consultent, on peut utiliser trois types d’ouvrages :
– La littérature (fiction, poésie, etc). Dans ce type d’ouvrage, le lecteur peut trouver un effet bénéfique car comme l’a dit Freud « partout où je suis allé, un poète était allé avant moi. ». En ce qui me concerne, comme je pratique la bibliothérapie créative je n’utilise que ce type d’ouvrage pour laisser au lecteur sa liberté d’interprétation, d’identification et d’imagination.
– Les ouvrages de psychologie grand public en rapport avec le soi de l’esprit ainsi que la recherche du mieux-être.
– Les livres d’auto-traitement ou Self-help books comme on les appelle dans les pays anglo-saxons. Ces livres permettent au lecteur-patient d’être dirigé dans les actes de la vie quotidienne pour l’aider dans un processus de changement comportemental et psychologique.

Comment se déroule une consultation ?

Je demande à la personne de m’exposer ce qui la préoccupe au cours d’une séance d’une vingtaine de minutes ou plus selon  le problème évoqué. Après analyse, je recherche puis propose une sélection d’ouvrages qui seront susceptibles de répondre à l’attente du lecteur. Je prends également en compte le profil de lecteur de la personne qui consulte. La personne est libre ensuite de revenir vers moi pour parler des livres lus et analyser certains passages. On peut également privilégier des séances de lectures à voix haute. En tout état de cause, je m’adapte aux besoins du lecteur.

A qui conseiller de consulter un bibliothérapeute ?

Pour les personnes qui veulent changer leur relation avec l’anxiété grâce à des livres ou bien pour celles qui aimeraient trouver des réponses à des questions personnelles, mettre des mots sur des émotions qui les habitent et/ou éclaircir un sujet grâce à une lecture personnalisée. Je fais également des recherches d’ouvrages pour des enfants. Bien souvent, pour les plus petits, ce sont les parents qui m’exposent le problème à la place de l’enfant. La problématique peut être par exemple en rapport avec le divorce des parents, les familles recomposées, etc.

Quels problèmes la bibliothérapie peut-elle aider à résoudre ?

 Les personnes qui consultent le font pour les raisons suivantes : éclairer un sujet sur lamour, l’argent, le vieillissement, la confiance en soi, le sens du destin, etc. car les grands écrivains ont su trouver les mots justes pour parler de choses que nous sommes, bien souvent, incapables d’expliquer par nous-mêmes ; pouvoir s’identifier à une image, à une histoire ou à un personnage ; entendre d’autres points de vue et avoir ainsi, la possibilité d’emprunter d’autres pistes de réflexions ; mieux comprendre leur relation avec un proche ; réduire leur anxiété ; surmonter un traumatisme, une douleur affective, un deuil, une rupture ; avoir le pouvoir d’agir, grâce à la lecture, pour créer soi-même son propre changement ; renouer avec sa vie intérieure et l’enrichir ; vouloir tout simplement être conseillé devant la multitude de livres à lire…

Est-ce que la bibliothérapie peut venir en complément d’une psychanalyse, voire s’y substituer dans certains cas ?

La bibliothérapie ne peut en aucun cas se substituer à des traitements médicaux pour des problèmes importants mais elle peut en effet venir en complément d’une psychanalyse. Elle peut suffire pour répondre à des questions existentielles ou bien pour des petites dépression ou pour réduire l’anxiété chez certaines personnes.

Comment choisissez-vous les livres que vous conseillez à vos clients (ou doit-on dire patient ?) ? Ne conseillez-vous que des livres que vous avez vous-même lus ?

Personnellement, je n’aime pas dire patients, je dis lecteurs. Je choisis les livres en fonction du profil du lecteur (quel type de livre lit-il habituellement, est-il un grand lecteur ou un lecteur occasionnel ?) et de ce qui l’a amené à me consulter. Je conseille bien entendu des livres que j’ai lus, je me fais également conseiller par des personnes qui ont fait du livre leur métier (bibliothécaires, libraires, grands lecteurs) et si je n’ai pas lu le livre, je le fais avant de le mettre entre les main de son futur lecteur.

Comment doit travailler le patient ? S’agit-il d’une lecture comme on en a l’habitude, ou a-t-il un travail autre à faire ? En discutez-vous ensuite ? 

Le livre doit être lu comme le lecteur l’entend, à son rythme, le faire réfléchir ou pas dans l’immédiat. Il faut que la lecture fasse son chemin dans l’esprit du lecteur et pour cela il n’y a pas de règles. Après avoir lu les ouvrages conseillés, le lecteur peut revenir vers moi pour en discuter et analyser les écrits avec lui.

Combien coûte une consultation ?

Là aussi, il n’y a pas de tarifs règlementés, donc je vais parler du coût de mes propres consultations ; elles sont de 65 euros la séance. Le coût comprend la consultation, la recherche des livres et ensuite les retours des lecteurs pour discuter des livres lus.

Comment devient-on bibliothérapeute ? Y a-t-il des formations, des diplômes ? 

Selon moi, on devient bibliothérapeute par passion des livres, pour apporter du mieux-être à autrui. Il n’y a pas de formation diplômante actuellement en France mais l’écrivaine Régine Detambel donne des formation de bibliothérapie créative (voir son site officiel)  près de Montpellier. J’ai moi-même suivi cette formation très enrichissante. Il convient naturellement d’avoir une solide formation diplômante en littérature ou dans les métiers du livre.

Avez-vous des ouvrages à nous conseiller pour en savoir plus, outre celui de Régine Detambel ?

Oui, il y a trois très bon livres : Bibliothérapie – Lire, c’est guérir du philosophe Marc-Alain Ouaknin (éditions du Seuil), l’excellent L’art de lire ou comment résister à l’adversité de Michèle Petit (éditions Belin) et un autre de Michèle Petit : Éloge de la lecture : la construction de soi (éditions Belin)

Si cela vous intéresse, vous pouvez consulter le site de Catherine Domach : Bibliothérapie Paris !