Le lien, de Vanessa Duriès : de la servitude volontaire

Car il est une évidence qu’ignorent les non-initiés à cet univers marginal et envoûtant : le maître n’est jamais celui qu’on croit. Le maître est en état de dépendance totale par rapport à son esclave. Il est en réalité l’esclave de son esclave, de son acceptation à subir les sévices qui l’excitent. Lorsqu’on a compris cette réalité paradoxale, il n’y a plus de honte à être esclave. Au contraire, par le jeu subtil des rapports de force, l’esclave peut être celui qui exerce le véritable pouvoir dans la relation sadomasochiste.

Le Lien de Vanessa Duriès est un texte culte dans l’univers du BDSM. Paru initialement en 1996 aux éditions Blanche, il est aujourd’hui réédité par la Musardine.

La narratrice, dont le pseudonyme est Laïka, raconte et analyse dans ce texte ses relations avec son maître et ses expériences dans le milieu.

Bon, je pense que mon manque d’enthousiasme se sent dès le résumé. Pourtant j’étais intéressée par le sujet, et le récit ne manque pas de réflexions intéressantes sur les limites, les tabous qui enrichissent la connaissance de soi, les relations entre le maître et l’esclave. Un texte passionnant donc d’un point de vue psychologique et donc humain. Mais voilà, je ne peux plus lire ce genre d’expériences extrêmes, c’est trop pour moi et je n’ai ressenti que du dégoût ce qui, on est d’accord, n’est pas le but quand on lit de l’érotisme, et je veux désormais de l’érotisme solaire et joyeux !

En conclusion donc : un texte qui n’est vraiment pas pour tout le monde, mais qui m’a permis aussi de voir mes limites.

Le lien
Vanessa DURIÈS
Editions Blanche, 1996 (La Musardine, 2020)

Sur une idée coquine de Stephie

Punir d’aimer, d’Octavie Delvaux : la quête des sens

En même temps, j’avais ouvert mon chemisier de deux boutons, et je ventilais mon décolleté du plat de la main. L’Anglais était ferré. L’œil rivé sur ma poitrine généreuse, il n’était plus en mesure de me refuser quoi que ce soit.  Une seconde bouteille atterrit sur la tablette, que je descendis aussi vite que la première. La discussion se poursuivit. Je prenais soin de ponctuer mes propos de références coquines qui ne manquaient pas de plonger mon interlocuteur dans un abîme de confusion.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de recueil de nouvelles érotiques, et vu mon blocage actuel avec la fiction longue, j’ai décidé de me plonger dans le dernier ouvrage d’Octavie Delvaux, dont j’avais vivement apprécié A cœur pervers

Une vingtaine de nouvelles composent ce recueil, nouvelles d’une très grande diversité et qu’il serait donc vain de vouloir résumer.

Ce qui frappe, c’est l’imagination débordante de l’auteur et son talent indéniable pour la nouvelle ; la première, notamment, m’a amusée par la manière dont elle s’y met en scène par un procédé de mise en abyme et d’intertextualité avec A cœur pervers. Après, il en est de ce recueil comme de beaucoup d’autres : si certains textes m’ont beaucoup plu, en particulier quatre, « Calamity train », « la fille du tailleur et les trois mendiants », « le triskèle » et « les dieux de l’Olympe », je suis restée à quai de beaucoup d’autres. Mais c’était intéressant de le constater : le recueil est tout de même très orienté BDSM (vu le titre du reste, on peut s’en douter) et je me suis rendu compte que ce n’était plus trop mon truc ; surtout, dans la plupart des histoires, c’est la femme qui est dominatrice, et ça, ça n’a jamais été mon truc.

Bref, objectivement un bon recueil, épicé à souhait, dans lequel Octavie Delvaux montre une imagination sans limites et une grande maîtrise, mais qui n’était pas forcément pour moi !

Punir d’aimer
Octavie DELVAUX
La Musardine, 2019

Péché divin. Les Nuits tentatrices – 3, d’Emma Foster

Péché divinJ’ai beaucoup de mal à croire aux promesses d’amour éternel, au concept d’âme soeur et à tout le cortège de mièvreries. L’amour est un sentiment fluctuant et qui ne cesse de se réinventer. Déclarer à quelqu’un qu’on l’aime, ça n’implique pas qu’on compte vivre avec lui jusqu’au dernier souffle, mais qu’au moment où on le dit, cette personne est indispensable, qu’on respire mieux quand elle est là. Qu’avec elle, on se sent moins seul au monde. Mais rien n’indique que ça dure éternellement.

Ceux qui attendaient qu’elle soit complète pour se lancer enfin dans la sulfureuse trilogie des Nuits tentatrices d’Emma Foster, la reine de la romance érotique française, peuvent se réjouir : le dernier tome vient enfin de paraître.

Après avoir arraché Ève des griffes de Théophile, Adam l’emmène dans son manoir en Ecosse où, à force de tendresse et de jeux érotiques, il parvient à la ramener du côté de la vie. Mais Théophile n’a pas dit son dernier mot…

Toujours aussi sulfureux mais plus apaisé et moins violent, ce dernier tome clôt la série en beauté. Les conflits sont résolus, les secrets révélés (ce qui fait qu’il est difficile d’en parler sans trop en dire). L’érotisme, toujours bien présent, devient plus solaire, plus lumineux, à mesure que la pulsion de vie terrasse la pulsion de mort, ce qui donne finalement à l’ensemble une dimension cathartique : on ne sort pas de cette lecture comme on y est entré.

Une trilogie donc à ne pas manquer, riche de nombreuses références littéraires, mythologique et symboliques, qui doublent le plaisir des sens d’un vif plaisir intellectuel !

Péché divin. Les Nuits tentatrices – 3
Emma FOSTER
Milady, 2016

Péché brûlant. Les nuits tentatrices – 2, d’Emma Foster

Les nuits tentatricesPeut-être parce que j’ai refusé de me pardonner. J’ai abandonné toute idée de rédemption il y a une éternité. Ce que j’ai fait me condamne aux tourments de l’enfer plus sûrement que n’importe quel manquement religieux. Si l’enfer existe — ce dont je doute, car comment pourrait-il exister quelque chose de pire que le marasme dans lequel je me débats depuis des années ? —, je mérite de me consumer dans ses flammes éternelles. Pour être tout à fait honnête, je sais que je suis déjà damnée ; comme un spectre écorché vif, j’erre depuis trop longtemps dans ce monde dans lequel je n’ai plus ma place. Peut-être que je souffrirais moins dans une marmite de lave en fusion comme on en voit dans les scènes infernales de Jérôme Bosch.

Il est enfin arrivé, le second tome de la série Les nuits tentatrices d’Emma Foster.

Cela fait trois semaines qu’Adam a rompu avec Eve, persuadé qu’elle l’avait trahi. La jeune femme, qui avait cru un temps trouver avec lui une certaine forme de rédemption, est à nouveau assaillie par ses démons, se donne au premier venu, cherchant à tout prix à oublier par la douleur physique sa douleur morale, quitte à ne plus respecter les règles précises qui régissent l’univers du BDSM. Quant à Adam, il s’interroge de plus en plus sur sa véritable nature et celle de ses désirs.

Un second tome dans la lignée du premier : s’il faut quelques pages pour reprendre le fil de l’histoire, on est très rapidement plongé dans cet univers très troublant et finement analysé que nous propose Emma Foster ; dans ce tome, les personnages, séparés, prennent de l’épaisseur au fil des chapitres dont le point de vue alterne entre l’un et l’autre, l’auteure creuse leur âme, et si on ne sait toujours pas précisément les raisons des tourments d’Eve, on commence néanmoins à entrevoir la tragédie qu’elle a vécue ; Adam de son côté apparaît de plus intéressant et intrigant, et, soyons honnête, assez attirant.

Rien que ces éléments font de ce tome un roman érotique de grande qualité, mais il y a plus : la véritable dimension littéraire de l’ensemble. C’est extrêmement bien écrit, et l’auteure manie à la perfection les références littéraires et mythologiques, les tissant les unes aux autres pour parvenir à quelque chose de très cohérent et profond, où encore une fois Eros et Thanatos luttent pour capturer l’âme humaine : la Bible, Sade, Faust, Milton pour ne citer que les principales permettent de comprendre que ce qui se joue ici est bien plus qu’une simple histoire de cul, aussi réussie soit-elle.

Décadent, troublant, violemment érotique, jamais vulgaire : à ne pas manquer !

Péché brûlant. Les nuits tentatrices – 2
Emma FOSTER
Milady, 2016

L’initiation de Claire – tome 2 : Douter, de Valéry K. Baran

DouterPeut-être n’aurait-elle pas dû en éprouver un tel effroi, après avoir goûté à ce vers quoi ses pulsions les plus sombres la poussaient ? Elle n’en avait pas été convaincue. Ce que lui avait fait vivre Mathieu était resté extrême, autant dans les pratiques en elles-mêmes que dans l’introduction brutale dans son univers. Il ne lui avait pas mis une gentille fessée avant de lui faire l’amour tendrement ; il l’avait poussée dans ses retranchements, avait abattu ses barrières l’une après l’autre, l’avait emmenée à la jouissance sous ses coups… Et il lui demandait déjà, désormais, d’être impliquée dans un rituel qui, du début à la fin, l’affolait.

C’est avec le premier volet de L’Initiation de Claire que j’ai découvert Valéry K. Baran, auteure dont depuis j’aime beaucoup lire les textes, qui correspondent parfaitement à mes goûts et à mon univers. J’attendais donc avec impatience le second volet de l’histoire de cette jeune femme qui fait l’apprentissage du BDSM…

Au lendemain de sa nuit d’initiation avec Mathieu, Claire ne sait plus trop où elle en est, et s’interroge sur ses désirs profonds : la découverte qu’elle vient de faire de son côté sombre l’inquiète, et elle n’est pas très sûre de vouloir continuer. Pourtant, Mathieu l’attire irrémédiablement.

Ce qui est appréciable avec Valéry K. Baran, outre évidemment les scènes de sexe excellemment écrites et très excitantes, c’est son talent pour explorer les tréfonds de l’âme de ses personnages : les choses ne vont jamais de soi, et les doutes du personnage sur ses véritables désirs sont au coeur de ce second tome, qui constitue en quelque sorte une parenthèse dans l’initiation à l’univers BDSM. Quelques liens, des souvenirs de la nuit précédente puisque ce second volet prend directement la suite du premier, mais ni paddle ni cravache ni fouet. Pour autant, on sait que cela va venir : Claire doute, mais il est très rapidement évident qu’elle a envie de continuer sur la voie de la connaissance d’elle-même et de ses désirs les plus sombres. Pour notre plus grand plaisir, évidemment !

L’initiation de Claire – tome 2 : Douter
Valéry K. BARAN
HQN, 2016

Mardi-c-est-permisBy Stephie

Fifty Shades of Grey, de Sam Taylor-Johnson

Fifty Shades of GreyI don’t make love. I fuck. Hard.

J’avais tellement lu et entendu des horreurs sur ce film que, très paradoxalement, j’étais très curieuse de le voir. J’ai donc profité d’une soirée de canicule pour me coller devant.

L’histoire, on la connaît : une godichette vierge qui rencontre un milliardaire tordu qui va l’initier au sexe et à des pratiques un peu spéciales.

Bon. Je n’ai pas trouvé ce film si nul que ça. Je n’ai pas dit que c’était un bon film, attention : j’ai simplement dit que j’avais vu plus mauvais, et que je m’attendais franchement à pire.

Commençons par ce qui ne va pas, et d’abord le casting : Jamie Dornan me fait autant d’effet qu’une biscotte sans beurre (de toute façon, j’avais personnellement milité pour que ce soit Matt Bomer qui joue le rôle), et quant à Dakota Johnson, elle n’a visiblement pas hérité du sex-appeal familial (bon sang mais comment peut-on être aussi fade en étant la fille de Sonny Crockett ?). Et il n’y a pas d’alchimie entre les deux. Mais, à la limite, ce n’est pas le pire : le pire, c’est que tout est aseptisé, ça sent le désinfectant et le savon au lieu de sentir la sueur, le sang, les corps, le sexe quoi ! Pas de poils, pas de maquillage qui coule, c’est du sexe filmé l’américaine, ça se veut transgressif mais ça a peur de la vraie chair, tout est propre, sous contrôle, même la Red Room of Pain a l’air d’une boutique de luxe. En gros, c’est de l’érotisme pour gens qui ont peur du sexe. Alors que. Selon moi, le gros problème du livre, ce n’était pas que l’histoire en elle-même était dénuée d’intérêt à la base, c’est qu’elle était mal traitée et mal écrite. On aurait pu espérer que le film corrige les défauts, mais ce n’est visiblement pas le cas, et c’est dommage : il aurait fallu un vrai bon réalisateur et des acteurs plus charismatiques pour secouer un peu tout ça.

Malgré tout, certaines scènes surnagent un peu dans l’ensemble, et peuvent réveiller le spectateur de sa léthargie : la scène avec les glaçons, la scène avec la plume de paon, qui n’ont rien d’extrêmement original mais sont assez esthétiques. La scène de bondage est très intéressante également, même si à titre personnel je ne suis pas certaine d’apprécier d’être ficelée comme un rôti (alors que les menottes… mais bref, je m’égare). La bande-son est quant à elle extrêmement bien choisie.

Et puis, ce film ne mérite certainement pas les cris d’orfraies des féministes : contrairement à ce que j’ai lu, il ne s’agit absolument pas de violence conjugale, il ne lui fait jamais rien contre sa volonté, et n’en déplaise à certaines, il s’agit bien là d’un fantasme féminin (et masculin aussi, d’ailleurs, mais ce n’est pas le sujet), et j’aimerais bien que l’on libère le sexe de la dictature bien pensante. Alors certes, elle doute, ne sait pas trop si elle veut ou ne veut pas (et c’est normal), et certes, ce n’est sans doute pas du BDSM dans les règles de l’art mais enfin, il m’avait toujours semblé que le sexe, justement, se passait de règles. Bref : rien de scandaleux de ce côté là, elle explore ses fantasmes et ses limites, et si ce n’est pas super bien fait, ce n’est pas non plus un crime.

Bref. Ce n’est pas le film du siècle, comme pour les livres je pense me passer de la suite, ce n’est pas très excitant et il y a mieux dans la catégorie, mais ça ne mérite pas l’hallali non plus.

Fifty Shades of Grey
Sam Taylor-Johnson
2015

Péché exquis. Les nuits tentatrices – 1, d’Emma Foster

Péché exquisComment une femme qu’il ne connaissait même pas pouvait-elle susciter en lui ce genre de désirs ? Pourquoi voyait-il émerger en lui un penchant pour la domination après plus de vingt ans de vie sexuelle épanouissante ? Il avait la désagréable impression que quelque chose ne tournait pas rond, tout en étant irrésistiblement attiré par ce qu’il sentait sourdre au plus profond de son âme. C’était comme si quelque chose de puissant, en germe en lui depuis toujours, avait entrevu la lumière et cherchait à s’extirper, à s’animer, à se déployer.

L’univers du BDSM ne cesse visiblement pas d’inspirer les auteurs érotiques. Je plaide coupable d’ailleurs : j’ai aussi une nette tendance à aller dans cette direction. Bref. Toujours est-il que le dernier phénomène en date est Emma Foster, dont vous avez sans doute déjà entendu parler : le livre est partout, et elle a déchaîné les foules lors du salon du livre de Paris. Il faut dire que je me demande comment on pourrait bien résister à une aussi jolie couverture (ce collier me fait rêver depuis que je l’ai vu…), même si on ne connaît pas l’auteure (ce qui n’est pas mon cas, j’ai bu du champagne avec elle, ce qui ne signifie pas que je ne suis pas objective).

Depuis son divorce très médiatisé, Adam, un riche et bel homme d’affaires, refuse d’entretenir une relation suivie et se contente de faire appel régulièrement à un service d’escort et plus si affinités. Mais un soir, sa route croise celle d’une jeune femme qui dit s’appeler Ève, et qui lui propose de but en blanc qu’ils couchent ensemble, et c’est tout. Cela devrait convenir à Adam, mais il se rend très vite compte qu’il a envie de la revoir. Désespérément envie. Et qu’elle éveille en lui des désirs jusque-là totalement enfouis.

Le moins que l’on puisse dire est qu’ici, on va droit au but, sans s’encombrer de détours. A quoi bon, après tout ? C’est chaud, très chaud, totalement décomplexé, mais c’est aussi, et c’est là toute l’originalité, très drôle à l’occasion (qui a dit que la chair était triste ?), tissé de subtiles références littéraires, très bien écrit et vraiment très imaginatif (la scène dans la cuisine m’a laissée pantoise). Les passages du journal d’Ève sont d’une beauté et d’une poésie absolues, et offrent un contrepoint intéressant au reste du roman, écrit du point de vue d’Adam, et permettent d’atteindre une véritable complexité psychologique : apprentissage, oui, mais c’est Adam et non Ève qui apprend à se connaître lui-même et à apprivoiser ses fantasmes les plus cachés. Et il a beau avoir toutes les caractéristiques du héros de romance érotique, il est loin d’être un cliché, tout comme Ève est à mille lieues des personnages féminins que l’on trouve habituellement dans ce genre de romans.

Bref, un roman délicieusement décadent, violemment érotique sans jamais être vulgaire, qui donne des idées et en tout cas parle à mon imaginaire fantasmatique.

Péché exquis. Les nuits tentatrices – 1
Emma FOSTER
Milady, 2015

Lu par Karine, Noukette, Stephie

Mardi-c-est-permisBy Stephie