Instantané #116 (champignons)

Une journée dans les bois. Crapahuter tous les sens en éveil. En pleine conscience. Respirer à pleins poumons et les odeurs de sous-bois, d’humus, de champignons, de feuilles humides. Escalader, enjamber, glisser. Et puis la récompense : trouver un beau cèpe, tout rond et charnu, le cueillir et le mettre dans son panier en remerciant la nature.

Alors je ne suis pas une chercheuse de champignons exceptionnelle : après celui-là, j’en ai trouvé un autre tout petit et le chapeau d’un troisième, ce qui fait assez peu. J’en avais trouvé beaucoup plus l’an dernier, mais l’an dernier ils poussaient à foison. Et puis, on va être honnête : la cueillette des champignons est un peu un prétexte pour un bain de forêt, faire ma sauvageonne, ramasser des feuilles du houx et des morceaux de quartz, parler aux arbres et aux lutins qui vivent dans les souches, prendre de jolies photos et me sentir vivante.

Mais tout de même je suis contente de ce cèpe !

Cheminer d’arbre en arbre

Toujours dans mon projet poétique j’ai eu envie de me replonger dans ce magnifique poème d’Andrée Chédid, qu’il y a un an on a vu un peu partout mais malheureusement pas apprécié à sa juste valeur. Alors je le partage avec vous, en tout amour.

Destination : Arbre

Parcourir l’Arbre
Se lier aux jardins
Se mêler aux forêts
Plonger au fond des terres
Pour renaître de l’argile

Peu à peu

S’affranchir des sols et des racines

Gravir lentement le fût

Envahir la charpente

Se greffer aux branchages

Puis dans un éclat de feuilles
Embrasser l’espace
Résister aux orages
Déchiffrer les soleils
Affronter jour et nuit

Évoquer ensuite
Au cœur d’une métropole
Un arbre un seul
Enclos dans l’asphalte Éloigné des jardins
Orphelin des forêts

Un arbre

Au tronc rêche

Aux branches taries

Aux feuilles longuement éteintes

S’unir à cette soif
Rejoindre cette retraite
Ecouter ces appels

Sentir sous l’écorce
Captives mais invincibles
La montée des sèves
La pression des bourgeons
Semblables aux rêves tenaces
Qui fortifient nos vies

Cheminer d’arbre en arbre
Explorant l’éphémère
Aller d’arbre en arbre
Dépistant la durée.

Instantané #69 (Bain de forêt)

C’est curieux, la vie. S’il y a ne serait-ce qu’un an on m’avait dit qu’un jour je tannerais mon entourage familial pour qu’on aille se promener dans la forêt, j’aurais répondu qu’il fallait arrêter les substances hallucinogènes. Parce que la forêt était vraiment un lieu qui me faisait peur et que je n’aimais pas du tout, d’abord c’est salissant, c’est plein de bestioles, et il est difficile de s’y repérer. Je crois surtout que, d’un point de vue psychanalytique et archétypal, la forêt représente les profondeurs de l’inconscient, et que ni d’un point de vue symbolique ni d’un point de vue pratique j’avais envie d’aller fouiner de ce côté là, des fois que j’y rencontrerais le loup. Mais comme j’ai fini par le faire d’un point de vue symbolique, autant aller jusqu’au bout de la démarche…

Pendant longtemps, je me suis définie comme une citadine intégriste, qui n’aimait que Paris (où je ne suis pas revenue depuis près d’un an) et qui avait des bouffées d’angoisse dès qu’elle n’était plus sur le bitume. Tout au plus aimais-je (mais passionnément) l’océan, et la montagne. En fait, j’avais recouvert mes aspirations profondes d’une épaisse couche, et j’ai compris pourquoi en lisant Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola-Estès. Mais vient toujours un moment dans la vie où les couches, on est invité (parfois de manière très insistante) à les enlever. Et on se sent mieux : c’est ce que je disais l’autre jour concernant les arbres, en hiver : on laisse tomber les feuilles devenues inutiles et encombrantes, pour que de nouvelles puissent pousser. Si on ne le fait pas, rien de nouveau ne peut advenir…

Alors, besoin de me reconnecter à la nature, pas seulement en parlant aux oiseaux qui se perchent sur le rebord de ma fenêtre (appelez-moi Blanche-Neige) ou en m’occupant de mes plantes. Non, la forêt. La vraie. Prendre un bain de forêt. Entendre l’appel de la forêt et écouter sa voix. S’éveiller à cette expérience de vie et se reconnecter à soi-même. Les japonais appellent ça Shirin-Yoku, on peut parler aussi de sylvothérapie. J’aime mieux bain de forêt, tout de même.

Dans mon deuxième roman, qui m’apparaît aujourd’hui comme puissamment prémonitoire vu que je l’ai écrit (enfin, le premier jet et les suivants mais il n’est pas abouti) il y a plus de deux ans (j’imagine que quelque chose que je n’avais pas vu bouillonnait au fond de moi), mon héroïne habite sur le boulevard Saint-Germain et a des vapeurs dès qu’elle doit passer le périph’, mais elle fait cette expérience de reconnexion à la nature et retrouve la femme sauvage en elle. L’une des scènes clés est qu’elle enlace un arbre. C’est quelque chose que pour ma part je n’ai encore jamais expérimenté : j’en ai très envie mais je ne veux pas que ce soit avec n’importe quel arbre (je ne suis pas une fille facile, je n’enlace pas le premier venu), ni n’importe où. Donc, j’attends. Je vous raconterai, le cas échéant !

Et vous, vous aimez vous promener en forêt ? Vous avez déjà enlacé un arbre ?