Tu veux vraiment t’installer à la campagne ? D’Aurélie Delahaye : le bonheur dans le pré

Toi qui rêves de verdure, de grands espaces, d’une vie différente, plus en accord avec tes valeurs, plus en lien avec la nature. C’est le bon livre que tu as saisi, celui d’une ancienne Parisienne qui s’est installée il y a quatre ans dans le trou du c*** du monde. Rappelons d’abord que le « trou du c*** du monde » est une notion toute relative. Peut-être auras-tu déjà l’impression d’y être en emménageant en bordure d’une grande ville française, simplement parce qu’une solitude t’envahit depuis que tu es ici, et qu’en plus, tu viens de voir passer un tracteur. Pour ma part, dans le village où je suis installée, il y a cinq cents âmes qui vivent (sans compter vaches et moutons, sinon on peut tripler la population), et de la verdure tout autour. C’est donc de mon expérience que je vais partir, mais rassure-toi, tu pourras sûrement t’y reconnaître, même si nos situations sont différentes.

De plus en plus de gens rêvent de quitter la ville pour partir s’installer à la campagne, surtout depuis le confinement. C’est ce qu’a fait Aurélie : après avoir quitté Paris pour un tour de France en camionnette, elle s’est installée dans un petit village dans une campagne de France que je connais bien puisque j’y ai grandi. Sans aucune intention d’y retourner d’ailleurs, je vise une autre région, et pas la vraie campagne, mais enfin, l’idée y est. Bref : elle sait donc de quoi elle parle lorsqu’elle évoque le sujet.

Ce petit livre se veut donc un guide du neo-rural, sans tabous, sans licornes ni paillettes, mais sans défaitisme non plus, afin que ceux qui envisagent le grand saut sachent où ils mettent les pieds. Après avoir évoqué les pré-requis et le véritable contexte de la campagne, elle évoque les première fois, les « bonnes idées », et comment envisager l’avenir.

Et c’est fait avec beaucoup d’humour, de bienveillance et d’humanité : Aurélie n’idéalise pas les choses car elle ne cherche pas à convaincre qui que ce soit, mais elle reste néanmoins encourageante. Certaines anecdotes sont à mourir de rire (ses aventures avec internet, l’erreur du débutant de prendre un opérateur low cost dans un coin reculé), d’autres font un peu peur, cela semble parfois caricatural mais je sais que non.

Une lecture enthousiasmante, même si vous n’avez pas spécialement de projet de déménagement !

Tu veux vraiment t’installer à la campagne ?
Aurélie DELAHAYE
Jouvence, 2021

Donne-moi la main Menino, d’Aurélie Delahaye : Sauver Lisbonne

Rosa sourit. « C’est un bon endroit, le Portugal, pour tomber amoureux. »

Évadons-nous un peu aujourd’hui, et partons à Lisbonne, avec le premier roman d’Aurélie Delahaye, qui m’avait beaucoup touchée avec son récit Embrasser l’inconnuLisbonne c’est, de tous mes voyages, celui que j’ai préféré, pour de nombreuses raisons, et c’est d’ailleurs la destination préférée des français, pour s’y installer ou pour le tourisme. Ce qui cause des problèmes d’ailleurs, et c’est le sujet du roman.

En effet, Lisbonne, en pleine restructuration immobilière, est devenue tellement attractive que les loyers explosent, les habitants sont expulsés et n’ont plus nulle part ou aller. Dans le roman, nous suivons donc un groupe de personnages qui se battent pour que la ville conserve son authenticité, et que les lisboètes puissent continuer à y vivre. A commencer par Menino, le personnage central, grand adulescent attachant qui a un peu de mal à se considérer comme un adulte.

Alors nonobstant le côté trop manichéen et donc simplificateur (le vrai problème de Lisbonne est la dérégulation totale et l’absence de politique du logement, dont l’explosion d’Airbnb est un symptôme plus qu’une cause, et j’ai trouvé la critique trop peu subtile), j’ai beaucoup aimé me plonger dans ce roman aux personnages attachants, parce que bien sûr il a fait remonter des effluves de souvenirs de cette ville en mutation, vivante, vibrante, faite pour la poésie et l’amour : les bruits, les odeurs, les ruelles pentues et secrètes, les miradoros à couper le souffle… c’est bien simple, j’ai envie de pasteis de nata !!!

Bref, un roman doudou, qui fait voyager : tout ce dont on a besoin en ce moment !

Donne-moi la main Menino
Aurélie DELAHAYE
Anne Carrière, 2020

Embrasser l’inconnu, d’Aurélie Delahaye : happyculture

Nous aurions pu nous résigner. Nous dire qu’il fallait apprendre à vivre raisonnablement, suivre la cadence. Mais nous ne l’avons pas fait. « Nous », c’est toutes celles qui vivent à l’intérieur de moi : la rêveuse, la douce, la sensible, la petite fille, la cartésienne, l’aventurière, la rebelle, l’impatiente, la poète, l’énervée, l’écrivaine, l’angoissée, l’artiste, la triste, la féminine, la masculine aussi. On nous a souvent dit, à toutes : « On ne vit pas dans un monde idéal, Aurélie, un jour il faudrait que tu le comprennes ! »
Je l’ai compris très vite, en réalité.
Cela n’a fait qu’accentuer mon envie de vivre mes rêves pour rendre ce monde plus beau, pour moi et pour les autres. Mais aussi honorer ce qu’il a déjà de beau, parce que si on ouvre grand les yeux, on voit mille merveilles s’animer, où que l’on soit. 

Ce livre est arrivé dans ma boîte aux lettres à la fois par surprise (je ne me souvenais plus du tout l’avoir demandé, mais vérification faite, si) et pile au bon moment, alors que je me pose beaucoup de questions : j’habite poétiquement le monde, c’est comme ça que je me définis, et j’ai de plus en plus de mal à composer avec le réel. Je cherche à mettre du sens dans ce que je fais, notamment d’un point de vue professionnel. Et c’est exactement le questionnement d’Aurélie.

Embrasser l’inconnu, c’est l’histoire d’une jeune femme qui veut rendre le monde plus beau et les gens plus heureux. Mais ce n’est pas un métier, ça : alors, elle essaie de se conformer à ce que la société attend, elle fait des études, trouve un travail, essaie différentes sortes d’entreprises, mais ça ne va pas, elle n’est pas dans son axe, pas alignée avec ce qu’elle doit faire, sa mission de vie. Et un jour elle quitte tout, pour se lancer dans l’aventure Ordinary Happy People

Si le but d’Aurélie est d’apporter de la joie, elle a réussi au moins avec moi, parce que ce récit, dévoré d’une traite, m’a littéralement enchantée. J’ai d’abord aimé ses questionnements, qui ont particulièrement résonné en moi : ce cheminement pour trouver ce que l’on doit faire, ce qui a du sens pour nous, ce qui nous permet d’être dans notre axe (et qui, parfois, bouge), ce travail qui nous convient, et qu’il faut parfois inventer. Faire des petits pas, sans savoir quel sera le suivant et encore moins où cela va nous mener. Si je ne suis pas prête à me lâcher dans le vide comme ça (et puis, clairement, le minimalisme et la vie itinérante dans un camion, ce n’est pas mon axe à moi), j’ai besoin d’un filet de sécurité, le fait est que j’ai senti vibrer beaucoup de choses, et que ce récit a fait germer quelques idées (ou, en tout cas, a semé des petites graines).

Quant au projet lui-même, j’ai trouvé qu’il y avait quelque chose de très poétique et artistique qui m’a rappelé certains projets de Sophie Calle. Et l’ensemble constitue une vraie réflexion, à la fois intuitive et expérimentale sur la joie et le bonheur.

Un récit plein de jolies choses, de beaux moments, de formidables rencontres : une belle aventure qui redonne foi en l’humanité !

Embrasser l’inconnu
Aurélie DELAHAYE
Anne Carrière, 2019