Masculin/Masculin – L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours, au musée d’Orsay

affiche_masculin_masculin_mus_e_d_orsayVoilà une exposition qui a bien fait palabrer dans les chaumières. Imaginez un peu : une exposition consacrée à la nudité, mais pas la nudité féminine, tellement galvaudée par la publicité qu’elle n’a plus rien de sulfureux, mais la nudité masculine, beaucoup plus… inhabituelle ? Pas tant que ça, et pourtant. Pourtant, un avertissement : Le musée vous informe que certaines des oeuvres présentées dans l’exposition sont susceptibles de heurter la sensibilité des visiteurs (et tout particulièrement du jeune public). Ah bon. Et puis, un article bête du Figaro, qui voit ici une exaltation de l’homosexualité. Parce qu’on ne peut apprécier la nudité masculine que si on est gay, faut-il croire. Zut, serais-je gay sans le savoir ?

J’étais donc très curieuse de me rincer l’oeil me faire ma propre opinion, vous me connaissez…

L’exposition a pour ambition d’explorer toutes les dimensions et significations de la nudité masculine en art, en élargissant l’horizon traditionnel du musée pour embrasser plus deux siècles de création, dans toutes les techniques : peinture, sculpture, art graphique et bien sûr photographie. Les œuvres exposées ne sont pas organisées de manière chronologique, mais thématique : l’idéal classique, le nu héroïque, les dieux du stade, la vérité, l’homme dans la nature, la douleur ou encore le désir. Ce choix judicieux permet d’établir un dialogue entre les époques et de faire émerger les invariants.

C’est une exposition que j’ai vraiment beaucoup appréciée : extrêmement éclairante et aérée pour donner une vraie visibilité aux oeuvres, elle permet d’appréhender l’histoire des arts d’une manière nouvelle. J’ai été particulièrement intéressée par l’ingéniosité avec laquelle certains artistes représentaient le corps nu tout en cachant l’essentiel, par une épée ou tout autre objet judicieusement placé, par un angle de vue particulier, ou par l’absence totale de complexes de certains autres. Mais, de manière générale, j’ai surtout été touchée par la grande fragilité qui finalement se dégage de ce précaire masculin dans son plus simple appareil, fragilité qui est loin d’être une évidence, au contraire.

C’est donc une exposition que je conseille sans aucune réserve, même si je suis toujours aussi perplexe concernant l’avertissement. Je vous souhaite néanmoins d’avoir plus de chance que moi et de ne pas faire la visite en même temps qu’un cro-magnon inculte qui pousse des « mais quelle horreur » devant chaque oeuvre (heureusement pour lui il m’a dépassée au bout d’un moment, sinon je pense qu’il se prenait une claque…).

Masculin/Masculin – L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours
Musée d’Orsay
Jusqu’au 2 janvier 2014

(Attention, cette très belle video a été identifiée par les utilisateurs de youtube comme « potentiellement choquante » (mouarf). Je vous aurai prévenus…)

Bloc notes

* Je ne sais pas si vous avez vu (sans doute pas), mais lundi, j’ai participé, en exclusivité, à un hangout avec Douglas Kennedy à l’occasion de la sortie de Cinq jours. C’était une expérience vraiment intéressante et à laquelle je suis heureuse d’avoir participé, même si, à mon humble avis, je ne me recyclerai pas à la télévision (François Busnel n’a aucune crainte à avoir, je ne lui piquerai pas son job) :

* Sinon, Didier Van Cauwelaert se présente, pour la deuxième fois à l’Académie Française. J’espère qu’il sera élu (ça ferait un homme séduisant à l’Académie, ça ne serait quand même pas un luxe de nous rajeunir et de nous bogossifier cette vielle institution, crénom !), même si j’ai peu d’espoir : la dernière fois, ils ont quand même réussi à préférer Xavier Darcos, sur lequel je ne m’étendrai pas par charité (non mais enfin, Xavier Darcos quoi… et pourquoi pas Frank Ribery aussi — oui, je sais, Darcos est agrégé de lettres classiques, ce qui n’est a priori pas le cas de Ribéry, mais je crois que j’ai finalement plus de considération pour ce dernier…), à l’immense Antoine Compagnon. Donc je ne sais pas, mais leurs critères de jugement me semblent obscurs, sinon fumeux. Il sera en concurrence avec Claude Durand (que je n’ai pas l’honneur de connaître). Verdict le 14 novembre.

* Une petite histoire maintenant : un jour, un mec a l’idée géniale de transformer les reliures d’une ancienne usine de livres sur le point de faire faillite en housses pour smartphone et tablettes. Ça s’appelle Dodocase. Pour confectionner ces housses, les ouvriers de l’usine ont conservé le même savoir-faire artisanal que pour fabriquer des livres : tout est fait à la main, la reliure est en type moleskine et de vieilles étiquettes sont collées sur chaque housse. A voir sur le site de Dodocase. Moi qui suis devenue inséparable de mon carnet Moleskine, ça me tente bien…

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* Pour sa troisième édition, le Prix MasterCard®, remis mardi soir dans les salons de l’Hôtel de Ville de Paris, récompense Julia Rometti et Victor Costales, représentés par la Galerie Jousse Entreprise. Les lauréats, mènent depuis 2007 une réflexion autour de la notion de Perspectivisme, idée selon laquelle notre vision et notre compréhension du monde ne peuvent être que partielles et partiales dans la mesure où elle dépendent de nos acquis sociaux, économiques et culturels.
 
Sur le plan formel, une partie de leur travail s’apparente à l’Arte Povera ou encore à l’art conceptuel. Qu’elles soient projetées, posées sur une table, accrochées, tracées au mur ou disposées au sol, leurs œuvres font systématiquement apparaître un certain nombre d’éléments récurrents, dont le célèbre cube de Necker, les références à la nature amérindienne, la pierre (support de mémoire), la littérature et la figure mythique du Chaman. Ayant pour thématique centrale la compréhension de la nature et son alliance avec l’art, ils participeront à la table ronde du 25 octobre au Musée nationale d’histoire naturelle « Lutter contre la crise écologique ».

Intersecting logical or transversal intersection goemetrically equal to a superset of division times approaches the limit of incomplete infinity - 2013 / 7 tirages photographiques noir et blanc - 55 x 40 cm // Courtesy Julia Rometti & Victor Costales et Galerie Jousse Entreprises
Intersecting logical or transversal intersection goemetrically equal to a superset of division times approaches the limit of incomplete infinity – 2013 / 7 tirages photographiques noir et blanc – 55 x 40 cm // Courtesy Julia Rometti & Victor Costales et Galerie Jousse Entreprises

* Enfin, à partir du 6 novembre et jusqu’au 4 décembre, Arte diffusera tous les mercredi à 22h20 une série de cinq documentaires de 52 min, « l’Europe des écrivains », série qui a pour ambition d’explorer les pays européens et de les montrer tels qu’ils sont perçus et vécus par une ou plusieurs figures majeures de la littérature qui en sont originaires. Un portrait en mosaïque de l’Europe et des appartenances nationales, composé d’archives variées et de témoignages d’écrivains recueillis dans des lieux emblématiques. Ce qui, dit comme ça, ressemble assez aux Carnets de route de François Busnel, mais comme il en fait peu, ça reste une initiative intéressante qui nous emmènera en Irlande, en Italie, en Angleterre, en Hongrie et en Espagne. Afin d’apprendre à connaître les écrivains en questions, Yspaddaden propose des lectures communes.

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9621989788_1b50c55217_oCela faisait plusieurs mois que j’en avais très envie, je me la suis offerte hier : une miniature du célèbre Baiser de Rodin pour mettre dans ma bibliothèque.

Bloc notes

* Hier a été dévoilée la thématique du salon du livre 2014 : cette 34ème édition, qui se tiendra à la porte de Versailles du vendredi 21 mars au lundi 24 mars 2014mettra à l’honneur les lettres argentines en recevant une délégation de trente écrivains parmi les plus représentatifs de la littérature argentine contemporaine. Un des événements majeurs des « Lettres argentines à l’honneur » sera la célébration du centenaire de la naissance de Julio Cortazár, un des auteurs emblématiques de la littérature argentine contemporaine.

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* Du 21 juin au 6 octobre 2013, la parisienne de Photographie et La Cité de la mode et du design proposent l’exposition « Parisienne en été », en accès libre sur les coursives et le rooftop : des photographies qui datent de 1880 à 1960, représentant les plaisirs estivaux à Paris. La collaboration se poursuivra à la Cité au gré des saisons. Une bonne occasion de découvrir l’endroit, et éventuellement d’en profiter pour boire un verre et profiter du magnifique panorama.

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* Didier Van Cauwelaert a écrit une nouvelle pièce de théâtre, qui sera en représentation du 4 octobre 2013 au 11 janvier 2014 aux Bouffes-Parisiens. Mise en scène par Alain Sachs, avec Alain Sachs et Macha Méryl, elle s’intitule Rapport Intime. Le pitch ? Un prof de grec au chômage prend en otage une présentatrice télé. Et leur destin bascule en direct, devant des millions de personnes. Dans cette situation aussi tendue pour eux qu’hilarante pour nous, ces deux paumés que tout oppose vont révéler leur vrai visage. Et découvrir qu’ils sont peut-être faits l’un pour l’autre. De l’amour et de l’humour, cocktail que semble apprécier mon écrivain préféré !

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* Le numéro 2 de Vanity Fair, avec la magnifique Audrey Hepburn en couverture, est tout aussi bon que le n°1 et je vous conseille vivement d’y jeter un oeil, sur la plage ou ailleurs.

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* Si vous avez écrit une romance ou que vous pouvez en écrire une d’au moins 250 000 signes d’ici le 1er décembre, les éditions Bragelonne Milady attendent vos manuscrits. Historiques, contemporaines, paranormales ou érotiques, toutes sont acceptées, et les meilleures seront intégrées au catalogue numérique de la maison dès 2014.

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* Une petite découverte récente pour terminer : artips, qui propose une newsletter consacrée à l’art : chaque jour des anecdotes indépendantes de l’actualité artistique, qui permettent de se cultiver en s’amusant.

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Le Pont des arts

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Cet album est en quelque sorte la suite de Mes hommes de lettres  dont je vous parlais la semaine dernière.

Ici, c’est la question de l’art en général et de la relation des écrivains à la peinture en particulier qui est abordée : Diderot et l’invention de la critique avec les Salons, Delacroix qui étrille la peinture d’Ingres chez George Sand, Zola qui explique ses vues sur l’art à Cézanne (qui ne prend pas de notes, le coquin), l’inspiration proustienne, Balzace, Picasso et le Chef d’Oeuvre inconnu… 

Et c’est toujours aussi réussi, un véritable régal d’érudition et d’humour. On rit à chaque page, et on apprend des choses car sont abordés de vrais problèmes d’histoire des arts, des problèmes théoriques, des controverses, la question de la critique. Moins narratif et historique (il se concentre sur le XIXème), cet album est du coup plus réflexif et théorique, et rend les choses vivantes et accessibles, même s’il me semble que contrairement au premier, il nécessite quelques connaissances préalables pour être pleinement savouré.

Une vraie réussite donc, que je conseille sans modération aucune !

Le Pont des Arts
Catherine MEURISSE
Sarbacane, 2012

Madame Grès, quand la couture et la sculpture se rencontrent

Je voulais visiter cette exposition depuis son ouverture en mars, et j’ai donc profité de mon escapade parisienne de jeudi pour la découvrir enfin. Avec cette rétrospective, la première jamais consacrée à ce grand nom de la mode qu’est Madame Grès, le Musée de la Mode et du Costume inaugure sa programmation hors les murs, le palais Galliera étant actuellement en travaux. Et le lieu choisi ne l’a évidemment pas été au hasard, puisque le commissaire de l’exposition, Olivier Saillard, désormais directeur du musée Galliera (il travaillait auparavant à l’Union Centrale des Arts Décoratifs et était chargé de la programmation du musée de la Mode et du Textile) a porté son choix sur le Musée Bourdelle.

Antoine Bourdelle était un sculpteur, et le musée qui lui est consacré dans le quartier Montparnasse a pour cadre ses anciens ateliers. Autant dire que ses sculptures, monumentales ou de taille plus modeste, y sont chez elles, et tout le génie de la scénographie de l’exposition consacrée à Madame Grès tient dans le dialogue entre les oeuvres du sculpteur et celles de la styliste, qui (il n’y a pas de hasard) aurait elle-même souhaité être sculpteur. Du coup, les robes, dont on ne peut qu’admirer la simplicité, le classicisme, ne déparent pas avec l’ensemble : les oeuvres de Madame Grès sont de véritables statues elles aussi, mais statues de tissu, dont la plupart sont exposées sans vitrine, afin de les rendre plus proches du visiteur.

C’est tout un pan de l’histoire de la mode qui s’expose ici, encore que « mode » ne soit peut-être pas le terme le plus adapté : en effet, le talent d’Alix comme l’appelait Worth (du nom de sa première maison de couture) est dans l’intemporel : on pourrait encore porter la plupart de ses réalisations sans avoir l’impression d’être déguisée. D’ailleurs, à musarder parmi les oeuvres avec ma robe longue taille empire et mes spartiates, je n’avais vraiment pas l’impression de détonner au milieu des robes d’inspiration antique, dont la maîtrise du drapé laisse rêveur. A noter d’ailleurs que certaines ont servi pour la mise en scène de La Guerre de Troie n’aura pas lieu.

Mon seul regret finalement est de ne pas avoir voulu m’encombrer de mon reflex, d’autant que le catalogue de l’exposition, bien que magnifique, ne rend pas compte de l’extraordinaire scénographie, les robes exposées étant photographiées individuellement dans un espace neutre. J’ai donc fait toutes mes prises avec mon i.phone, je suis donc un peu déçue par la qualité, car les photographies ne rendent pas justice aux jeux d’ombres et de lumières et aux perspectives. De toute façon, évidemment rien ne remplace une visite, d’autant que l’exposition, qui connaît un véritable succès, est prolongée d’un mois.

 [edit : le diaporama ne fonctionne plus, désolée]

Madame Grès, la couture à l’oeuvre

Du 25 mars au 28 août 2011 au Musée Bourdelle

16, rue Antoine Bourdelle, Paris 15e (Métro Montparnasse/Bienvenüe)

Commissariat: Olivier Saillard, Laurent Cotta, Sylvie Lécallier

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h sauf jours fériés

Plein tarif 7 euros

 

Le musée du quai Branly

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Le musée des Arts Premiers à Paris est un de mes préférés, et pas seulement à cause de la terrasse du restaurant qui offre une vue magnifique sur la Tour Eiffel et propose des beignets de mozarella à tomber. (ni de la boutique, lieu de tentations vives pour moi). Non, pas seulement. Je pense que c’est une des grandes réussites de ces dernières années. Une réussite architecturale, d’abord : le projet, conçu par Jean Nouvel, offre un mélange saisissant de brut et de moderne. Et les galeries, c’est une merveille : à déambuler dans les collections, on se sent totalement immergé dans ces civilisations des continents océanique, asiatique, africain et américain. Un véritable voyage dans l’espace et dans le temps, en plein coeur de Paris. A dire vrai, on se croirait presque Marcel Mauss ou Indiana Jones lui-même : et d’ailleurs, à l’occasion de la sortie du Crâne de Cristal, le musée proposait un parcours pour les enfants (que je ne me suis néanmoins pas privée de suivre) à la recherche du fameux objet !

J’avoue qu’en tant que spécialiste du costume et de la parure, je suis notamment émerveillée par la richesse des collections sur ce sujet : textiles d’Asie ou d’Amérique, bijoux africains… de quoi me faire tomber en pâmoison.

Bref, si vous n’y êtes jamais allés (et je soupçonne nombre de parisiens de n’y avoir jamais posé les pieds), c’est le moment !

Le site : Musée du quai Branly