L’Art qui guérit, de Pierre Lemarquis : la beauté qui sauve

Décrire la souffrance, la raconter, la chanter, la dessiner, la danser vous permettra, quel que soit votre moyen d’expression, de mieux la cerner, de lui imposer des limites, de lui donner un nom, et vous aidera à l’atténuer.

Ce livre était sur ma liste au Père Noël, et comme il est sympa, il me l’a apporté, et ce fut donc ma première lecture active de cette année 2023.

Il ne s’agit pas d’un essai sur l’art-thérapie, mais d’une exploration, , une exposition virtuelle, un musée imaginaire dans lequel, au fil des chapitres, des œuvres et la manière dont elles ont aidé leur créateur et peuvent aider le public nous sont dévoilées.

Le fil conducteur est le rapport de l’OMS du 11 novembre 2019, qui affirme que l‘art est bénéfique aussi bien pour la santé mentale que pour la santé physique : il nous apporte une aide psychologique, physiologique, sociale et comportementale en activant nos sens, en stimulant notre imagination, nos émotions, nos fonctions intellectuelles, il améliore les interactions sociales et peut modifier le fonctionnement de notre cerveau.

Pierre Lemarquis nous invite alors à une promenade artistique à travers l’histoire de l’art, de la grotte de Lascaux, un mystère sur lequel chacun projette finalement son propre monde intérieur, à Jean Dubuffet travaillant sur le pouvoir des couleurs, en passant par Dürer, Bosch, la chapelle Sixtine, L’Origine du monde, Aloïse Corbaz et le facteur Cheval, Nikki de Saint-Phalle ou encore Charlotte Salomon.

Ce livre m’a émerveillée. Il permet de découvrir de nombreuses oeuvres et artistes, des pistes à suivre (il est hérissé de post-it concernant des recherches à mener sur tel ou tel aspect). Bien sûr, il est aussi une invitation à constituer sa propre exposition virtuelles d’oeuvres qui nous font du bien. Et cette idée que l’art nous sauve, c’est évidemment la base du Voyage Poétique !

L’Art qui guérit
Pierre LEMARQUIS
Hazan, 2020

Art et thérapie, d’Alain de Botton et John Armstrong : une autre vision de l’art

Un outil est une extension du corps, rendu nécessaire par un manque dans la constitution physique de ce dernier et permettant de satisfaire un désir. Le couteau est une solution au besoin et à l’incapacité de couper ; la bouteille, au besoin et à l’incapacité de transporter l’eau. Pour découvrir l’utilité de l’art, il faut s’interroger sur les besoins spirituels et émotionnels dont la satisfaction pose problème. Quelles sont les fragilités psychologiques que l’art peut aider à compenser ? Nous en identifions sept, dont nous déduirons sept fonctions pour l’art. Il en existe d’autres, bien sûr, mais celles-ci semblent les plus convaincantes et les plus répandues.

Cela fait longtemps que je m’intéresse à l’art-thérapie, et c’est d’ailleurs une des dimensions de mon projet pour 2021. Mais en général, quand on considère l’art comme un outil thérapeutique, c’est le processus de création qu’on envisage (c’est d’ailleurs pour cela qu’Anne-Marie Jobin affirme toujours que le résultat ne compte pas, ce en quoi je ne suis pas d’accord et c’est pour cela que je n’utilise ni son appellation ni sa méthode, mais passons) ; ici, il s’agit de voir comment les œuvres existantes peuvent nous guérir.

Dans cet essai, l’art est donc envisagé non plus en lui-même mais comme outil thérapeutique, et on lui assigne donc une mission, une fonction : élever les âmes. Après avoir exposé leur méthodologie et notamment les sept fonctions de l’art (le souvenir, l’espoir, la douleur, la recherche de l’équilibre, la compréhension de soi, le développement de soi et la capacité à apprécier), les auteurs étudient ce que l’art peut faire pour nous dans les domaines de l’amour, de la nature, de l’argent et de la politique.

Il s’agit ici d’une très intéressante réflexion sur l’art et ses fonction, qui nous oblige à redéfinir (ou en tout cas réfléchir à) notre propre rapport à l’art et à la place que nous voulons lui accorder dans notre vie, en prenant le contrepied de ce qui est souvent admis, ce qui fait un bien fou. J’ai particulièrement aimé notamment (parce que ça fait partie de mon projet) l’idée que l’art aide à nous connaître nous-même, et nous aide à exprimer qui nous sommes par les œuvres dont nous nous entourons. Très richement illustré, l’ouvrage réinterprète, réanalyse nombre d’œuvres très diverses, et si c’est parfois un petit peu tiré par les cheveux je trouve, cela reste intéressant.

Bref, un essai passionnant, qui donne une nouvelle mission à l’art dans nos vies et qui sera sans doute lu avec profit par les amateurs. De mon côté, il m’a donné plein de nouvelles idées !

Art et thérapie
Alain de BOTTON et John ARMSTRONG
Traduit de l’anglais par Lucie Perineau
Phaidon, 2014