Tripalium

L’autre jour, je crois que j’ai mis le doigt sur ce qui bloque encore au niveau de ma reconversion. Je crois. En fait, je passe des heures sur mes livrets, l’oracle, les nouvelles idées et vraiment cela me procure une joie immense. Par contre, pour tout ce qui est de l’ordre de l’entreprise elle-même, ça bloque, j’ai fait le logo mais c’est tout, même le site internet je bloque, ne parlons donc pas de tout le reste, je vous prie.

Alors bien sûr, il y a le fait que moi, ma zone de génie, c’est la créativité et je sais que tout le reste, l’administratif, ça va être pénible. Je le sais, et je pensais que c’était ce qui bloquait, mais je crois que ce n’est qu’une illusion. Ce qui bloque vraiment, c’est ma vision de ce que doit être le travail.

L’une des étymologies possibles du mot, c’est tri-palium, qui se trouve être un instrument de torture. Le travail, c’est la souffrance, la douleur, ou en tout cas la contrainte, le déplaisir. Personne autour de moi, quand j’étais enfant, n’aimait son travail : il était un mal nécessaire pour avoir un salaire, et la vie, la vraie, c’était tout ce qui était en dehors, les week-end, les vacances. C’est comme ça que je me suis retrouvée à faire un travail qui n’est qu’alimentaire, et que j’ai beaucoup de mal (enfin, mon inconscient : moi j’y arrive très bien) à imaginer que ce qui me permet de gagner ma vie ne soit pas une torture. Il y a donc, je crois, toute une reprogrammation à faire pour que je puisse accepter de gagner de l’argent avec quelque chose qui me rend heureuse.

D’autant que, en tirant le fil, je me suis rendu compte que l’argent aussi était un problème : j’ai pris l’habitude depuis des années de proposer du contenu gratuit, et je bloque sur le prix. En fait, idéalement, les livrets poétiques, j’aimerais les proposer en accès libre, parce que je suis heureuse de les avoir écrits, parce que je suis sûre que cela contribuera a créer des émotions positives et que c’est déjà une belle récompense. C’est pareil d’ailleurs pour mes textes littéraires, et c’est ce qui sans doute bloque aussi. Alors bien sûr, je pourrais, tout proposer en accès libre : mais ça ne règlerait pas mon problème de départ, qui est que je ne supporte plus mon travail alimentaire.

Donc j’en suis là, à me battre avec mes croyances limitantes qui m’empêchent d’avancer. Mais les formuler, c’est déjà commencer à les transformer, alors j’imagine que je suis sur le bon chemin…

Comment vivre au-dessus de ses moyens sans se fâcher avec son banquier, de Marion Chevrier et Aude Tessere

Comment vivre au-dessus de ses moyensComme il est hors de question que tu vives selon tes moyens et que tu te prives à longueur de temps, nous allons t’aider à conserver ton mode de vie. Mais en activant deux leviers pour plus de sérénité : le levier des petites économies, qui te permettront de te faire plaisir (encore) sans être interdit bancaire (encore), puis le levier « banquier », notre préféré, qui t’apprendra à copiner avec cette sale bête indomptable afin d’assainir votre relation pourtant vouée à l’échec.

On le sait, j’ai des goûts de luxe, c’est d’ailleurs ce que m’a dit mon courtier automobile l’autre jour alors que je commandais mon nouveau joujou, un modèle mythique (non, pas une Porsche Cayenne) que j’ai voulu, bien évidemment, dans la couleur la plus chère : « vous, vous faites comme ma femme, vous avez des goûts de luxe ». Bien vu. Bref, on reparlera de cette histoire de voiture. Pour le moment, attardons-nous sur ce petit livre, dont je me suis dit, vu le titre, qu’il était pour moi (encore qu’à y réfléchir je ne vive pas vraiment au-dessus de mes moyens, et que j’entretienne des relations plutôt cordiales avec mon banquier).

Organisé comme un agenda, mois par mois, vise à élaborer des stratégies pour ne plus être en galère financière : la météo des dépenses, des petites listes déculpabilisantes, des phrases de riche/phrases de pauvre, des trucs pour faire croire qu’on est riche, des questions-vérité (vous savez, l’espèce d’arbre où à chaque embranchement on doit répondre oui ou non, ce qui conduit à la question suivante et au final vers une réponse), des citations à méditer…

Alors. Dire que je n’ai pas, à l’occasion, souri voire ri en lisant ce petit livre serait un gros mensonge. Mais, dans l’ensemble, je l’ai tout de même trouvé extrêmement caricatural, même au vingt-sixième degré, notamment les phrases de riche/phrases de pauvre, et, bien sûr, l’image du banquier, sorte de croque-mitaine abominable et ridicule. Et autant le dire tout de suite : vous n’apprendrez pas grand chose de très utile.

On en fait quoi alors ? Éventuellement, on picore dedans pour s’amuser un peu, mais c’est tout, j’en ai bien peur. Ou alors, contrairement à ce que je croyais, je n’étais pas du tout le public-cible, ou bien je n’ai rien compris au projet, ce qui est possible aussi…

Comment vivre au-dessus de ses moyens sans se fâcher avec son banquier
Marion CHEVRIER et Aude TESSERE
Livre de Poche, 2017

Bel Ami, de Declan Donnellan et Nick Ormerod

Bel AmiLes personnes les plus importantes à Paris ne sont pas les hommes. Les personnes les plus importantes à Paris sont leurs femmes.

Figurez-vous qu’alors que je voue un culte au roman de Maupassant, qui est dans le Top 5 de mes romans préférés du XIXe siècle (ça tient sans doute à mon amour des bad boys), je n’avais encore pas vu ce film. Pour une raison toute simple : Robert Pattinson me fait autant d’effet qu’une biscotte sans sel et sans beurre. Vous me direz que de toute façon il est un peu jeune pour moi. C’est vrai. Mais tout de même. Bref là, l’autre soir, il faisait chaud, j’étais désoeuvrée, le film est apparu dans mes conseils personnalisés, j’ai craqué.

Georges Duroy, de retour de l’armée, est très frustré : il est pauvre alors qu’il rêve de luxe et de succès. Mais Georges Duroy a de la chance : un soir, il croise un ancien camarade, Forestier, qui lui met le pied à l’étrier dans le monde du journalisme. Et puis, il exerce une telle fascination sur les femmes que grâce à elles, il va rapidement monter au plus haut.

Le film est honnête, et tout à fait regardable : très esthétique (peut-être même un peu trop), léché, il est dans l’ensemble fidèle aux thématiques du roman que sont l’argent, le sexe, les femmes, le pouvoir : on voit bien comment, finalement, ce sont elles qui ont le vrai pouvoir, ce qui devient critique lorsqu’elles tombent entre les griffes d’un être cynique comme Bel Ami. Reste que le film a bien les défauts que je craignais : d’abord (mais comment faire autrement) de larges coupes sombres ont été faites dans la narration, la quasi-totalité de la réflexion sur le journalisme a été occultée si bien qu’à mon sens on ne comprend pas toujours tout si on n’a pas lu le roman ; et puis, surtout, on comprend bien à quel public est destiné le film, les adolescent(e)s. D’où le choix de Pattinson, qui n’a franchement rien à faire là : dans certaines scènes, il nous joue un Georges Duroy qui aurait été mordu par Edward Cullen et on s’attend presque à voir pousser ses crocs. En coqueluche de femmes du monde plutôt intelligentes, il n’est pas d’une immense crédibilité.

Bref, ça se laisse regarder, mais sans plus…

Bel Ami
Declan DONNELLAN et Nick ORMEROD
2012

 

Des bijoux faits d’amour

bijouxJe suis une faible femme : j’aime, que dis-je, j’aime, j’adore les bijoux. Ce que n’a pas manqué de remarquer une de mes lectrices, Chérie, qui tient une petite boutique de bijoux qu’elle m’a proposé de découvrir au début de l’été. Il s’agit d’une boutique de bijoux ethniques, choisis avec beaucoup de goût, et surtout très variés, il y en a pour tous les styles : véritable malle au trésor, on y trouve perles, pierres, argent et or, cuir et même plumes.

Chérie m’ayant proposé de m’envoyer une de ses pièces, j’ai eu le plaisir de recevoir le très joli jonc en argent que vous pouvez admirer sur la photo, et qui m’a valu plein de compliments (Chérie a l’œil, car elle a choisi un bijou qui correspond parfaitement à mon style) : fin, discret, délicatement ouvragé, un peu bohème quand même. Bref : le coup de foudre ! En même temps, c’est normal : en véritable pro, Chérie propose également sur son site de judicieux conseils pour choisir « le » bijou (ou « les », si les impôts ne vous ont pas mis sur la paille et que vous pouvez donc participer à la relance économique en soutenant les entreprises par vos achats !).

Pour ma part, il y a vraiment beaucoup de choses qui me plaisent, et le site est d’ores et déjà dans mes favoris. Pour après les impôts, donc…

L’adresse : Bijoux Chérie

Le diable par la queue, de Paul Auster

Aux environs de la trentaine, je suis passé par une période de plusieurs années pendant laquelle tout ce que je touchais allait à l’échec. Mon mariage s’achevait en divorce, mon travail d’écrivain s’enlisait et j’étais accablé de problèmes d’argent. Je ne parle pas simplement de pénurie occasionnelle, ni de l’éventuelle obligation de me serrer quelque temps la ceinture, mais d’un manque d’argent constant, écrasant, quasi suffocant, qui m’empoisonnait l’âme et me maintenait dans un état de panique sans bornes.

Il se trouve que je n’avais jamais rien lu de Paul Auster, malgré le bien que j’en avais toujours entendu dire, et malgré le fait que j’apprécie beaucoup ce qu’écrit sa femme, Siri Hustvedt (réflexion bête d’ailleurs car ça n’a rien à voir. Mais bref). Or il se trouve que j’avais ce livre dans ma PAL (ne me demandez pas comment, pourquoi ni même depuis quand : je n’en sais rien) et l’autre jour que je cherchais un truc court et léger, je me suis lancée dans la lecture de ce livre qui se compose de deux textes.

Le premier texte, Le Diable par la queue, est une autobiographie, mais une autobiographie particulière, car elle choisit un angle peu banal : celui de l’argent. Le narrateur nous raconte sa vie suivant les aléas et les fluctuations de son compte en banque. C’est drôle, c’est intelligent, c’est intéressant car Auster ne manque pas de nous parler à l’occasion de son rapport à l’écriture, on a parfois l’impression de lire un roman picaresque, bref, c’est une lecture extrêmement plaisante.

Le second texte, Pourquoi écrire ?, est très court : il se compose de cinq petits chapitres où sont narrées des anecdotes de la vie quotidiennes, mais suffisamment étonnantes et intrigantes pour qu’on aie éventuellement envie de les écrire.

Je me suis vraiment régalée avec ce livre, qui constitue à mon avis une bonne porte d’entrée dans l’oeuvre de Paul Auster, que je ne manquerai pas de continuer à découvrir. Je n’ai pas l’impression que ces deux petits textes soient si connus que ça, même des lecteurs habituels d’Auster, mais pour ma part je vous le conseille vraiment pour son originalité !

Le Diable par la queue suivi de Pourquoi écrire ?
Paul AUSTER
Actes Sud, 1996 (Livre de Poche, 2000)