Arborama, de Lisa Voisard : reconnaître les arbres

Je ne sais pas vous mais moi, j’ai un mal fou à distinguer les arbres. Certains, ça va, c’est évident, mais d’autres c’est beaucoup plus difficile. Or, c’est tout de même intéressant, de reconnaître les arbres ! Mais cela fait partie des choses que je n’ai pas apprises à l’école, ni vraiment nulle part, et je trouve cela dommage. Il y a quelque temps, j’avais donc acheté le guide Delachaux, qui est très bien, très complet, mais pas très pédagogique.

Ce n’est pas le cas d’Arborama, qui s’adresse aux enfants, ce qui me convient bien, les arbres c’est le truc de mon enfant intérieur. Après avoir expliqué les différentes parties de l’arbre, les feuilles, les fleurs, les fruits, les cônes, les classements, la reproduction, l’ouvrage propose le portrait des arbres les plus courants, avec de vrais conseils d’observations. Enfin, la dernière partie propose quelques activités. Le tout, en dessin !

Et j’ai vraiment beaucoup beaucoup aimé ce petit livre, très clair et facile d’accès, et grâce auquel j’ai appris énormément de choses ! Je le conseille donc à tout le monde et en particulier bien sûr à ceux qui ont des enfants mais comme vous voyez, ce n’est pas ce qui m’a arrêtée, et il m’a été utile pour certaines de mes activités poétiques d’automne. Le même volume existe sur les oiseaux, et cela m’intéresse fortement aussi.

Arborama. Découvre et observe le monde fabuleux des arbres.
Lisa VOISARD
Helvetiq, 2021

Voyages dans mon jardin, de Nicolas Jolivot : l’émerveillement

Mon souvenir le plus ancien concernant ce jardin remonte à la petite enfance. J’ai trois ou quatre ans, je regarde la fleur épanouie d’un liseron. Sa blancheur éclate d’autant plus, sous un ciel gris, que le mur qui la porte est couvert de lierre sombre. Je suis subjugué par la beauté simple de cette corolle. Elle devient à cet instant mon premier choc esthétique et semble de surcroît vouloir me confier un secret à travers son pavillon en forme de bouche ouverte.
Si une simple fleur peut me ravir à ce point, je pressens qu’une infinité d’autres choses ordinaires sauront me consoler. Et s’il suffit de regarder pour éprouver un plaisir intense, alors je chercherai du regard partout dans le jardin, dans la rue, et plus loin s’il le faut.

Je ne peux pas vous raconter la joie intense que j’ai ressentie l’autre jour en recevant ce magnifique livre : elle est inexprimable. Tout comme l’émerveillement à le feuilleter, admirer les illustrations, lire les textes, apprendre, découvrir.

Avec ce beau livre, Nicolas Jolivot nous invite dans son jardin. Au fil des saisons, mois par mois, il décrit et peint ses transformations, ses travaux, attentif au moindre détail : les fleurs, les oiseaux, mais aussi les plus petits insectes. En filigrane, l’histoire du jardin au fil du temps, de 1821 à nos jours.

Et cet ouvrage mérite pleinement le qualificatif d’émerveillant : chaque page est une œuvre d’art, un poème, une ode à la vie et à la simplicité. Les couleurs, les formes, mais aussi les odeurs, les sons, les goûts. La beauté et l’harmonie. Partir en voyage dans ce jardin est une activité régénératrice, et instructive : au fil des pages, j’ai appris bien des choses sur la faune, la flore, et j’ai aussi été très inspirée d’un point de vue créatif. Ce livre m’a un peu rappelé le merveilleux Journal d’Edith Holden (si vous allez lire l’article, ce que j’ai écrit à l’époque va bien vous faire rire) et d’ailleurs il a pris place à ses côtés, dans la jungle urbaine, avec mes livres sur les plantes et la nature.

J’ai eu beaucoup de mal à choisir une page pour vous la montrer, tant elles sont toutes d’une délicatesse absolue, mais j’ai fini par me décider pour l’hibiscus :

Voyages dans mon jardin, de Nicolas Jolivot : l'émerveillement

Je suis totalement conquise, et je suis absolument certaine que ce livre fera un extraordinaire cadeau de Noël !

Voyages dans mon jardin
Nicolas JOLIVOT
HongFei, 2021

Cheminer d’arbre en arbre

Toujours dans mon projet poétique j’ai eu envie de me replonger dans ce magnifique poème d’Andrée Chédid, qu’il y a un an on a vu un peu partout mais malheureusement pas apprécié à sa juste valeur. Alors je le partage avec vous, en tout amour.

Destination : Arbre

Parcourir l’Arbre
Se lier aux jardins
Se mêler aux forêts
Plonger au fond des terres
Pour renaître de l’argile

Peu à peu

S’affranchir des sols et des racines

Gravir lentement le fût

Envahir la charpente

Se greffer aux branchages

Puis dans un éclat de feuilles
Embrasser l’espace
Résister aux orages
Déchiffrer les soleils
Affronter jour et nuit

Évoquer ensuite
Au cœur d’une métropole
Un arbre un seul
Enclos dans l’asphalte Éloigné des jardins
Orphelin des forêts

Un arbre

Au tronc rêche

Aux branches taries

Aux feuilles longuement éteintes

S’unir à cette soif
Rejoindre cette retraite
Ecouter ces appels

Sentir sous l’écorce
Captives mais invincibles
La montée des sèves
La pression des bourgeons
Semblables aux rêves tenaces
Qui fortifient nos vies

Cheminer d’arbre en arbre
Explorant l’éphémère
Aller d’arbre en arbre
Dépistant la durée.

L’Arbre-Monde, de Richard Powers : des forêts et des hommes

La prof revient à son grand thème : l’arbre de la vie, massif, qui s’étend, ramifie, fleurit. Il semble ne rien vouloir faire d’autre. Poursuivre ses suppositions. Continuer à changer, encaisser les coups. Elle dit : « Laissez-moi vous chanter comment les êtres se transforment en d’autres créatures. » Il ne sait pas trop où elle veut aller, la petite dame. Elle décrit une explosion de formes de vie, cent million de tiges et branches nouvelles issues d’un seul tronc prodigieux. Elle parle de Tāne Mahuta, d’Yggdrasil, de Jian-Mu, de l’Arbre du Bien et du Mal, d’Asvattha l’indestructible, qui a les racines en haut et les branches en bas. Puis elle revient à l’Arbre-Monde originel. Cinq fois au moins, dit-elle, cet arbre a été abattu, et cinq fois il a repoussé à partir de sa souche. Le voici qui vacille encore, et ce qui adviendra cette fois, nul ne saurait le dire. 

Ce roman est sorti l’an dernier, et en pleine reconnexion avec la nature, je l’avais évidemment repéré, mais j’imagine que le temps n’était pas encore venu pour moi de le lire, vu que je n’en ai pas trouvé l’occasion. Et là, l’autre jour, après toute une année d’élevage de plantes, d’enlacement des arbres et de métaphores arboricoles, je suis tombée dessus et je me suis dit : c’est maintenant.

Les personnages de ce roman constituent une forêt : ils sont indépendants, et pourtant liés. Nicholas Hoel hérite de sa lignée une collection photographique représentant le dernier châtaignier américain. Mimi Ma, élevée sous un mûrier, hérite d’un parchemin mystérieux et d’une bague en jade. Les Appich plantent un arbre pour la naissance de leurs enfants : pour Adam, ce sera un érable. Le couple Brinkman-Cazali souhaite planter des arbres pour représenter leur couple. Douglas Pavlicek doit la vie à un figuier banian, et consacre sa vie à la reforestation. Neelay Mehta, génie de l’informatique, crée des mondes virtuels après être tombé d’un arbre. Patricia Westerford est botaniste, et découvre que les arbres communiquent entre eux. Olivia Vandergriff, elle, se moque des arbres jusqu’à ce qu’après une EMI ils se mettent à lui parler.

Palpitant de vie, ce roman est un prodigieux conte philosophique et écologique, nourri de spiritualité et émaillé de nombreux symboles et métaphores. S’appuyant sur les recherches récentes concernant la communications des végétaux et leurs émotions, il les transforme en supports à méditation poétique sur l’homme et les arbres, et en autant de leçons de vie, car nous avons tellement à apprendre des arbres : l’ancrage, le dépouillement, et surtout l’interdépendance. Les personnages se croisent, se lient, parfois intimement, s’engagent dans des voies différentes, mais avec tous cette intime conviction que les hommes sont notre salut.

A titre personnel, ce roman m’a envoyé plusieurs signes. D’abord parce que je ne sais pas ce qu’a Richard Powers avec les ours mais on en trouve un toutes les 3 pages, et il se trouve qu’actuellement l’ours est ma synchronicité, je ne cesse de trouver des ours sur mon chemin (pas en vrai dans ma cuisine, en tout cas pas encore). Et puis le Ginkgo : je l’avais reconnu dès le départ mais il n’était pas nommé, il ne l’est qu’à la toute fin dans une merveilleuse scène éminemment poétique et symbolique, et il est lié à un personnage que j’ai beaucoup aimé. Une femme sauvage…

Bref : un gros coup de cœur pour ce roman absolument prodigieux. Lisez-le, lisez-le !!!

L’Arbre-Monde
Richard POWERS
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Serge Chauvin
Le Cherche-Midi, 2018 (10/18, 2019)

Instantané #69 (Bain de forêt)

C’est curieux, la vie. S’il y a ne serait-ce qu’un an on m’avait dit qu’un jour je tannerais mon entourage familial pour qu’on aille se promener dans la forêt, j’aurais répondu qu’il fallait arrêter les substances hallucinogènes. Parce que la forêt était vraiment un lieu qui me faisait peur et que je n’aimais pas du tout, d’abord c’est salissant, c’est plein de bestioles, et il est difficile de s’y repérer. Je crois surtout que, d’un point de vue psychanalytique et archétypal, la forêt représente les profondeurs de l’inconscient, et que ni d’un point de vue symbolique ni d’un point de vue pratique j’avais envie d’aller fouiner de ce côté là, des fois que j’y rencontrerais le loup. Mais comme j’ai fini par le faire d’un point de vue symbolique, autant aller jusqu’au bout de la démarche…

Pendant longtemps, je me suis définie comme une citadine intégriste, qui n’aimait que Paris (où je ne suis pas revenue depuis près d’un an) et qui avait des bouffées d’angoisse dès qu’elle n’était plus sur le bitume. Tout au plus aimais-je (mais passionnément) l’océan, et la montagne. En fait, j’avais recouvert mes aspirations profondes d’une épaisse couche, et j’ai compris pourquoi en lisant Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola-Estès. Mais vient toujours un moment dans la vie où les couches, on est invité (parfois de manière très insistante) à les enlever. Et on se sent mieux : c’est ce que je disais l’autre jour concernant les arbres, en hiver : on laisse tomber les feuilles devenues inutiles et encombrantes, pour que de nouvelles puissent pousser. Si on ne le fait pas, rien de nouveau ne peut advenir…

Alors, besoin de me reconnecter à la nature, pas seulement en parlant aux oiseaux qui se perchent sur le rebord de ma fenêtre (appelez-moi Blanche-Neige) ou en m’occupant de mes plantes. Non, la forêt. La vraie. Prendre un bain de forêt. Entendre l’appel de la forêt et écouter sa voix. S’éveiller à cette expérience de vie et se reconnecter à soi-même. Les japonais appellent ça Shirin-Yoku, on peut parler aussi de sylvothérapie. J’aime mieux bain de forêt, tout de même.

Dans mon deuxième roman, qui m’apparaît aujourd’hui comme puissamment prémonitoire vu que je l’ai écrit (enfin, le premier jet et les suivants mais il n’est pas abouti) il y a plus de deux ans (j’imagine que quelque chose que je n’avais pas vu bouillonnait au fond de moi), mon héroïne habite sur le boulevard Saint-Germain et a des vapeurs dès qu’elle doit passer le périph’, mais elle fait cette expérience de reconnexion à la nature et retrouve la femme sauvage en elle. L’une des scènes clés est qu’elle enlace un arbre. C’est quelque chose que pour ma part je n’ai encore jamais expérimenté : j’en ai très envie mais je ne veux pas que ce soit avec n’importe quel arbre (je ne suis pas une fille facile, je n’enlace pas le premier venu), ni n’importe où. Donc, j’attends. Je vous raconterai, le cas échéant !

Et vous, vous aimez vous promener en forêt ? Vous avez déjà enlacé un arbre ?

Instantané #67 (les arbres, l’hiver)

L’autre jour, j’ai réalisé que je n’avais jamais vraiment fait attention aux arbres, l’hiver. Pour tout dire, j’ai toujours un peu fait comme si cette saison n’existait pas, juste un mauvais moment à passer en attendant les beaux jours. Alors je ne serai jamais je pense de ces gens dont la saison préférée est l’hiver : j’aime le cocooning, les feux de cheminée, le chocolat chaud et les plaids tout doux, mais je préfère tout de même la chaleur et les terrasses. Nonobstant je crois que cette année, pour la première fois, j’ai un peu mieux saisi le sens de l’hiver, sa raison d’être : l’intériorité, le repos, l’introspection. La nuit, aussi, pour que puisse renaître la lumière.

Alors, les arbres. Je les aime à la folie au printemps, parés de leurs fleurs, feuillus en été, mordorés à l’automne. Mais cette phase hivernale est nécessaire aussi : ce dépouillement, ce dénuement, cette vulnérabilité. Mourir un peu, ou plutôt, laisser mourir ce n’est plus utile, pour pouvoir renaître. Et en ce moment je me sens comme eux : je me suis dépouillée de beaucoup de choses que je croyais essentielles et qui ne l’étaient pas. Je me sens vulnérable, à nu. J’attends que de nouvelles feuilles poussent, en espérant qu’elles soient belles.

C’est le cycle des saisons…