Ce n’est pas en une fois / Que je saurai ton visage / Ce n’est pas en sept fois / Ni en cent ni en mille

Toute à mes recherches poétiques pour la deuxième version de l’oracle, je suis tombée l’autre jour sur ce magnifique poème d’Andrée Chedid, dont je ne vois pas bien quoi faire pour ce projet mais qui m’a tellement bouleversée que j’ai eu envie de le partager avec vous, histoire qu’il reste tout de même une trace de cet émerveillement que j’ai éprouvé à le découvrir. En peu de mots, elle en dit tellement sur le sentiment amoureux. Et c’est ça, la poésie

Au fond du visage

Ce n’est pas en une fois
Que je saurai ton visage
Ce n’est pas en sept fois
Ni en cent ni en mille

Ce ne sont pas tes erreurs
Ce ne sont pas tes triomphes
Ce ne sont pas tes années
Tes entailles ou ta joie

Ni en ce corps à corps
Que je saurai ton corps

Ce ne sont pas nos rencontres
Même pas nos désaveux
Qui élucident ton être
Plus vaste que ses miroirs

C’est tout cela ensemble
C’est tout cela mêlé
C’est tout ce qui m’échappe
C’est tout ce qui te fuit

Tout ce qui te délivre
Du poids des origines
Des mailles de toute naissance
Et des cloisons du temps

C’est encore cette lueur :
Ta liberté enfouie
Brûlant ses limites
Pour s’évaser devant.

Il est urgent que soit la poésie

Je suis tombée l’autre jour sur ces très beaux vers d’Andrée Chédid, que je ne connaissais pas. Je pourrais dire que je suis tombée dessus « par hasard », mais vu mes activités actuelles, ce n’est bien sûr pas le cas. J’ai déjà posté cet extrait sur la page Facebook du Voyage Poétique (que je vous invite à rejoindre si vous voulez mettre plus de poésie dans votre vie) mais j’avais aussi envie de le poster ici !

Devant la faillite des croyances,
la pénurie de l’espoir,
il est urgent que soit la poésie.

Elle ne console de rien,
elle ne possède rien,
sa loi n’est pas de marbre.
Mais prenant et délivrant la parole,
elle multiplie nos vies.

Andrée CHEDID

Cheminer d’arbre en arbre

Toujours dans mon projet poétique j’ai eu envie de me replonger dans ce magnifique poème d’Andrée Chédid, qu’il y a un an on a vu un peu partout mais malheureusement pas apprécié à sa juste valeur. Alors je le partage avec vous, en tout amour.

Destination : Arbre

Parcourir l’Arbre
Se lier aux jardins
Se mêler aux forêts
Plonger au fond des terres
Pour renaître de l’argile

Peu à peu

S’affranchir des sols et des racines

Gravir lentement le fût

Envahir la charpente

Se greffer aux branchages

Puis dans un éclat de feuilles
Embrasser l’espace
Résister aux orages
Déchiffrer les soleils
Affronter jour et nuit

Évoquer ensuite
Au cœur d’une métropole
Un arbre un seul
Enclos dans l’asphalte Éloigné des jardins
Orphelin des forêts

Un arbre

Au tronc rêche

Aux branches taries

Aux feuilles longuement éteintes

S’unir à cette soif
Rejoindre cette retraite
Ecouter ces appels

Sentir sous l’écorce
Captives mais invincibles
La montée des sèves
La pression des bourgeons
Semblables aux rêves tenaces
Qui fortifient nos vies

Cheminer d’arbre en arbre
Explorant l’éphémère
Aller d’arbre en arbre
Dépistant la durée.