Les aimants…

lesaimants.jpg

Le coeur décidait-il de battre, d’envoyer du sang au corps et à la tête ?
Nous, c’était pareil, nous avions vécu en battant d’un même coeur, nous n’avions rien choisi
, rien décidé, on ne pouvait pas appeler ça donner.

Attention, énorme coup de coeur !

C’est le hasard qui m’a conduit vers ce livre, à moins que ça ne soit le destin. Bref. En flânant de ci de là, je suis tombée dessus et j’ai eu un premier coup de coeur, pour le titre : Les aimants, ceux qui aiment, ceux qui s’attirent irrésistiblement. Et c’est bien toute l’histoire de ce petit roman. Le narrateur écrit son histoire avec Ava : « j’avais rencontré Ava, j’étais dans son orbite. Toute vie est soumise aux lois de l’attraction. Ava aura polarisé la mienne très tôt, à un âge où certains corps sont très sensibles à la lumière ».

Dès les premières lignes on sent que ça ne va pas très bien se finir. Comme la plupart des histoires d’amour, du reste. Mais qu’importe : on est happé par cette histoire hors du commun de deux êtres qui s’attirent irrésistiblement et ne peuvent se séparer l’un de l’autre, sans pour autant arriver à vivre ensemble. Enfin, c’est même encore plus complexe que ça. C’est étrange et envoûtant, cette musique des êtres qui s’aiment. Et puis il y a tout ce qui tourne autour d’eux, la poésie, la littérature, l’écriture : les deux personnages sont de grands lecteurs, et aussi des êtres qui tentent d’écrire, et cela donne aussi une couleur particulière à leur histoire.

En bref, j’ai adoré : c’est très court donc je l’ai avalé en une après-midi (et terminé le soir dans mon bain…), mais ça vaut vraiment le détour !

Histoires d’amour célèbres

histoiresdamour.jpg

Il s’agit d’un livre pour les ados (dès 11 ans, est-il indiqué au dos) mais je pense que tout le monde peut y trouver son compte, et notamment les éternels amoureux.

« Les histoires d’amour finissent mal, en général », dit-on. Et les histoires qui sont racontées ici ne vont certainement pas nous prouver le contraire. Mais, avant la chute, avant la mort, avant le coup fatal, il y a la vie, il y a l’extase, les moments de bonheur intense. Douze histoires d’amour hors du commun donc, de l’Antiquité à nos jours : Paul et Virginie, Ariane et Thésée, Bonnie and Clyde, Merlin et Viviane, Tristan et Iseut, Orphée et Eurydice, et d’autres encore, notamment bien sûr l’archétype de l’histoire d’amour tragique, Roméo et Juliette. Ne manque à la liste que celle que je préfère par-dessus tout et qui a inspiré Shakespeare, Pyrame et Thisbée. Enfin, il en manque beaucoup d’autres d’ailleurs, puisqu’il est impossible de toutes les recenser et qu’il faut parfois faire des choix…

Mais ça donne envie d’aimer et d’être aimé(e) finalement, même si la fin est douloureuse et vous arrache le coeur…

Le Paradoxe amoureux

bruckner_paradoxe.jpg

Je serai poussière, mais poussière amoureuse. (Quevedo)

 Le titre de ce livre est particulièrement bien trouvé. Car l’amour est bien un paradoxe : il est ce qui peut nous apporter le plus grand des bonheurs et les plus douloureuses souffrances, ce qui donne sens à notre vie mais peut aussi nous faire mourir de désespoir, nous arrache à nous même pour nous attacher à un autre et nous laisse aussi seuls.

A travers cet essai, Bruckner se livre à une magistrale analyse du sentiment amoureux, de son histoire et de ses mystères insondables. Sans parvenir bien sûr à les dévoiler, car sinon, l’amour perdrait sa substance même… pourquoi cette personne et pas une autre ? Pourquoi cette autre et pas moi ?

Beaucoup de citations dans ce livre m’ont beaucoup touchée car elles répondaient exactement à mes interrogations métaphysiques du moment. Celle-ci par exemple, sur l’échec : »J’ai beau crever de désir, c’est mon être comme tel qui laisse l’autre froid. La sentence est aussi tranchée que celle d’une cour de justice : non merci, pas toi. » (p. 50). Et puis cette autre, qui répond magistralement au livre d’André Gorz dont je parlais hier : « Il arrive que certains êtres soient tellement pénétrés l’un de l’autre, entremêlés comme les racines d’un arbre qu’ils forment une seule personne dotée de deux visages et de deux noms, un nous qui ne peut plus se décliner en je séparés. Alors la douleur de l’un devient la douleur de l’autre. » (p. 122). Comment définir autrement les âmes soeurs ?

Lettre à D., Histoire d’un amour d’André Gorz

lettread.jpg

C’est le destin qui manifestement a mis ce petit livre entre mes mains. J’avais noté une première fois la référence en lisant Le Paradoxe amoureux de Bruckner dont je vous parlerai demain, et puis j’avais oublié. Mais comme le destin est têtu, il a remis ce livre sur mon chemin par le biais d’une fiche de lecture « libre » faite par un de mes élèves, et c’était tellement touchant que je me suis dit que ça ne pouvait que me plaire.

Ce livre, c’est l’histoire d’un amour absolu qui se remémore sous forme de lettre à l’âme soeur, au seuil de la mort. « Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien », écrit ainsi André Gorz dès les premières lignes, avant de justifier sa raison d’écrire : « J’ai besoin de reconstituer l’histoire de notre amour pour en saisir tout le sens. C’est elle qui nous a permis de devenir qui nous sommes, l’un par l’autre et l’un pour l’autre. Je t’écris pour comprendre ce que j’ai vécu, ce que nous avons vécu ensemble ». Et ce qu’ils ont vécu, c’est cet amour absolu et total que chacun cherche sans toujours parvenir à le trouver, c’est l’union parfaite et intime de deux âmes qui se reconnaissent et se répondent sans que rien ne puisse expliquer leur lien mystérieux, unique et indéfectible, l’union de deux êtres qui ne peuvent être séparés même par la mort. Le livre se termine par ces lignes magnifiques : « Nous aimerions chacun ne pas avoir à survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble. »

Ne pouvant imaginer être séparés, ils sont allés ensemble vers la mort, geste ultime d’amour absolu, qui rend la lecture du livre encore plus bouleversante lorsqu’on en a connaissance.

Lettre à D., histoire d’un amour
André GORZ

Je l’aimais…

Anna-Gavalda---Je-l-aimais.jpg

Je crois que j’étais assez heureux à cette époque de ma vie parce que même si je n’étais pas avec elle, je savais qu’elle existait. C’était déjà inespéré.

D’Anna Gavalda, je n’avais lu jusqu’à récemment que son recueil de nouvelles Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, qui était déjà tout un programme en ce qui concerne la complexité des relations amoureuses. Mais je me souviens qu’il y a environ deux ans, quelqu’un m’avait conseillé ce petit roman. Prise par le temps et d’autres préoccupations, j’avais oublié. Et puis l’autre jour, par hasard, je suis retombée dessus, et par un pluvieux dimanche après-midi empreint de mélancolie, bien calée dans mes coussins, je l’ai dévoré.

Chloé vient d’être abandonnée par son mari. Pierre, son beau-père, l’emmène dans sa maison de campagne, à l’écart des bruits du monde. Et là, cet homme secret et austère, qui ne se livre jamais, va lui raconter le grand amour de sa vie. Pas son histoire avec Christine, son épouse, mais avec Mathilde, qu’il a pourtant laissé partir, par lâcheté, par peur de bouleverser sa vie, alors que pourtant il l’aimait plus que tout.

Je dois dire que ce roman m’a beaucoup touchée et rendue un peu triste, parce qu’il est finalement assez pessimiste : même quant on rencontre l’Amour, le vrai, celui qui  bouleverse jusqu’au fond de l’âme, il est possible de passer à côté et de gâcher sa chance d’être heureux par peur d’être malheureux, par peur du changement, par peur de l’échec.

En tout cas, Gavalda possède une manière bien à elle de parler de l’amour. Ses phrases sonnent juste et j’avais souvent l’impression qu’elle arrivait à mettre des mots sur ce que je ressentais confusément sans arriver à l’exprimer clairement. La citation que j’ai mise en exergue de cet article est sans doute celle qui m’a le plus bouleversée pour cette raison.

Je n’ai pas encore vue l’adaptation cinématographique de Zabou Breitman, mais je pense que je ne vais pas tarder à le faire car la bande annonce est prometteuse.