Ethique de la joie

On parle beaucoup de joie, en ce moment. Plus que de bonheur, nous sommes nombreux à avoir reçu cet appel à la transmettre, la cultiver, la mettre au centre de tout ce qui est important. La joie est avec l’amour la plus haute des vibrations, et on peut la trouver dans les plus petites choses. Elle a à voir avec l’émerveillement. Elle a à voir avec notre enfant intérieur.

La joie, c’est ce que nous ressentons lorsque nous sommes dans le juste, dans le vrai, dans ce qui est bon pour nous : nous sommes au bon endroit, nous faisons la bonne activité, nous sommes avec la bonne personne. Cette joie peut nous servir de boussole : s’il y a de la joie, alors il faut la suivre. Faire ce qui nous met en joie.

Et je sais que la joie (et l’amour), c’est la mission de l’entreprise que je veux créer, c’est la mission de mes livrets d’activités poétiques, de mon oracle, de tout : aider les gens à se sentir mieux, à se reconnecter à la joie, au merveilleux, à l’amour et à la poésie. Contribuer à créer des émotions positives. Faire vibrer le monde plus haut, car il est là, le secret.

Quand je crée mes livrets, lorsque j’écris, lorsque je travaille sur mon oracle, c’est bien de la joie que je ressens, celle de faire ce qui est juste, celle d’être à ma place. Alors même si ce n’est pas toujours simple, je suis cette joie.

Toute à mes réflexions, l’autre jour je suis tombée sur un très joli film, qui s’appelle La route de la joie et qui se propose de partir à la rencontre de gens qui portent la lumière, qui vibrent haut et aident le monde à aller mieux, chacun à leur manière. C’est un film qui fait beaucoup de bien :

Alors, je vous invite à toujours suivre votre joie ! A faire de la joie une éthique de vie !

A un détail près, de François Cérésa : l’amour encore une fois

Je sais bien que tout commence par les yeux et finira par les yeux. Seulement j’ai l’impression de ne plus avoir de regard. Le plus dur, c’est la nuit. Quand je ne dors pas, je me remémore Victoire. Son sourire. Son parfum. Son corps. Comment elle s’habillait. Ce qu’elle aimait. Son amour me permettait de résister. Je ne résiste plus. Même plus à la résistance elle-même. Je suis à la dérive. […] Margaret dit que je suis une âme errante. Que celle de Victoire est là pour m’escorter. Qu’elle ne me quittera plus. Qu’un principe spirituel ne peut pas nous quitter.
Mais ce qui me manque, moi, ce n’est pas un principe spirituel. Ce n’est pas une âme. C’est Victoire. Son corps. La vie, c’est ça. La matière. Le reste, c’est la mort.

Comment aimer à nouveau quand l’être qui nous était plus précieux que l’air que l’on respire nous a été arraché ? C’est la question centrale du nouveau roman de François Cérésa.

Se remettant difficilement de la mort de sa femme, Antoine, le narrateur, travaille à un livre sur elle, qui aurait comme trame de fond Manon Lescaut. A la bibliothèque où il fait ses recherches, il tombe sous le charme d’une femme qui s’appelle justement Manon, et qui semble entretenir bien des points communs avec l’héroïne de Prévost — et avec Victoire, son épouse décédée. Jusqu’à quel point ?

Un très joli roman, plein de délicatesse et d’émotions, qui joue sur les références intertextuelles pour construire un personnage féminin très intrigant et mystérieux, à la fois attachant et agaçant, jusqu’à la révélation finale. L’auteur y interroge l’amour, le désir, le jeu, et nous fait voyager : en somme, tout ce que j’aime, et j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture !

A un détail près
François CÉRÉSA
Editions Ecriture, 2021

Tout n’est qu’amour dans la nature Pour un cœur enflammé d’amour

J’ai terminé l’oracle des poètes : j’ai totalement revu le design, j’ai terminé la maquette et j’ai envoyé à l’impression pour avoir un prototype. Je ne sais pas ce qu’il adviendra ensuite de ce projet, mais en tout cas, je l’ai mené à bien dans sa phase de création (qui est de toute façon la phase la plus facile pour moi : c’est après que ça se corse). Et en guise d’instant poétique, j’avais envie de partager avec vous ce joli petit poème que j’ai dû finalement écarter parce qu’ils étaient plusieurs sur le thème (l’amour) et que l’autre m’appelait plus. Mais il mérite d’être davantage connu qu’il ne l’est !

L’Amour

Tout n’est qu’amour dans la nature
Pour un cœur enflammé d’amour :

Le printemps nous rend la verdure
Pour offrir un trône à l’amour ;
L’astre brillant de la lumière
Devient le flambeau de l’amour ;
La nuit sur la nature entière
Etend le bandeau de l’amour.

Clarté naissante de l’aurore,
C’est l’espoir d’un naissant amour ;
Chaque printemps reçoit de Flore
Les seuls dons qu’ose offrir l’amour.
Des bosquets le silence et l’ombre
Protègent doux pensers d’amour ;
Le soir, dans la forêt plus sombre,
Echo redit chanson d’amour.

Ruisseau murmure dans la plaine
Les tendres plaintes de l’amour ;
De Zéphirs l’amoureuse haleine
Prolonge un soupir de l’amour.
Sur le feuillage qu’il anime
L’oiseau naît pour chanter l’amour ;
Et le cœur même qu’il opprime
Se plaît à célébrer l’amour.

Craignons la foudre et sa furie
Moins qu’un orage de l’amour ;
Craignons moins de perdre la vie
Que de survivre à notre amour.
Songeons qu’avide jouissance
Traîne après soi regrets d’amour,
Et qu’en altérant l’innocence,
Nous altérons aussi l’amour.

Victoire Babois, Elegies et poésies diverses (1828)

Les langages de l’amour, de Gary Chapman : toutes les manières de dire « je t’aime »

Quelque chose en nous crie notre besoin d’être aimé de quelqu’un. La solitude peut causer de terribles ravages dans l’âme humaine. C’est pourquoi la détention en réclusion stricte peut être considérée comme la pire des sanctions. Au cœur de tout être humain se trouve le désir d’aimer intimement et d’être aimé. Le mariage répond à ce besoin d’intimité et d’amour. Voilà pourquoi le récit biblique des origines déclare que l’homme et la femme deviendront « une seule chair ». Cette unité ne signifie pas que les individus perdent leur identité propre, mais qu’ils pénètrent chacun dans l’intimité de l’autre de façon profonde et intense. De Platon à ns jours, les écrivains ont insisté sur la primauté de l’amour dans le mariage.

Lacan a dit un jour qu’aimer, c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. J’ai mis très longtemps à comprendre cette phrase, qui est pourtant assez vraie, souvent : on aime l’autre, alors on lui donne ce qu’on voudrait qu’il nous donne, mais rien ne dit que c’est ce dont il a besoin, ce qu’il attend. C’est un peu l’idée de base de ce best-seller du développement personnel amoureux : chacun de nous parle une langue amoureuse, qui n’est pas forcément celle de son autre.

Selon Chapman, il y aurait en effet 5 langages de l’amour, et l’un d’eux est en quelque sorte notre langue natale, que nous utilisons par défauts pour exprimer notre amour à la personne que nous aimons : les paroles valorisantes, les moments de qualité, les cadeaux (y compris le don de soi), les services rendus et le contact physique. Si les deux membres du couples ont la même langue natale, tout va bien, mais s’ils ne se comprennent pas parce qu’ils parlent un langage différent, ils se retrouvent rapidement le réservoir émotionnel vide. L’amour, c’est donc de prendre la décision active d’apprendre la langue amoureuse de l’autre, afin de lui apporter ce dont il a besoin pour se sentir nourri affectivement.

Un essai que j’ai trouvé très intéressant et que je recommande chaudement, à la condition néanmoins de ne pas le prendre complètement pour argent comptant. Certains conseils peuvent d’ailleurs laisser perplexe, et l’ensemble est de toute façon trop biblique (il ne parle jamais du couple : toujours du mariage, mais bon, on peut en faire abstraction) pour que j’adhère totalement. Le fait est que je suis totalement d’accord avec le point de départ : passée la période de l’innamoramento, l’amour est une activité volontaire et pas juste un sentiment, et il consiste à apporter à l’autre ce dont il a besoin pour se sentir aimé, ce qui implique déjà de le comprendre, de l’identifier, et de faire des efforts pour le lui apporter. Cela étant, je trouve l’ouvrage beaucoup trop systématique : je pense (c’est en tout cas mon expérience) que tous les langages sont importants et que nous les pratiquons tous, même si c’est à des degrés divers selon les individus, et que le piège selon moi serait justement de toujours exprimer son amour de la même manière.

Donc un essai très intéressant parce que sa typologie des manières d’exprimer son amour est pertinente et permet d’observer son propre fonctionnement dominant, mais il est essentiel selon moi de ne pas s’y enfermer.

Les Langages de l’amour
Gary CHAPMAN
Traduit de l’anglais par Antoine Doriath
Farel, 1997

La répétition ou l’amour puni, de Jean Anouilh : marivaudage triste…

L’amour est le pain des pauvres ; ne nous mettons pas, sur le tard, à pleurnicher l’un et l’autre au milieu de nos aubussons parce que nous ne l’avons pas connu. Il y a des choses mille fois plus importantes au monde que ce désordre inattendu. C’est comme une bouteille qu’on vide un soir, pour faire le fanfaron : on paie deux heures d’exaltation d’une longue nuit de migraine et de vomissements. C’est trop cher. Je n’ai d’autre ambition que de faire de ma vie une fête réussie. Et c’est autrement difficile, permettez-moi de vous le dire, que d’ennuyer tout le monde en se tapant sur la poitrine et de souffrir.

Je suis tombée l’autre jour sur cette pièce d’Anouilh dont je n’avais jamais entendu parler. Il y est question d’amour, d’une répétition d’une pièce de Marivaux, c’était donc pour moi…

Le Comte et la Comtesse, la maîtresse du premier et l’amant de la deuxième, s’ennuient à la campagne, où ils sont obligés de passer un mois. Grand organisateur de fêtes, le Comte décide de jouer une pièce de Marivaux, La Double Inconstance. Mais un invité inattendu, l’Amour, va changer quelque peu sa vision du monde…

Comme chez Marivaux, nous sommes dans une pièce extrêmement subtile construite sur La Surprise de l’amour. Le Comte, être snob et raffiné, qui organise des fêtes où le repas est assorti à la pièce et la pièce au château, esprit vif et mordant, sarcastique, cynique et désabusé, bref, quelqu’un qui pense ne pas pouvoir être touché par la grâce de l’amour, se convertit sous nos yeux : les masques du théâtre, ici, permettent de dire le vrai, et d’accéder aux sentiments dans ce qu’ils ont de plus pur. Mais si la pièce est un hommage à Marivaux, elle n’en a pas la gaîté : c’est une pièce d’une infinie tristesse, déchirante, comme l’indique le sous-titre, et qui m’a beaucoup fait penser à Musset…

J’ai trouvé ce texte magnifique et bouleversant, comme à chaque fois que je lis Anouilh d’ailleurs je suis éblouie par la gamme de son talent, et cette pièce mériterait d’être beaucoup plus connue qu’elle ne l’est !

La Répétition ou l’amour puni
Jean ANOUILH
La Table ronde, 1951 (Folio)

Eloge du mariage, de l’engagement et autres folies, de Christiane Singer : une exigence existentielle

La vraie aventure de vie, le défi clair et haut n’est pas de fuir l’engagement, mais de l’oser.
Libre n’est pas celui qui refuse de s’engager.
Libre est sans doute celui qui ayant regardé en face la nature de l’amour — ses abîmes, ses passages à vide et ses jubilations — sans illusions, se met en marche,
décidé à en vivre coûte que coûte l’odyssée, à n’en refuser ni les naufrages ni le sacre, prêt à perdre plus qu’il ne croyait posséder et prêt à gagner pour finir ce qui n’est coté à aucune bourse : la promesse tenue, l’engagement honoré dans la traversée sans feinte d’une vie d’homme.

Il y a dix ans, j’avais lu de Christiane Singer le sublime texte qu’elle a consacré à Héloïse et Abélard, Une Passion entre Ciel et Chair ; j’avais été portée vers l’autrice par une citation magnifique sur laquelle j’étais tombée, et extraite de l’essai dont je vais vous parler aujourd’hui. Mais voilà : à l’époque un texte sur le mariage, ça résistait et j’avais donc habilement contourné. Et j’ai eu raison parce que, plus tôt dans ma vie, je n’aurais pas été en mesure de comprendre ce qui s’y joue, et je serais passée à côté. Il y a quelques semaines d’ailleurs, je vous en parlais, de l’engagement. Et lire ce livre ce livre s’est imposé comme un impératif.

Comment se lier indéfectiblement à un autre, alors qu’on ne sait même pas qui on est ? Comment s’engager sur un chemin dont on ne sait où il mène ? C’est un pari, un risque, une folie, mais la plus belle qui soit sans doute.

Dans une langue magnifique, à la fois d’une grande poésie et d’une grande sensualité, Christiane Singer nous invite à redéfinir la liberté, qui n’est pas de fuir mais au contraire de choisir l’engagement, qui est un impératif existentiel prenant naturellement la suite du papillonnage, et de voir le mariage comme un projet qui nous délivre au lieu de nous enfermer, car il nous transforme. L’autre est lié à notre âme, il met le doigt sur nos blessures car devant lui on se met à nu, on se montre vulnérable, et c’est ainsi qu’on peut guérir. Le couple est donc le plus merveilleux des creusets d’évolution : exigeant, mais merveilleux et conduisant à la joie.

Inutile de vous dire que ce texte m’a bouleversée et émerveillée, d’autant que c’est le sujet sur lequel j’écris depuis plus de trois ans, et qu’il a immédiatement rejoint la liste de mes livres préférés sur l’amour

Eloge du mariage, de l’engagement et autres folies
Christiane SINGER
Albin Michel, 2000

Les meilleurs livres sur l’amour et le couple…

La semaine dernière, j’ai entièrement relu Le Truc et Le Truc2, soit près de mille pages dans lesquelles mon projet est d’une part d’interroger le sentiment amoureux, ce que c’est, ce qu’en disent les philosophes et autres penseurs, et d’autre part de le saisir dans sa manifestation au jour le jour. Je ne sais pas ce que deviendra ce projet, mais pour le mener à bien, pour la partie « théorique », je me suis bien sûr immergée dans une bibliographie exponentielle, et j’avais envie de faire un peu le point sur ceux que j’ai trouvé les plus intéressants :

1. Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux : s’il ne devait en rester qu’un ce serait celui-là. C’est vraiment ma bible, il y a absolument tout dedans, d’une sublime exactitude, et je ne me lasse pas d’y replonger tant il m’inspire et me nourrit.

2. Le Choc amoureux, de Francesco Alberoni : là encore un ouvrage fondateur, sur lequel j’ai pris de nombreuses notes. Tout est d’une grande justesse sur ce moment merveilleux de l’innamoramento (j’utilise le mot italien, parce qu’en réalité, il n’y a pas moyen de le traduire de manière satisfaisante)

3. L’Art d’aimer d’Erich Fromm : un classique qui ne parle pas seulement de l’amour amoureux, mais contient deux idées essentielles qui sont à la base de mon travail : l’amour comme seul moyen de résoudre la douleur de la séparation originelle, et l’amour comme activité, comme art, qui demande un véritable engagement et une pratique assidue. J’étais un peu d’humeur chagrine lorsque j’ai rédigé l’article le concernant, mais après il a fait son chemin.

4. L’Amour de Platon à Comte-Sponville de Catherine Merrien : un « reader » de philosophie, qui a donc le mérite de passer en revue toutes les conceptions de l’amour à travers l’histoire, ce qui permet de construire sa propre pensée. A noter aussi la sublime préface de Comte-Sponville.

5. Petite Philosophie de l’amour, d’Alain de Botton : un texte très simple, mais qui dit vraiment des choses essentielles et permet de se questionner sur de nombreux points.

6. Mes alliances, histoires d’amour et de mariages d’Elizabeth Gilbert : l’un des derniers que j’ai lus, et que j’ai vraiment trouvé très intéressant car il pose de bonnes bases.

Bien sûr il y en a pléthore d’autres et sur le sujet, malgré mes efforts, je suis loin d’avoir tout lu, raison pour laquelle j’attends vos propositions !