Merci de m’avoir fait mal, de Dixie Ettedgui : apprendre à s’aimer

J’ai décidé qu’aujourd’hui je passerai une bonne journée,
Que demain,
Et tous les autres jours aussi.
Je suis heureuse d’être la personne que je réveille chaque matin,
Prête à semer sa joie de vivre.

J’ai été irrésistiblement attirée par ce petit recueil, à la fois par sa couverture (on comprend pourquoi) et par le propos.

Il s’agit du journal-poème d’une jeune fille, qui apprend à s’aimer à travers la déception amoureuse (mmmhhh, est-ce que cela ne nous rappellerait pas quelqu’un ?). Des poèmes très courts, qui disent le mal-être, la solitude, le chagrin, mais aussi le voyage vers soi et l’acceptation de qui on est. La fêlure de la douleur qui fait passer la lumière.

Une très jolie découverte : c’est très bien écrit, émouvant et juste, parsemé de très très belles trouvailles, et l’ensemble m’a beaucoup rappelé Rupi Kaur. Ma seule petite réserve va à la mise en page (attention, je vais devenir intransigeante) : les premières pages sont numérotées et comportent un haut de page alors qu’elles ne devraient pas, et il manque les informations légales. Ce qui n’est pas grave du tout évidemment pour la lecture, ce sont des remarques techniques, mais à corriger pour une prochaine édition !

Donc, un très joli recueil, très court mais qui dit tout ce qu’il avait à dire, et une plume à découvrir !

Merci de m’avoir fait mal
Dixie ETTEDGUI
Dixie Ettedgui, 2021

Les Nuits prodigieuses, d’Eva Dézulier : le monde a soif d’amour

Vous êtes-vous demandé pourquoi la bonté passait pour l’apanage des idiots ? C’est encore et toujours cette haine ! Cette haine qui nous prend, nous soulève contre l’amour absolu ! Nous ne pouvons le tolérer ! Il nous semble parfois une imposture. L’affection de ce chien, dit-on, n’est pas de l’affection. C’est un instinct irraisonné de machine. Pas possible, autrement ! Et si la mère se soumet aux tyrans qu’elle a bercés, c’est une preuve de plus, s’il en fallait, de la faiblesse du sexe féminin ! Nous n’admettons pas l’amour pur. Nous rejetons jusqu’à son existence, la plupart du temps…

Machado est un village frontalier, niché dans les montagne entre la France et l’Espagne. Un village clôt, même si, chaque nuit, des réfugiés passent par-là pour tenter de rejoindre la France. Une nuit, un de ces réfugiés confie à Ange, le berger, les plans d’une étrange machine, pour qu’il la fabrique et la donne à son fils, qu’il ne reverra jamais. Une machine à aimer. Sceptique, Ange est pourtant poussé par une force étrange à construire l’objet, qui va bouleverser la vie des habitants de Machado…

Un très beau roman, à la fois fable et conte, poétique et onirique. Un roman qui nous parle d’amour inconditionnel : celui qui n’a pas de limites, n’attend rien. Chez ceux qui ne sont pas prêts à le recevoir, il déclenche la violence et la haine ; chez d’autres, un immense chagrin inconsolable lorsqu’ils le perdent, à me sure que la boîte passe de mains en mains.

Envoûtant, ce roman, empreint de réalisme magique, m’a beaucoup fait penser à Carole Martinez. En tout cas, c’est une très belle réussite que je vous conseille sans réserves !

Les Nuits prodigieuses
Eva DEZULIER
Elyzad, 2022

Lait et Miel de Rupi Kaur : aimer, écrire, guérir

mon rythme cardiaque s’accélère
à l’idée d’accoucher de poèmes
c’est pourquoi je n’arrêterai jamais
de m’ouvrir pour les concevoir
faire l’amour aux mots
est si érotique
j’ai pour l’écriture
soit de l’amour
soit du désir sexuel
soit les deux

Cela faisait longtemps que j’avais envie de découvrir le recueil de poèmes de rupi kaur. Depuis sa parution en français en fait (on me l’avait présenté au salon du livre), mais je ne sais pas pourquoi je ne l’avais jamais fait. J’imagine encore une fois que ce n’était pas encore le moment. Et puis le moment est venu, et ça a été une illumination.

C’est un recueil de guérison divisé en 4 parties, dans lesquelles la poétesse creuse son âme : souffrir (l’expérience traumatique vécue dans l’enfance), aimer (une histoire passionnelle), rompre (le thème séculaire du chagrin amoureux), guérir (la renaissance par l’écriture.

Un recueil magnifique, à la fois sombre et lumineux (ce sont les plus beaux), subtilement érotique : le désir, la pulsion de vie traverse tous les textes, à la fois désir de l’autre et désir d’écrire. Vulnérable et authentique, la poétesse se montre en pleine transformation grâce à ces deux pôles intrinsèquement liés que sont l’amour (un amour exigeant) et l’écriture. Un recueil que toutes les femmes devraient lire : ici, le lyrisme personnel se transcende pour accéder à l’universel !

lait et miel
rupi kaur
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sabine Rolland
Charleston, 2017 (Pocket, 2019)

La Magie sexuelle, de Sarane Alexandrian : bréviaire des sortilèges amoureux

L’homme et la femme, par la magie sexuelle, extraient l’un de l’autre ce qui manque à la virilité et à la féminité pour être toute puissante. L’individu, par la magie sexuelle, opère la fusion du monde charnel et du monde spirituel. L’humanité dans son ensemble, en conséquence, a intérêt d’aller plus loin que l’amour, plus loin que le plaisir, pour assurer à l’érotisme le développement des pouvoirs magiques déjà latents en lui.

La magie sexuelle : un sujet qui m’intéresse, d’un point de vue plus intellectuel et esthétique (et même littéraire puisque je l’aborde dans certains textes) que pratique d’ailleurs, mais que je trouve absolument fascinant, et j’étais donc très curieuse de découvrir cet essai de Sarane Alexandrian, connu pour avoir été le bras droit d’André Breton (et on sait que l’ésotérisme était un sujet qui intéressait beaucoup les surréalistes). Cet essai est d’abord paru en 2000, et jouit d’une nouvelle édition sortie récemment : une occasion parfaite donc.

Dans cet essai, l’auteur aborde tout d’abord la magie sexuelle inférieure, à savoir comment améliorer sa vie sexuelle et amoureuse grâce à la magie, dans un premier chapitre consacré à la tradition des sortilèges amoureux (sur le sujet, je vous renvoie à la merveilleuse conférence de Tobie Nathan). Mais visiblement, tout comme moi, c’est la magie sexuelle supérieure qui l’intéresse, à savoir celle qui utilise l’énergie sexuelle pour développer les pouvoirs psychiques et influer sur le monde, et il l’aborde dans les cinq chapitres suivants : la magie blanche de l’amour, la sexualité sacrée, le grand œuvre de chair, comment faire l’amour avec une créature invisible et « l’art de chevaucher le tigre » (c’est à dire l’abstinence). Il revient ensuite brièvement sur la magie sexuelle inférieure avec un dernier chapitre sur les aides magiques au sexe. Un dernier addendum s’intéresse brièvement à la wicca.

Un ouvrage du grande richesse, très érudit, parfois curieux (un passage sur le Tarot fera que je ne regarderai plus jamais mes jeux de la même manière), très ésotérique voire occulte, mais absolument passionnant (quand on s’intéresse à ce type de sujets, ce qui est mon cas), et il constitue un véritable fertiliseur pour l’imaginaire !

La Magie sexuelle. Bréviaire des sortilèges amoureux.
Sarane ALEXANDRIAN
La Musardine, 2000-2022

Amour(s) de Tess Alexandre et Camille Deschiens : la naissance des sentiments

Oui, Imane aimait Alba. Depuis le début, depuis les premiers regards émerveillés, depuis le premier éclat de rire partagé, depuis la première soirée passée ensemble, à l’abri de tout. Mais l’embrasser, être avec elle, le montrer au monde, c’était aussi accepter de se reconstruire entièrement. Et ça, Imane n’y avait pas pensé une seule fois avant de tomber amoureuse. C’était arrivé, c’est tout.

Imane. Lise. Gaël. Cléo. Fatia. Maä. Marco. Nine. Safia. Rebecca. Joshua. Solal. Jo. 1″ personnages qui viennent de tomber amoureux, découvrent les sentiments, le désir, se découvrent eux-mêmes et la force transformatrice de l’amour. Doutent, se posent des question parce que leur amour n’est pas celui qu’ils attendaient, celui que la société attendaient. Mais, toujours, ce ravissement.

Un magnifique album. Des textes courts, comme autant d’instantanés d’amour poétiques et vertigineux. Ici, les amours sont plurielles et vont au-delà des préjugés, et c’est infiniment beau. Les textes sont d’une grande douceur, et parviennent merveilleusement à mettre des mots sur ce qui nous traverse lorsque les sentiments naissent, qu’on est tout chamboulé et qu’on sait qu’après ça, on ne sera plus jamais le même. Quant aux illustrations, elles sont elles aussi d’une beauté infinie, et servent magnifiquement le propos.

Bref, une petite pépite à mettre entre toutes les mains (à partir de 15 ans) pour interroger l’amour, le désir et la sexualité.

Amour(s)
Tess ALEXANDRE et Camille DESCHIENS
Les éditions des éléphants, 2022

Les Inséparables, de Julie Cohen : lorsque tu seras vieux et que je serai vieille…

Si son état se stabilisait, ou s’il progressait comme on pouvait s’y attendre, il savait que ça, ce serait la seule chose qui ne changerait jamais. Non pas le rythme de leur sommeil ni la façon dont ils se touchaient. Ils avaient dormi dans cette position la première fois qu’ils avaient passé la nuit ensemble, cinquante-quatre ans auparavant, et chaque nuit qui ne les avait pas réunis dans le même lit avait été une nuit de perdue, en ce qui le concernait. Robbie savait que son corps se rappellerait celui d’Emily même s’il acceptait de vivre suffisamment longtemps pour que son esprit oublie qui elle était.

A 80 ans, Emily et Robbie sont toujours amoureux comme au premier jour. Des Inséparables. Pourtant, leur couple, aussi solide qu’un diamant, est construit sur un secret, et même plusieurs. Quelque chose qui les a séparés, un temps, dans leur jeunesse, et a conduit Emily a ne plus avoir aucun contact avec sa famille. Ce secret, lourd, se dévoile peu à peu, à me sure que la narration nous fait remonter dans le temps par strates chronologiques.

Ce roman est absolument brillant. Construit en remontant progressivement dans le temps pour révéler peu à peu les couches de secrets, il nous montre d’abord un amour tel qu’on en rêve tous, profond, durable, confiant, mais sur lequel on ne cesse de s’interroger jusqu’à la dernière page, ce qui le rend totalement addictif. C’est beau et lumineux, et en même temps, une fois qu’on sait… je ne peux absolument pas en dire plus, évidemment, mais vraiment, la narration est tellement parfaitement maîtrisée qu’on reste scotché.

Lisez-le, vraiment : je n’ai pas l’impression qu’on en ait tellement parlé à sa sortie, et c’est vraiment dommage car c’est du travail d’orfèvre !

Les Inséparables
Julie COHEN
Traduit de l’anglais par Josette Chicheportiche
Mercure de France, 2018 (J’ai Lu, 2020)

Tu as oublié mon cœur en partant, de Léa Jeunesse : dire l’amour

J’aimerais te faire une belle déclaration d’amour, et pourtant aujourd’hui je n’arrive pas à trouver les bons mots, peut-être qu’ils n’existent pas. Peut-être qu’il n’y a aucun mot assez fort, assez puissant pour décrire ce que je ressens lorsque tu es devant moi, quand tu souris, quand je t’entends rire. Aucun mot pour ce que j’éprouve lorsque je suis dans tes bras, quand ton corps est contre le mien et que j’écoute ton cœur battre.

Une histoire d’amour. La première. Cent fragments de textes à la deuxième personne, comme des poèmes, qui se déploient pour le dire dans toute sa complexité, sa lumière et sa douleur. L’amour, la rupture, la tristesse, les aller-retour, se reconstruire, avancer, d’autres amours, dire aurevoir.

Et c’est très beau. Léa Jeunesse a 20 ans, et malgré son jeune âge elle a su aller au coeur des émotions, poser les mots avec une grande simplicité et un vrai lyrisme pour passer du personnel à l’universel et transcender le vécu par l’écriture. Une écriture douce et poétique, comme une musique, nourrie de métaphores.

Ce recueil m’a beaucoup, beaucoup touchée. Il est à lire et à offrir ! Quand à Léa Jeunesse, c’est assurément un nouveau talent à suivre !

Tu as oublié mon cœur en partant
Léa JEUNESSE
Robert Laffont, R, 2022