Ecrire sur son adolescence ?

Après avoir lu son livre L’Âge bête, j’ai assisté à la masterclass de Géraldine Dormoy sur le sujet d’écrire sur son adolescence, l’idée étant de partir à la recherche de celle que l’on était, de traverser un labyrinthe dans lequel on se perd mais au bout duquel on peut enfin la rencontrer, cette jeune fille qu’on a été. Selon Géraldine, c’est un voyage émotionnel, dans le temps, par lequel il faut se laisser traverser. Pour, enfin, se réconcilier.

Soutenue par un groupe créé à cet effet, je suis partie en quête de souvenirs. J’ai retrouvé des photos. Des objets. J’ai écouté des musiques, regardé des publicités, quelques génériques.

Mais je n’y arrive pas. Ce n’est pas de la peur : cette peur des profondeurs qui fait partie du processus d’écriture, je la connais, je l’ai apprivoisée. Ce n’est pas, non plus, une question de moment, parce que je suis déjà accaparée par d’autres textes, par Adèle, déjà, et par le Truc, toujours (cela dit, Le Truc est un lieu où je pourrais parler, et où, d’ailleurs, j’en ai parlé).

Simplement, je crois que ça ne m’intéresse pas. Plus. Quand je regarde cette photo, je ressens de la colère, vis-à-vis de ceux qui ont rejeté cette jeune fille, se sont moqué d’elles, l’ont abîmée. Je ne retrouve aucune autre émotion. Et comment écrire, sans émotions ?

J’ai déjà écrit sur le harcèlement, le rejet, sur l’ennui que me procurais l’école. Sur mes liens difficiles avec les autres. Et je suis arrivée à la conclusion que ça ne m’intéressait pas de creuser davantage.

Mon adolescence a été un long tunnel, j’ai beaucoup lu mais rien vécu de très intéressant, et j’aurai beau creuser, je ne comprendrai pas pourquoi les autres ne m’aimaient pas et ne voulaient pas de moi. Pourquoi j’ai accepté une relation toxique de plusieurs années avec une fille qui me faisait croire qu’elle était ma meilleure amie alors qu’elle passait son temps à m’humilier. Pourquoi les garçons ne me regardaient pas. Pourquoi, pourquoi, pourquoi…

Pourquoi je ne me sentais pas moi-même. Ou plutôt : pourquoi je n’étais autorisée à être moi-même que seule, dans ma chambre, dans mon imaginaire, lorsque j’écrivais ou rêvassais. Pourquoi l’extérieur, depuis toujours, était le lieu où j’étais désaccordée. Où je ne pouvais pas vivre ce que je voulais vivre.

Et comprendre, c’est tout ce qui m’intéresserait, mais c’est bien sûr impossible…

Ou plutôt, est-ce que je n’ai pas déjà compris que simplement, adolescente, j’étais déjà celle que je suis aujourd’hui, en décalage, et que c’est aussi ce qui fait ma force parce qu’aujourd’hui j’ai des gens qui m’aiment exactement comme je suis ?

Et puis, ce n’est peut-être pas très grave, en fait ! Je me suis construite autrement, j’ai géré les failles, les manques, la nostalgie de ce que je n’ai pas vécu, et l’adolescente que j’ai été elle est toujours là, c’est aussi ma part d’écrivain même si ce n’est pas là-dessus que j’écris, en tout cas directement.

Et je crois que malgré tout, même sans avoir les réponses, je me suis libérée et je suis passée à autre chose.

L’Âge bête, de Géraldine Dormoy : instantanés d’adolescence

Je referme la porte de mon adolescence en paix. Il n’y a plus d’animosité ni de rancœur, plus de honte surtout. Chaque humiliation a été éventée, auscultée, remise en perspective. Dire ce que j’avais maintenu caché a dégonflé les monstres. J’ai vidé mon sac de souvenirs pesants. Les regrets se sont dissous. On peut penser ce que l’on veut de mon texte, j’ai fait ma part. J’ai fouillé ma mémoire, déterré ce qui avait besoin de l’être. J’ai composé avec mes oublis et ce que je ne pouvais pas dire car cela impliquait trop de personnes. J’ai visé la justesse en dépit des manques. Je me suis réapproprié mon histoire. Je l’ai réécrite, tout ne s’est pas passé exactement comme je le raconte, mais j’ai veillé à ne pas la dénaturer. Elle sonne vrai à mon oreille.

Il y a une synchronicité (et même une meute de synchronicités) intéressante au sujet de de récit dans lequel Géraldine Dormoy ausculte son adolescence. Il se trouve que j’étais moi-même en train d’ausculter la mienne et d’essayer de me libérer de certains souvenirs traumatiques de harcèlement, d’humiliation, de rejet. Et j’ai fini par faire ce tirage de Tarot, qui m’incitait à écrire. Mais il m’incitait aussi à lire, et à avoir confiance dans le pouvoir de la littérature, puisque le jour où l’article est paru, j’ai reçu le livre de Géraldine. Et j’ai compris que c’était un « cadeau » pour m’aider à me libérer moi-aussi.

En effet, dans ce récit constitué d’instantanés d’adolescence, Géraldine Dormoy livre ses souvenirs, les événements joyeux ou beaucoup moins qui ont émaillé sa vie entre son entrée au collège et son bac : ses parents et la famille, les amis, les premiers émois, la difficulté de plaire, les déceptions, les hontes, les difficultés de se projeter dans la vie. Le récit se double d’une réflexion passionnante sur le fait d’écrire sur soi.

Autant vous dire que j’ai adoré ce récit, que je l’ai dévoré en une journée et qu’il m’a fait beaucoup de bien : il s’agit ici de se réconcilier avec cette période de la vie qui n’est facile pour personne, mais moins encore pour certains que pour d’autres, de se réapproprier ses souvenirs, mais sans nostalgie, et en le faisant pour elle, Géraldine le fait aussi pour son lecteur, et en cela ce texte très intime (et vraiment je suis admirative du courage qu’il faut pour se dévoiler avec autant d’authenticité et de se montrer aussi vulnérable) atteint une dimension universelle, en tout cas générationnelle : il a fait jaillir quelques souvenirs, m’a à l’occasion fait sourire, certaines choses se sont mises à tourner en boucle dans ma tête pour finalement se dégonfler et s’envoler. J’ai adoré la fin, où elle parle de la mode, parce que c’est le chapitre qui a éveillé les meilleurs souvenirs.

Il y aurait encore tellement de choses à dire sur ce récit qui m’a profondément touchée, et m’a fait avancer d’un grand pas. Je ne serai jamais nostalgique de cette époque, mais ce texte cathartique m’a permis de la regarder autrement ! Merci Géraldine !

L’Âge bête
Géraldine DORMOY
Robert Laffont, 2022

Claudine à l’école, de Colette : une jeune fille en fleurs

Je m’ennuie à l’école, fâcheux symptôme, et tout nouveau. Je ne suis pourtant amoureuse de personne. (Au fait, c’est peut-être pour cela.) Je fais mes devoirs presque exactement tant j’ai la flemme, et je vois paisiblement nos deux institutrices se caresser, se bécoter, se disputer pour le plaisir de s’aimer mieux après. Elles ont les gestes et la parole si libres l’une avec l’autre maintenant, que Rabastens, malgré son aplomb, s’en effarouche, et bafouille avec entrain. Alors, les yeux d’Aimée braisillent de joie comme ceux d’une chatte en malice, et mademoiselle Sergent rit de la voir rire.

Un jour, alors que je devais avoir douze ans, ma maman est revenue de la librairie avec deux livres : La Petite Fadette, de George Sand, qui m’a passablement ennuyée, et Claudine à l’école, que j’ai dévoré sur la plage comme en témoignent les grains de sable qui étaient encore collés contre les pages et se sont répandus partout sur mon canapé (il devait y avoir beaucoup de vent lorsque je l’ai lu, car il y avait vraiment beaucoup de grains de sable), et qui m’a illuminée. Et l’autre jour, soudainement mais pas sans raison (cela a un peu à voir avec le projet Adèle), j’ai eu envie de relire Colette, et en particulier ce roman, dans l’exemplaire qui m’a tant émue, même si le nom de Willy sur la couverture a tendance, aujourd’hui, à m’agacer. Bref.

Claudine à 15 ans : à l’école, elle fait partie des grandes et des meilleures élèves qui, en juillet, passeront leur brevet. Elle vit seule avec son père qui ne s’intéresse qu’aux limaces et lui laisse une grande liberté, et c’est une jeune fille vive, brillante, au caractère affirmé, ce qui la rend parfois insolente. Ce roman est celui de sa dernière année d’école, marquée par des émois amoureux extrêmement divers.

Il y a un plaisir sans nom à relire comme ça un roman que l’on a adoré 30 ans plus tôt, et à y rechercher les traces de la jeune adolescente qu’on était. Effrontée, insolente parfois, libre et assoiffée de liberté, indisciplinée, Claudine est également assez sûre du pouvoir qu’elle exerce sur les autres, ses camarades de classe, ses institutrices et les hommes, aussi : elle charme, séduit, flirte, et en même temps elle reste d’une grande candeur, ce qui la rend si attachante. Gentiment licencieux, je comprends que ce roman et son héroïne aient plu à l’adolescente que j’étais, d’autant que je crois qu’il a contribué à forger mon imaginaire. Ce que je comprends moins c’est pourquoi par la suite je n’ai pas continué à lire la série, alors que j’ai lu d’autres Colette. Je vais donc m’y atteler…

Claudine à l’école
COLETTE
Librairie Paul Ollendorff, 1900 (Livre de Poche)

Ce qui coule dans nos veines, de Sophie Adriansen : le poison

Nous vivons un amour fou. Un amour tel que je n’osais croire que j’y goûterais un jour. La passion des livres de Jane Austen, Dickens et Tourgueniev, de Chateaubriand et de Madame de Staël mais sans le pessimisme, sans le désespoir, sans le déséquilibre ni la souffrance. Qui a dit qu’un premier amour était forcément malheureux et destructeur ? Adam et moi vivons une relation d’exception, et elle va durer. Lui comme moi avons une foi inébranlable en notre avenir. Parce que nous possédons quelque chose que personne n’a. Un amour unique nous lie, et nous ferons ce qu’il faut pour le préserver. 

Attention, article totalement décousu en approche mais je n’ai pas pu faire mieux tant ce roman pour adolescents a remué de trucs.

Pour Garance et Adam, c’est l’évidence : ils sont faits l’un pour l’autre. Mais quelques semaines après leur rencontre, Adam découvre qu’il est atteint d’une leucémie, et ses convictions religieuses lui interdisant les transfusions sanguines, il ne peut avoir accès à la chimiothérapie. Portée par son amour, Garance essaie de le sauver, mais peut-on sauver quelqu’un pour qui les dogmes religieux sont plus importants que la vie et l’amour ?

Cela fait quelque temps que j’ai terminé ce roman sans parvenir à écrire cet article tant il m’a profondément bouleversée, donc. Disons que je l’ai trouvé très dur émotionnellement parce qu’il appuie sur deux de mes plus grandes angoisses : la maladie et le dogmatisme religieux. Surtout le deuxième, du coup, et c’est ce qui fait que j’ai été folle de rage durant toute ma lecture (cela dit, cela fait sens puisque la question de la liberté était justement ce que me fait travailler l’Univers en ce moment) : le choix très malin de Sophie est que le roman est entièrement construit du point de vue de Garance, et que très vite d’ailleurs Adam disparaît concrètement puisqu’il est loin, qu’elle n’a presque aucun contact avec lui, et qu’elle est donc seule à essayer de se battre — et à essayer de comprendre l’incompréhensible : comment une mère peut placer ses croyances idiotes au-dessus de la vie de son enfant, comment un homme peut-il sacrifier sa vie et son amour au nom d’élucubrations sans fondement ?

Le roman interroge le libre-arbitre, et on imagine bien qu’il n’a pas du tout amélioré mes rapports avec les dogmes religieux (et cette secte en particulier que tout le monde a reconnu mais que je ne nommerai pas). A réserver au grands adolescents parce que, encore une fois, c’est un excellent roman mais il est très dur je trouve et il m’a un peu traumatisée. Moi, ma philosophie de vie, c’est que la seule vraie religion, c’est l’amour !

Ce qui coule dans nos veines
Sophie ADRIANSEN
Gulf Stream, 2019

L’Odeur de la colle en pot, d’Adèle Bréau : parfum de nostalgie

En sortant dans la rue, les lumières qui clignotaient m’ont soudain paru moins tartes. J’ai souri parce que tout à coup, ça paraissait possible, le bonheur. Je me rendais bien compte que, plus encore que d’habitude, je pouvais passer du désespoir absolu à la félicité la plus totale, comme ça, en quelques minutes. Ça m’arrivait tout le temps, en ce moment. Et si ça « éreintait » maman, comme elle le disait en soupirant, c’est pour moi que c’était le plus compliqué. 

Le fait est : je n’éprouve strictement aucune nostalgie vis-à-vis de mon adolescence, au contraire, et mes années collège ont été plus ou moins un enfer pour moi (au lycée ça allait mieux) : j’avais très peu d’amis (et l’une des seules amies que j’avais, avec le recul je vois bien qu’elle passait son temps à me rabaisser), j’étais souvent moquée parce que j’étais une bonne élève et que c’était mal vu car synonyme de « ennuyeuse à mourir », c’est à cette époque que je suis passée de « crevette » à « fille pulpeuse » (on va le dire comme ça mais ce n’est pas trop ce que j’entendais) et ça ne m’a pas aidée à me sentir bien, et ne parlons même pas des garçons, pour eux je n’existais carrément pas, sauf éventuellement lorsqu’ils avaient besoin de moi pour faire leurs exercices d’anglais. Alors je sais bien que, comme le dit Edouard Louis, la souffrance est totalitaire : tout ce qui n’entre pas dans son système, elle le fait disparaître. Mais le fait est qu’à première vue, il n’y avait aucune raison pour que j’aie envie de lire ce roman, qui allait me replonger dans des mauvais souvenirs que je n’avais pas forcément envie d’examiner. Mais, peut-être que c’est là la raison de mon choix, justement…

Une nouvelle vie commence pour Caroline (tiens tiens) en septembre 1990 : fraîchement débarquée à Paris pour que son père puisse être plus proche de son travail, elle entre en quatrième au lycée Carnot. La fin de l’enfance, les tempêtes émotionnelles de l’adolescence, les amis, les premières expériences amoureuses, le délitement du couple parental : cette année va être un tournant dans sa vie.

Il s’agit-là d’un très très beau roman, empreint de douceur et de mélancolie, qui rend parfaitement bien cette époque, et qui a eu sur moi un effet cathartique, et très probablement c’est ce que j’y cherchais : j’imagine que chacun le vivra à sa manière selon ses propres souvenirs, moi globalement il m’a beaucoup fait pleurer, pour des raisons différentes mais surtout, finalement, sur la nostalgie de ce que je n’ai pas connu (un concept intéressant, d’ailleurs, ça ferait un joli titre). Et je crois que ça m’a fait beaucoup de bien. Et depuis, je n’arrête pas de sniffer la colle en pot, que normalement on n’utilise plus au collège, sauf Caroline.

Bref : une très belle plume à découvrir !

L’odeur de la colle en pot
Adèle BRÉAU
Lattès, 2019

A tous les garçons que j’ai aimés, de Susan Johnson : on ne peut pas toujours fuir les sentiments

Les histoires d’amour, je préfère les vivre dans mon imagination. Dans la réalité, plus tu laisses les gens entrer dans ta vie et plus tu prends le risque de les voir ressortir. 

Des lettres d’amour, j’en ai écrit un certain nombre, dont récemment une de plus de 150000 mots ; seules deux ont été envoyées, dont une de manière anonyme quand j’étais adolescente. Autant dire que le pitch de ce film de l’été sur Netflix m’a directement murmuré à l’oreille.

Lara Jean est une adolescente rêveuse et romantique, qui vit dans les histoires d’amour qu’elle lit. Dans la réalité, effacée et timide, elle jamais vécu d’histoire d’amour et comme elle n’ose pas dire aux garçons ce qu’elle ressent, elle leur écrit des lettres qui ne sont pas destinées à être envoyées. Mais un jour, elles le sont.

Bien sûr, on pourra dire de ce film que c’est une bluette pour adolescents cousue de fil blanc et pas du tout réaliste, et on n’aura pas complètement tort. Reste qu’il m’a permis de passer un bon moment, et qu’il m’a surtout beaucoup touchée parce que, malgré tout, je me suis pas mal reconnue en Lara Jean — et pas seulement l’adolescente que j’ai été. Le film, en fait, traite d’un problème qui est celui de beaucoup de gens, y compris les adultes (surtout les adultes) : la peur de l’engagement et de l’attachement. La maman de Lara Jean est morte, et si elle préfère vivre les histoires d’amour dans son imagination, c’est qu’elle ne veut pas s’attacher aux gens de peur de les perdre ; elle fuit ses sentiments, parce qu’elle est terrorisée (mais bien sûr la force de l’amour va lui permettre de lâcher ses peurs et d’aller de l’avant, j’ai dit que c’était cousu de fil blanc). Alors bien sûr ça peut paraître assez simpliste dit comme ça, mais parfois le vrai est dans les choses les plus simples.

Donc un joli film, à la fois drôle (certaines situations sont cocasses) et émouvant, qui se laisse regarder avec plaisir (on se sent redevenu adolescent et ça ne fait pas de mal) et une boîte de mouchoir (cela dit, il m’a fait pleurer parce qu’il a appuyé sur le problème exact auquel je me heurtais ce soir-là, à savoir l’idée que peut-être les histoires d’amour c’est mieux de se contenter de les vivre en imagination, donc ce n’est pas forcément une référence).

A tous les garçons que j’ai aimés
Susan JOHNSON
D’après le roman de Jenny HAN
Netflix, 2018

Les loyautés, de Delphine de Vigan

Les loyautés, de Delphine de ViganLes loyautés.
Ce sont les liens invisibles qui nous attachent aux autres — aux morts comme aux vivants —, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires.
Ce sont les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.
Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves.

J’ouvre (certes avec un peu de retard, mais comme vous l’avez compris ma vie est un peu chaotique en ce moment) le bal de la Rentrée littéraire d’hiver avec ce qui est sans doute l’un des textes les plus attendus, de tout le monde et de moi : le dernier roman de Delphine de Vigan qui, après Rien ne s’oppose à la nuit et D’après une histoire vraie revient au genre qui l’a fait connaître, la fiction sociale.

Theo est un adolescent de 12 ans 1/2 dont l’attitude inquiète beaucoup Hélène, sa professeure de sciences : elle-même ayant été victime de violences dans son enfance, elle projette son passé sur Théo et est convaincue qu’elle doit le sauver. Mais la réalité est beaucoup plus complexe.

Roman polyphonique, Les Loyautés se révèle un texte dur, douloureux, qui traite des thèmes difficiles et montre les failles et les parts d’ombre que nous avons en chacun de nous. Très bien mené et écrit, il s’achève pourtant, je trouve, sur un goût d’inachevé : l’histoire s’arrête, mais les situations sont toujours inextricables et il n’y a pas de réelle résolution. Peut-être que certaines choses auraient pu être davantage creusées et développées. Après, il est clair que la fiction sociale n’est pas un genre que j’apprécie plus que ça, ce n’est pas du tout de toute façon ce dont j’ai besoin en ce moment, et c’est sans doute la raison pour laquelle malgré ses qualités évidentes je suis un peu passée à côté : je préfère vraiment de Vigan sur d’autres terrains. Mais lisez-le, vous me direz !

Les Loyautés
Delphine de VIGAN
Lattès, 2018