Instantané : la magie des fleurs

Saint Fiacre est le patron des jardiniers. A Orléans, il est fêté (sauf l’an dernier) le dernier week-end août, par des installations florales dans l’église Saint-Marceau : des milliers de fleurs qui donnent à l’endroit l’allure d’un temple païen dédié à Vénus. Ici, c’est l’émerveillement qui domine : des « ah », « des oh », des « comme c’est beau ». Et par les temps qui courent, toute cette beauté, toute cette poésie, ça fait un bien fou, et c’est de cela dont es gens ont besoin, je crois. De la magie des fleurs. D »émerveillement.

La répétition ou l’amour puni, de Jean Anouilh : marivaudage triste…

L’amour est le pain des pauvres ; ne nous mettons pas, sur le tard, à pleurnicher l’un et l’autre au milieu de nos aubussons parce que nous ne l’avons pas connu. Il y a des choses mille fois plus importantes au monde que ce désordre inattendu. C’est comme une bouteille qu’on vide un soir, pour faire le fanfaron : on paie deux heures d’exaltation d’une longue nuit de migraine et de vomissements. C’est trop cher. Je n’ai d’autre ambition que de faire de ma vie une fête réussie. Et c’est autrement difficile, permettez-moi de vous le dire, que d’ennuyer tout le monde en se tapant sur la poitrine et de souffrir.

Je suis tombée l’autre jour sur cette pièce d’Anouilh dont je n’avais jamais entendu parler. Il y est question d’amour, d’une répétition d’une pièce de Marivaux, c’était donc pour moi…

Le Comte et la Comtesse, la maîtresse du premier et l’amant de la deuxième, s’ennuient à la campagne, où ils sont obligés de passer un mois. Grand organisateur de fêtes, le Comte décide de jouer une pièce de Marivaux, La Double Inconstance. Mais un invité inattendu, l’Amour, va changer quelque peu sa vision du monde…

Comme chez Marivaux, nous sommes dans une pièce extrêmement subtile construite sur La Surprise de l’amour. Le Comte, être snob et raffiné, qui organise des fêtes où le repas est assorti à la pièce et la pièce au château, esprit vif et mordant, sarcastique, cynique et désabusé, bref, quelqu’un qui pense ne pas pouvoir être touché par la grâce de l’amour, se convertit sous nos yeux : les masques du théâtre, ici, permettent de dire le vrai, et d’accéder aux sentiments dans ce qu’ils ont de plus pur. Mais si la pièce est un hommage à Marivaux, elle n’en a pas la gaîté : c’est une pièce d’une infinie tristesse, déchirante, comme l’indique le sous-titre, et qui m’a beaucoup fait penser à Musset…

J’ai trouvé ce texte magnifique et bouleversant, comme à chaque fois que je lis Anouilh d’ailleurs je suis éblouie par la gamme de son talent, et cette pièce mériterait d’être beaucoup plus connue qu’elle ne l’est !

La Répétition ou l’amour puni
Jean ANOUILH
La Table ronde, 1951 (Folio)

Bucket list

J’ai l’impression que ces derniers temps, beaucoup de gens se sont interrogés sur toutes ces choses qu’ils voudraient faire et ne font jamais. Ces choses que nous aimerions faire avant de mourir, et que nous repoussons toujours à plus tard. Parce que, toujours pris dans le tourbillon de la vie, nous n’avons « pas le temps ». Or ces derniers mois, ponctuellement enfermés chez nous, à l’arrêt, du temps nous avons eu, et surtout celui de prendre conscience que tout pouvait arriver, n’importe quand. Certains veulent tout changer dans leur vie (j’en fais partie), d’autres y mettre plus de fun, de plaisir, d’aventure. Pour rédiger ma bucket list j’ai choisi cette deuxième option : publier mon roman, déménager, tout ça pour moi c’est un peu différent, ce sont des projets de vie, des objectifs, alors que selon moi la bucket list est une liste de choses que j’aimerais réaliser, certes, mais des choses qui mettent du piment, font pétiller les yeux, des expériences, mais ne constituent pas le socle de ma vie. Il y a donc des voyages (en réalité ma liste de lieux est beaucoup plus longue que ça : je n’ai mis que ce qui demande une certaine organisation), des activités nouvelles, des apprentissages…

Alors j’aimerais… Apprendre à monter à cheval // Faire du surf // Apprendre le portugais et m’installer quelques mois au Portugal // Donner une conférence TedX // Faire de la plongée sous-marine // Dormir dans une cabane dans les arbres // Parcourir tout le Royaume-Unis en voiture // Photographier les champs de tulipes aux Pays-Bas // Organiser une exposition // Faire du chien de traîneau // Monter en montgolfière et survoler les volcans d’Auvergne // Regarder le soleil se coucher depuis la terrasse d’un joli restaurant en Grèce en buvant un verre // Faire une simulation d’apesanteur // Passer le nouvel an à New-York // Voir un volcan en éruption (de loin) // Pique-niquer sous les cerisiers en fleurs au Japon // M’inscrire à un cours de théâtre d’improvisation // Passer une nuit toute seule dans un musée…

Et vous, qu’est-ce que vous aimeriez faire de nouveau, de palpitant, d’aventureux ?

Inspiration journal artistique (et poétique)

L’autre jour, vous m’avez demandé quelles sources m’inspiraient pour mes journaux poétiques. Alors même s’il est difficile de répondre car c’est un peu partout, et surtout que je ne suis jamais totalement les process indiqués car évidemment l’art c’est très personnel (et qu’à la base j’ai transformé le truc en appelant « journal poétique »), je vous ai fait une petite sélection :

1. Le plus complet : le site everythingart
C’est en anglais, mais c’est une mine pour le mixed-media : une newsletter inspirante (et à l’inscription vous recevez un petit cahier d’exercices avec plusieurs « prompts » pour commencer vos pages), des cours. Certaines choses sont payantes comme la chaîne de TV et certains cours, mais il y a aussi pas mal de ressources gratuites pour commencer.

2. Jordan Clark : je l’ai découverte via sa chaîne Youtube, et j’aime également beaucoup son compte Instagram. Son univers est doux, poétique, et elle fait des choses simples et épurées, parfait pour débuter !

3. Berber Van Gorp : je suis en amour avec ses vidéos ASMR. Pas d’explications, juste le process en images et c’est totalement poétique. Je ne suis pas toujours très convaincue par le résultat final, mais j’ai pris 2-3 idées !

4. Melody Miroir, qui est une fidèle lectrice et propose de très chouettes tutoriels sur Youtube mais aussi sur Instagram. J’aime particulièrement cette vidéo pour faire une galaxie, et en suivant Mélody on a accès à plein d’autres ressources car elle-même partage ses inspirations !

5. Vivre et créer, le site d’Anne-Solange Tardy : ce n’est pas du journal artistique mais ça m’inspire beaucoup.

Voilà quelques pistes pour commencer, nous y reviendrons certainement car cette histoire de journal poétique est vraiment un des aspects les plus aboutis de mon « projet 2021 ». Mais l’essentiel est, de toute façon, de laisser marcher son intuition, la technique, bien sûr indispensable, n’est qu’un outil et il ne faut pas chercher à reproduire des pages telles quelles aussi jolies soient-elles ! Amusez-vous, et soyez vous-même !

Sorcières, êtes-vous là ?

A force de tomber toujours sur des histoires de sorcières, j’ai fini par tomber sur un colloque sur les sorcières, à Orléans, organisé par deux anciennes collègues. En mars j’ai donc envoyé une proposition de communication, qui a été acceptée, et le colloque a lieu demain et vendredi. J’y parlerai de « la sorcière, figure de puissance et de liberté dans la littérature féminine contemporaine ». Tout un programme, n’est-ce pas !

En vérité, je flippe un peu parce que je n’ai pas participé à un colloque depuis plus de dix ans. Mais je suis aussi excitée comme une puce, parce que je sais que cet événement a du sens dans mon parcours et pour ce qui commence à se dessiner de plus en plus nettement. Et j’espère que j’arriverai à ensorceler mon public !

Si vous voulez en faire partie, vous avez toutes les infos ici !

Charles Draper, de Xavier de Moulins : un homme amoureux ?

Il traverse invisible cette enfance, sur la pointe des pieds. Indifférent autant que perdu, il subit l’école et son déferlement. Il cherche toujours un abri. C’est un solitaire habité par un vide inouï. Un vide océan qui vous noie. Pour se protéger, il se réfugie dans ses pensées. Là-bas, dans son monde, il y a la douceur des débuts. A cette époque, Charles Draper est immortel. Il déteste cette idée, de ne jamais finir. Il aimerait bien mourir un peu, pour recommencer différemment, sans cette idée d’emprisonnement, sans toute cette chair boulet, sans cette dégaine de fortune, sans cette tête d’idiot, cette plaine de solitude et encore une fois ce vide interminable aboyant au fond de son petit estomac, qui lui serre trop fort le cœur. 

Laissons un peu de côté la rentrée littéraire pour ce roman qui vient de sortir en poche ; c’est le troisième de son auteur, Xavier de Moulins, que je ne connaissais jusque-là que comme journaliste, et c’est bien dommage.

Peu après qu’ils ont acheté un vieux corps de ferme et révolutionné l’organisation de leur quotidien, Charles Draper a l’impression que sa femme Mathilde s’éloigne de lui. Il se sent alors vieux, gros, peu désirable, surtout comparé au voisin. Mais est-ce bien le problème ?

Difficile de parler de ce roman sans en dire trop : reposant sur la figure de la parallipse, il met en jeu une mécanique implacable qui nous entraîne vers le dénouement sans qu’on ne puisse le voir venir, ce qui du coup réoriente toute la perception des choses. Plus que le simple mécanisme de la jalousie, du délire interprétatif d’un homme qui manque cruellement de confiance en lui et est désespérément amoureux d’une femme qui semble l’aimer moins, le roman nous montre le délitement d’un couple, qui peine à surmonter un changement radical de vie — quitter Paris, et s’installer loin de la ville.

Je n’en dirai pas plus du coup, parce que ce serait dommage de divulgâcher. Mais lisez-le : une belle plume et une grande maîtrise narrative, ça ne se refuse pas !

Charles Draper
Xavier De MOULINS
Lattès, 2016 (Livre de poche, 2018)

En mots et en images : juillet 2017

Les mots…

Il est où le soleil ? // Une envie de fleurs et de jolies choses // Les premières tomates de la saison // Aujourd’hui peut-être, ou alors demain… // Une autre robe rouge que j’aime d’amour parce qu’elle est totalement moi // Merci, madame Veil… // Nunc est bibendum. Fêter les vacances et le départ de certaines // Shopping Day // Une question d’organisation // Dans de beaux draps (au sens propre) // Regarde tomber la pluie (avec désespoir) // Regarde aussi les oiseaux dans le jardin. Ils sont rigolos quand ils se perchent sur la table et sautillent autour de l’assiette vide en faisant cuicui pour m’engueuler // Dans les valises, étape 1 // Me faire la réflexion que prendre l’avion est devenu aussi compliqué que de passer Normale Sup : à chaque objet je vérifie si j’ai le droit // Lisbonne. Coup de coeur pour cette ville exubérante au mille couleurs. Une semaine à me promener, à rêver, à écrire dans mon carnet, à lire en terrasse. Une semaine dans les pas de Camoes, d’Eça de Queiroz, de Pessoa, de Saramago. Me sentir si bien dans cette ville qui est comme un livre, et où je me verrais bien rester pour écrire… // Défaire les valises. Trouver une place pour les nouvelles choses qui embelliront le quotidien. Les livres dans la bibliothèque, les magnets sur le frigo, le mug Pessoa sur mon bureau, les affiches bientôt dans des cadres, le reste dans la Lisboa Box // Une jolie surprise pour mon ego // Déjà refaire les valises. Avec beaucoup de livres dedans. Bientôt la rentrée littéraire // Mon Cap-Ferret

Sur une brillante idée originale de Moka

Les images…