Instantané : changement de décor

Passer la semaine à la campagne, se déterritorialiser, se promener dans d’autres endroits, se reposer et se ressourcer mais aussi travailler autrement : ailleurs que chez soi, hors de son quotidien, on voit les choses autrement, on est sur un autre rythme, sur d’autres activités. Les sens sont autrement sollicités : les paysages ne sont pas les mêmes, ni les bruits, ni les odeurs, ni la nourriture d’ailleurs et non plus la texture de l’air. Et c’est tous ces petits changements qui permettent à de nouvelles idées de germer !

Autobiographie littéraire

En relisant Claudine à l’école, je me suis souvenue d’un projet que j’avais commencé il y a plus ou moins cinq ans, à un moment où Le Truc (ce pavé de plus de mille pages que peut-être je ne publierai jamais mais que j’ai eu et que j’ai toujours besoin d’écrire) s’enlisait un peu. En fait, en écrivant ce Truc (il a un vrai titre, rassurez-vous), je m’étais penchée sur la manière dont s’était construit mon imaginaire et à travers lui la personne que je suis. Me rendant compte que dans les faits, je n’ai rien vécu de mon adolescence : toujours mise à l’écart par les autres, jamais invitée aux fêtes ou presque jamais, souvent laissée seule, et bien, je lisais. Je vivais par procuration. Ce qui donne cette phrase, dans L’Aimante : A l’aube de sa vie d’adulte, elle avait beaucoup lu, mais elle n’avait rien vécu.

Et je trouvais donc intéressant (pour moi, en tout cas) d’interroger les livres, romans essais poèmes pièces de théâtre, mais aussi les gens, auteurs ou non, qui m’ont construite, en tant que femme et en tant qu’écrivaine — puisque les deux sont indissociables.

En relisant Claudine à l’école, y cherchant les traces de la jeune fille mal dans sa peau que j’étais (je sais qu’il est très peu probable que je retrouve mes journaux de l’époque, donc je me cherche dans les livres), je me suis dit, mais pas très fort, qu’il faudrait que je reprenne ce projet. Mais sans plus de conviction que ça.

Il me fallait donc une autre impulsion, que j’ai reçue par la poste : un livre dont je vous reparlerai la semaine prochaine, L’Âge bête de Géraldine Dormoy, qui se penche sur ses souvenirs d’adolescente afin de faire la paix avec certains souvenirs et se réapproprier son histoire. Quelque chose que je serais bien en peine de faire, car il n’y aurait pas grand chose à raconter (j’ai beau creuser : je n’ai que peu de souvenirs précis, c’est très mental, je pense que pour me protéger j’ai oublié beaucoup de choses et je vois mon adolescence un peu comme un long tunnel dont j’attendais de sortir à l’âge adulte, et de fait dès l’année après le bac, j’ai enfin eu de vrais amis, je me suis épanouie intellectuellement alors qu’au lycée je végétais, et j’ai découvert la sensation de plaire enfin à l’autre sexe. Bref, je me disais ça : je ne vois pas bien ce que je pourrais raconter, moi. Et pof, qu’est-ce qui a surgi dans mon esprit ? Cette sorte d’autobiographie littéraire.

Alors bien sûr, il faut que cela mûrisse, mais comme je ne suis pas à un projet près, j’ai très envie de m’y remettre : j’ai une idée de ce que je pourrai en faire, si ça se trouve je n’en ferai rien du tout, mais pour moi, je pense que c’est intéressant.

Et si je vous demandais quels livres vous ont façonné, où les personnes liées de près ou d’un peu plus loin à la littérature qui ont eu de l’importance dans votre construction, que me répondriez-vous ?

Instantané : Le Voyage amoureux

Et voilà le dernier-né de mes petits carnets de créativité : après Le Voyage onirique (un journal des rêves) et Le Voyage sensoriel (version allégée de L’Invitation à un voyage sensoriel), voici Le Voyage Amoureux. Ici, des pages de journaling guidé et des petites activités créatives pour apprendre à mieux vous connaître autour de mon thème de prédilection, l’amour. J’espère qu’il vous plaira parce que c’est la première fois que je galère autant pour publier : j’ai été obligée de me battre plusieurs jours avec KDP, car ils ne voulaient pas initialement l’accepter comme « faible contenu » mais voulaient que je lui donne un ISBN, ce qui pour des raisons administratives et comptables ne me convenaient pas du tout (et n’avait de toute façon aucun sens). Mais j’ai gagné, donc dès à présent vous pouvez l’acheter pour vous, où pour l’offrir ! La couverture a d’ailleurs un peu changé entre les épreuves et la version finale, mais encore une fois, j’en suis fière !

Autrice indépendante : le chaudron qui bouillonne

Parmi toutes les peurs de l’écrivain, qui à la fête foraine de l’angoisse a tendance à vouloir essayer tous les manèges, il y a celle-ci : est-ce que j’ai encore un roman en moi ? Est-ce que je suis capable de donner naissance à une nouvelle histoire, ou est-ce que j’ai dit tout ce que j’avais à dire ?

Je crois que cette interrogation revient sans fin, que l’on en ai écrit un, deux, ou cinquante. Et c’était une de mes interrogations en me lançant dans le projet Adèle : est-ce que la grande magie va opérer à nouveau ?

Resituons le contexte : comme je travaille par couches, et que mon deuxième roman n’attend que les derniers retours de bêta-lecteurs pour les ultimes corrections et le travail éditorial, je me suis dit que le moment était venu de mettre en chantier le troisième. Et parmi plusieurs idées (et là, je me fais plutôt confiance : les idées de départ, ce n’est pas ce qui manque et ça n’a jamais manqué) c’est celle-ci qui montrait le plus d’insistance pour que je l’écrive.

Oui, mais : j’avais l’idée de départ, certes. Mais tout le reste ? En outre, je devais changer mon processus, à savoir que ce roman, pour être écrit, demandait des recherches précises sur beaucoup de sujets. Alors, c’est ce que j’ai fait, suivant la sérendipité, un sujet en conduisant à un autre, à une idée, à un personnage. Ces recherches m’ont occupée pas mal de temps, et c’était l’objectif principal de Preptober. On est à un peu plus de la milieu du parcours de cette dernière ligne droite préparatoire.

Et… encore une fois, la magie opère. Des recherches naissent des idées, des thèmes, des scènes. La chronologie se met en place. De nouveaux personnages s’invitent, que je prends plaisir à découvrir, qui ne me disent pas encore tout mais ça, je sais que c’est en phase d’écriture que ça se produit.

Depuis quelques jours, ce sont des phrases. Des morceaux. Des paroles, qui tournent dans ma tête. Et, encore une fois, je suis absolument émerveillée de la manière dont le chaudron finit par se remettre à bouillonner. Je ne peux pas encore être totalement sûre de ce que cela donnera, mais enfin, je crois que je suis pas mal prête pour commencer mon NaNoWriMo le 1er novembre, et j’ai hâte de me lancer dans l’écriture concrète, les mots qui naissent par cohortes, l’histoire qui se déploie.

Comme par magie…

Routine du matin

Qu’est-ce qu’on peut en parler, de ces routines du matin. D’ailleurs, j’en ai déjà parlé. Mais il se trouve que depuis quelques semaines, à force de tâtonnements, d’essais, d’expérimentations, j’ai réussi à mettre au point ce qui me convient vraiment, et constitue une rampe de lancement pour ma journée, que ce soit un jour béni où je travaille de chez moi, ou un jour pas béni où je dois encore subir mon job alimentaire. Ces derniers, cela implique donc que je me lève plus tôt, mais je me suis rendu compte que c’était absolument nécessaire à mon équilibre d’avoir fait des choses qui me nourrissent avant de partir. Les autres jours, heureusement plus nombreux (l’Univers y a veillé), cela me permet aussi d’être plus centrée, et donc plus efficace. Donc voilà comment ça s’organise :

1. Le très pratique : petit déjeuner / douche / habillage / confection de mon capuccino pour la suite (tout cela est absolument indispensable pour démarrer).
2. Je commence par un tirage de cartes, pour donner le ton de la journée : un arcane majeur du Tarot, une carte de mon Oracle des poètes.
3. Petite séance de journaling : ce ne sont pas les pages du matin de Julia Cameron, que j’ai définitivement abandonnées après avoir enfin compris que cela ne me convenait pas du tout. Non : je pose vraiment les choses, d’abord mon intention pour la journée, ensuite comment je me sens, mes rêves, mes objectifs du jour… ce qui me passe par la tête, mais de manière maîtrisée !
4. Lecture active, c’est-à-dire un livre que je lis crayon/stabilo en main pour prendre des notes, réfléchir, me poser des questions. Dernièrement, c’était le livre de Marielle Barbe dont je vous parlais hier, mais les sujets peuvent être très variés, l’essentiel est que ça me nourrisse et me fasse avancer. J’y consacre 1/4 d’heure les jours où je travaille à l’extérieur, cela peut être beaucoup plus si je suis chez moi.
5. Equilibre : ce n’est pas vraiment du sport, mais un peu tout de même, je passe 10 minutes sur mon coussin d’équilibre en écoutant des podcasts. Mine de rien, cela m’aide vraiment à m’ancrer et à m’aligner. J’ai remarqué que les jours où je travaille à l’extérieur, j’ai beaucoup de mal à tenir en équilibre, ce qui est logique puisque ces jours-là je ne suis pas alignée, mais au bout de quelques minutes c’est mieux. Les jours où je travaille de chez moi, il n’y a aucun souci.
6. A ce stade, deux chemins : soit je finis de me préparer et je pars (berk), soit je consulte mon bullet journal (cet article est vraiment très ancien, il faudra que j’en refasse un quand je mettrai en place celui de 2023) pour savoir quelles sont les tâches et objectifs de la journée (et je peux déjà en cocher deux : lecture active et équilibre, ce qui met dans une bonne dynamique d’efficacité).
7. ce n’est qu’à ce moment-là que j’ouvre enfin mon ordinateur, consulte mes mails, et me lance dans ma journée (sauf si je suis partie, donc), toute pimpante et motivée (sur le chemin 2).

Alors cela peut paraître un peu « militaire » dit comme ça, mais il faut se souvenir qu’il n’y a pas de manière universelle de faire, ni de routine immuable. Moi, c’est vraiment ce qui me convient actuellement puisque je suis dans une phase où il est essentiel pour moi d’être disciplinée et focalisée et organisée, si je veux arriver à remplir mes objectifs et jongler entre toutes mes activités. Cela dit, j’aime vraiment cette routine, elle m’apporte beaucoup de joie, et c’est l’essentiel).

Et vous, vous avez une routine du matin ?

La peur d’aimer

Ce matin (samedi), comme je suis actuellement en plein challenge Tarot personnel pour faire un peu le point vu que je suis en train de passer mon examen de fin de cycle (au sens métaphorique), j’ai interrogé mon jeu concernant ma priorité du moment. La première carte répond donc à la question de savoir sur quel blocage je dois me concentrer en priorité. Je crois qu’on fait difficilement réponse plus claire : le trois d’épées, avec ce cœur transpercé ; plus qu’une blessure en soi, l’arcane indique surtout la manière dont quelque chose peut tourner en boucle dans son mental, et mon Tarot me dit qu’il faut vraiment que je reprenne mon pouvoir et me libère d’une blessure de trahison/humiliation qui a été réactivée en juillet, mais a figé mon cœur il y a trente ans (oui, ça fait beaucoup). La deuxième carte répond à la question du comment s’y prendre. Et là encore, on admirera la clarté de la réponse : « et ben, écris ! ». Je précise pour ceux qui s’interrogeraient sur cette carte de l’Artiste qu’elle est spécifique au Tarot de l’Illumination, et qu’elle est une des raisons pour lesquelles j’aime ce jeu d’amour.

La réponse, je l’ai bien compris, ne visait pas à ce que j’écrive dans mon journal (je l’ai déjà fait), ni même une scène de roman (même si je pense que cela me resservira dans un roman). Non, elle m’invitait à écrire cet article que vous êtes en train de lire, que je repousse depuis pas mal de temps, mais que je m’étais engagée avec moi-même à écrire ce matin, sans savoir par quel bout le prendre. Sympa, le Tarot m’offre une entrée en matière : c’est ça, aussi, la Grande Magie.

Mais revenons à notre cœur blessé, et à l’Evénement qui m’a, il y a trente ans, totalement figée et gelée. J’ai déjà parlé du harcèlement que j’ai subi, et cela prend place dans ce contexte où les autres s’attachaient à me faire sentir à longueur de journées que je ne valais rien. Cet événement, en fait, j’ai toujours su qu’il avait eu lieu, mais d’abord je le sais intellectuellement (d’où la carte d’épée, et non de coupes : je n’ai strictement aucun accès aux émotions. C’est figé, gelé) et ensuite je n’avais pas mesuré l’ampleur des répercussions. C’est souvent ça d’ailleurs avec certains traumatismes que le travail de l’ombre vise à débusquer : ce sont parfois des événements qui peuvent sembler « anodins ». Même si là, il y a du niveau question méchanceté.

Voilà : un jour, quand j’étais au collège, des filles de ma classe m’ont fait croire qu’un garçon qui me plaisait s’intéressait à moi et voulait qu’on sorte ensemble. Ce qui impliquait de se retrouver le soir après les cours sur le parking des bus, et s’embrasser. C’est à peu près tout. J’ai donc passé la journée sur un nuage rose. Mais voilà : j’ai attendu en vain. Le garçon en question n’était même pas au courant de cette histoire (ça je l’ai su quelques années après et ça n’a pas d’importance). C’était juste un coup monté par quelques filles pour se moquer, pour m’humilier : comment est-ce que je pouvais croire qu’un garçon pouvait bien s’intéresser à moi ? Il ne faut pas rêver ma pauvre fille, tu es trop moche, trop nulle.

Aujourd’hui encore, je me demande comment on peut ne serait-ce que penser à faire une chose pareille. Et je n’ai pas la réponse, même si à force de travailler sur ce gros problème de harcèlement, j’ai compris que c’était de la jalousie et de la peur. Mais tout de même, ça me dépasse.

Et quand je réexamine toutes mes relations amoureuses depuis lors, je vois bien ce que ça a suscité en moi : la peur d’aimer. Parce qu’aimer, c’est donner à l’autre les armes pour nous anéantir. Comme Merlin avec Viviane, finalement. Aimer quelqu’un, c’est se montrer dans sa vulnérabilité. Donc, la solution : ne pas s’attacher, ne pas s’investir pleinement. Et surtout, ne jamais rien montrer : ne jamais dire « je t’aime » parce que si ça foire (et il y a cette voix, toujours, qui me chuchote à l’oreille que ça va foirer, comment est-ce que je peux croire qu’un homme peut s’intéresser à moi ? Il ne faut pas rêver ma pauvre fille, tu es trop moche, trop nulle) au moins je pourrai dire « je m’en fous, pour moi ce n’était qu’une aventure, je n’aimais pas ». Ce qui est très dommage, c’est que parfois, l’autre s’en va justement parce qu’on n’a pas su, pas pu lui dire qu’on l’aimais, qu’on s’est débattu avec soi, qu’on a donné tout ce qu’on pouvait mais que l’essentiel ne voulait pas sortir.

Ceux qui ont lu L’Aimante et Salomé ont peut-être souri, parce qu’évidemment, tout est là. Mais je crois que, au-delà des textes qui restent de la fiction, il était nécessaire que j’écrive ici, justement parce que ce n’est pas de la fiction, parce qu’ici, je peux me montrer authentique et vulnérable. Et peut-être que maintenant, mon cœur va pouvoir se dégeler, et avec lui les émotions et les mots que je voudrais pouvoir dire sans crainte qu’on me plante un couteau dans le cœur en retour. Ce qui s’appelle faire confiance.

Instantané : parfum

Dans lInvitation à un voyage sensoriel, dans le chapitre consacré à l’odorat, je vous invite à faire votre autobiographie olfactive. Pas seulement les parfums au sens strict, comme l’a fait Charlotte Moreau dans sa dernière newsletter et comme je l’ai moi-même fait il y a quelques années (mais je ne retrouve plus l’article). Non : toutes les odeurs qui ont marqué notre vie, dont les parfums. Ce que j’avais aussi fait.

Mais si on se concentre sur les fragrances des parfumeurs, cela donne déjà de belles choses. Pour ma part, comme beaucoup, de mon adolescence à aujourd’hui, j’ai beaucoup erré, d’autant qu’étant collectionneuse, j’ai longtemps été avide de nouveautés. Je ne ferai pas la liste, mais il y a du AnaïsAnaïs, du Angel, du Rush, du J’Adore, du Talisman…

Mais je crois que c’est comme en amour : on erre, parce qu’on cherche le bon. Celui qui nous fera dire « c’est mon odeur ».

Je l’ai trouvée très tôt, dans ma vie. Il y a plus de vingt ans. Dans une petite boutique qui vendait des parfums plus rares, moins courus que les grandes enseignes. L’Artisan Parfumeur. Le parfum, c’est Mûre et Musc. Il a à la fois la légèreté et la gourmandise du fruit rouge, et la profondeur, la sensualité du capiteux musc.

Je lui ai souvent été infidèle, d’autant que je ne le trouve pas très facilement. Mais ce n’était que des liaisons éphémères. Sauf l’été, où j’ai besoin de quelque chose de plus léger : L’Escale à Portofino de Dior.

Je lui suis infidèle, mais je finis toujours par lui revenir. Et cette semaine : je me suis fait ce plaisir, parce qu’avec le neuf de deniers je suis aussi dans une énergie très Impératrice (les deux cartes sont vénusiennes) de féminité et de sensualité, ce plaisir de m’en racheter un flacon, pour ne plus avoir à économiser les dernières gouttes du précédent. Et en m’enveloppant de ce nuage parfumé, je me suis sentie pleinement moi.

Et vous, avez-vous trouvé le parfum de votre vie ?