La vérité vous libérera mais d’abord elle vous mettra en rage, de Gloria Steinem : réflexions sur l’amour, la vie, la révolte

Une petite phrase peut transformer un tweet en haïku, parce qu’elle évoque une histoire. D’ailleurs, si on l’arrose, elle en deviendra une. « Enoncez-moi un fait, je l’oublierai, mais racontez-moi une histoire et je m’en souviendrai », dit un adage amérindien. Si une citation fait surgir à l’esprit plusieurs histoires, alors, gageons qu’elle restera dans les mémoires.

J’adore les citations, et j’en utilise beaucoup, d’ailleurs à une période qui commence à se faire lointaine il y avait un rendez-vous hebdomadaire de citations sur les blogs : la citation du jeudi, et c’était très chouette de chercher LA citation qu’on allait mettre en avant, et d’en découvrir tout un florilège. Il en est resté une catégorie, que j’utilise de temps à autres.

Pour Gloria Steinem, les citations sont « la poésie du quotidien », et elle nous propose ici ses meilleures réflexions sur la famille et les amis, le fait de vieillir, le travail, les autres femmes, la révolution et le rire, la rue, le tout assorti de réflexions un peu plus longues, et de citations d’amies.

Une lecture que je qualifierais de vivifiante : bien évidemment je n’ai pas toujours été complètement d’accord avec tout, mais c’est justement ce qui m’a semblé intéressant dans ce petit ouvrage foisonnant et riche, et très drôle (Gloria Steinem a vraiment un don pour la formule) : il invite avant tout à réfléchir et à se poser des questions sur nombre de sujets, liés par le fil rouge du féminisme. Ce n’est jamais pesant ni pontifiant, toujours joyeux, et donc un régal à lire.

Une anthologie de poésie du quotidien savoureuse, qui montre encore une fois si besoin était le pouvoir des mots : à mettre entre toutes les mains.

La liberté vous libèrera mais d’abord elle vous mettra en rage
Gloria STEINEM
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Karine Lalechère
Harper Collins, 2020

Responsable de la beauté du monde

Dans Mémoires d’Hadrien, que je suis en train de relire et dont je vous reparlerai donc incessamment sous peu, il y a de nombreux passages qui me frappent et me poussent à la méditation. Mais un en particulier me hante depuis que je l’ai lu :

A chacun sa pente : à chacun aussi son but, son ambition si l’on veut, son goût le plus secret et son plus clair idéal. Le mien était enfermé dans ce mot de beauté, si difficile à définir en dépit de toutes les évidences des sens et des yeux. Je me sentais responsable de la beauté du monde. 

Cette pente, cette ambition, on peut aussi l’appeler mission de vie, et si ces mots résonnent autant en moi c’est que, moi aussi je me sens responsable de la beauté du monde. Particulièrement en ce moment, qui se prête assez peu en apparence à habiter poétiquement ce monde, et où, pourtant, l’Univers me susurre à l’oreille qu’au contraire, c’est maintenant que c’est le plus essentiel : partager et cultiver ce qui est beau et apporte du réconfort !

Les expressions anglaises qui font chic dans la conversation

lie back

L’autre jour, toujours dans l’écriture de mon roman*, je me faisais cette réflexion que, dans certaines situations, la langue anglaise est beaucoup plus expressive et imagée. Par exemple, les pronoms possessifs, c’est beaucoup plus pratique dans la langue de Dickens, surtout lors des scènes d’amour : en français, on finit par ne plus trop savoir quelle partie du corps de qui fait quoi, on est obligé de répéter les prénoms, c’est lourd : en français par exemple : on a « sa main sur son épaule » (oui mais, quelle main et quelle épaule ?) alors qu’en anglais, c’est clair : her hand on his shoulder, ou his hand on her shoulder. Rapidité, efficacité, simplicité (ils sont forts ces Anglais !). C’est pareil avec certains mots, dont je ne trouve pas d’équivalent pleinement satisfaisant en français : overwhelming, insecure, womanizer…

Et puis, il y a les expressions. Evidemment, certaines ont un équivalent dans notre langue mais, mais, parfois c’est plus percutant en anglais. Et quand on cite Shakespeare, c’est de toute façon mieux de le faire dans le texte !

The lady doth protest too much, methinks (Shakespeare)
(utile pour remettre en place quelqu’un qui affirme un peu trop vite être innocent de ce dont on ne l’accuse pas, ou qui rejette avec un peu trop d’empressement une proposition… très rigolo lorsqu’adressé à un homme — bon, en réalité, cette citation est détournée de son sens original, mais ce n’est pas grave)

Lie back and think of England
(en situation graveleuse. Là encore, c’est plus rigolo lorsque c’est une femme qui s’adresse à un homme, de préférence anglais sinon il risque de ne pas comprendre la référence et on perd du temps)

Keep calm and carry on
(la base — un de mes mantras actuels)

Frailty, thy name is woman (Shakespeare again)
(pas forcément facile à recaser, mais je l’aime bien malgré sa misogynie)

Your wishes are my command
(Quand on veut jouer les femmes soumises ; en français on a « vos désirs sont des ordres », mais j’aime mieux l’anglais car le parallélisme est plus abouti avec le balancement « your »/ »my »)

You made my day !
(pour un truc très drôle ; celle-là je l’utilise souvent, enfin sauf en ce moment parce qu’en ce moment pour me faire rire il faut se lever très tôt)

True is it that we have seen better days (Shakespeare, what else ?)
(totalement adapté à ma situation actuelle, il va sans dire…)

Et la dernière, devenue mon mantra ces derniers temps, et qui n’est pas stricto sensu (oui, j’utilise aussi beaucoup d’expressions latines, on en reparlera si quelqu’un fait un jour le mois latin) une expression anglaise, puisqu’il s’agit en fait du titre d’un épisode de The Persuaders (les deux playboys parient sur « qui séduira la fille », et lorsqu’entre en ligne de compte l’enjeu du pari, Danny dit ça à Brett) :
To the death, baby
(normalement, c’est quand on fait un pari, donc. Mais. Moi je l’utilise parce que je ne me laisserai pas faire, et que je lutterai jusqu’à la mort pour défendre mon honneur bafoué (oui, j’estime qu’on a bafoué mon honneur) en espérant que ça ne se transforme pas en Rather death than shame  )

* En fait, j’ai un carnet Moleskine dans lequel je note tout le processus d’écriture, de genèse, les réflexions diverses et variées qui me viennent…

mois anglaisBy  Cryssilda,  Martine et Lou

Le jeudi, on se déclare…

jetaime

Evident, non ? Je ne vous dit pas encore d’où vient cette citation, je vous le révélerai la semaine prochaine…

(la citation est droite ! Elle a l’air penché, mais c’est un effet d’optique dû au cadre, qui est irrégulier, et au joint de mon buffet)

citation

By chiffonnette 

 

Le jeudi,on se régénère…

Aujourd’hui, une citation extraite du Choc amoureux de Francesco Alberoni, dont je vous reparlerai samedi (et peut-être aussi dimanche, car j’ai beaucoup à dire, à moins que je ne parle d’autre chose, je ne sais pas trop encore, on verra). Je vous laisse vous émouvoir :

alberoni_effected

citation

By Chiffonnette

 

Le jeudi, on se dore pour être adorée

Aujourd’hui, un extrait d’un texte qui me tient beaucoup à coeur et auquel je vous un culte : « L’éloge du maquillage » de Baudelaire. Je suppose qu’il est inutile que je vous explique pourquoi j’aime ce texte où le poète parle de son admiration pour le Mundus Muliebri, texte qui m’inspire énormément (pour la photographie par exemple, je suis en train de faire une série sur ce thème, dont vous pouvez voir quelques exemples sur mon album flick’r, accessible par la colonne de droite ou en cliquant sur l’image dans cet article) (c’est un peu long par contre, désolée…)

Je suis ainsi conduit à regarder la parure comme un des signes de la noblesse primitive de l’âme humaine. Les races que notre civilisation, confuse et pervertie, traite volontiers de sauvages, avec un orgueil et une fatuité tout à fait risibles, comprennent, aussi bien que l’enfant, la haute spiritualité de la toilette. Le sauvage et le baby témoignent, par leur aspiration naïve vers le brillant, vers les plumages bariolés, les étoffes chatoyantes, vers la majesté superlative des formes artificielles, de leur dégoût pour le réel, et prouvent ainsi, à leur insu, l’immatérialité de leur âme. Malheur à celui qui, comme Louis XV (qui fut non le produit d’une vraie civilisation, mais d’une récurrence de barbarie) pousse la dépravation jusqu’à ne plus goûter que la simple nature!

La mode doit donc être considérée comme un symptôme du goût de l’idéal surnageant dans le cerveau humain au-dessus de tout ce que la vie naturelle y accumule de grossier, de terrestre et d’immonde, comme une déformation sublime de la nature, ou plutôt comme un essai permanent et successif de réformation de la nature. Aussi a-t-on sensément fait observer (sans en découvrir la raison) que toutes les modes sont charmantes, c’est-à-dire relativement charmantes, chacune étant un effort nouveau, plus ou moins heureux, vers le beau, une approximation quelconque d’un idéal dont le désir titille sans cesse l’esprit humain non satisfait. Mais les modes ne doivent pas être, si l’on veut bien les goûter, considérées comme choses mortes; autant vaudrait admirer les défroques suspendues, lâches et inertes comme la peau de saint Barthélemy, dans l’armoire d’un fripier. Il faut se les figurer vitalisées, vivifiées par les belles femmes qui les portèrent. Seulement ainsi on en comprendra le sens et l’esprit. Si donc l’aphorisme: Toutes les modes sont charmantes, vous choque comme trop absolu, dites, et vous serez sûr de ne pas vous tromper: Toutes furent légitimement charmantes.

La femme est bien dans son droit, et même elle accomplit une espèce de devoir en s’appliquant à paraître magique et surnaturelle; il faut qu’elle étonne, qu’elle charme; idole, elle doit se dorer pour être adorée. Elle doit donc emprunter à tous les arts les moyens de s’élever au-dessus de la nature pour mieux subjuguer les c?urs et frapper les esprits. Il importe fort peu que la ruse et l’artifice soient connus de tous, si le succès en est certain et l’effet toujours irrésistible. C’est dans ces considérations que l’artiste philosophe trouvera facilement la légitimation de toutes les pratiques employées dans tous les temps par les femmes pour consolider et diviniser, pour ainsi dire, leur fragile beauté. L’énumération en serait innombrable; mais, pour nous restreindre à ce que notre temps appelle vulgairement maquillage, qui ne voit que l’usage de la poudre de riz, si niaisement anathématisé par les philosophes candides, a pour but et pour résultat de faire disparaître du teint toutes les taches que la nature y a outrageusement semées, et de créer une unité abstraite dans le grain et la couleur de la peau, laquelle unité, comme celle produite par le maillot, rapproche immédiatement l’être humain de la statue, c’est-à-dire d’un être divin et supérieur? Quant au noir artificiel qui cerne l’?il et au rouge qui marque la partie supérieure de la joue, bien que l’usage en soit tiré du même principe, du besoin de surpasser la nature, le résultat est fait pour satisfaire à un besoin tout opposé. Le rouge et le noir représentent la vie, une vie surnaturelle et excessive; ce cadre noir rend le regard plus profond et plus singulier, donne à l’?il une apparence plus décidée de fenêtre ouverte sur l’infini; le rouge, qui enflamme la pommette, augmente encore la clarté de la prunelle et ajoute à un beau visage féminin la passion mystérieuse de la prêtresse.

Ainsi, si je suis bien compris, la peinture du visage ne doit pas être employées dans le but vulgaire, inavouable, d’imiter la belle nature, et de rivaliser avec la jeunesse. On a d’ailleurs observé que l’artifice n’embellissait pas la laideur et ne pouvait servir que la beauté. Qui oserait assigner à l’art la fonction stérile d’imiter la nature? Le maquillage n’a pas à se cacher, à éviter de se laisser deviner; il peut, au contraire, s’étaler, sinon avec affectation, au moins avec une espèce de candeur.

Je permets volontiers à ceux-là que leur lourde gravité empêche de chercher le beau jusque dans ses plus minutieuses manifestations, de rire de mes réflexions et d’en accuser la puérile solennité; leur jugement austère n’a rien qui me touche; je me contenterai d’en appeler auprès des véritables artistes, ainsi que des femmes qui ont reçu en naissant une étincelle de ce feu sacré dont elles voudraient s’illuminer tout entières.

 

 

collections de flacons

citation

By Chiffonnette

 

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Le jeudi, on se souvient…

Toujours en mode teasing, je vous propose aujourd’hui une citation extraite du roman dont je vous parlerai samedi : Une Passion, entre ciel et chair de Christiane Singer. Dans le passage que j’ai choisi, Héloïse, l’héroïne et narratrice (oui, la fameuse Héloïse) s’interroge sur la mémoire et sur la distinction entre la mémoire événementielle et la mémoire émotionnelle, et j’avoue que cela m’a vraiment fait réfléchir tant ce qu’elle dit me parle et me semble vrai :

J’ai deux mémoires, celle qui me retrace les événements, leur enchaînement dans le temps – et puis celle qui me restitue des états de conscience, l’odeur, la saveur, les différents états d’âme et de corps. Universdans lequel je m’oriente les yeux fermés, humant, flairant, tâtant : ma vraie patrie, ma vraie vie.

Ciel d'orage 5

citation

Les autres participants sont chez Chiffonnette