Lettre à D., Histoire d’un amour d’André Gorz

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C’est le destin qui manifestement a mis ce petit livre entre mes mains. J’avais noté une première fois la référence en lisant Le Paradoxe amoureux de Bruckner dont je vous parlerai demain, et puis j’avais oublié. Mais comme le destin est têtu, il a remis ce livre sur mon chemin par le biais d’une fiche de lecture « libre » faite par un de mes élèves, et c’était tellement touchant que je me suis dit que ça ne pouvait que me plaire.

Ce livre, c’est l’histoire d’un amour absolu qui se remémore sous forme de lettre à l’âme soeur, au seuil de la mort. « Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien », écrit ainsi André Gorz dès les premières lignes, avant de justifier sa raison d’écrire : « J’ai besoin de reconstituer l’histoire de notre amour pour en saisir tout le sens. C’est elle qui nous a permis de devenir qui nous sommes, l’un par l’autre et l’un pour l’autre. Je t’écris pour comprendre ce que j’ai vécu, ce que nous avons vécu ensemble ». Et ce qu’ils ont vécu, c’est cet amour absolu et total que chacun cherche sans toujours parvenir à le trouver, c’est l’union parfaite et intime de deux âmes qui se reconnaissent et se répondent sans que rien ne puisse expliquer leur lien mystérieux, unique et indéfectible, l’union de deux êtres qui ne peuvent être séparés même par la mort. Le livre se termine par ces lignes magnifiques : « Nous aimerions chacun ne pas avoir à survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble. »

Ne pouvant imaginer être séparés, ils sont allés ensemble vers la mort, geste ultime d’amour absolu, qui rend la lecture du livre encore plus bouleversante lorsqu’on en a connaissance.

Lettre à D., histoire d’un amour
André GORZ

Le voyage de Chihiro

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Je suis une inconditionnelle des films de Hiyao Miyazaki. Lorsque je suis devant, j’ai l’impression d’être à nouveau une petite fille et c’est un sentiment délicieux. Et parmi ces films, mon préféré reste sans conteste Le Voyage de Chihiro, sorti en 2002.

Chihiro est une petite fille d’une dizaine d’année qui, par hasard, se retrouve avec ses parents propulsée dans le monde des esprits, ou plus exactement une sorte de parc à thème pour les esprits souhaitant venir se ressourcer aux bains de la sorcière Yubaba. Et parce que ses parents ont commis une faute impardonnable, dévorer le repas prévu pour les invités de la sorcière, ils sont transformés en porcs (comme les compagnons d’Ulysse dans l’Odyssée). Pour les sauver, Chihiro va devoir montrer toutes les qualités d’une véritable héroïne : valeur, courage, abnégation, générosité, capacité à s’attacher les autres et à s’en faire des alliés.

Comme dans Princesse Mononoké, il y a un message écologique très fort dans ce film où les humains sont responsables des maladie des esprits, et notamment les esprits de l’eau. Comme toujours les images sont absolument stupéfiantes et les personnages attachants. Ils ne sont pas monolithique, complètement bons ou complètement mauvais : la force de Miyazaki est que les êtres qu’il façonne sont beaucoup plus complexes que cela, même la sorcière Yubaba peut ainsi faire preuve d’une certaine générosité.

Conte pour enfant mais aussi pour adultes, Le Voyage de Chihiro est un magnifique film d’initiation, que je vous conseille de voir au plus vite si ce n’est déjà fait !

Je l’aimais…

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Je crois que j’étais assez heureux à cette époque de ma vie parce que même si je n’étais pas avec elle, je savais qu’elle existait. C’était déjà inespéré.

D’Anna Gavalda, je n’avais lu jusqu’à récemment que son recueil de nouvelles Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, qui était déjà tout un programme en ce qui concerne la complexité des relations amoureuses. Mais je me souviens qu’il y a environ deux ans, quelqu’un m’avait conseillé ce petit roman. Prise par le temps et d’autres préoccupations, j’avais oublié. Et puis l’autre jour, par hasard, je suis retombée dessus, et par un pluvieux dimanche après-midi empreint de mélancolie, bien calée dans mes coussins, je l’ai dévoré.

Chloé vient d’être abandonnée par son mari. Pierre, son beau-père, l’emmène dans sa maison de campagne, à l’écart des bruits du monde. Et là, cet homme secret et austère, qui ne se livre jamais, va lui raconter le grand amour de sa vie. Pas son histoire avec Christine, son épouse, mais avec Mathilde, qu’il a pourtant laissé partir, par lâcheté, par peur de bouleverser sa vie, alors que pourtant il l’aimait plus que tout.

Je dois dire que ce roman m’a beaucoup touchée et rendue un peu triste, parce qu’il est finalement assez pessimiste : même quant on rencontre l’Amour, le vrai, celui qui  bouleverse jusqu’au fond de l’âme, il est possible de passer à côté et de gâcher sa chance d’être heureux par peur d’être malheureux, par peur du changement, par peur de l’échec.

En tout cas, Gavalda possède une manière bien à elle de parler de l’amour. Ses phrases sonnent juste et j’avais souvent l’impression qu’elle arrivait à mettre des mots sur ce que je ressentais confusément sans arriver à l’exprimer clairement. La citation que j’ai mise en exergue de cet article est sans doute celle qui m’a le plus bouleversée pour cette raison.

Je n’ai pas encore vue l’adaptation cinématographique de Zabou Breitman, mais je pense que je ne vais pas tarder à le faire car la bande annonce est prometteuse.

La Prophétie Charlemagne

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Voici les dernières aventures de Cotton Malone, ancien agent du gouvernement américain reconverti en libraire au Danemark. J’aime énormément ces thrillers écrits par Steve Berry : le personnage principal est attachant, le rythme est soutenu, et, pour ne rien gâcher, on apprend beaucoup de choses sur l’histoire.

Dans ce roman, l’intrigue a un caractère personnel : Malone cherche à savoir ce qui est arrivé à son père, dont le sous-marin a disparu 35 ans plus tôt. Il est accompagné dans sa quête par une cohorte de personnages dont on ne sait jamais lesquels sont fiables et lesquels ne sont pas : Dorothea et Christl, des jumelles animées d’une haine farouche l’une envers l’autre, leur inquiétante mère et son homme de main… Parallèlement, Stephanie Nelle et Edwin Davis, soutenus par le Président des Etats-Unis himself, cherchent à déjouer les plans d’un machiavélique amiral de la navy, aux ambitions démesurées et à la morale quelque peu dévoyée. Les deux fils narratifs, qui bien évidemment entretiennent un lien étroit, s’entrecroisent pour donner au roman un rythme halletant, sans pour autant perdre le lecteur. Quel est donc ce secret que les uns cherchent à dévoiler afin de comprendre ce qui est arrivé en 1973, et que les autres cherchent farouchement à préserver ? Tel est l’enjeu de ce livre, qui nous entraîne vers ce qui est peut-être l’origine de toute civilisation…

Ce roman peut paraître effrayant par sa longueur, mais en réalité il se lit très vite, tant on se sent happé par le désir de découvrir la clé de l’énigme. Et il se termine sur un cliffangher qui donne d’autant plus envie de découvrir le prochain, qui nous livrera peut-être enfin l’origine de ce prénom fort intrigant de « Cotton », dont l’histoire est toujours promise par le personnage… Un seul regret : l’absence des personnages de Henrik et Cassiopée, qui ne semblent pas avoir trouvé leur place dans cette quête.

Le conflit : la femme et la mère

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C’est avec Elisabeth Badinter que j’ai souhaité ouvrir le feu. Vous verrez que la question du féminin est d’ailleurs souvent au centre des sujets qui me préoccupent…

J’ai passé mon après-midi de dimanche à dévorer cet essai. A force d’en entendre parler à droite et à gauche avec des avis souvent très… tranchés, j’ai voulu me faire ma propre opinion. Et je ne regrette pas.

L’ouvrage est vraiment très très loin des caricatures qu’on a voulu en faire. Les partisans de l’allaitement ont ainsi voulu donner du livre l’image d’un pamphlet anti lait maternel, inféodé aux grandes multinationales du lait artificiel, et fustigeant les femmes qui donnent le sein comme ennemies du féminisme. Mais ce n’est pas du tout ce que j’ai lu, pour ma part…

Jamais Elisabeth Badinter ne dit que l’allaitement est le mal absolu (ou alors j’ai eu entre les mains un exemplaire unique imprimé seulement pour moi…). L’allaitement n’est même pas le sujet principal du livre. La thèse est qu’il existe une multitude de manières d’être femme et une multitude de désirs féminin par rapport à la féminité. Certaines s’épanouiront totalement dans le rôle traditionnel de la Mère, d’autres parviendront à naviguer de manière équilibrée entre leur identité maternelle et leurs autres désirs (professionnels, amoureux…), d’autres enfin ne s’épanouiront pas dans la maternité parce qu’elles ont d’autres priorités. Entre ces trois pôles, des multiplicités de positions intermédiaires…

Le problème, c’est que la société actuelle montre un retour en force de l’image archétypale de la mère idéale, qui sacrifie tout pour ses enfants, et, crise économique oblige, reste au foyer. Rôle qui peut convenir à certaines, mais pas à toutes. Sommée d’allaitée parce que c’est ainsi que la nature l’a faite, sommée d’utiliser des couches lavables parce que c’est écologique, sommée de cuisiner des purées bio, sommée de travailler à temps partiel ou même de ne plus travailler du tout, la femme qui ne se retrouve pas du tout dans ce que la société voudrait qu’elle soit a bien souvent l’impression d’être une mauvaise mère, qu’elle n’est pas, et sent peser sur elle les regards réprobateurs.

Allaiter, c’est très bien. Quand on le souhaite. Mais quand on n’en a pas envie, ça peut juste être l’enfer. Or l’OMS voudrait que le taux de femmes qui allaitent soient bien supérieur à ce qu’il est actuellement. La France résiste : les maternités labellisées « amies des bébés » (j’adore ce nom, les autres sont leurs ennemies certainement), qui pour obtenir le dit label doivent avoir75% d’allaitement exclusif, ne sont que 7. Comment imaginer que l’augmentation du nombre de femmes donnant le sein puisse se faire sans pressions et stigmatisation de celles qui ne le souhaitent pas ? Difficile.

Or c’est bien là l’enjeu de cet essai : rappeler une fois encore que les femmes doivent rester libres de leurs choix. Libres d’avoir un enfant ou non, libres de l’allaiter ou non, libres de travailler moins, ne plus travailler du tout, de travailler autant, de donner la priorité à leur rôle de mère ou à celui de femme… libres !!!! Or force est de constater que chez nos chers voisins européens, le choix n’est pas là : en Allemagne, puisque c’est l’exemple le plus effrayant, les contraintes qui pèsent sur les mères sont tellement lourdes que le taux de fécondité y est au plus bas, les femmes préférant ne pas faire d’enfants plutôt que d’être considérées comme « mères corbeaux ». En France, les femmes sont libres, et du coup le taux de fécondité est encore élevé. Mais pour combien de temps ?

Je vous encourage à lire cet ouvrage et de ne pas vous arrêter à ce qu’on a pu vous en dire, ce serait vraiment dommage !