Quatre moitiés, de  Alessio Maria Federici : les âmes-soeurs

L’amour nous change.

L’algorithme de Netflix commence à bien connaître mes goûts, et m’a proposé ce film le jour de sa sortie. Et j’ai tout de suite dit oui, car une petite comédie romantique, ça ne se refuse pas.

Un couple de jeunes mariés organise un dîner, au cours duquel ils présentent quatre de leurs amis célibataires qu’ils ont envie de voir ensemble. Ils ne sont néanmoins pas d’accord sur qui irait bien avec qui : pour elle, qui se ressemble s’assemble. Pour lui, les opposés s’attirent, et de toute façon, ce n’est pas important, car l’amour nous transforme.

A partir de là, deux intrigues parallèles selon les configurations possibles, et c’est un vrai plaisir à regarder. Quelle configuration fonctionne le mieux ? Il n’y a finalement pas de réponse, et j’ai beaucoup aimé cette idée même si elle met un peu à mal mes propres conceptions. En tout cas, le film interroge l’amour, et la manière dont nous changeons, sans forcément y penser, et c’est une joie de voir les quatre personnages évoluer différemment, se transformer, faire des choix différents selon le partenaire qu’il a choisi ! Le film est très intelligent, nourri de références pertinentes pour interroger le mythe platonicien des âmes-soeurs à l’aide d’un procédé que l’on pourrait qualifier de quantique !

Si vous avez Netflix, foncez : une belle soirée vous attend !

Quatre moitiés
Alessio Maria FEDERICI
Netflix, 2021

Serendipity, de Peter Chelsom : un heureux hasard

Ce n’est pas vraiment un film de Noël même si ça se passe à Noël, donc on peut toujours le regarder en janvier (cela dit, on peut regarder les films de Noël en juillet si on a envie). C’est une comédie romantique qui commence à dater (2001) mais que je ne connaissais pas et je ne comprends pas ce qui s’est passé tant, comme vous l’allez constater, on la croirait écrite pour moi.

Une veille de Noël, deux inconnus se rencontrent dans un grand magasin. Ils passent des heures délicieuses ensemble, vivent un vrai coup de foudre, puis s’en reviennent chacun vers leur petits amis respectifs : en effet, elle, qui s’appelle Sara, refuse de lui (Jonathan) laisser ses coordonnées. Si elle elle aime le mot « sérendipité », « heureux hasard », elle croit au destin, que nous faisons des choix mais guidés par les signaux de l’Univers, et que s’ils doivent se revoir, l’Univers trouvera un moyen. Ils lancent donc dans l’Univers un objet avec leur nom et leur numéro, et laissent le destin faire le reste. Ce qu’il fait, quelques années après.

J’ai tellement aimé ce film, il m’a tellement émue et donné le sourire que je pense qu’il va entrer dans mon top films réconfortants. Bien sûr, c’est une comédie romantique et tout est absolument cousu de fil blanc, mais j’ai absolument aimé : ce romantisme, cette folie de l’amour absolu, celui qui nous pousse à traverser les océans pour un être unique dont on sait qu’il est le bon. Tout risquer pour une certitude. La certitude, la seule. Suivre les signes que l’on a créés, et que l’on voit à deux, même si on ne peut jamais être sûr que l’autre les voit et y est sensible. Mais ça existe. Et c’est beau.

Bref : voyez ce film si vous ne le connaissez pas (le titre a été traduit par Un amour à New-York mais je n’aime pas du tout).

Serendipity
Peter CHELSOM
2001 (disponible sur Netflix et je crois aussi sur Prime)

Beauté cachée, de David Frankel : nous sommes tous connectés

Un film dont je n’avais, étrangement, jamais entendu parler jusqu’à l’autre soir, mais qui m’a profondément touchée… et fait réfléchir.

Howard Inlet est un publicitaire new-yorkais qui croit fermement à son rôle de créer du lien : pour lui tous les êtres humains sont connectés, car tous touchés par les trois abstractions que sont la mort, le temps, et l’amour. Mais survient une tragédie : la mort de sa fille, qui le plonge dans une profonde dépression dont ses amis et collaborateurs voudraient l’aider à sortir. Ayant découvert qu’il écrivait des « lettres thérapeutiques » aux 3 entités, ils engagent des comédiens pour les incarner.

Un très très beau film, touchant et délicat, qui m’a fait beaucoup pleurer mais aussi, je le disais en introduction, réfléchir. Et je pense écrire aussi à la mort, au temps et à l’amour (et à d’autres entités, je pense) : l’exercice ne peut être que salutaire !

Beauté cachée
David FRANKEL
2016 (disponible sur Netflix)

#FemalePleasure, de Barbara Miller : plaidoyer pour la liberté

Cela fait longtemps que je ne vous avais pas parlé de films. Et en ce dernier premier mardi du mois de l’année, je voulais aborder ce documentaire sorti fin 2018, et qui est désormais disponible en VOD.

Le film interroge la manière dont est traitée la sexualité féminine dans le monde, au XXIe siècle, en suivant cinq femmes d’origines culturelles différentes, et qui s’opposent à la répression de leur sexualité dans leurs communautés culturelles et religieuses : Déborah Feldman, qui raconte dans son autobiographie Unorthodox (dont Netflix a fait une mini-série) sa rupture avec le judaïsme hassidique ; Leyla Hussein, une psychothérapeute et activiste sociale somalienne qui se bat contre l’excision ; Megumi Igarashi, une artiste plasticienne japonaise spécialisée dans l' »art vaginal » ; Doris Wagner, une ancienne nonne ayant subi des violences sexuelles au sein de l’Eglise catholique ; Vithika Yadav, une jeune indienne qui se bat pour l’égalité.

Un documentaire essentiel, qui doit être vu et distribué le plus largement possible, même s’il met très très en colère : il montre surtout qu’au delà des différences de culture, le combat est le même : conquérir le droit à disposer de son corps, malgré les religions qui, si elles ont bien un sujet d’accord, c’est bien celui-là : empêcher les femmes de jouir librement. Et c’est un combat essentiel !

Brisons le silence, soyons invincibles, revendiquons #Female Pleasure

Chez Stephie

Un monde plus grand, de Fabienne Berthaud : la voie des esprits

Si tu ne fais pas ce que les esprits ont décidé pour toi, ta vie sera encore pire. 

Cela faisait un certain temps que je voulais voir ce film qui raconte l’expérience de Corine Sombrun, une chamane occidentale, mais sans plus : le sujet m’intéressait, évidemment, mais je n’avais pas non plus été beaucoup plus loin. Sauf que la semaine dernière, je ne sais pas, plusieurs signes m’ont guidée, c’était comme un impératif, et alors le truc dingue c’est que sur l’un des groupes Facebook auxquels je participe, il s’avère que nous avons été un certain nombre à avoir cette impulsion. Je ne sais pas pourquoi. Bref…

Dévastée par la mort de son mari, Corine accepte de partir en Mongolie enregistrer des sons pour une série de documentaires sur la spiritualité à travers le monde. Mais le tambour la fait tomber en transe, et c’est comme cela qu’elle découvre qu’elle est elle-même chamane et qu’elle doit suivre un apprentissage car c’est ce que les esprits ont décidé pour elle.

Un très très beau film, très émouvant, plein d’humanité et de délicatesse et qui permet d’entrer au cœur des pratiques chamaniques, sujet qui m’intéresse beaucoup bien sûr, et qui est vraiment intrigant. D’ailleurs le film m’a fait penser au roman de Claire Barré Pourquoi je n’ai pas écrit de film sur Sitting Bullmême si ce n’est pas la même région du monde qui est concernée. Les paysages sont magnifiques, Cécile de France époustouflante, et l’histoire elle-même pose quand même beaucoup de questions, amène des réflexions et à ce sujet je vous engage à aller voir la vidéo de Corine Sombrun sur Youtube, très intéressante.

L’idée, c’est de suivre son chemin, même s’il paraît étrange. En tout cas, un film que je vous conseille résolument !

Un monde plus grand
Fabienne BERTHAUD
2019

Marriage story, de Noah Baumbach : anatomie d’un couple

Je me suis rendu compte que tous les problèmes étaient déjà là dès le départ…

Bien qu’il soit sorti le 6 décembre, ce film n’est pas un film de Noël. Pas du tout même puisqu’il s’agit d’une histoire de couple qui se sépare et se retrouve englué dans un divorce qui les pousse aux pires extrémités.

Charlie, metteur en scène au théâtre, et Nicole, comédienne, forment un couple harmonieux et unis. Complémentaires, ils sont de belles personnes, et savent voir ce qu’il y a de meilleur chez l’autre. En apparence. En réalité, ils sont en instance de divorce, et cela ne se passe pas très bien : ils se déchirent concernant la garde de leur fils et de son lieu de résidence.

Rien que de très classique à première vue, et pourtant il règne sur ce film une grâce et une beauté assez inattendues vu le sujet, notamment grâce à la performance extraordinaire d’Adam Driver et de Scarlett Johansson (dont je ne suis pourtant pas spécialement adepte en général). C’est assez cruel et m’a beaucoup rappelé Scènes de la vie conjugaleauquel il est fait un clin d’œil d’ailleurs sous forme d’une coupure de journal. Le point de vue principal est celui de Nicole : une femme qui a le sentiment de perdre le contrôle, de ne pas faire de choix, de ne pas exister pour elle-même mais d’être étouffée par un mari égocentrique qui prend toute la lumière, de ne jamais être considérée, même par lui, comme un être autonome ; bref, une femme qui se sent dépossédée d’elle-même par le mariage, et cela donne une extraordinaire scène de confession dans le bureau de l’avocate. Féministe ? Oui, mais en même temps le personnage de Charlie n’est absolument pas caricatural, et on sent bien que ce qui leur manqué, c’est la communication, et c’est cette incapacité de se parler, de se comprendre qui les entraîne dans un divorce houleux, où ils finissent par se trahir eux-mêmes, poussés par leurs avocats à faire de l’autre un monstre.

Mais là où le film est beaux, c’est que tout est à voir dans la lumière du magnifique début, où chacun dit tout ce qu’il aime chez l’autre, et la grande leçon du film, c’est ça : ne jamais oublier que l’autre dont on se sépare, avec qui on n’a plus envie de vivre, on l’a aimé, follement. Et que, quelque part, cet amour existe toujours, même s’il a changé de forme. Qu’il faut se souvenir des belles choses chez l’autre, et non tout noircir a posteriori.

Alors ce n’est pas un film follement gai, mais cela reste néanmoins un très beau film sur ce que c’est qu’un couple.

Marriage Story
Noah BAUMBACH
Netflix, 2019

Klaus, de Sergio Pablos : le plus poétique des films de Noël

Un acte désintéressé en entraîne toujours un autre. 

D’humeur pas spécialement joyeuse, je me suis mise vendredi soir dernier devant le premier film d’animation proposé par Netflix, et qui ambitionne rien de moins que de nous raconter la légende à l’origine du personnage de Santa Klaus.

Jasper est le fils du directeur de la Poste : vénal, paresseux, il ne pense qu’à son confort, et en désespoir de cause son père l’expédie à Smeerensburg, une petite île où règne une guerre des clans sans pitié. Son objectif ? Que 6000 lettres soient envoyées dans l’année, ce qui promet d’être impossible tant tout le monde déteste tout le monde. En cherchant désespérément qui voudrait bien envoyer une lettre, Jasper fait la rencontre de l’Ermite de la forêt, Klaus, qui passe ses journées à fabriquer des nichoirs à oiseaux et dont la maison est remplie de jolis jouets en bois…

Ce film est une petite pépite qui m’a plus d’une fois mis la larme à l’œil et m’a redonné foi en l’humanité (ce qui est pour ainsi dire un miracle de Noël) : certains diront que c’est dégoulinant de bons sentiments, mais c’est tout à fait ce dont nous avons besoin en cette période de l’année, non ? Ce film est généreux, poétique, plein de bienveillance et de joie même s’il sait aussi se montrer mélancolique parfois : il nous montre comment finalement la gentillesse et la gaieté peuvent changer les gens et rendre le monde plus beau. Et l’amour, bien sûr. L’histoire est belle, et les images sublimes : il s’en dégage une grâce et une lumière qui nous rappellent les dessins animés un peu anciens, quelque chose d’un peu vintage qui sert parfaitement le propos du conte.

Bref, un coup de cœur pour ce joli conte de Noël qui ravira les enfants mais aussi les grands !

Klaus
Sergio PABLOS
Netflix, 2019