Un monde plus grand, de Fabienne Berthaud : la voie des esprits

Si tu ne fais pas ce que les esprits ont décidé pour toi, ta vie sera encore pire. 

Cela faisait un certain temps que je voulais voir ce film qui raconte l’expérience de Corine Sombrun, une chamane occidentale, mais sans plus : le sujet m’intéressait, évidemment, mais je n’avais pas non plus été beaucoup plus loin. Sauf que la semaine dernière, je ne sais pas, plusieurs signes m’ont guidée, c’était comme un impératif, et alors le truc dingue c’est que sur l’un des groupes Facebook auxquels je participe, il s’avère que nous avons été un certain nombre à avoir cette impulsion. Je ne sais pas pourquoi. Bref…

Dévastée par la mort de son mari, Corine accepte de partir en Mongolie enregistrer des sons pour une série de documentaires sur la spiritualité à travers le monde. Mais le tambour la fait tomber en transe, et c’est comme cela qu’elle découvre qu’elle est elle-même chamane et qu’elle doit suivre un apprentissage car c’est ce que les esprits ont décidé pour elle.

Un très très beau film, très émouvant, plein d’humanité et de délicatesse et qui permet d’entrer au cœur des pratiques chamaniques, sujet qui m’intéresse beaucoup bien sûr, et qui est vraiment intrigant. D’ailleurs le film m’a fait penser au roman de Claire Barré Pourquoi je n’ai pas écrit de film sur Sitting Bullmême si ce n’est pas la même région du monde qui est concernée. Les paysages sont magnifiques, Cécile de France époustouflante, et l’histoire elle-même pose quand même beaucoup de questions, amène des réflexions et à ce sujet je vous engage à aller voir la vidéo de Corine Sombrun sur Youtube, très intéressante.

L’idée, c’est de suivre son chemin, même s’il paraît étrange. En tout cas, un film que je vous conseille résolument !

Un monde plus grand
Fabienne BERTHAUD
2019

Marriage story, de Noah Baumbach : anatomie d’un couple

Je me suis rendu compte que tous les problèmes étaient déjà là dès le départ…

Bien qu’il soit sorti le 6 décembre, ce film n’est pas un film de Noël. Pas du tout même puisqu’il s’agit d’une histoire de couple qui se sépare et se retrouve englué dans un divorce qui les pousse aux pires extrémités.

Charlie, metteur en scène au théâtre, et Nicole, comédienne, forment un couple harmonieux et unis. Complémentaires, ils sont de belles personnes, et savent voir ce qu’il y a de meilleur chez l’autre. En apparence. En réalité, ils sont en instance de divorce, et cela ne se passe pas très bien : ils se déchirent concernant la garde de leur fils et de son lieu de résidence.

Rien que de très classique à première vue, et pourtant il règne sur ce film une grâce et une beauté assez inattendues vu le sujet, notamment grâce à la performance extraordinaire d’Adam Driver et de Scarlett Johansson (dont je ne suis pourtant pas spécialement adepte en général). C’est assez cruel et m’a beaucoup rappelé Scènes de la vie conjugaleauquel il est fait un clin d’œil d’ailleurs sous forme d’une coupure de journal. Le point de vue principal est celui de Nicole : une femme qui a le sentiment de perdre le contrôle, de ne pas faire de choix, de ne pas exister pour elle-même mais d’être étouffée par un mari égocentrique qui prend toute la lumière, de ne jamais être considérée, même par lui, comme un être autonome ; bref, une femme qui se sent dépossédée d’elle-même par le mariage, et cela donne une extraordinaire scène de confession dans le bureau de l’avocate. Féministe ? Oui, mais en même temps le personnage de Charlie n’est absolument pas caricatural, et on sent bien que ce qui leur manqué, c’est la communication, et c’est cette incapacité de se parler, de se comprendre qui les entraîne dans un divorce houleux, où ils finissent par se trahir eux-mêmes, poussés par leurs avocats à faire de l’autre un monstre.

Mais là où le film est beaux, c’est que tout est à voir dans la lumière du magnifique début, où chacun dit tout ce qu’il aime chez l’autre, et la grande leçon du film, c’est ça : ne jamais oublier que l’autre dont on se sépare, avec qui on n’a plus envie de vivre, on l’a aimé, follement. Et que, quelque part, cet amour existe toujours, même s’il a changé de forme. Qu’il faut se souvenir des belles choses chez l’autre, et non tout noircir a posteriori.

Alors ce n’est pas un film follement gai, mais cela reste néanmoins un très beau film sur ce que c’est qu’un couple.

Marriage Story
Noah BAUMBACH
Netflix, 2019

Klaus, de Sergio Pablos : le plus poétique des films de Noël

Un acte désintéressé en entraîne toujours un autre. 

D’humeur pas spécialement joyeuse, je me suis mise vendredi soir dernier devant le premier film d’animation proposé par Netflix, et qui ambitionne rien de moins que de nous raconter la légende à l’origine du personnage de Santa Klaus.

Jasper est le fils du directeur de la Poste : vénal, paresseux, il ne pense qu’à son confort, et en désespoir de cause son père l’expédie à Smeerensburg, une petite île où règne une guerre des clans sans pitié. Son objectif ? Que 6000 lettres soient envoyées dans l’année, ce qui promet d’être impossible tant tout le monde déteste tout le monde. En cherchant désespérément qui voudrait bien envoyer une lettre, Jasper fait la rencontre de l’Ermite de la forêt, Klaus, qui passe ses journées à fabriquer des nichoirs à oiseaux et dont la maison est remplie de jolis jouets en bois…

Ce film est une petite pépite qui m’a plus d’une fois mis la larme à l’œil et m’a redonné foi en l’humanité (ce qui est pour ainsi dire un miracle de Noël) : certains diront que c’est dégoulinant de bons sentiments, mais c’est tout à fait ce dont nous avons besoin en cette période de l’année, non ? Ce film est généreux, poétique, plein de bienveillance et de joie même s’il sait aussi se montrer mélancolique parfois : il nous montre comment finalement la gentillesse et la gaieté peuvent changer les gens et rendre le monde plus beau. Et l’amour, bien sûr. L’histoire est belle, et les images sublimes : il s’en dégage une grâce et une lumière qui nous rappellent les dessins animés un peu anciens, quelque chose d’un peu vintage qui sert parfaitement le propos du conte.

Bref, un coup de cœur pour ce joli conte de Noël qui ravira les enfants mais aussi les grands !

Klaus
Sergio PABLOS
Netflix, 2019

Breizh erotik de Roland Thépot : les mots pour le dire

Je vous avais déjà brièvement parlé de ce documentaire il y a quelque temps, mais j’avais envie d’approfondir un peu la question tant le sujet est complexe.

Goulwena An Hénaff aime parler le breton. Mais il lui manque des mots dans cette langue, ceux qui font rougir, parce qu’à première vue, en Bretagne, ça ne se fait pas de parler de sexe et d’érotisme. Elle est pourtant certaine que ces mots existent, et que de sexe, on en parle.

Tout le film est donc cette recherche des mots qui manquent. A l’origine, cette pudeur de la Bretagne, plus qu’ailleurs : plusieurs témoignages viennent confirmer cette idée que, dans les familles bretonnes, on ne se touche pas, et qu’on ne se dit pas « je t’aime », ce qui ne veut pas dire qu’on aime moins, mais simplement qu’il manque un truc, un lien avec les émotions. C’est ce constat surtout qui m’a personnellement intéressée : je suis très tactile, mais par contre je n’arrive absolument pas à verbaliser mes émotions, et dire « je t’aime » est un peu le challenge ultime de ma vie. C’est un peu ennuyeux pour un écrivain, d’avoir autant de mal avec les mots, je sais, c’est presque une faute professionnelle. Bon.

Alors, partons à la chasse aux mots crus. Dans cette quête, on rencontre la revue Yod Kerc’h, sorte de Charlie Hebdo breton dont les contributeurs se sont eux aussi heurtés à l’absence de vocabulaire pour dire ce qu’ils voulaient dire, et qui ont mené des recherches pour les retrouver, constatant que les chansons paillardes ont existé ici comme ailleurs, mais qu’elles n’ont pas été conservées ; constatant, aussi, que beaucoup de choses en Bretagne, les coquillages, les rochers, ont un nom lié au sexe. On rencontre aussi la traductrice des Monologues du vaginqui a trouvé également que des mots lui manquaient pour traduire des choses crues dans une langue qui utilise surtout métaphores et euphémismes ou passe au français pour désigner certaines réalités. La chanteuse Nolwenn Korbell, qui s’est heurtée à la pudeur liée au corps lorsqu’elle a posé nue pour la pochette de son album alors que, dit-elle, un corps nu, il n’y a rien de nouveau. Et bien d’autres témoignages.

Pourquoi ces réticences ? Et comment dépasser les tabous ? Centré sur la Bretagne et sa langue, le documentaire a pourtant quelque chose d’à la fois universel, et intime, car nous avons tous nos mots interdits, et le chemin emprunté nous permet quelque part de trouver nos propres réponses…

Breizh Erotik
Roland THEPOT
2011

En partenariat avec KUB

Quelques vidéos féministes

Ce mois-ci, nous allons nous intéresser à quelques documentaires, reportages clips et petits films sur le féminisme, qui interrogent les femmes au travail, leur place dans la société, leur représentation dans l’imaginaire, leur sexualité ou les violences conjugales.

HeddaHedda Nussbaum est une femme américaine dont l’histoire a mis en lumière dans l’actualité la question des violences physiques et psychologiques au sein du couple ; lorsqu’en 2017 la Russie décide de ne plus punir ces violences, il apparaît urgent pour la comédienne Lena Paugam et l’auteure Sigrid Carré-Lecoindre de questionner ce problème, et plus largement la place des femmes dans la société et l’égalité homme femme. C’est ainsi que naît la pièce Hedda, sur laquelle Sylvain Bouttet consacre ici un reportage d’une quinzaine de minutes revenant sur la manière dont la violence peut naître dans l’amour et les deux devenir interdépendants, mais aussi sur l’origine complexe de la violence. C’est très intéressant, et donne vraiment envie de voir la pièce, qui semble bouleversante !

MLFMBH est une chanson du groupe Mistress Bomb H sur l’album I’m girl, I’m proud qui est déjà tout un programme. Le clip, réalisé par David Moreau, est constitué d’une série de portraits de figures féminines importantes, dans des domaines divers, artistes, intellectuelles, scientifiques : hypnotique, il nous rappelle à quel point les femmes sont souvent les grandes oubliées de l’histoire officielle, mais que, pourtant, nous sommes toutes les héritières de ces femmes-là !

Wonderclito est mon coup de coeur : un documentaire animé tout mignon, mais en même temps d’une grande intelligence, et qui fait l’éloge du seul organe du corps humain dont la fonction unique est de donner du plaisir : le mal connu clitoris ! A voir absolument !

Herc’est un clip sur le féminin fantasmé et en même temps absolument libre, où la beauté des images le dispute à la sensualité. Quant aux paroles, elles m’ont fait fondre ! Réalisé par Nicolas Lexa, le film nous montre avant tout que la beauté féminine est multiforme !

Pascaline et Klara sont deux étudiantes de milieu modeste que la réalisatrice Céline Dréan a suivies au cours de leur année universitaire 2011-2012 à Rennes : leurs difficultés pour financer leurs études, leurs rêves et aspirations, leur questionnement sur leur place, le tout sur fond de campagne présidentielle 2012, d’autant plus importante que les deux jeunes femmes sont très engagées politiquement. C’est très intéressant, même si tout de même assez pessimiste !

En partenariat avec KUB

Isn’t it romantic, de Ted Strauss-Schulson : la vie (n’) est (pas) une comédie romantique

Fais une croix sur les hommes, fais une croix sur l’amour. Dans la vraie vie, les nanas comme nous, on n’a pas droit à ça. 

J’adore les comédies romantiques. On ne se refait pas, je suis une sentimentale, et même si j’essaie parfois de le cacher, je rêve qu’un homme sonne à ma porte avec un bouquet de fleurs à la main et une déclaration d’amour sur les lèvres (oui, ceci est un message subliminal, mais ne vous précipitez-pas : cela ne concerne pas n’importe qui). Pas forcément le prince charmant tel qu’on le voit dans les films : j’aime les imparfaits. Bref. Tout ça pour dire que j’aime les comédies romantiques et leur côté parfois caricatural, et j’étais très curieuse de voir ce film qui est à la fois une comédie romantique et une parodie de comédie romantique.

Petite, Nathalie adorait regarder les comédies romantiques et en particulier Pretty WomanMais voilà, 25 ans plus tard elle a perdu ses illusions : elle n’a pas le physique de Julia Roberts, ne croit plus que la vie puisse être un conte de fées, et clame haut et fort qu’elle n’a pas besoin d’amour. Bref elle déteste les comédies romantiques, et ne cesse de se moquer de sa meilleure amie qui les adore. Elle est devenue cynique, en somme. Mais suite à une agression, elle se réveille à l’hôpital, et sa vie s’est métamorphosée en film à l’eau de rose !

Le principe est un peu le même que I feel Pretty, mais selon moi c’est beaucoup plus réussi. Surtout, beaucoup plus drôle : le film pousse à fond tous les clichés guimauves des films romantiques, les fleurs, les limousines, les hommes tous plus beaux, gentils, délicats les uns que les autres, les appartements de rêve aux dressings de 100m2 contenant 300 paires de chaussures, et décorés d’autant de bouquets de fleurs qu’une boutique de fleuriste, un meilleur pote gay, un job de rêve (avec une rivale méchante et méprisante), et bien sûr le Prince Charmant tout sourire et compte en banque bien garni. La vie parfaite ? Et bien justement non, et Nathalie ne rêve que d’une chose, parvenir à sortir de ce monde parallèle et revenir à sa vie d’avant. Il faut dire que le truc a un défaut : il n’y a pas de scènes de sexe.  Elles sont purement et simplement coupées au montage.

Drôle, bien trouvé, ce film est donc une parodie qui met en évidence les clichés dont nous abreuvent les films romantiques — tout en restant un film romantique : car bien sûr, l’amour est là, elle l’avait sous le nez depuis le début (évidemment), et tout l’enjeu du film est que Nathalie parvienne un peu à retrouver la petite fille en elle, et accepte l’idée qu’elle aussi à droit à l’amour. L’amour normal. Encore une fois une histoire de confiance en soi !

Un très chouette film donc, qui permet de passer une bonne soirée et aussi de nous interroger sur nos rêves et nos attentes !

Isn’t it romantic ?
Ted STRAUSS-SCHULSON
2019

Quelques courts-métrages et documentaires sur l’amour (pour changer un peu des comédies romantiques)

C’est bientôt le printemps, la saison du renouveau et des amours, les hormones humaines sont en ébullition et les animaux commencent leur parade nuptiale. Alors aujourd’hui, je vous propose une sélection de courts-métrages et documentaires parlant d’amour !

#1 : Danse, Poussin est un très joli court-métrage de Clémence Durmeikis, qui évoque une rencontre amoureuse durant une soirée de fest-noz, entre Marianne et un danseur : tout est vu par les yeux de sa petite-fille Louise, qui d’abord le prend mal et se sent abandonnée, avant de se laisser entraîner dans la danse. Un film très délicat et sensible.

#2 : Breizh Erotik est un documentaire de Roland Thépot, qui s’interroge sur la manière de dire l’amour et la sexualité en langue bretonne. Il n’est en effet pas toujours aisé de parler de ces sujets dans une culture marquée par une certaine réserve vis-à-vis de l’expression des sentiments et des émotions, et notamment leur verbalisation. Un sujet finalement universel : dans toutes les langues, parfois, on a l’impression que les mots manquent !

#3 : La formidable histoire de Bernard Darieux de Léo Le Breton est un court-métrage plein de fantaisie dans lequel le protagoniste, un vieux professeur de lettres assez original, tombe amoureux d’une de ses élèves. Un amour qui reste platonique, ils ne font que danser sur une place, mais c’est plein de joie et de charme, un petit quelque chose des Parapluies de Cherbourg dans un monde utopique où les élèves sont 12 par classe et où on entend les mouches voler. Un petit OVNI mignon comme tout !

#4 : J’ai déjà parlé de Moonkup : si vous ne l’avez pas encore vu, filez-y, c’est formidable !

#5 : La ville s’endormait est un court-métrage en noir et blanc de Thibault le Goff et Owen Morandeau, d’une grande originalité et d’une touchante délicatesse, qui raconte la romance impossible entre un travesti prostitué et une espèce de clochard alcoolique. Le fait est que les deux réalisateurs parviennent ici à poétiser le glauque, et si le film reste étrange, il est intéressant à regarder.

#6 : Je suis de l’amour en boîte est un très court-métrage Léo Belaïsch et Victoire Joliff proposé pour le Nikon Film Festival, dans lequel ,le jour de la saint Valentin, un trentenaire désabusé reçoit une clé et une adresse… je ne vous raconte pas la suite, mais c’est vraiment très bien trouvé !

#7 : Streetphilosophy – amour est un « road-documentaire » passionnant dans lequel le réalisateur Jonas Bosslet s’interroge et interroge les autres sur l’amour à travers le filtre de la philosophie. De quoi se poser beaucoup de question !

#8 : le vous ai déjà parlé du joli clip Matin

#9 : La somme de nos amours est un portrait de Marie-Claude, qui raconte sa vie passée derrière son bar, et son histoire d’amour avec son mari, qu’elle a rencontré lorsqu’elle avait 13 ans, et qui d’histoire d’adolescents devient l’histoire de toute une vie. Ce petit documentaire de Salomé Laloux-Bard, plein de pudeur et de délicatesse, m’a profondément émue.

#10 : LOVE de Reca Bucsi est un OVNI qui m’a totalement scotchée : film d’animation sans paroles merveilleux de poésie, il nous montre l’amour comme force de vie et de transformation. Très symbolique et métaphorique, c’est vraiment une petite pépite : si vous ne deviez en voir qu’un c’est celui-là, j’ai presque pleuré tellement il est beau !

En partenariat avec KUB