Entretien avec… Elizabeth Strout

Elizabeth StroutC’est dans un des salons du très joli hôtel de l’Abbaye, au coeur de Saint-Germain-des-prés, à un jet de pierre du Flore et à quelques pas des jardins du Luxembourg, que j’ai rencontré Elizabeth Strout pour parler de son roman Je m’appelle Lucy Barton et d’écriture, autour d’un café et en anglais (mais je suis sympa, j’ai tout traduit)…

Dans un récent entretien, vous affirmez ne pas être un « écrivain autobiographique », même si vous utilisez des éléments personnels pour construire vos personnages. Pourtant, Lucy Barton a de nombreux points communs avec vous : elle est écrivain, et vous utilisez la première personne. Quelle est l’histoire de Lucy comme personnage de fiction ?

Et bien, vous savez, dans mon premier livre j’utilisais déjà la narration à la première personne. Dans The Burgess Boys (non traduit en français) j’ai écrit un prologue à la première personne, et je pense que cela aide pour commencer, cela donne l’impulsion. Je travaillais sur les scènes entre la mère et la fille à l’hôpital et sur des éléments qui ne sont pas dans le livre mais dont je pense qu’il était indispensable que je les écrive, et sa voix, sa voix à la première personne, est devenue très particulière, elle a commencé à s’imposer à moi, je suis donc partie dans cette direction et l’ai écrite. C’est alors que j’ai réalisé d’où tout cela venait, la grande pauvreté. Je n’ai jamais connu une telle pauvreté. Mais je me suis intéressée à ce que cela pouvait être de venir de là et de traverser les frontières de classe. C’était ce qui était important en premier lieu, et quand j’ai décidé de faire d’elle un écrivain, j’ai pensé « mais qu’est-ce que je suis en train de faire ? », mais c’était une évidence, quand j’ai vu qu’elle restait tard à l’école, qu’elle lisait, et que les livres lui permettaient de se sentir moins seule. Alors oui, je me suis dit « faisons d’elle un écrivain ». Et je l’ai fait.

L’un des thèmes essentiels du roman est justement comment devient-on un écrivain. Comment êtes-vous devenue un écrivain ?

J’étais très jeune et ma mère ne me donnait pas de livres. Je pense que ma mère aurait elle-même voulu être écrivain. C’est ce que je ressens, mais je n’en sais rien. En tout cas elle a toujours été intéressée par l’écriture, et elle ne me donnait pas de livres mais me disait « écris ce que tu as fait aujourd’hui ». Et je le faisais ! C’est comme ça que dès mon plus jeune âge j’ai pensé en termes de sensations, et compris que j’étais en train de devenir un écrivain.

Par la suite, le chemin a été long et difficile. Comment avez-vous fait pour ne pas vous décourager ?

J’avais 23, 24 ans lorsque j’ai publié mon premier texte, et j’en ai ensuite publié souvent, ce qui me confirmait que je pouvais le faire. Il y avait un rédacteur en chef au New-Yorker qui était très bon avec moi, il refusait ce que je lui envoyais mais il me disait toujours de continuer, car ce que j’écrivais était meilleur que 80% de ce qui arrivait sur son bureau. Et je comprenais que ces textes n’étaient pas encore assez bons, et je n’ai pas abandonné, j’ai continué à essayer, essayer, essayer, pour trouver ma voix.

Dans le roman, il y a un autre personnage d’écrivain, Sarah Payne, qui est pour Lucy une sorte de mentor. Avez-vous eu vous-même des mentors — ou en avez-vous toujours ?

Non, pas vraiment. Je pense que le rédacteur en chef du New-Yorker à qui j’ai envoyé deux histoires par an pendant quinze ans a joué un rôle important, mais je ne peux pas dire de lui qu’il était un mentor même s’il m’a apporté une grande aide, m’a encouragée. Et je n’ai suivi qu’un seul cours d’écriture, avec Gordon Lish, qui était un personnage important dans la littérature américaine. C’était un adorateur de Raymond Carver et de ce genre d’auteurs. J’ai suivi son cours, mais ce n’était pas non plus vraiment un mentor pour moi.

Qu’avez-vous appris lors de ce cours ?

Le cours de Gordon Lish était vraiment très très bon, il était terrifiant parce qu’il pouvait presque vous harceler, mais il m’aimait beaucoup et il était toujours respectueux de mon travail. Il nommait les choses. Cela m’a pris un grand nombre d’années pour que les choses qu’il m’avait dites fassent leur chemin. Il m’a appris à aller vers les pages avec autorité, et différents points sur lesquels il a mis des mots et qui se sont révélés très utiles.

Sarah Payne lors du stage d’écriture que suit Lucy donne des conseils et notamment elle explique que son but, en tant qu’auteur, est de parler de la condition humaine. Est-ce aussi votre conception du rôle de l’écrivain ?

Oui. Je ne suis pas d’accord avec tout ce que dit Sarah, mais je pense en effet que mon rôle en tant qu’écrivain est de parler de ce que c’est qu’être humain.

Elle explique aussi que lorsqu’on écrit, on ne peut pas être prévenant, on ne peut pas protéger les gens : pourquoi ?

Et bien parce que tout ce qui s’est trouvé sur mon chemin, toutes mes expériences dans la vie font que je ne peux pas me protéger, c’est vraiment moi qui suis exposée. Et aussi les autres personnes dont j’utilise des morceaux d’expériences. Vous savez, j’écris sur la vie, je ne peux pas être protectrice envers les gens ou envers moi. Mais je n’écris pas sur les gens que je connais, parce que dès qu’ils sont sur la page, ils deviennent autres, vous voyez, des personnages. Dans Olive Kitteridge, Olive agit mal, et je me rappelle avoir pensé un jour qu’elle allait trop loin, et puis je me suis dit que je devais la laisser agir et être Olive. Même si elle était déjà un personnage de fiction, je continuais de la protéger, alors que je devais la laisser être qui elle était, la laisser mal se conduire : les personnages de fiction sont comme les gens !

A un moment, Sarah révèle à Lucy le thème central de son roman : l’amour, toujours imparfait. Étiez-vous consciente que c’était ce sujet là sur lequel vous écriviez, ou bien cela vous est-il apparu en écrivant ce passage ?

Cela m’est apparu lorsque je l’écrivais, et je me suis dit que c’était tellement vrai. Car c’est vrai, nous aimons nous de manière imparfaite, parce que nous sommes des êtres humains, et nous ne pouvons pas être parfaits. Et c’est bien, nous faisons tous du mieux que nous pouvons, et je crois qu’il y a une grande dignité à cela. Et donc, comme j’écrivais cette scène, j’ai réalisé que c’était exactement ça, et c’est tellement intéressant lorsqu’un personnage vous révèle le sens de ce que vous écrivez.

Le roman, en particulier, parle de la relation mère-fille. C’est un thème important pour vous ?

Oui, parce que je pense que la mère est primordiale, c’est notre première vision du monde, et nous avons tous une mère. C’est une relation qui est nécessaire. Donc en tant que romancière, c’est intéressant pour moi de voir comment ça fonctionne.

En revanche, son mari, et même ses enfants, sont singulièrement absents…

Je me suis demandé à quel point je devais le montrer, ainsi que leur mariage, et je me suis dit que si je le montrais trop, il deviendrait une partie plus importante du roman qu’il ne devait l’être : j’ai donc décidé de dire, de faire dire à Lucy, que ce n’était pas l’histoire de leur mariage. Je ne voulais pas la faire parler de son mariage, parce que c’était l’histoire de Lucy. J’ai tenu les enfants à distance pour la même raison : le roman est à propos de Lucy.

Lucy était une enfant solitaire, sauvée par les livres, dont elle dit qu’ils lui ont apporté le monde. Quelle place tiennent les livres dans votre propre vie, passée et présente ?

J’ai grandi sans la télévision, donc lorsque j’étais enfant je lisais beaucoup, j’ai grandi avec les livres, mais je n’ai jamais été intéressée par les livres pour enfants. J’ai appris tellement de choses sur la vie à travers les livres. Tous les livres que j’ai lus ont eu une grande importance pour moi. J’avais 6 ou 7 ans lorsque j’ai lu Pigeon feathers de John Updike, je n’avais aucune idée de ce que j’étais en train de lire, je ne comprenais pas, mais ce fut mon premier indice, en tant que petite fille, qu’il y avait tout un monde à l’extérieur que les enfants ne connaissaient pas, et cela m’a beaucoup intriguée. Mais tant d’autres livres ont été importants, j’ai découvert les Russes lorsque j’avais environ 17 ans, et j’adore les écrivains russes, Tolstoï, Tchekov, Pouchkine. Et puis j’ai lu Mauriac, et je me souviens d’avoir réellement beaucoup aimé. J’ai lu aussi Thomas Mann, Virginia Woolf, D. H. Lawrence en vieillissant. Et William Trevor, il est mort récemment et c’était un magnifique conteur… Récemment j’ai lu Paul Valery, je ne l’avais jamais lu. Actuellement je suis dans une période où je lis beaucoup de biographies : Eugene O’Neill, une nouvelle biographie de John Keats, et une biographie de Einstein, je trouve cela tellement intéressant.

Et la suite ?

Je travaille sur quelque chose, j’adorerais vous en parler mais je ne peux pas parce que lorsque je travaille sur quelque chose de nouveau, il faut que je laisse monter en pression, et si j’en parle, cela ne fonctionne pas. En revanche j’ai récemment publié un roman à propos des personnages dont parle la mère de Lucy, et qui n’est pas encore traduit (Anything is possible, Random House, NDLR).

Merci Elizabeth pour ce très sympathique moment !

 

Entretien avec… Christina Drakos, photographe

18dec2015

Christina Drakos ne manque ni d’énergie, ni d’activités. Chypriote, après des études de sciences économiques à Nice et de management touristique à Paris, elle a créé son entreprise, spécialisée dans le tourisme d’affaires, Drakos-Travel DMC, à Limassol, afin de dynamiser le tourisme local. Mais, surtout, elle est photographe et présidente de la fondation Sagapo, qu’elle a créée en 2013. C’est à l’occasion de sa prochaine exposition de photos, Mères en enfants du monde, qui aura lieu à la mairie du Ve du 15 au 26 novembre, que nous nous sommes rencontrées.

Est-ce que vous pouvez nous raconter un petit peu votre parcours de photographe ?

Je n’ai pas étudié la photographie. J’ai commencé à faire des photos au cours de mes voyages, et un photographe m’a suggéré de participer aux concours de la Fédération Internationale de l’Art Photographique (FIAP) : cela m’a permis d’obtenir le titre d’artiste photographe, puis celui d’artiste excellent, mais sans jamais en faire mon métier. Et puis j’ai commencé à exposer mes photos, d’abord avec d’autres artistes, puis seule.

Comment travaillez-vous ?

J’ai commencé en argentique, et j’ai appris les choses avec d’autres photographes, mais j’ai toujours eu une utilisation intuitive : lorsqu’on prend en photo des enfants, on n’a pas le temps de penser à toutes les questions techniques, la sensibilité de la pellicule, l’objectif : il faut aller vite, sinon ils sont partout. Quant au numérique, je trouve qu’il facilite et enlève la magie à la fois : le mode automatique qui rend paresseux, et puis avant il y avait cette attente, longue, avant de découvrir les clichés : aujourd’hui on les voit tout de suite. En tout cas, je refuse absolument d’utiliser Photoshop !

Et le choix des sujets ?

Je n’en suis pas consciente lorsque je fais les photos. En fait il y a deux manières de travailler : soit on a le thème en tête de manière consciente, et on fait le tour du monde pour faire les photos qui correspondent, soit on fait les photos et on se rend compte après des thèmes dominants, qui étaient inscrits dans notre subconscient. Pour cette exposition, je ne m’étais d’abord pas rendu compte que j’avais autant de clichés de mères et d’enfants, de partout : s’il y a beaucoup de photos prises en Asie et en Amérique du sud, il y a aussi des femmes occidentales, et je pense que je m’interrogeais sur l’universalité du sentiment maternel, et les différences.

C’est aussi un sujet très lié à votre fondation, Sagapo (qui signifie « je t’aime » en grec)

Je me suis rendu compte assez vite que mes photos étaient vendables, mais comme j’avais déjà un métier qui me permettait de vivre, j’ai décidé de rendre cet argent à ceux qui étaient le sujet des photos : les enfants du monde. Et en 2011, au cours d’un voyage de 3 semaines au Pérou, en descendant du Machu Picchu, j’ai découvert dans un village une école dans laquelle les enfants travaillaient sans rien, ni tables ni chaises ni cahiers. J’ai pris des photos, et je leur ai promis de revenir avec tout le nécessaire, ce que j’ai fait, et j’ai créé ma fondation, Sagapo, parce que je voulais pouvoir contrôler où allait l’argent. C’est une fondation qui est donc dédiée à la promotion de l’éducation. Notre projet actuel est par exemple la rénovation de l’école primaire de Gampola Wela, au Sri Lanka.

Pour cette exposition, vous avez choisi un support particulier, la subligraphie®.

Oui, avec ce procédé l’image fait partie intégrante du support, elle est exactement telle qu’elle a été prise, et le rendu est magnifique, en plus d’être d’une très grande résistance (NDLR : je confirme, c’est absolument superbe).

Un exemple du travail de Christina :

Playing with affection - Fatelpur Sikri, Uttar Pradesh India © Christina Drakos
Playing with affection – Fatelpur Sikri, Uttar Pradesh India © Christina Drakos

Pour récapituler :
Mères et enfants du monde
Christina DRAKOS
15-25 novembre 2016 – Mairie du Ve
Entrée libre
Tous les clichés, tirés à 10 exemplaires numérotés, seront vendus au profit de la fondation Sagapo
Le site de Christina 

Entretien avec… Catherine Domech, bibliothérapeute

livresJe ne sais pas vous, mais moi, depuis la sortie de Les livres prennent soin de nous de Régine Detambel (que je n’ai toujours pas trouvé l’occasion de lire, mais ne désespérons pas), j’étais très intriguée par la bibliothérapie. J’avais envie d’en savoir plus, et Catherine Domech, bibliothérapeute à Paris, formée à la bibliothérapie créative par Régine Detambel elle-même, a répondu à mes question pour m’éclairer sur le sujet !

Est-ce que vous pouvez expliquer ce qu’est la bibliothérapie ?

Si l’on prend l’étymologie du néologisme « bibliothérapie » nous avons la réponse puisque biblios signifie livre et therapeuein se réfère au verbe soigner. Il s’agit donc de se soigner par les livres. La définition officielle est l’utilisation d’un ensemble de lectures sélectionnées en tant qu’outils thérapeutiques, en médecine et en psychiatrie ; et un moyen de résoudre des problèmes personnels par l’intermédiaire d’une lecture dirigée.

Comment ça fonctionne ?

Pour apporter un bien-être aux personnes qui consultent, on peut utiliser trois types d’ouvrages :
– La littérature (fiction, poésie, etc). Dans ce type d’ouvrage, le lecteur peut trouver un effet bénéfique car comme l’a dit Freud « partout où je suis allé, un poète était allé avant moi. ». En ce qui me concerne, comme je pratique la bibliothérapie créative je n’utilise que ce type d’ouvrage pour laisser au lecteur sa liberté d’interprétation, d’identification et d’imagination.
– Les ouvrages de psychologie grand public en rapport avec le soi de l’esprit ainsi que la recherche du mieux-être.
– Les livres d’auto-traitement ou Self-help books comme on les appelle dans les pays anglo-saxons. Ces livres permettent au lecteur-patient d’être dirigé dans les actes de la vie quotidienne pour l’aider dans un processus de changement comportemental et psychologique.

Comment se déroule une consultation ?

Je demande à la personne de m’exposer ce qui la préoccupe au cours d’une séance d’une vingtaine de minutes ou plus selon  le problème évoqué. Après analyse, je recherche puis propose une sélection d’ouvrages qui seront susceptibles de répondre à l’attente du lecteur. Je prends également en compte le profil de lecteur de la personne qui consulte. La personne est libre ensuite de revenir vers moi pour parler des livres lus et analyser certains passages. On peut également privilégier des séances de lectures à voix haute. En tout état de cause, je m’adapte aux besoins du lecteur.

A qui conseiller de consulter un bibliothérapeute ?

Pour les personnes qui veulent changer leur relation avec l’anxiété grâce à des livres ou bien pour celles qui aimeraient trouver des réponses à des questions personnelles, mettre des mots sur des émotions qui les habitent et/ou éclaircir un sujet grâce à une lecture personnalisée. Je fais également des recherches d’ouvrages pour des enfants. Bien souvent, pour les plus petits, ce sont les parents qui m’exposent le problème à la place de l’enfant. La problématique peut être par exemple en rapport avec le divorce des parents, les familles recomposées, etc.

Quels problèmes la bibliothérapie peut-elle aider à résoudre ?

 Les personnes qui consultent le font pour les raisons suivantes : éclairer un sujet sur lamour, l’argent, le vieillissement, la confiance en soi, le sens du destin, etc. car les grands écrivains ont su trouver les mots justes pour parler de choses que nous sommes, bien souvent, incapables d’expliquer par nous-mêmes ; pouvoir s’identifier à une image, à une histoire ou à un personnage ; entendre d’autres points de vue et avoir ainsi, la possibilité d’emprunter d’autres pistes de réflexions ; mieux comprendre leur relation avec un proche ; réduire leur anxiété ; surmonter un traumatisme, une douleur affective, un deuil, une rupture ; avoir le pouvoir d’agir, grâce à la lecture, pour créer soi-même son propre changement ; renouer avec sa vie intérieure et l’enrichir ; vouloir tout simplement être conseillé devant la multitude de livres à lire…

Est-ce que la bibliothérapie peut venir en complément d’une psychanalyse, voire s’y substituer dans certains cas ?

La bibliothérapie ne peut en aucun cas se substituer à des traitements médicaux pour des problèmes importants mais elle peut en effet venir en complément d’une psychanalyse. Elle peut suffire pour répondre à des questions existentielles ou bien pour des petites dépression ou pour réduire l’anxiété chez certaines personnes.

Comment choisissez-vous les livres que vous conseillez à vos clients (ou doit-on dire patient ?) ? Ne conseillez-vous que des livres que vous avez vous-même lus ?

Personnellement, je n’aime pas dire patients, je dis lecteurs. Je choisis les livres en fonction du profil du lecteur (quel type de livre lit-il habituellement, est-il un grand lecteur ou un lecteur occasionnel ?) et de ce qui l’a amené à me consulter. Je conseille bien entendu des livres que j’ai lus, je me fais également conseiller par des personnes qui ont fait du livre leur métier (bibliothécaires, libraires, grands lecteurs) et si je n’ai pas lu le livre, je le fais avant de le mettre entre les main de son futur lecteur.

Comment doit travailler le patient ? S’agit-il d’une lecture comme on en a l’habitude, ou a-t-il un travail autre à faire ? En discutez-vous ensuite ? 

Le livre doit être lu comme le lecteur l’entend, à son rythme, le faire réfléchir ou pas dans l’immédiat. Il faut que la lecture fasse son chemin dans l’esprit du lecteur et pour cela il n’y a pas de règles. Après avoir lu les ouvrages conseillés, le lecteur peut revenir vers moi pour en discuter et analyser les écrits avec lui.

Combien coûte une consultation ?

Là aussi, il n’y a pas de tarifs règlementés, donc je vais parler du coût de mes propres consultations ; elles sont de 65 euros la séance. Le coût comprend la consultation, la recherche des livres et ensuite les retours des lecteurs pour discuter des livres lus.

Comment devient-on bibliothérapeute ? Y a-t-il des formations, des diplômes ? 

Selon moi, on devient bibliothérapeute par passion des livres, pour apporter du mieux-être à autrui. Il n’y a pas de formation diplômante actuellement en France mais l’écrivaine Régine Detambel donne des formation de bibliothérapie créative (voir son site officiel)  près de Montpellier. J’ai moi-même suivi cette formation très enrichissante. Il convient naturellement d’avoir une solide formation diplômante en littérature ou dans les métiers du livre.

Avez-vous des ouvrages à nous conseiller pour en savoir plus, outre celui de Régine Detambel ?

Oui, il y a trois très bon livres : Bibliothérapie – Lire, c’est guérir du philosophe Marc-Alain Ouaknin (éditions du Seuil), l’excellent L’art de lire ou comment résister à l’adversité de Michèle Petit (éditions Belin) et un autre de Michèle Petit : Éloge de la lecture : la construction de soi (éditions Belin)

Si cela vous intéresse, vous pouvez consulter le site de Catherine Domach : Bibliothérapie Paris !

Entretien avec… Syrano

Syrano

L’autre jour, je vous parlais de la jolie découverte que fut pour moi La Forêt des brumesComme son auteur, Sylvain Adeline alias Syrano vit à Orléans (pour tout dire à 500m de chez moi), j’en ai profité pour le rencontrer et lui poser quelques questions.

Ton pseudonyme, Syrano, est une référence à Cyrano de Bergerac : le Cyrano historique ou celui de Rostand ? Pourquoi ce choix ?

C’est en effet un hommage au personnage de Rostand dont j’aime le panache. C’est une espèce d’anti-héros, hyper-moderne et actuel, qui se bat avec les mots, et je trouvais intéressant le parallèle avec l’univers du Hip-Hop. Et puis, c’est aussi lié à une anecdote personnelle : je pratique beaucoup les arts martiaux, et à une époque je m’étais cassé le nez et mes amis me surnommaient Cyrano. En fait, la pièce de Rostand est importante dans mon parcours : j’avais eu un devoir dessus au collège, alors que j’étais absolument fâché avec la littérature classique, je n’accrochais pas du tout. Et puis j’ai renoué avec ce livre et les images qu’il provoquait, je le voyais comme un film. Il faut dire que mon parcours me coupait de ce qui était culturel : je viens d’un milieu où on ne me proposait pas d’activités culturelles et je ne me suis réellement mis à lire qu’après le lycée, plutôt des essais comme Tristes Tropiques par exemple, ou du théâtre, parce que c’est plus rythmé, ça bouge, c’est vivant, et moi ce qui m’intéresse, c’est l’anthropologie, l’humain, et c’est pour cela que j’ai beaucoup voyagé.

Tu viens d’en parler un peu, mais est-ce que tu pourrais nous raconter ton parcours ? Comment en es-tu arrivé là où tu en es aujourd’hui ?

Depuis tout petit, je dessine, je compose, j’écris, en autodidacte : très tôt je me suis donc dit « c’est ça que je ferai ». J’ai eu quelques lubies passagères, comme journaliste ou anthropologue, mais ce qui m’intéressait toujours, c’était la question de l’humain. Plus tard, j’ai j’ai gagné un concours de BD à Angoulême, ce qui m’a donné la possibilité d’aller dans une école mais comme je n’avais pas les moyens, j’ai fait un an d’histoire des arts, qui m’a permis d’avoir un certain bagage. Et puis j’ai commencé à donner des concerts, du rap, j’étais très influencé par IAM car j’ai aussi grandi dans une cité et que leurs textes me parlent. Je m’y suis plongé corps et âme pendant quelques années, en rajoutant des instruments : mon but c’était d’ouvrir et de raconter des histoires à travers mes chansons. Ce n’était du coup ni vraiment du rap, ce que me faisaient bien comprendre les rappeurs, ni vraiment de la chanson, ce que me faisaient bien comprendre les chanteurs, mais quelque chose d’hybride, qui m’a néanmoins permis d’être une des découvertes du printemps de Bourges. J’ai sorti 6 albums, tout en ayant l’envie d’écrire de manière plus longue, mais je n’assumais pas, j’étais complexé, car c’était différent de la chanson : j’avais le sentiment de me mettre en danger, comme si ça m’était interdit. Et puis j’ai voyagé, et le magazine FrancoFans m’a commandé une série d’articles, une sorte de carnet de voyage dont l’angle était la musique, et je me suis rendu compte finalement que c’était facile. J’ai développé les textes et j’ai sorti un livre en même temps que l’album*.

Dans La Forêt des brumes, tu allies texte, musique et illustration. Comment as-tu travaillé ? Simultanément ou un élément après l’autre ?

En réalité, ce projet a dix ans. Il s’agissait au départ d’un scénario de BD, tout était prêt mais avec les tournées, je n’ai jamais trouvé le temps de m’y mettre. Et puis j’ai sorti un livre-disque chez Actes Sud Junior**, qui m’a permis de participer à plusieurs salons, notamment un sur l’île d’Aix, qui a débouché sur une résidence : je devais faire 2 heures d’ateliers par jour, et le reste du temps j’étais libre, mais avec l’obligation de commencer à produire quelque chose. J’avais tout plein de projets, comme des fables en alexandrins, mais je suis par hasard retombé sur ce projet et j’ai eu le déclic : je devais le mettre en prose. Depuis le temps, le projet avait mûri, beaucoup d’images me venaient en plus des croquis et j’ai produit le premier jet en une semaine. La musique est venue après, même si pendant l’écriture tout se déroulait sous mes yeux comme un film d’animation, avec une ambiance très précise. Je voulais donner une véritable profondeur aux personnages, de l’émotion, une dimension supplémentaire par rapport à l’écrit.

Justement, en parlant de film d’animation, on pense évidemment à Tim Burton…

Ce que j’aime dans l’univers de Burton, c’est le regard de l’enfant, qui dénonce l’illogisme de l’adulte. Je suis fasciné par son univers et tous ceux qui l’ont inspiré, avec ce côté macabre mais pas si sombre que ça. De manière générale, j’ai une fascination pour le Londres victorien avec Jack l’éventreur, Hugo, la littérature du XIXe siècle en général et l’esthétique steampunk, Jules Verne, le romantisme marqué par une mélancolie latente que je trouve à la fois triste et pleine d’espoir. Pour revenir à Burton, la musique a beaucoup d’importance dans ses films…

Comment tu définirais ton univers, tes influences ?

Je ne sais pas. A cause des concerts, je suis obligé de mettre des étiquettes sur mon travail : chanson à texte avec une pointe d’urbanité, de Hip-Hop. Mais c’est plus compliqué. L’univers, c’est une part d’enfance. Tout le monde est capable de créer. Je le vois en atelier d’écriture : c’est hallucinant ce que peut faire un jeune enfant, mais après on perd un peu ça, l’école tue cette créativité chez beaucoup.

Parle-nous de ta structure, LDDZ.

Il s’agit d’une association montée pour produire et éditer ce que je fais, afin de ne pas tout sortir à compte d’auteur. Mais comme c’est une structure fragile économiquement, je ne veux pas prendre le risque de m’en servir pour produire quelqu’un d’autre…

Tes projets ?

Toujours plein. Un deuxième spectacle jeune public, dont le disque est quasi-terminé. Un autre album tout public, qui devrait sortir fin 2015 et pour lequel je cherche un manager. Et puis j’ai recommencé un livre car j’ai pris goût à l’écriture. Je suis un hyperactif. J’ai aussi un projet de BD, mais je ne m’y mettrai que si j’arrive à la signer quelque part avant : une fable pacifiste et un peu absurde anti-manga, l’histoire d’un groupe d’élus qui se battent avec des oreillers, des traversins, des édredons… ils sont constamment fatigués car le monde est menacé par le fléau des chatouilles. Le concept, original et un peu absurde, vise à montrer qu’on ne se bat pas avec des armes !

NDLR : Les Cités d’émeraude, dont nous reparlerons bientôt
** M. et Mme Neige

Merci Sylvain !

Pour en savoir plus : le site, Facebook, Twitter, Youtube

Entretien avec… Gilles Paris

Gilles ParisSamedi dernier, Gilles Paris était à la librairie Passion Culture d’Orléans, pour faire la promotion de son joli roman L’été des luciolesJ’en ai profité pour le questionner un peu…

Les narrateurs de tes romans sont des enfants. Pourquoi ce choix ?

Le prochain sera aussi un enfant, un petit Maxime de 9 ans. C’est un âge où on ne juge pas, où on essaye de comprendre : pour moi, c’est la définition même de la tolérance. Après, plus on grandit et plus on a un avis tranché et hâtif. Si seulement on pouvait garder cette fraîcheur, ce naturel en grandissant… j’ai envie de revenir vers ça, de dédramatiser les conflits, la maladie, la mort, les situations difficiles. Je suis quelqu’un de très pudique au fond, et il est très difficile pour moi de parler de choses personnelles, de ma vie privée. Je ne suis pas pour l’autofiction. J’ai commencé à écrire à 12 ans, et je m’abrite derrière l’enfant pour parler de sujets qui me tiennent à cœur.

C’est très difficile de se mettre dans la tête d’un enfant, de parler comme lui. Comment travailles-tu ?

En fait, ce serait écrire comme un adulte qui serait très difficile pour moi. J’écris vite, et je passe ensuite beaucoup de temps à retravailler. Le plus difficile en réalité, ce ne sont pas les mots ou le vocabulaire, mais la manière de réagir, d’autant que les enfants évoluent beaucoup. Je passe beaucoup de temps avec les enfants, pour savoir comment ils réagiraient. La langue elle-même, je la maîtrise à force de travail. Il y a des choses que je m’interdis d’utiliser, comme les grossièretés.

La maman de Victor tient un blog. Quel est ton regard sur les blogs de lecture ?

Lorsque j’ai créé mon agence en septembre 2006, j’ai très vite compris l’incidence des blogs sur la littérature. Les blogueurs exercent des métiers variés, pas forcément en lien avec la littérature, et ce sont donc des lecteurs qui parlent aux lecteurs, dans un contact direct. Ce n’est plus la presse que l’on reprend, mais les blogs, car les lecteurs ont tendance à avoir plus confiance. Et ils prolifèrent : aujourd’hui il y en aurait plus de 1200, c’est une véritable toile d’araignée ! Il faut aimer les blogs, et lire les commentaires, qui viennent souvent d’autres blogueurs d’ailleurs. Leur curiosité est insatiable, et ils ont une grande liberté dans leurs choix !

Est-ce que tu as des rituels d’écriture ?

Je peux écrire n’importe où, du moment que j’ai mon ordinateur, sur lequel j’ai écrit mes trois derniers romans et qui me sert de porte-bonheur. En écrivant, j’écoute de la musique, je fume comme un pompier et j’ai toujours à portée de main une bouteille d’eau et du chocolat noir. La musique est importante, car elle est une passerelle pour aller vers la littérature, la musique aide à ressentir les émotions. Après, quand je peux, j’aime écrire au bord de la mer, n’importe où mais de préférence loin et isolé. Là, je peux écrire très longtemps, à un rythme très soutenu que j’ai du mal à avoir à d’autres moments.

Quelle place tient la lecture dans ton quotidien ?

Je lis bien sûr les livres que je dois défendre, et j’ai un peu de mal à trouver du temps pour les autres. Mais j’achète beaucoup de livres sur les salons, et je mets à profit les périodes propices comme les vacances pour lire les auteurs amis ou à découvrir.

Tes derniers coups de cœur ?

Il y en a plusieurs : les nouvelles de Tatiana de Rosnay, qui m’ont beaucoup plu par leur manière de traiter les petites lâchetés du quotidien dans un livre qui reste léger et aérien. Un roman de la rentrée : Louise de Julie Goizet chez Leo Scheer, une histoire de famille qui n’est pas sans rappeler Françoise Sagan*. Et puis Mon amie américaine de Michèle Halberstadt chez Albin Michel, qui pose la question de savoir jusqu’où on est prêt à aller par amitié…

Merci Gilles !

* NDLR : nous reparlerons de ce roman en temps utiles

Entretien avec… Vina Jackson

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Voilà la raison (outre baguenauder sous la pluie en me prenant pour Fred Astaire) pour laquelle je me suis rendue à Paris vendredi : interviewer l’auteur de 80 notes de jauneVina Jackson. L’auteur ? Et bien non, les auteur, car Vina Jackson est le pseudonyme de deux écrivains, un homme et une femme, qui souhaitent garder l’anonymat, et à qui j’ai pu poser les questions qui me titillaient après la lecture du roman. Nous les appellerons Vina pour l’une, et Jackson pour l’autre.

Comment vous est venue l’idée d’écrire ce roman ?

Vina : au départ nous ne nous connaissions pas, et je n’avais jamais écrit de roman contrairement à Jackson. Notre rencontre s’est faite dans un train : nous étions quatre dans un wagon vide et nous nous sommes pourtant installés ensemble, mais sans communiquer. A l’arrivée nous nous sommes rendu compte que nous allions au même endroit : une conférence sur la littérature érotique. Après, en parlant, nous est venue l’idée d’écrire nous-même un roman érotique, en alternant le point de vue masculin et le point de vue féminin.

Cela fonctionne comment, l’écriture à deux ?

Jackson : en fait, la méthode diffère en fonction des tomes. Mais au départ, nous nous voyons une journée pour faire le résumé du roman, avec des espaces pour improviser, ensuite nous communiquons par mail, jusqu’à 30 par jour. Pour les deux premiers tomes, nous nous sommes partagé les chapitres, mais parfois l’un de nous était bloqué sur une scène et passait à la suivante, l’autre reprenait alors et il est arrivé que nous nous échangions les personnages. Du coup à partir du troisième tome nous avons procédé différemment, et nous avons découpé les romans en parties, chacun de nous écrivant pour les deux personnages.

Le titre, 80 notes de jaune, est une référence explicite à Fifty shades of Grey. D’abord pourquoi le jaune, et ensuite pourquoi cette référence alors que vous ne vous adressez pas vraiment au même public ?

Jackson : En fait, lorsque nous avons signé le premier contrat, nous avions prévu deux tomes, dont le titre était un hommage aux deux films de Vilgot Sjöman I’m curious yellow/I’m curious blue. Ensuite nous avons ajouté d’autres volumes et donc d’autres couleurs, mais le jaune n’a pas de signification particulière, pas même dans le monde du BDSM. (Et ce n’est donc pas une référence à E. L. James, NDLR)

Pourquoi avoir choisi la première personne pour Summer, et la troisième pour Dominik ?

Vina : en fait tout est parti du personnage féminin, Summer, pour lequel l’usage de la première personne nous a paru indispensable, même si ce n’est pas toujours facile, car cela permet une plus grande profondeur. Par la suite la troisième personne s’est naturellement imposée pour les autres chapitres, car elle permettait un traitement plus large, notamment dans la partie où Dominik est absent.

On note la grande importance dans le roman de la musique et des livres. Etait-il important pour vous que vos personnages soient des gens cultivés et raffinés ?

Vina : c’était même indispensable. Je ne pouvais pas imaginer écrire à la première personne sur quelqu’un qui ne serait pas lié à l’art, car il faut toujours visualiser ce que l’on écrit, et j’ai donc créé un personnage qui aime ce que j’aime.

Jackson : tout à fait, Dominik a beaucoup de points communs avec moi, notamment il a beaucoup de livres, ce qui rend le personnage plus réel dans son environnement. De manière générale, nous plaçons les personnages dans des endroits que nous connaissons, notamment pour les voyages qu’ils effectuent dans les tomes suivants. Il faut toujours écrire sur les choses que l’on connaît (à une nuance près : la question sexuelle), et je voulais me sentir fier de mon personnage. En outre, la dimension mentale de la relation de séduction est très présente dans le livre, il fallait donc des personnages dotés d’une vie intérieure riche.

Quelle différence faites-vous entre érotisme et pornographie ? Selon vous, à quelle catégorie appartient votre roman ?

Vina : c’est une question de but. La pornographie est gratuite, elle n’a comme but que l’excitation du lecteur, et tend à faire de l’autre un objet. L’érotisme va plus loin, il s’intéresse à la vie érotique des gens mais mêle le sexe et les émotions. Le cerveau n’est pas absent. L’érotisme est donc plus riche.

Vous semblez bien connaître les milieux BDSM. Est-ce un monde qui vous fascine ?

Jackson (que ma question fait rire) : d’abord précisons que nous ne sommes pas un couple ! Mais nous avons des intérêts en commun. Après, c’est comme pour n’importe quel sujet : on fait des recherches et on les met en mot. Bon, je n’étais pas non plus totalement ignorant concernant le BDSM.

Vina : je suis curieuse et pleine d’imagination !

Que pensez-vous de la mode du « mum’porn » ?

Vina : c’est une bonne chose si cela peut permettre aux gens d’enrichir leur vie sexuelle. Par contre, le terme « mum’porn » est très réducteur.

D’où vient votre pseudo ?

Vina : « Vina » est le nom d’un personnage de la littérature qui m’a beaucoup marquée.

Jackson : « Jackson » a beaucoup de similitudes avec mon vrai non. De plus, il nous fallait un pseudo féminin, c’était une exigence de l’éditeur à cause de E. L. James…

Enfin, est-ce que vous auriez des conseils à donner à quelqu’un qui voudrait écrire un roman érotique ?

Vina : La meilleure écriture est la plus honnête.

Jackson : j’anime des ateliers d’écriture, et quel que soit le genre le conseil est le même : n’en parle pas, fais-le (genre pas comme moi, NDLR), et le plus honnêtement que tu peux. Beaucoup de gens parlent de ce qu’ils veulent faire mais ne le font jamais. A part ça, l’écriture érotique n’est pas bien différente du reste…

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Voilà, j’espère que ça vous a intéressés. Pour ma part j’ai vraiment beaucoup aimé l’expérience, même si la moitié de l’interview s’est faite en anglais (ça m’a permis de me dérouiller un peu).