En mots et en images : juillet 2022

Les mots…

Le fameux carton // Les premières dédicaces // Un bonheur ne vient jamais seul ? // C’est aussi de la Grande magie // Repos // La fête foraine de l’angoisse // Et j’avais raison // Deux pas en avant, un pas en arrière : on avance, mais pas vite // Allez, vacances : jacuzzi, plage, farniente, pique-nique, gourmandises, paddle, apéro… recharger les batteries pour l’année qui arrive !

Les images…

Pause estivale

Les premiers mois de l’année ont été assez intenses pour moi, pleins de challenges avec notamment la création du Voyage Poétique (à qui à l’heure où je vous écris je n’ai toujours pas décidé quelle nouvelle direction donner parce que j’ai plein d’idées mais je reste les mains liées par mon travail alimentaire, qui demeure un gros boulet à ma cheville) et la publication de L’Aimante. Le retour à la grande magie de l’écriture qui fait que je ne suis pas capable de rester cinq minutes tranquille sans qu’une idée ne surgisse. Et autre chose aussi, qui vient de se produire. Une jolie chose, mais qui là aussi me bouscule un peu.

Les prochains mois vont être tout aussi intenses : la publication de Salomé et d’un petit texte surprise en fin d’année, ce que je veux faire avec le Voyage Poétique, la jolie chose…

Entre les deux, une pause s’impose : pour me recentrer, me ressourcer, réfléchir, découvrir. Ecrire bien sûr. De l’eau fraîche, des coquillages, du paddle, des apéros. Je vais vous laisser jusqu’après le 15 août normalement (il y aura juste le « en mots et en images » de juillet et sans doute un ou deux instantanés improvisés, et je reste évidemment sur Instagram), et je vous souhaite un très bel été, et une bonne lecture de L’Aimante à ceux qui prévoient de le découvrir pendant les vacances !

L’atelier noir, d’Annie Ernaux : la fabrique de l’écriture

Mais je sais que je ne peux pas échapper à cette phase d’exploration, quelle que soit sa durée. J’ai besoin de découvrir sur quoi j’ai le désir d’écrire, de connaître ma nécessité la plus dangereuse, celle qui me fera m’engager pour des mois dans un texte, vivre avec lui constamment et aller jusqu’à la fin, coûte que coûte. J’attends obscurément de ce journal qu’il m’éclaire sur ce désir et je suis stupéfaite de constater que, à mon insu, il m’a toujours menée jusqu’ici, dans des délais plus ou moins longs, vers ce que j’allais écrire, consentir à écrire enfin.

Bon. Devant mon échec à m’intéresser aux « romans » d’Annie Ernaux, échec plus ou moins cuisant selon les œuvres, je me suis dit que j’allais me plonger dans ses textes réflexifs, l’arrière-cuisine de son œuvre, et j’ai commencé par cet Atelier noir, son journal d’écriture.

Journal d’écriture ou plutôt journal d’avant l’écriture, puisque dès qu’elle a son sujet, le texte qu’elle a envie d’écrire à ce moment-là ou plutôt le texte qui veut être écrit, parmi les multiples idées, elle se lance dans le projet et n’écrit plus dans ce journal. Il s’agit donc, ici, de la suivre dans ses multiples questionnements : la quête du sujet, la quête de la forme…

Et ça, oui, j’ai trouvé ça très intéressant. Cette manière de mêler la vie et l’écriture (au début du Jeune Homme, elle écrit d’ailleurs : « Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu’à leur terme, elles ont été seulement vécues »). Et il y a dans ce journal des passages magnifiques sur l’amour et le désir et comment l’écriture naît de là, et moi, c’est ça qui m’intéresse, et c’est justement ce qui me pose problème avec Ernaux : cette tension, cet élan, je ne les retrouve pas dans le produit fini.

En fait, cette lecture m’a finalement permis de mieux cerner ce qui me dérange : je serais assez curieuse d’ailleurs de lire ses premiers jets, tant j’ai l’impression que tout son travail de réécriture consiste finalement à assécher et décharner le style tout en historicisant et en sociologisant. Et ça, ça ne m’intéresse pas (je ne dis pas que ce n’est pas intéressant : juste, moi, je m’en fous).

Au final, je suis très satisfaite de cette lecture, qui nous fait entrer dans la fabrique des textes, j’ai noté beaucoup de réflexions inspirantes, et je continue mes investigations de ce côté-là !

L’Atelier noir
Annie ERNAUX
Les Busclats, 2011 – Gallimard, 2022

Mina Loy, éperdument de Mathieu Terence : une femme libre

Elle a plongé dans les rapides de l’existence. Elle a évité les contre-courants. Elle a été étonnée que les morts s’en tiennent là, et c’est parce qu’ils en voulaient plus qu’elle a aimé les génies. Elle a éprouvé une délicieuse pitié pour le néant. Elle va mourir sans rien dire d’autre que des poèmes.

Il y a quelque temps, sur Twitter, je suis tombée sur une photo de Mina Loy, dont je n’avais jamais entendu parler. Ce fut comme un choc. Ses photos dégagent quelque chose de puissant qui m’a littéralement… envoûtée. Un coup de foudre.

Je me suis immédiatement mise en quête d’elle, j’ai lu un peu sur sa vie, et j’ai eu envie d’aller plus loin. Je suis tombée sur cette biographie romancée.

Née dans le monde victorien de parents mal assortis, Mina apprend très tôt à se réfugier dans son imaginaire, où elle trouve la liberté qu’on lui refuse ailleurs. Elle apprend le dessin, fait une école d’art, d’abord à Londres puis part à Vienne… et prend son envol !

Quelle femme fascinante. Mina Loy a consacré toute sa vie à l’art, la peinture et la poésie, et à l’amour, fréquentant toutes les grandes figures artistiques de l’entre-deux guerres, et son grand amour, Arthur Cravan. Dans ce récit poétique, tissé de ses vers, elle apparaît comme une femme libre, dans sa vie comme dans ses écrits, qui font un peu scandale car elle y aborde la sexualité, l’érotisme. Djuna Barnes écrit d’elle qu’elle est celle qui « persiste à penser que la vie est intéressante parce qu’il y a deux sexes différents sur terre ».

Le récit est parfois un peu trop distancé, mais cela reste une lecture qui m’a émerveillée, et j’ai envie d’en découvrir encore plus sur elle.

Mina Loy, éperdument
Mathieu TERENCE
Grasset, 2017

Transformations d’une femme, d’Isabelle Sorente : la force de l’amour

Ce n’était pas grave, au début, entre Fabrice et moi. Cela a commencé par une rencontre fortuite, intense comme un jeu, une aventure. Je n’étais pas sûre. A trente-trois ans, j’appréciais les histoires légères, la saveur éphémère des vêtements ôtés et remis, la solitude défaite et retrouvée, comme un lit froissé de célibataire. Je vivais seule, après deux tentatives de vie commune. La première à vingt ans, avec Tom, deux gosses passionnés qui jouaient aux adultes sans y croire ni l’un ni l’autre. La seconde, vers vingt-six ans, n’avait été qu’un long prélude à une séparation amiable.

J’avais envie de retrouver la plume d’Isabelle Sorente, et ses histoires de femmes qui font écho en moi.

Dans ce roman, la narratrice écrit des pièces de théâtre, et a une vie amoureuse variable : elle aime les hommes, mais elle aime surtout la liberté. Quand elle rencontre Fabrice, c’est d’abord une liaison, comme elle en a tant vécues. Mais petit à petit, leur lien s’approfondit, se transforme, à mesure qu’il la transforme.

C’est un très très beau roman sur l’amour, la liberté, l’écriture, un roman très sensuel sur le désir, car c’est bien cela qui anime la narratrice et lui permet de se sentir vivante. Et au bout du compte cette question : qu’est-ce que la liberté ? Encore une fois, je me suis beaucoup retrouvée dans ce personnage de femme, dans ses failles et ses questionnements, et encore une fois j’ai été fascinée par la manière dont il est arrivé pile au bon moment dans ma vie.

Par contre, une chose m’a perturbée : le résumé de la quatrième de couverture ne correspond absolument pas au contenu du roman, ni dans l’histoire ni même dans le nom des personnages (d’après mes recherches, il correspond à un roman qui date de 1969, A pleur joie d’Elvire de Brissac, et je ne vois pas du tout ce qu’ils ont foutu chez Grasset pour que le résumé se retrouve ici…).

Transformations d’une femme
Isabelle SORENTE
Grasset, 2009

Autrice Indépendante : processus d’écriture

Ces derniers temps, libérée de cette charge mentale qui pesait sur moi et se résumait à oui mais qu’est-ce que je vais faire de mes textes (et je trouve finalement la charge mentale de s’occuper de tout bien plus légère), je me suis totalement fondue dans mon processus d’écriture. Avec une joie indicible.

En fait, il faut savoir que j’écris par couches : d’abord les recherches si besoin, puis j’écris le premier jet, ensuite je laisse poser, je fais une première couche de corrections, je laisse poser etc. jusqu’à ce que j’estime que c’est terminé, ou que j’ai envie de le reprendre. C’est ce qui s’est passé pour L’Aimante : j’ai fait au moins 50 couches de corrections.

Le corollaire, c’est que j’ai toujours plusieurs textes en cours, à des stades divers d’avancements. Ces derniers temps, j’avais le recueil de nouvelles érotiques de Salomé, qui a subi ses dernières corrections et qui est désormais en phase de pré-publication pour septembre. J’avais mon deuxième roman, qui a bien avancé le mois dernier, que je laisse en repos jusque fin août, mais qui je pense (parce que j’ai beaucoup de notes avec des idées de développement) aura encore besoin de plusieurs couches de corrections. J’avais ma novella de magie sexuelle, intégralement reprise, et qui elle aussi est en pose. Et j’ai enfin un recueil de nouvelles érotiques (un autre) : pour les nouvelles, c’est un peu particulier car certaines sont terminées, certaines sont à développer, certaines à corriger et d’autres à écrire. J’ai aussi Le Truc 1 et 2 (et j’espère commencer bientôt le 3) mais ça, c’est un projet très particulier. Derrière tout cela, il y a un calendrier de publication très précis, mais je vois loin : si j’ai autant de textes en chantiers c’est que depuis des années j’écrivais sans publier, donc j’ai du stock.

Mais il me manquait… un projet entièrement nouveau. Et c’est là qu’intervient la première phase : la germination. Dans un carnet, j’ai plein d’idées de textes. Elles sont là, attendant l’étincelle. A ce stade, il n’y a pas d’ordre : je ne sais pas laquelle de ces idées poussera en premier.

Et cette semaine, c’est venu. C’est encore une fois la grande magie. Je vous avais parlé de cette vague idée, il y a plusieurs années. A partir d’une photo. J’avais quelques idées (et d’ailleurs, c’est le roman qu’est en train d’écrire mon personnage masculin dans mon roman n°2… oui parce que, vous verrez, tout a toujours un lien avec moi). Quelques idées, mais il me manquait quelque chose, l’angle, qui me permettrait de démarrer le moteur. Et cette semaine, ça a commencé à être la cohue, dans ma tête : les idées qui se bousculent, les thèmes, les personnages, j’ai ouvert la porte, et tout est venu.

J’ai donc pu commencer un nouveau carnet, avec toutes mes idées. La photo (je n’ai pas l’originale : il faut que je la récupère cet été). Il y a beaucoup de recherches préparatoires pour celui-là qui je pense ma mèneront au moins à l’automne, et je me dis que par amusement, je pourrais essayer de participer au NaNoWriMo.

Je sais que ce processus d’écriture un peu particulier va en horrifier certains, qui travaillent projet assez projet, mais en fait c’est comme pour tout dans ma vie : j’ai besoin, absolument besoin, de variété (d’autant qu’il y a de longues phases où le texte est en repos, comme de la pâte à crêpes, et qu’il faut bien que je fasse autre chose). Vous faites comment, vous ?

New York sans New York de Philippe Delerm : journal d’antivoyage

Tous ces films regardés, toutes ces photos, tous ces albums, tous ces livres, non pas pour aller à New York un jour, mais un peu bizarrement, presque d’emblée et bien plus encore à présent, pour ne pas y aller, pour préserver le secret d’une ville essentielle qui ne supporterait pas d’être tant soit peu violée par la réalité.

La manière dont certains lieux se construisent dans notre imaginaire à partir de lectures, d’images, de rêverie est l’objet d’une discipline que l’on appelle géocritique. C’était un des axes d’études de ma thèse (sur l’Egypte) et l’objet d’un article qui me vaut une multitude de mentions. J’ai donc été très amusée par le principe de ce nouvel ouvrage de Philippe Delerm, un auteur que j’aime beaucoup.

Ici, par instantanés littéraires, il nous emmène non pas à New York, mais dans l’imaginaire de New York : comment la ville existe dans son esprit, construite à partir de films, de livres, de musique, de photographies… mais il ne s’agit pas d’une rêverie qui aurait pour but de préparer un voyage (comme je peux le proposer dans le voyage géographique). Non : le but est justement de ne pas aller à New York.

J’ai beaucoup aimé le principe, et j’ai beaucoup aimé ce voyage dans l’image personnelle de New York de Delerm. On croise beaucoup Woody Allen, quelques photographes comme Depardon ou Vivian Maier, des livres, Paris vs New York, Melville, Whitman, très peu Paul Auster (Delerm n’a pas tellement aimé). Les restaurants où il n’ira pas. Le 11 septembre. L’imaginaire des bruits, des odeurs, de la nourriture. Ce qui est intéressant ici, c’est de confronter notre imaginaire à celui de l’auteur, car d’une personne à l’autre, les références varient : chez moi il y aurait plus de Paul Auster évidemment, il y aurait Sex and the City bien sûr, d’autres films, d’autres livres…

Vraiment, j’ai beaucoup aimé cet antivoyage rafraîchissant et divertissant. Si vous aimez Delerm : foncez ! Surtout si vous n’allez pas à New York !

New York sans New York
Philippe DELERM
Seuil, 2022