L’atelier noir, d’Annie Ernaux : la fabrique de l’écriture

L'atelier noir, d'Annie Ernaux : la fabrique de l'écriture

Mais je sais que je ne peux pas échapper à cette phase d’exploration, quelle que soit sa durée. J’ai besoin de découvrir sur quoi j’ai le désir d’écrire, de connaître ma nécessité la plus dangereuse, celle qui me fera m’engager pour des mois dans un texte, vivre avec lui constamment et aller jusqu’à la fin, coûte que coûte. J’attends obscurément de ce journal qu’il m’éclaire sur ce désir et je suis stupéfaite de constater que, à mon insu, il m’a toujours menée jusqu’ici, dans des délais plus ou moins longs, vers ce que j’allais écrire, consentir à écrire enfin.

Bon. Devant mon échec à m’intéresser aux « romans » d’Annie Ernaux, échec plus ou moins cuisant selon les œuvres, je me suis dit que j’allais me plonger dans ses textes réflexifs, l’arrière-cuisine de son œuvre, et j’ai commencé par cet Atelier noir, son journal d’écriture.

Journal d’écriture ou plutôt journal d’avant l’écriture, puisque dès qu’elle a son sujet, le texte qu’elle a envie d’écrire à ce moment-là ou plutôt le texte qui veut être écrit, parmi les multiples idées, elle se lance dans le projet et n’écrit plus dans ce journal. Il s’agit donc, ici, de la suivre dans ses multiples questionnements : la quête du sujet, la quête de la forme…

Et ça, oui, j’ai trouvé ça très intéressant. Cette manière de mêler la vie et l’écriture (au début du Jeune Homme, elle écrit d’ailleurs : « Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu’à leur terme, elles ont été seulement vécues »). Et il y a dans ce journal des passages magnifiques sur l’amour et le désir et comment l’écriture naît de là, et moi, c’est ça qui m’intéresse, et c’est justement ce qui me pose problème avec Ernaux : cette tension, cet élan, je ne les retrouve pas dans le produit fini.

En fait, cette lecture m’a finalement permis de mieux cerner ce qui me dérange : je serais assez curieuse d’ailleurs de lire ses premiers jets, tant j’ai l’impression que tout son travail de réécriture consiste finalement à assécher et décharner le style tout en historicisant et en sociologisant. Et ça, ça ne m’intéresse pas (je ne dis pas que ce n’est pas intéressant : juste, moi, je m’en fous).

Au final, je suis très satisfaite de cette lecture, qui nous fait entrer dans la fabrique des textes, j’ai noté beaucoup de réflexions inspirantes, et je continue mes investigations de ce côté-là !

L’Atelier noir
Annie ERNAUX
Les Busclats, 2011 – Gallimard, 2022

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